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Les groupes Facebook les plus populaires

Alors qu’on n’en fait plus un événement médiatique (excepté bien sûr l’Envoyé Spécial très controversé de France 2), et contre pas mal de prédictions, Facebook continue sa croissance a un rythme très élevé.

Comme je le relevais dans un de nos derniers billets, le nombre de membres en France est passé en 2008 de 1 à 6 millions, en tout cas si on se fie à la page « advertising ». Rien que ça.

Pour le sociologue et le communiquant, il y a donc une très belle matière à étudier dans les groupes Facebook. Quels sont les « mégagroupes Facebook », ceux qui réunissent le plus de membres ? Il n’y a pas vraiment de littérature sur ce sujet à ma connaissance, je suis donc allé farfouiller dans Facebook pour extraire les groupes les plus populaires (francophones et globaux).

Deux méthodes pour extraire ces données :

– de proche en proche : en utilisant les « related groups » indiqués dans la colonne de droite de chaque groupe (c’est à dire les groupes qui ont le plus de membres en commun avec le groupe que vous regardez). Puisque les « related groups » des gros groupes sont aussi de gros groupes, il suffit de prendre un gros groupe au départ, par exemple « Contre les cons qui restent immobiles à gauche dans l’escalator » (mon préféré), et de dérouler le fil.

– en utilisant le fonction recherche de groupes de Facebook. Les recherches classent les résultats par popularité. Facebook ne faisant pas apparaître de classement global, seulement des classements par catégories (« just for fun », « geography », « common interest »), je suis allé voir les groupes les plus populaires dans chacune des 11 catégories proposées.

Voici donc — sous toute réserve d’erreur comme d’habitude quand je me livre à ce genre d’expérience — les 38 groupes francophones qui dépassent les 100 000 membres. Le nombre de membres est celui au moment où j’ai relevé l’existence du groupe, dans la soirée du 23 décembre :

1. ♫ ♫ Pour ajouter de la musique sur facebook, cliquer ici ♫♫ 529810

2. pour savoir qui regarde le + votre profil !!! C SUPER SIMPLE 482042

(Mise à jour 2 janvier : vous êtes nombreux à cliquer sur les noms de ces groupes qui sont en fait des groupes spam dont le principe est d’inviter ses amis pour mettre en place une fonctionnalité qui n’existe pas)

3. Pour que Coyotte arrive enfin à choper Bip Bip et lui défonce sa gueule ! 448605

4. Tous les matins je me dis: « ce soir je me couche tôt » 430116

5. 1 Membre dans ce Groupe = 1 Raciste en moins dans le Monde ! 418553

6. Il faut boire avec modération, mais putain c’est qui ce modération ? 379561

7. je me tape souvent des fous rires tout(e) seul(e) en repensant à un truc 364487

8. Toi aussi tu est né(e) entre 80 et 90, alors ce qui suit va te plaire!!! 348215

9. Si ce groupe atteint 6 milliards de personnes, tout le monde sera dedans. 327568

10. Groupe de recensement du nombre d’inscrits sur facebook 314940

11. Pétition contre les tortures & maltraitances sur les animaux en Chine! 313247

12. je suis mort(e) plus de 342 fois pour ne pas avoir renvoyé des chaînes. 293635

13. ♫ – Ajouter de la musique sur facebook © 289011

14. PETITION POUR QUE FACEBOOK PROTEGE NOS DONNEES PERSONNELLES ! 277213

15. Je ne critique pas … non, je constate. 271304

16. Pour ceux qui disent « J’arive!! » alors qu’ils sont toujours chez eux. 267175

17. L’expérience Interdite par Facebook: J’ai besoin de vous!!! 258744

18. Participe au record du plus grand nombre de personnes dans un groupe 249747

19. PQUOI VIVRE D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE QD ON PEUT VIVRE DE SEXE ET D’ALCOOL ? 246866

20. Pour tous ceux qui espèrent en début d’heure que le prof sera absent 236218

21. Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est. 216193

22. L’alcool ne résoud pas les problèmes… ceci dit l’eau et le lait non plu 202953

23. 100 trucs pour ne pas s’emmerder en classe. 189656

24. PETITION POUR QUE LE SMS COUTE ENFIN QU’UN CENTIME D’EUROS ! 187447

25. Le samedi 22 novembre 2008, tous les Francais s’habille tout en blanc. 171727

26. Fédération Française de l’Apéritif 165755

27. Pour la création d’un congé « lendemain de cuite » 164012

28. Parce que toi ossi ta djà essayé d’inserer l’antivol du caddie sur lui meme 161970

29. J’ai Souvent l’Impression de déja Avoir Vécu ce Moment 159172

30. Contre les cons qui restent immobiles à gauche sur l’escalator 149393

31. Un million dans ce groupe avant la fin de l’année, et je gagne mon pari 🙂 147143

32. J’ai un problème de motivation jusqu’à ce que j’ai un problème de temps. 145456

33. Comité de Lutte contre l’union du SLIM, de la TECKTONIK & de la COUPE MULET 138139

34. Tu sais que t’es un vrai parisien quand… 127509

35. EXPERIENCE : 1 ami facebook habite près de chez toi … 114670

36. Génération 88/92 ! Pour ceux qui ont connu les Pokemon et le Bigdil 111200

37. Pour que la tva passe a 0,5 et le taux d`alcool a 19,6 109320

38. RASSEMBLER TOUTE LA BELGIQUE SUR FACEBOOK DANS CE GROUPE… C’EST POSSIBLE? 101250

Et voici les 22 groupes globaux qui dépassent le million de membres :

1. Let’s break a Guinness Record! 2009 Approved by guinnessworldrecords.com 3947922

2. Feed a Child with just a Click! 3815975

3. Let’s set and break a Guiness Record!!!! Approved by guinnessworldrecords.c 2770932

4. 1,000,000 AGAINST THE NEW FACEBOOK LAYOUT! 2722984

5. THEY ARE TRYING TO SHUT DOWN FACEBOOK – PETITION TO KEEP IT! INVITE ALL! 2281730

6. The Snowball Effect – Official Experiment 2213784

7. Six Degrees Of Separation – The Face book Experiment 2205442

8. 15,000,000 for lower gas prices 2170775

9. If you remember this you grew up in the 90’s 1783827

10. Petition Against the « New Facebook » 1637742

11. I Hate The New Facebook (www.new.facebook.com) 1523541

12. When I was your age, Pluto was a planet. 1507073

13. THE FACEBOOK BLACKOUT 1376868

14. COMO PONER EL FACEBOOK DE ANTES (APLICACION) 1302074

15. I Dont care How Comfortable Crocs Are, You Look Like A Dumbass. 1254180

16. 1,000,000 Strong For Stephen T Colbert 1203993

17. Facebook Will Be Forced to Shutdown in 7 Days! Join and Save it! 1196427

18. L’ ALBERO GENEALOGICO 1178888

19. Ultimate Social Experiment 1162602

20. The Official Petition for Colored Profiles on Facebook. 1152404

21. I Secretly Want To Punch Slow Walking People In The Back Of The Head 1103318

22. I bet I can find 1,000,000 people who dislike George Bush! 1003698

On ne se refait pas, voici donc quelques éléments d’analyse et de réflexion.

On s’en serait douté, une grande partie de ces mégagroupes sont à caractère potache. Mais pas que : 1 Membre dans ce Groupe = 1 Raciste en moins dans le Monde ! est le 5ème groupe francophone, tandis que Feed a Child with just a Click! est le 2ème groupe global.

Voici donc un essai de typologie des mégagroupes Facebook :

1. Les groupes potaches. Ils dominent le classement francophone et on peut les subdiviser en plusieurs catégories :

– les groupes absurdes ou rigolos : Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est. ; Pour que Coyotte arrive enfin à choper Bip Bip et lui défonce sa gueule ! ; 100 trucs pour ne pas s’emmerder en classe. ; I Dont care How Comfortable Crocs Are, You Look Like A Dumbass.

– les paris : Un million dans ce groupe avant la fin de l’année, et je gagne mon pari 🙂

– les groupes qui renvoient à la personnalité : Tous les matins je me dis: « ce soir je me couche tôt » ; Pour ceux qui disent « J’arive!! » alors qu’ils sont toujours chez eux.

– les groupes sur l’alcool et ses effets : Il faut boire avec modération, mais putain c’est qui ce modération ? ; Fédération Française de l’Apéritif ; Pour la création d’un congé « lendemain de cuite »

On notera que ces groupes potaches sont beaucoup plus dominants dans le top des groupes francophones que dans le top des groupes globaux.

2. Les expériences de groupe.

Là-dedans, je mets d’une part les groupes dont le principe est d’être le plus nombreux possible :

– soit à travers un « recensement » (euh, il faut expliquer à leurs membres que les données sont accessibles) : Groupe de recensement du nombre d’inscrits sur facebook

– soit à travers une volonté clairement affichée d’être le plus gros possible, en jouant sur l’absurde (Si ce groupe atteint 6 milliards de personnes, tout le monde sera dedans.) ou le fait de battre un record (Let’s break a Guinness Record! 2009 Approved by guinnessworldrecords.com). C’est un format qui plaît beaucoup aux anglo-saxons, il n’y a qu’à voir la liste.

Et d’autre part des groupes qui proposent une expérience on ou offline : EXPERIENCE : 1 ami facebook habite près de chez toi … (un jour donné, les membres portent un signe discret de leur appartenance au groupe sur eux) ; Le samedi 22 novembre 2008, tous les Francais s’habille tout en blanc. (moui…) ; Six Degrees Of Separation – The Face book Experiment ; THE FACEBOOK BLACKOUT

3. Les groupes à caractère politique ou citoyen

Et oui, il y en a donc quelques uns parmi les « mégagroupes » Facebook : on a mentionné « feed a child » et « 1 membre = 1 raciste en moins ». On peut aussi citer Pétition contre les tortures & maltraitances sur les animaux en Chine!.

On a aussi des groupes « politiques » avec une dimension pétitionnaire qui peut être fédératrice : I bet I can find 1,000,000 people who dislike George Bush!

4. Les groupes à caractère consumériste.

Et là c’est la question du prix des produits qui est fédératrice : au niveau francophone avec les SMS : PETITION POUR QUE LE SMS COUTE ENFIN QU’UN CENTIME D’EUROS ! ; au niveau global avec le prix de l’essence : 15,000,000 for lower gas prices.

5. Les groupes identitaires.

– les groupes générationnels, très populaires chez les jeunes : Toi aussi tu est né(e) entre 80 et 90, alors ce qui suit va te plaire!!! ; Génération 88/92 ! Pour ceux qui ont connu les Pokemon et le Bigdil ; If you remember this you grew up in the 90’s . Sur cette catégorie on a des équivalences évidentes entre les groupes francophones et les groupes internationaux.

– les groupes géographiques, culturels ou communautaires : Tu sais que t’es un vrai parisien quand… ; RASSEMBLER TOUTE LA BELGIQUE SUR FACEBOOK DANS CE GROUPE… C’EST POSSIBLE?

6. Les groupes sur Facebook.

Logique, on est sur Facebook, l’outil est donc aussi le contenu. Facebook vient d’ailleurs de créer une catégorie à part entière, à côté de « common interest », de « Internet & technology » ou de « Music » ; la catégorie « Facebook ». Dans cette catégorie, on a trois types de groupes :

– les pétitions pour améliorer le service, notamment le retour à l’ancienne version de Facebook : 1,000,000 AGAINST THE NEW FACEBOOK LAYOUT! ; Petition Against the « New Facebook » ; mais aussi sur son design (The Official Petition for Colored Profiles on Facebook.)

– les groupes parano : THEY ARE TRYING TO SHUT DOWN FACEBOOK – PETITION TO KEEP IT! INVITE ALL! (j’adore le « They ») ; Facebook Will Be Forced to Shutdown in 7 Days! Join and Save it!

– les groupes de spam. Ceux qui prétendent rendre un service autour d’une application Facebook et consistent en réalité à inviter ses amis pour pouvoir ajouter une application qui n’existe pas. Ces groupes sont une tendance récente et qui malheureusement cartonne. A surveiller de près : que fera Facebook face à ce nouveau phénomène ?

♫ ♫ Pour ajouter de la musique sur facebook, cliquer ici ♫♫ ; pour savoir qui regarde le + votre profil !!! C SUPER SIMPLE ; COMO PONER EL FACEBOOK DE ANTES (APLICACION)

Quand on rejette un oeil à la liste après avoir regardé la typologie, on note que pas mal de groupes peuvent être classés dans plusieurs rubriques de la typologie : pétitions absurdes, pari dans le domaine politique, etc. : c’est aussi ce qui fait leur force.

Sur les différences entre les francophones et les « globaux » (anglo-saxons très majoritairement), on voit donc plus de potache ici et plus d’expérience collective là-bas.

Une des choses qui me frappe est que, finalement, on ne trouve pas beaucoup, dans ces mégagroupes, des sujets ayant trait à l’actualité. On aurait pu imaginer des groupes autour des J.O., ou un mégagroupe Obama. Il paraît logique de penser qu’un groupe recrutera beaucoup plus facilement si son sujet est en résonance avec l’actualité médiatique. Mais j’ai le sentiment que ces groupes en phase avec une actualité sont des groupes de taille plus moyenne, et que les mégagroupes dont on parle ici atteignent leur taille justement parce qu’ils ont un caractère universel. Ils touchent au quotidien ou à la personnalité de l’individu avant de toucher à l’actu.

Dernier élément de réflexion : les créateurs et administrateurs de ces groupes sont devenus de véritables leaders d’opinion en puissance. Il serait intéressant de savoir s’ils ont beaucoup oeuvré à la popularité de leur groupe ou si les groupes sont devenus populaires très spontanément, par des mécaniques virales facilitées par le fonctionnement de Facebook.

Il y a sans doute des deux, mais une des choses qui m’ont frappées en visitant les groupes a été de voir que beaucoup d’entre eux, dans la partie « description », en haut de la page, communiquaient un mode d’emploi à l’attention de leurs membres pour que ceux-ci fassent du prosélytisme : « cliquez sur invitez vos amis, sélectionnez les tous… ». Il y a le hasard des choses, et les coups de pouce qu’on peut donner.

Enfin, et c’est un point très particulier, les créateurs et administrateurs de ces groupes ont la possibilité d’envoyer des mails à la totalité de leurs membres. Marketing direct à coût zéro. C’est un peu comme s’ils avaient hérité de la clé de l’arme atomique.

Si j’étais le créateur du groupe « Guinness Record » avec 4 millions de membres, qu’est-ce que je ferai de cette possibilité ? Le bon sens veut que l’on ne soit pas intrusif et qu’on ne poste que des informations en rapport direct avec la vocation du groupe, ce qui rend la fonction « mail aux membres » inopérante dans beaucoup de cas (tous les groupes potaches notamment). Mais je serais curieux de savoir si certains des administrateurs de ces groupes utilisent, même de temps en temps, ce « pouvoir »…

PS : Edit du 2 janvier à lire ici.

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De l’usage (ou pas) de Twitter en relations publiques

Vue chez Marie-Catherine Beuth, cette présentation sur l’usage de Twitter en relations publiques, réalisée par Corinne Weisgerber :

On y retrouve la double dimension de Twitter et plus généralement de la communication sur Internet : comprendre / veiller d’une part, et agir / converser d’autre part. Twitter comme outil de veille pour suivre ce qui se dit sur votre marque et réagir le cas échéant, Twitter pour diffuser de l’infomation auprès de ses pairs, poser une question, échanger de l’information, republier le contenu de son blog, etc.

Pas grand-chose de neuf finalement, et on y retrouve en plus catalogue et en moins problématisé, des idées présentées par Stanislas sur PR2Peer il y a 6 mois (quand il se demandait, inquiet, si Twitter était utile) ou Joïakim plus récemment.

Si cette présentation m’intéresse, c’est surtout parce qu’elle me donne l’occasion de développer 2-3 idées à propos de Twitter, un service qui avait quand même fait la une de Libé il y a peu (oui, c’était un prétexte pour parler de netpolitique, certes…).

Twitter en France ?

C’est quelques milliers d’utilisateurs. Le blog Twitter facts en dénombrait moins de 5000 en juin, Libé en annonce 6 000 en août. Partant du principe que le nombre d’utilisateurs a pu augmenter de 50 % depuis (en tout cas entre juin et octobre, il est passé de 2 à 3 millions au niveau mondial), et qu’environ 50 % des utilisateurs français se déclarent comme tels, Twitter en France c’est au mieux 20 000 personnes. Et loin d’être toutes actives.

On touche là à la limite de tout ce qui peut se raconter de très intéressant sur Twitter dans les milieux US, et qui inspire bon nombre de webologues de l’hexagone : l’étendue de Twitter ici n’est juste pas la même dans le monde anglo-saxon et rend la plupart des idées de bonnes pratiques inopérantes (le cas Dell, le live reporting, …)

Les leaders d’opinion sur Twitter ?

Si l’intérêt de Twitter n’est pas dans la masse de personnes qu’il permet de toucher (mais comme beaucoup de blogs, finalement, et vous me rétorquerez même que c’est toute l’idée de web 2.0…), on peut par contre se poser la question des leaders d’opinion qui twittent.

Après tout, on voit fleurir dans les espaces du web 2.0 des nouveaux leaders d’opinion : blogueurs, référents de Wikipédia, critiques habitués sur Amazon, etc.

Question : avec Twitter, voit-on fleurir de nouveaux leaders d’opinion, qui n’existeraient pas ailleurs ? Pour y répondre, le mieux est de jeter un oeil aux 10 personnes les plus suivies, d’après Twitter facts. OK, les données datent de 4 mois, mais sur le principe je ne suis pas sûr que cela change la démonstration :

Top 10 des utilisateurs de Twitter les plus suivis

twitter.com/arnaudrobail – Arnaud Robail – 2.204 followers
twitter.com/jeanlucr – Jean-Luc Raymond – 2.134 followers
twitter.com/pressecitron – Eric – 1.688 followers
twitter.com/MMartin – Martin Menu – 1.319 followers
twitter.com/FredCavazza – Frédéric CAVAZZA – 1.293 followers
twitter.com/fubiz – Romain Colin – 1.061 followers
twitter.com/MonsieurDream – Monsieur Dream – 1.035 followers
twitter.com/rodrigo1971 – Rodrigo SEPULVEDA – 1.034 followers
twitter.com/fuelmyblog – Kevin Dixie – 909 followers
twitter.com/guim – GuiM – 887 followers

Sur ce top 10, 6 sont des blogueurs très connus. Twitter peut m’offrir une facilité de m’adresser à eux, encore faut-il qu’ils aient envie de me suivre. Si je les connais déjà, il y a une bonne chance pour qu’ils me suivent, c’est donc un moyen d’entretenir la relation – peut-être plus intéressant d’ailleurs que d’être en contacts sur des réseaux sociaux. Mais si je ne les connais pas, Twitter ne va sans doute pas me servir à grand-chose pour les approcher.

Les autres sont-ils des « nouveaux leaders d’opinion » ? Il me semble difficile de dire ça : Arnaud Robail et Jean-Luc Raymond, pour ne prendre que les deux premiers, suivent eux-mêmes respectivement 7000 et 6000 comptes Twitter… (on est toujours sur les chiffres de juin). Autrement dit, ils suivent beaucoup, énormément, à la folie… et sont suivis par une partie des personnes sollicitées en retour. Mais ça ne fait pas d’eux des « nouveaux leaders d’opinion » à mon sens ; j’aurais tendance à penser qu’un leader d’opinion est quelqu’un qui sera suivi par plus de gens qu’il ne suit lui-même…

Bref, avec des blogueurs bien connus et des maniaques de Twitter : il n’y a pas de nouveaux leaders d’opinon sur Twitter. Quand Michael Arrington voit son problème de FAI résolu en temps record à la suite d’un tweet, ce n’est parce qu’il est connu sur Twitter, c’est parce que c’est le type de TechCrunch…

Les leaders d’opinion sont déjà bien connus dans la blogosphère : Twitter est d’une certaine façon son prolongement (Cédric Giorgi parle d’antichambre de la blogosphère, ce qui me semble très vrai dans la processus de traitement de l’information).

Que reste-t-il ?

Un espace d’échange de pairs à pairs, plus ou moins rempli d’experts de leurs sujets (au hasard : le high-tech et les nouveaux médias). Oui, Twitter a une utilité RP, assez grande même je pense, pour des réseaux très spécialisés de professionnels dans les secteurs d’activité que je viens de mentionner. Et cette utilité, c’est beaucoup plus celle de la veille que de la communication. On se rapproche d’ailleurs de la notion de journalisme de liens chère à Narvic. Je veille, tu veilles, il veille, nous partageons.

Côté communication, je ne vois pas bien. Il y a bien ces exemples que citait Fred cavazza en avril. On peut effectivement, avec assez peu d’efforts, se constituer une micro-communauté de followers… On est en fait en plein dans le modèle web 2.0 : faibles coûts, faibles revenus (au sens faible retour sur investissement, ici). Je peux créer un compte Twitter (événementiel ou durable) comme je peux créer un groupe Facebook, réunir quelques centaines de personnes dans les deux cas et communiquer avec elles. C’est toujours ça de gagné mais on est bien dans la micro-action.

L’intérêt principal, la veille et l’échange, donc, reste très spécifique et de niche. Le cliché est de dire que Twitter est le gadget pour geeks, mais j’ai du mal à trouver de bonnes raisons de m’éloigner de ce cliché.

Si son usage devenait à la fois moins confidentiel (le nombre) et plus généraliste (les profils), on pourrait certainement dire plein de belles choses sur l’intérêt d’y détecter des signaux faibles, de communiquer en temps réel, de lancer un buzz, d’installer un service client, de gérer une crise… Mais au final, Twitter c’est le microblogging et tout ce qui va avec en communication : micro-RP, micro-influence, micro-intérêt. Non ?

La Géorgie de BHL et le web de Gunthert, tentative de prolongement de l’analyse

André Gunthert s’en donne à cœur à joie dans son billet C’est BHL qu’on assassine. Notre directeur d’études le plus prolixe sur la toile analyse les contrefeux lancés suite au long article de notre BHL national. C’est à la fois pertinent et mordant.
Mais, ironie de l’histoire, la vision du web d’André Gunthert ressemble étrangement à la vision de la Géorgie de BHL : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (et oui, pas question d’être en reste dans la provocation, à mon tour de taquiner André – tant qu’on en arrive pas au dialogue de sourds 😉
« Le web est-il capable de modifier les grands équilibres médiatiques? » lance-t-il en introduction pour annoncer que « c’est un monument qu’internet fait aujourd’hui vaciller » et conclure en toute fin de post, « BHL ferait bien de s’en souvenir avant son prochain dithyrambe – le juge, aujourd’hui, c’est le web ».
Heureusement dans les commentaires un internaute rappelle que derrière cette contre-attaque, il y des journalistes et pas « le web ». Mais cette remarque lui vaut une réponse sèche du professeur :

Pour les sourds et malentendants, j’ai bien dit: le web. Le web de Rue89, qui met en ligne une parodie qui n’aurait jamais trouvé sa place dans les pages Opinions du Monde ou Rebonds de Libé. Ou le web du monde.fr, qui affiche en face du texte de BHL un commentaire désobligeant d’internaute. Ou le web de Facebook, où les amis de BHL se comptent.

Le web des petites différences, le web qui ne respecte rien, le web qui mine l’argument d’autorité, le web qui buzze et cancane, le web où l’on s’interpelle et se répond. Le web: le pire ennemi de tout ce qui a fait BHL (je souligne).

Tiens, cela sonne comme du Loïc Le Meur de gauche ;-). Certes André, mais (encore une fois) « Le web » ça veut pas dire grand chose dans ce cas (souvenez-vous du texte de Deleuze sur les nouveaux philosophes ;-). Pour preuve ce billet du Post.fr relevé par vous-même : il y a aussi des défenseurs de BHL sur la toile. « Le web » n’est donc pas pro ou anti BHL (Le commentaire mise en exergue par Le Monde est le dernier arrivé, pas le plus critique. Rien n’aurait empêché des pro-BHL de s’exprimer et d’être eux aussi mis en exergue. (petite parenthèse, cela montre aussi que un débat/une conversation est très difficile dans les commentaires, « spirale du silence » oblige par exemple, mais cela nous emmène vers d’autres questions comme celle des remarquables fatals flatteurs…). Le web a simplement des utilisateurs (producteurs et/ou lecteurs).

Ainsi, les contrefeux ne viennent pas de blogueurs ou d’internautes lambda. En fait, elles viennent de journalistes qu’on peut (hypothèse, je dis bien hypothèse) imaginer comme éloignés du réseau BHL (nouveaux entrants, adversaires de longue dates, etc.) et à l’abri de « pressions » (dont les formes peuvent être très diverses) pour critiquer une signature comme BHL. Zineb Drief est un jeune journaliste chez rue 89 par exemple, pas un internaute inconnu. Nous restons dans un cadre bien défini de professionnels de l’information et/ou du débat éditorial.

Cet épisode nous en apprend plus sur les journalistes que sur le web il me semble. En fait ce que je retiens de ce petit épisode (et cela n’a rien de nouveau), c’est que les sites d’informations offrent un espace complémentaire à certaines journalistes pour développer des contenus (aussi bien dans le fond que sur la forme comme nous l’a montré Rue89) qui ne passeraient pas avec la même facilité dans la presse papier (ne parlons même pas de la télévision). Ajoutez à cela qu’ils peuvent être alors repris par la presse aux supports plus traditionnels. Nous sommes dans une reconfiguraion médiatique (entendre rééquilibrage des supports) à l’intérieur d’une profession. (L’affaire Sine/Val est à ce titre encore plus symptomatique et les remarques d’André Gunthert me conforte dans l’idée de creuser de ce côté là avec un prochain billet là-dessus. mon hypothèse : en off les journalistes ou les signatures défenseurs de Val, en on les journalistes ou les signatures défenseurs de Siné… à vérifier le cas du Nouvel Obs papier et du nouvelobs.com va être très intéressant à regarder)

Après le constat, la question : cela durera-t-il ? Quand les .fr seront devenus (réellement) les moteurs des rédactions, les marges de manœuvre existantes (à la fois journalistiques et techniques) s’effaceront-elles ? Pour preuve, la fermeture momentanée des commentaires sur l’article de Libe.fr qui relatait la polémique. Une des choses que permet le web c’est de faire baisser les coûts de production de l’information et donc de lancer de nouveaux titres (Rue89, Mediapart, etc.) qui peuvent développer des regards nouveaux, complémentaires ou alternatifs (ou ce qu’on voudra).

Quoiqu’il en soit André, de grâce, pas d’évangélisme ou de raccourci médiologique ;-), ARHV est de trop bonne facture pour cela… mais peut-être que nous sommes d’accord en fait sur le fond ?;-)

Top 50 des personnalités JDD, suite : une analyse du palmarès depuis 2000

Notre précédent billet sur le Top 50 des personnalités préférées des Français publié par le JDD, qui relevait que les 50 en questions étaient pré-detérminés avant que l’enquête ne soit conduite, a piqué la curiosité de notre lectrice et commentatrice Philo. Philo a poussé beaucoup plus loin l’analyse de l’évolution de ce palmarès et étudie comment le JDD et l’IFOP choisissent les personnalités préférées des Français, année après année.

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François a piqué ma curiosité avec son billet sur le Top 50 des personnalités du JDD, ce qui m’a poussée à faire une petite étude sur le sujet. J’ai pu récupérer les derniers palmarès biannuels depuis décembre 2000 sur le site de l’IFOP. Voici les quelques enseignements que j’en ai tiré.

C’est par où la sortie ?

Sont enlevées les personnes décédées entre 2 sondages, ainsi que les 4, 5 ou 6 derniers en moyenne.
A noter que JJ Goldman a demandé sa sortie en décembre 2003, suivi peut-être par d’autres puisque ce ne sont pas moins de 11 noms qui ont disparus de la liste entre juillet 2003 et décembre 2003 (les précurseurs de « Wikio ne passera pas par moi »?). Ce coup de balai doit avoir une explication mais a-t-elle été rendue publique à l’époque? A suivre.

Par ailleurs, certains en bas de tableau sont « protégés » s’ils arrivent à rester dans l’actualité pour le sondage suivant. Exemple le plus marquant: Ségolène Royal, 50ème en décembre 2005, 49ème en juillet 2006, n’a pas été enlevée du classement pour cause de primaires PS (et d’une couverture médiatique exceptionnelle).

Selon le célèbre principe des vases communiquants, le nombre de sorties détermine le nombre d’entrées. En moyenne, c’est donc seulement 11% de la liste qui est renouvelé à chaque session, soit 5 ou 6 personnes suivant les années. Avec un minimum à 4 personnes (maintien de Ségolène Royal) et un maximum à 22 (causes multiples à déterminer).

L’analyse: une volonté de maintenir une certaine cohérence et de ne pas tomber dans l’effet de mode.
La nécessité éditoriale de faire entrer un nouveau nom (ou faire revenir) pour ne pas passer à côté du « hit » de l’année peut inciter à faire sortir 1 ou 2 personnes de plus.

Cas particulier de juillet 2008 avec ces 51 noms proposés pour 50 validés.
On ne peut pas exclure la faute de frappe mais la structure du document étant la même que celle de la session précédente, le copié/collé n’aurait pas dû être modifié à cet endroit (seuls changent le nombre de personnes interrogées et les dates). Quelle autre explication? Le carton de Carla Bruni, en tant que chanteuse, début juillet au début du sondage a pu tenter les sondeurs (son rôle de Première Dame est accessoire pour ce palmarès). Qui a pu faire les frais d’être le 51ème? Les 5 derniers de décembre 2007 sont JL Delarue, S. Loeb, O. Ruiz, B. Kouchner, T. Parker (H. Salvador, 15ème décédé). Bernard Kouchner est le seul qui me semble avoir eu une présence médiatique et une histoire qui pouvait faire qu’il soit gardé pour le prochain tour.

« Où sont les femmes? »

Les femmes représentent en moyenne 21% de la liste, et de façon assez constante. Min 16%, max 26% (en décembre 2003, mais pic non lié au grand ménage: pas de volonté clairement décelable de féminiser le classement à cette occasion).

No comment.

« Dis-moi ce que tu fais… »

A partir du tableau de 2008 (accessible sur le site du JDD ce ne sont pas des données IFOP), j’ai établi des regroupements par activité. Sport, Chanson, Comédie, Télévision. Il reste un cinquième groupe hétérogène que je qualifierais des « Sérieux » : politiciens, société civile et les « icones » (hommes et femmes d’église généralement).

Je me suis basée sur la liste de 2008 mais j’ai fait quelques adaptations, comme mettre Olivier Besancenot dans les hommes politiques (la catégorie « facteur » n’a aucun intérêt ici).

Un classement équilibré serait donc de 20% dans chaque catégorie. Que nenni. En moyenne, on peut noter que la catégorie « Comédie » est sur-représentée avec 37% des personnes choisies étant acteur ou apparenté (films tv ou cinéma mais aussi humoriste. Cas à part assimilé: Robert Hossein).

A contrario, les sportifs et les « sérieux » arrivent péniblement à 14% de représentation en moyenne. Quand ils sont au plus bas à 8%, c’est toujours au bénéfice de la catégorie Comédie en premier et de la catégorie Chanson ensuite. Et quand Sport et Sérieux sont à 20%, Comédie est à 28%.

La catégorie Chanson a crû quasiment régulièrement entre 2000 et 2008, de 12% du total en 2000 à 26% aujourd’hui. (Tiens, c’est IFOP qui fait aussi le Top des meilleures ventes de musique…)
Qui perd? La catégorie Télé (présentateurs d’émissions populaires) fait le chemin inverse : chute de 18% à 14% aujourd’hui.

Dans le même temps les représentants de la société civile ne font plus recette : 3 représentants jusqu’en juillet 2002 (Tapie, Messier, Schwartzenberg mais aussi Bernadette Chirac). Puis 2, puis 1, et 0 en décembre 2003. Seule Florence Aubenas, entre « icône » et journaliste, fait revivre pendant 2 sessions cette catégorie (juillet et décembre 2005) qui depuis reste à 0. Ceci affaiblit la catégorie Sérieux qui semble baisser sur les 16 sondages étudiés.

Les hommes (oui, et les femmes) politiques sont peu représentés. Entre 3 et 6 personnes max par sondage. 9% du total en moyenne. Le Président n’a pas une place réservée (ex: décembre 2005, out Jacques Chirac). Il faut avoir eu un impact médiatique important pour entrer (ex: Ségolène Royal), la politique ne protège pas de la sortie (ex: Nicolas Sarkozy sort entre juillet et décembre 2005). Par contre, les icônes politiques comme Simone Veil peuvent rester longtemps dans le haut du classement ou faire des entrées/sorties régulières comme Bernard Kouchner.

Une des raisons du faible nombre de personnalités politiques dans le palmarès doit être liée à l’existence d’autres outils de sondage spécifiques, en particulier chez le sondeur, IFOP.

La Télé. Catégorie assez stable autour de 15%, même si on peut observer une légère diminution. Catégorie auréolée par Bernard Pivot pendant longtemps. Perso, j’appelle ça la catégorie des « passe-plats ».

Le Sport. Assez peu représenté finalement. 14% en moyenne. Avec de grand écart (8% à 20%). Pour moi, cela correspond à un choix éditorial.

A noter que le nombre de femmes de varie pas avec le nombre de sportifs ou celui des « sérieux ». Il n’y a pas de catégorie spécifiquement masculine ou féminine.

Les « Icônes ». Une ou 2 par sondage. L’Abbé Pierre a tenu longtemps le haut du pavé. Sœur Emmanuelle a été bien seule jusqu’à ce que je lui apporte la compagnie d’Ingrid Betancourt (qui n’est pas « femme politique » en France, mais bien une icône médiatique et quasi-religieuse).
Ah le besoin de sentir que tout ceci n’est pas que futilité.

Les « arts » ou la divine comédie musicale: Comédie+Chanson=57% de représentants en moyenne dans le classement, en augmentation quasi constante (62% en 2008). Comédie+Télé+Chanson=73% en moyenne, 76% en 2008. Ca commence à faire « tilt »?

Et les entrées ?

On sait comment on sort, mais pas pourquoi on entre. A posteriori, on peut arriver à retrouver les évidences : méga carton musical, méga carton cinéma (dernier exemple en date : Dany Boon), méga exploit sportif. Pour les autres… on ne peut que supposer une couverture médiatique particulièrement importante pendant l’inter session et positive (pas de téléréalitistes ou de starlettes over the top, faut du consensuel, coco). Mais pourquoi cette personne plutôt qu’une autre? (pourquoi Rachida Dati entre (et sort aussi d’ailleurs) en juillet 2007). Qu’est-ce qui fait qu’on « passe le cut »? Là est toute la subtilité du processus (qui a dit de la magouille ?).

De la méthode

« Echantillon de 1077 personnes (2008), représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Mode de recueil: Les interviews ont eu lieu en face à face au domicile des personnes interrogées. »

A partir de décembre 2003, l’assiette des sondés a été élargie en passant des « 18 ans et + » aux « 15 ans et + ». Cela n’a pas modifié fondamentalement le contenu de la liste (les entrants en décembre 2003 n’étaient pas « icones des jeunes », à la limite Laetitia Casta et Yannick Noah (et encore!)). Ca a pu jouer par la suite mais à la marge (plus dans le fait de gagner ou perdre une place que d’entrer dans le classement).

On peut toujours essayer de faire parler ce palmarès dans tous les sens. D’ailleurs, dans les derniers comptes-rendus, il y a des mini-tops 10 selon qu’on est homme ou femme, de droite ou de gauche, jeune ou vieux. Passionnant pour découvrir que, Oh my God, Nicolas Sarkozy n’est pas la personnalité préférée des gens de droite en 2008, même pas dans le top 10. Et aussi que les vieux préfèrent les vieux quand les jeunes préfèrent les hommes. Nooon. Quel scoop!

La présentation du questionnaire est assez floue: « les personnes qui comptent et que vous aimez bien ». Suivant que le sondé s’appuie sur le « compte » (Sans Ribéry, les Bleus, y sont foutus), le « aime bien » (ah, oui, Jean-Pierre Pernaut, il a l’air bien gentil) ou le « et » (Dany Boon? C’est un marrant ce gars, mais un bosseur aussi hein, attention, c’est pas qu’un rigolo), chacun doit pouvoir trouver son bonheur dans ce classement.
Euh, qu’est-ce qui se passe si une personne n’est la préférée d’aucun sondé? Est-ce qu’il n’y aurait pas un petit algorithme permettant de prendre en compte les personnes mises dans le paquet « ceux là ça va », avant la sélection des 10 lauréats? Je sens comme un arrière goût wikionesque…

So what ?

Alors, c’est quoi ce truc finalement? C’est le top 50 de « qui tu as vu le plus à la télé et que tu n’as pas eu envie de zapper ». Pas plus. Peut-être moins…

Si ça se trouve, c’est juste la liste des invités potentiels pour « qui veut gagner des millions spécial associations » ou « Vivement Dimanche ». Les plus jeunes (d’esprit) iront chez Arthur.

Le Top 50 des personnalités préférées du JDD

Vous avez peut-être vu qu’hier le JDD a sorti son Top 50 annuel des personnalités préférées des Français, réalisé par l’IFOP. Un classement sur lequel on se dit a priori qu’il est utile de jeter un oeil, par curiosité, pour prendre la température de la société ou pour voir une certaine hiérarchie de « leaders d’opinion ».

Donc voilà, l’événement c’est la deuxième place de Dany Boon, qui ne détrône pas Yannick Noah… Et on voit dans ce Top 50 un beau patchwork de sportifs, de comédiens, de personnalités politiques, de musiciens, de présentateurs télé, de joueurs de poker mais aussi une soeur, une ex-otage et un mannequin-chanteuse-première dame. Tout cela est fort divertissant, jusqu’à ce que l’on lise l’encart méthodo écrit en petit et en italiques :

« Sondage IFOP pour le JDD, réalisé du 10 au 24 juillet 2008, auprès d’un échantillon de 1077 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont eu lieu en face à face au domicile des personnes interrogées. Dans une série de 51 noms, les interviewés ont eu à choisir parmi ceux qu’ils connaissent, les 10 personnalités qui comptent le plus et qu’ils aiment le mieux. Top 50 est une marque déposée par Lagardère Active ».

« Dans une série de 51 noms, les interviewés ont eu à choisir parmi ceux qu’ils connaissent, les 10 personnalités qui comptent le plus et qu’ils aiment le mieux. »

Une série de 51 noms : donc, les 50 personnalités préférées des Français, ce sont les 50 qui arrivent en tête à partir d’une liste de 51 établie par le JDD et l’IFOP.

Autrement dit, les personnalités politiques qui émergent dans le classement (Hulot, Veil, Betancourt, Sarkozy, Besancenot, Royal) ne sont pas celles qui ont été citées spontanément par les Français, mais celles qu’on a choisi pour eux. Celles que le JDD et l’IFOP ont choisi pour eux. Et visiblement, le JDD et l’IFOP ont décidé que Bertrand Delanoë, François Fillon, DSK, Chirac (M et Mme), au hasard, ne feraient pas partie des personnalités préférées des Français.

Idem dans toutes les catégories (dans l’esprit du sondage, pourquoi pas Thuram et Kad Merad ? Florence Aubenas elle n’a pas été séquestrée assez longtemps ?)… Un bien bel exercice. Ha, les sondages…

Il est juste un peu dommage qu’on ne sache pas qui était 51ème, non ?

(retour sur) Eolas et l’affaire de la dénonciation

Si vous suivez l’actualité blogosphèrique de pas trop loin, vous avez certainement su qu’il y a une dizaine de jours, un billet publié chez Maître Eolas (en fait la simple reproduction d’un procès-verbal de police), au sujet d’une assistante sociale dénonçant un sans-papier à Besançon, a fait le tour du web mais surtout des médias.

Initialement reprise par Le Monde, cette information (il s’agit d’une information) a ensuite été reprise par l’AFP puis par les sites Internet de Libération, Le Figaro, 20 MInutes, le Nouvel Obs, le Point et Europe 1. A l’exception du dernier cité, tous ces médias ont cité la source de l’information comme étant Maître Eolas.

Si l’information n’avait pas été émise par un blog, il s’agirait d’un fait médiatique presque ordinaire. Narvic, dont je m’excuse presque de le citer tant il est devenu banal, mais juste, de chanter ses louanges, produit l’analyse suivante de cette propagation médiatique (dans la foulée de Jules de Diner’s Room) :

« Ce vendredi 27 juin 2008 marquera le jour où pour la première fois un blog est reconnu par la presse française comme un média de référence, source d’informations valables et fiables, méritant d’être reprises et diffusées par les médias traditionnels (…)

Peu à peu, la presse commence ainsi à reconnaître que les blogs tiennent une place réelle dans « l’espace médiatique » de l’information. Les lecteurs ne l’avaient pas attendue pour s’en apercevoir. »

Tout juste.

Et quand on a un blog qui s’appelle Internet et Opinion(s) et dont l’objectif est de comprendre ce qu’Internet change à la façon dont nous nous faisons des opinions, donc notamment de comprendre ce qu’Internet change dans le système médiatique, on ne peut pas passer à côté de cet événement.

Ce que nous nous efforçons de faire dans ce billet, c’est de remettre cet événement en contexte pour bien le comprendre.

Si on considère que l’espace médiatique a commencé à avoir une conscience des blogs en 2004, il aura donc fallu 4 ans pour qu’un blog soit repris comme source d’information fiable par un « grand média ».

En plus, il ne s’agit pas de n’importe quel blog : « Journal d’un Avocat », en ligne depuis avril 2004, blog jouissant d’une réputation de premier ordre auprès des blogueurs, troisième du classement Wikio, un auteur qui a même une page de « fans » et un groupe qui lui est consacré sur Facebook.

Autrement dit, un blog doit montrer une patte sacrément blanche pour être considéré comme une source d’information fiable par les médias traditionnels.

Mais pour être considéré comme une source d’information, encore faut-il être un producteur d’informations…

Et c’est en cela que le cas Eolas reste exceptionnel : parce qu’Anatole (le contributeur de Journal d’un Avocat, ce n’est en effet pas Eolas qui a publié lui-même l’information) a publié une véritable information, alors que les blogs restent un domaine privilégié d’expression d’opinions et d’analyses.

A n’en pas douter, il ne se serait pas écoulé 4 ans avant qu’un grand média reprenne un blog, fût-il de référence, si les blogs étaient de vrais producteurs d’information.

Mais ils ne le sont pas, ils sont producteurs d’opinions et d’analyses et sont considérés comme tels. A ce titre, la reconnaissance des médias est, fort heureusement, arrivée plus tôt : Versac tient une tribune dans Les Echos, Eolas himself a été invité à débattre sur France Info, Jaï de Duo and Co a été sollicité par des journalistes pour ses éclairages sur l’affaire de la Société Générale (1)… Quelques exemples existent donc d’utilisation de blogueurs, non pas en tant que blogueurs, mais en tant qu’experts, analystes ou éditorialistes.

Exemples certainement trop pauvres, me direz-vous, et vous aurez raison. Les médias en ligne restent très avares de citations de blogs — relire cette petite étude statistique que nous avions conduite, sur l’utilisation des liens externes par les principaux médias en ligne français : dans le cadre de notre expérience, aucun blog n’était linké s’il n’appartenait pas à la plate-forme de blogs du média en question.

De plus, la figure du blogueur dans les médias est à 99% celle du blogueur et pas celle de l’expert ou de l’analyste : ce sont les papiers sur les leaders d’opinion sur la toile, les revues de web anglés « les blogueurs disent que« …

Avec la reconnaissance d’Eolas comme source d’information médiatique, les exemples sus-cités de blogueurs qui ont réussi à être autre chose que des blogueurs aux yeux des médias, et quelques autres signaux faibles de reconnaissance et d’ouverture (je citerai à ce titre les différentes initiatives d’Eric Mettout pour le compte de l’Express.fr), on peut espérer comme Narvic que le 27 juin 2008 marque effectivement un changement d’attitude des journalistes vis-à-vis des blogs.

Le Monde aura au moins démontré, à cette occasion, que les blogs pouvaient être source d’opportunités rédactionnelles. Et pas seulement une source de concurrence.

(1) et encore Alain Joannès faisait-il remarquer que cela s’était fait tardivement dans la chronologie de l’affaire Kerviel.

10 considérations sur les blogueurs

Issues de quelques années d’observation de la blogosphère, de saines lectures (un exemple), de nombreuses discussions avec d’autres blogueurs, etc. : voici 10 considérations sur les blogueurs, qui vont plus ou moins à contre-courant des perceptions générales.

1. « Les blogueurs », ça n’existe pas.

Le problème de l’utilisation du terme « les blogueurs », c’est qu’il induit qu’on parle d’une population qui, à défaut d’être totalement homogène, recèlerait au moins quelques caractéristiques communes. Mais à part le fait de tenir un blog, on a bien du mal à définir ces caractéristiques universelles du blogueurs.

Les profils des auteurs ? Je reprends de temps en temps cette phrase de José Ferré :

« Les auteurs des blogs sont pêle-mêle adolescents, ex-premier ministre, chefs d’entreprises petites ou grandes, élus locaux, artistes, candidats au suicide, anciens ministres, membres d’associations citoyennes, poètes, hôteliers, journalistes, militants de toutes les causes, amoureux de musique, de littérature, de photographie, amoureux tout court… (…) Tel est le nouveau monde des blogs, inventif, créatif, anarchique, naïf, détestable ou généreux. Parfois talentueux. »

Leur approche rédactionnelle ? Certains blogs décrivent le quotidien, d’autres sont des blogs d’experts ; certains blogs sont analytiques, d’autres reprennent de l’information brute ; certains blogs sont des lieux de destination, d’autres sont des lieux de passage ; certains blogs valent par la plume de leur auteur, d’autres par les conversations qui y ont cours ; certains blogs produisent peu, d’autres énormément ; certains blogs valent tout court, d’autres ne valent rien…

Leurs motivations ? Oui, on a là sûrement un point commun : le blogueur est motivé par un désir de reconnaissance. Reconnaissance qui peut prendre de multiples formes. Mais cela suffit-il à parler des « blogueurs » comme d’un ensemble ?

Au contraire, on est toujours autre chose avant d’être blogueur. Les blogueurs français à plein temps sont une poignée. On est salarié et blogueur, patron et blogueur, journaliste et blogueur, étudiant et blogueur, militant et blogueur, etc. l’attribut « blogueur » ne peut venir qu’en deuxième position.

Bien sûr, on peut dire « les blogueurs », comme on dit « les automobilistes » : mais cela comporte une énorme limite : on en sait pas exactement de quoi on parle. Les blogueurs ne sont pas un ensemble défini comme peuvent l’être les journalistes, qui bien qu’étant un ensemble très hétérogène, sont une profession régie par une charte de déontologie, des études, des pratiques professionnelles, des habitudes, etc.

Rien de tel avec les blogueurs. On n’apprend pas à être blogueur, on pratique le blogging comme on l’entend. C’est d’ailleurs une des raisons qui me font penser que le statut de blogueur est plus enviable que celui de journaliste : la liberté de choisir ses sujets, la liberté de la fréquence de publication, la liberté du contenu sur le fond et sur la forme… Les blogs sont des médias, mais les blogueurs ne sont pas des journalistes.

2. Les blogs forment une longue traîne médiatique.

Le principe de la longue traîne telle que Chris Anderson l’a défini est en gros le suivant : si on classe les biens culturels par ordre de popularité, on s’aperçoit que la distribution traditionnelle se concentre sur un nombre limité de références vendues au-dessus d’un certain seuil ; et que l’e-commerce a permis l’accessibilité à un nombre quasi-illimité de références vendues en très petit nombre.

L’idée est assez facilement transposable au système médiatique : des médias professionnels on et off à gauche (nombre limité + audiences les plus importantes) ; les blogs à droite (nombre illimité et audiences de niche).

L’idée reste schématique puisque des médias professionnels se situeraient dans la partie jaune du schéma et des blogs dans la partie verte, et elle doit être investiguée avec la notion d’audience relative (un certain nombre de blogs ont une audience par article plus que comparable à celle de médias professionnels).

Pour autant, cette idée de longue traîne est une idée clé pour comprendre la blogosphère : nous sommes dans un monde horizontal, éclaté, peu différencié, difficile à lire, peuplé de micro-médias. La blogosphère, c’est d’ailleurs un peu Microcosmos.

3. La blogosphère est média-dépendante (et pas l’inverse)

On a eu beau vanter la possibilité pour tout un chacun de devenir le témoin d’un scoop et le premier sur l’information, l’immense majorité des contenus UGC sur le web, dont les blogs, relèvent du commentaire, du point de vue, de l’analyse, du copier-coller ou de l’expérience personnelle. Pas de l’information. (Carlo Revelli, par exemple, a lancé les enquêtes participatives d’Agoravox pour favoriser l’emergence d’informations plutôt que d’opinions).

Au contraire, les des blogueurs reprennent et commentent les informations… produites par les journalistes. Les médias continuent très largement à faire l’agenda des centres d’intérêt et des conversations des Français. A fortiori ceux de la plupart des réseaux de blogueurs, qui reprennent et commentent l’actualité telle que définie par les médias, avec des préférences pour certains sujets, des absences pour d’autres sujets, mais finalement assez peu de sujets qui leur sont propres (en dehors du sujet… « blogosphère »).

4. Les blogueurs fonctionnent en réseaux affinitaires, pas en communautés

On comprend assez facilement que les blogueurs, comme les internautes, s’organisent et se retrouvent par logiques affinitaires.

On emploie généralement le mot communauté pour décrire ces phénomènes relationnels, mais ce terme est-il le mieux choisi ? En tout cas, les communautés de blogueurs ne sont pas des communautés fermées. On peut être membre de plusieurs groupes affinitaires simultanément, et la légitimité à intégrer un de ces groupes est une affaire de contenu (ce que je raconte) plus que d’identité (ce que je suis). La logique de fonctionnement est une logique de réseau.

A l’arrivée, on a les blogueuses cuisine, les blogueurs buzzmarketing, les geeks, etc. Des groupes (des grappes, d’ailleurs) de plus ou moins grande taille, avec des référents plus ou moins autoritaires, une porosité plus ou moins grande d’un groupe à l’autre… Ces réseaux affinitaires peuvent finalement être représentés comme ceci (image prise chez David Armano) :

5. Les blogs démarrent (éventuellement) des conversations (qui n’en sont pas vraiment)

« Les médias traditionnels envoient des messages, les blogs démarrent des conversations ». Cette maxime qui orne encore aujourd’hui le blog de Loïc Le Meur a marqué les esprits dans la blogosphère et a largement contribué à « faire » l’image des blogs.

On peut admirer le français (« les médias envoient des messages » plutôt que « les médias diffusent des messages »…) ou réfléchir un instant à la fameuse « conversation » sur les blogs (on en avait déjà parlé, à une époque où nous ne comptions qu’une poignée de lecteurs).

De la même façon qu’il faut remettre en question les termes « les blogueurs« , « blogueurs influents« , « communautés« , il faut remettre en question l’idée de « conversation » généralisée. La conversation est un bien rare sur les blogs. Pour plusieurs raisons :

– d’abord, pour qu’il y ait conversation, il faut qu’il y ait un minimum de public participatif. Tous les blogs sont loin de réunir un public participatif minimal et l’idée « je vais faire un blog, je vais avoir des commentaires » est un énorme leurre dans lequel sont tombés beaucoup d’apprentis blogueurs croyant que par la grâce de la magie des blogs, ouvrir un blog signifiait instantanément avoir un public.

– ensuite, et à l’inverse, parce qu’il faut choisir entre audience et conversation. On ne peut pas discuter à 50. Sur les gros blogs, les médias en ligne, etc., la conversation est impossible. On assiste à une somme de commentaires sans fin qui pose d’innombrables problèmes de modération aux éditeurs. Un fil de commentaires n’est pas une conversation.

– Aussi, parce qu’une conversation suppose un esprit constructif qui manque en de nombreux lieux. On a plus souvent de la controverse et de la polémique (stérile de préférence) que de la conversation. Et il suffit parfois d’un seul troller pour gâcher l’équilibre précaire de la conversation.

Enfin, si les conversations existent, ils est tout à fait exact de dire comme Loïc Le Meur que les blogs les démarrent. En revanche il est bien rare qu’elles aillent à leur terme.

Pour deux raisons : 1. chaque nouveau billet vient recouvrir le précédent et interrompt alors largement la conversation en cours. Et 2. les lecteurs qui viennent déposer un commentaire et ne reviennent pas lire le reste du fil ensuite sont souvent plus nombreux que ceux qui reviennent régulièrement voir les réponses à leurs commentaires et répondre aux réponses…

Bref, comme en général les blogueurs ET leurs commentateurs sont finalement plus dans une logique de publication que de discussion, et qu’ils ont rarement la patience de ne faire qu’attendre et participer à la discussion sans republier… on voit beaucoup de conversations avortées.

6. Bloguer n’est pas chronophage, c’est animer un réseau qui l’est

« Bloguer c’est chronophage », « bloguer rend addictif »… Si on veut, oui. Mais il ne faut pas oublier que le blogueur est totalement libre de la façon dont il anime son blog. Tout dépend de ses objectifs. S’il s’agit d’écrire quotidiennement, oui le blog sera chronophage. Mais on peut choisir d’écrire une fois par mois si l’on veut. On peut bloguer pour soi sans vouloir réunir un public.

C’est lorsque l’on souhaite réunir véritablement un public que les choses se compliquent. Ce qui prend du temps, c’est finalement toute la participation à la vie du réseau et pas seulement le fait d’écrire des billets. Bloguer est une activité chronophage, mais au sens où elle suppose de lire les autres, de les commenter, de répondre aux commentaires chez soi, et pas seulement de rédiger des billets.

C’est pour cela que le blog n’est pas juste un outil : faire vivre un blog est un engagement, voire une stratégie.

7. Bloguer est un apprentissage de la modestie

L’idée première du blogueur est, souvent, de diffuser sa science aux autres. Un peu comme lui :

Pourtant, le mécanisme des commentaires fonctionne généralement très vite et permet de constater qu’il y a toujours plus expert que soi, ce qui a vite fait de nous calmer.

Et l’apprentissage de son public, même s’il n’est pas plus expert que soi, fait que l’on se retrouve rapidement à anticiper des réactions, ce qui influence l’écriture. Combien de blogueurs n’ont-ils pas constaté que leur ligne éditoriale avait évolué sous l’influence des commentaires ?

L’apprentissage de la modestie, c’est donc à la fois la découverte que d’autres existent, qu’ils sont plus experts, et qu’il est extrêmement difficile de s’en tenir à son projet initial dans la durée.

8. La propagation des opinions est imprévisible et anarchique

Cette allégation est un des dadas de nombreux webologues (comme par exemple Duncan Watts) : on passe du modèle pyramidal et organisé au modèle… bordélique. Où l’information est passée par ici, où elle repassera peut-être par là… sans que l’on comprenne bien pourquoi et sans qu’on sache véritablement l’anticiper. Beaucoup de « gros » blogueurs se disent d’ailleurs surpris des billets « qui marchent » et de ceux qui « ne marchent pas »…

Alors, que sait-on à propos de la propagation des opinions ?

– que la viralité se propage plus facilement des gros vers les petits que des petits vers les gros. Le problème étant que dans l’univers de la longue traîne, petits et gros sont peu différenciés. La difficulté à modéliser l’information est donc une conséquence de l’horizontalité de la blogosphère, comme nous l’avons évoqué dans le point 2.

– que la viralité dépend des « radars du web ». Les radars du web, ce sont les amplificateurs d’informations, par exemple des blogueurs populaires qui, par le hasard de leurs lectures, vont attirer l’attention sur le billet d’un autre. On a un très bon exemple de ce phénomène avec le billet « De la corruption de la presse » de Novovision, le plus vu de l’histoire de ce blog, qui avait végété avec quelques dizaines de pages vues pendant des semaines, avant de tomber sous des radars et d’être vus 3000 fois en quelques jours. Un phénomène de buzz décrypté par l’auteur, Narvic.

– qu’elle est d’autant plus anarchique dans la blogosphère que les blogueurs n’étant pas des professionnels de l’information, ils n’ont aucune vocation à systématiser ou à « scanner » tout ce qui se dit sur un sujet donné. Le hasard y est donc d’autant plus important que ce sont des « amateurs » qui font et défont les informations qui circulent. A notre niveau sur Internet et Opinion(s), on voit très bien que quelques « gros » blogueurs nous lisent par périodes, puis plus du tout (sinon ils nous reprendraient quotidiennement, c’est sûr 😉 )

– à l’arrivée, et c’était notre réaction à l’étude de Duncan Watts, le succès d’un billet, d’une idée, d’une opinion, dépend peut-être moins (si ce n’est autant) de l’identité de son auteur, que de sa résonance avec la société à un moment donné. Choisir le bon sujet, les bons mots, au bon endroit, au bon moment : les succès dans la blogosphère sont autant affaire de contenu que de canal.

Autant de raisons qui expliquent l’anarchie de la circulation de l’information, mais ne permettent pas de la modéliser.

9. Un blogueur n’EST PAS influent : il PEUT l’être…

Les habitués de ce lieu connaissent ma détestation de l’expression « blogueur influent ». Sans vouloir paraphraser ce que j’ai déjà écrit à ce sujet, être influent c’est avoir la capacité à modifier des représentations ou des opinions d’un public donné. Plusieurs réserves donc à propos de l’expression « blogueur influent » :

– Influent à quelle échelle ? Dire de quelqu’un qu’il est « influent » tout court suppose dans mon esprit qu’il / elle draîne des milliers de fidèles, ce qui n’est généralement pas le cas des blogueurs…

– Etre influent, c’est avoir un public influençable, avoir un ascendant sur son public. Pourquoi pas : si le public est là, c’est qu’il s’intéresse à ce que raconte le blogueur, c’est qu’il est en demande. Mais l’influence est bien un jeu entre un individu et son public, et tous les publics ne se valent pas… D’ailleurs la réaction de beaucoup à ce débat est de dire « ce sont mes lecteurs qui m’influencent« . (mais bon, comme les lecteurs sont souvent des blogueurs… non j’arrête, il ne faut pas compliquer).

On ne peut être écouté que sur 3 ou 4 grandes thématiques, pas davantage. L’influence quand elle existe est donc toujours une influence thématique (untel sera de con conseil pour l’achat de mon prochain plasma) et pas l’espèce d’omnipotence sur laquelle nous fantasmons…

– Enfin et cela rejoint le point 8, l’influence est souvent une affaire de circonstances. Elle ne se décrète pas, elle se constate plus souvent a posteriori (à l’exemple du blogueur Jaï, devenu en quelques jours référent sur les questions de trading au moment de l’affaire Kerviel)

Bref, des blogueurs populaires, oui. Des blogueurs influents, moins. Un blogueur peut être influent, mais selon les sujets, les circonstances, le public. Cela rétrécit la notion de « blogueurs influents » avec laquelle on nous rebat les oreilles.

La popularité du blogueur, elle, est corrélée à plusieurs facteurs. Nous en avions listé 4 :

– Contenu (qualité – expression d’un regard et/ou apport d’informations nouvelles, “potentiel” du sujet traité auprès des lecteurs, différenciation, qualité de la plume)

– Forme (graphisme, mise en page, taille des billets plutôt courte, utilisation d’image et de son)

– Posture (réactivité sur l’information, fréquence d’actualisation, dialogue ou controverse, durée dans le temps)

– Réputation (statut / légitimité de l’auteur dans la vraie vie, réseautage au sein de la blogosphère, RP du blog, effet “winner takes all”)

Avec comme constat global que l’on peut être un blogueur populaire en faisant exception sur un des critères, mais que les blog du haut du classement de Wikio sont généralement performants sur au moins 3 de ces 4 items.

Autrement pour être un blogueur populaire il y a toujours cette solution là :

10. Connaître les blogueurs, c’est conduire à la fois un travail de géographe et d’ethnologue

La connaissance de la blogosphère dans son ensemble suppose plusieurs approches : celle du géographe, qui cartographie cette jungle ; et celle de l’ethnologue, qui connaît les peuples, leurs us et coutumes. Voir notre billet complet à ce sujet.

Il est donc difficile de parler de la blogosphère sans y passer une partie de son temps. Difficile aussi de parler de toute la blogosphère étant donnée la diversité qu’on y trouve. C’est pourquoi je n’exclus pas que certains des points évoqués dans ce billet soient invalidés par des commentateurs avisés.

D’ailleurs, est-ce que ces 10 points suffisent à avoir une compréhension globale de la blogosphère ?

« L’audience relative » des blogs et des médias en ligne : une expérience statistique

Une réflexion sur les notions d’audience et d’influence, totalement expérimentale, que je vous livre.

La notion d’audience dans la presse écrite est relative : quand on dit que le journal Le Monde, par exemple, a une diffusion de 360 000 exemplaires, ou une audience de 2 millions, cela ne signifie pas que 360 000 personnes, ou 2 millions, lisent tous les articles tous les jours.

Les lecteurs font leur shopping, et le principe est que plus il y a de choses à lire, plus il y a de chances pour que la quantité d’information que l’on consomme par rapport à la quantité d’information proposée soit faible.

On peut donc imaginer un indice « d’audience relative » : un indicateur d’audience (diffusion, audience) ramené à la quantité éditoriale produite. Si le Monde produit 100 articles par édition, on a une audience de 2 millions pour 100 articles, soit un indice d’audience relative de de 20 000.

En soi, cela ne veut évidemment pas dire que chaque article du Monde est lu 20 000 fois, mais cela peut permettre d’effectuer des comparaisons entre des médias qui produisent beaucoup et des médias qui produisent peu.

Et ne serait-ce pas un indice, finalement, d’influence ? Ou un indice « d’écoute » ou « d’attention » du lectorat ? (car l’influence, c’est aussi se faire écouter…)

L’influence n’est pas l’audience, mais l’audience est un élément d’influence. On peut écrire peu, mais avoir un public relativement nombreux, fidèle, intéressé, à l’écoute : on sera plutôt influent. On peut écrire de façon stakhanoviste et générer une audience globale importante, mais chaque article sera lu peu de fois, et on sera plutôt pas très influent…

(NDR : ceux qui me connaissent savent à quel point je suis méfiant avec la notion d’influence. Voir ici par exemple. Je privilégie l’analyse qualitative de l’influence, mais sa quantification m’intéresse.)

Si on applique ce raisonnement au web, on peut effectuer des comparaisons entre blogs et sites médias en ligne. Les blogs n’ont en général pas des audiences comparables à celles des sites médias, mais ils écrivent beaucoup moins. Il serait donc très intéressant de pouvoir comparer l’audience relative des blogs et l’audience relative des médias en ligne…

Comment faire ? A partir de là, il faut faire des hypothèses et des choix :

– il faut d’abord récupérer des données d’audience pour les sites et les blogs. On sait que ça n’existe pas. Mais nous faut-il des données d’audience complètes ? Non car après tout, les données d’audience vont être ramenées par rapport à une quantité de production éditoriale et donc ne voudront rien dire en valeur absolue. Le tout est de pouvoir comparer des données, même partielles, pour tous les sites et blogs étudiés.

– C’est exactement ce que Google Reader fournit. En utilisant la fonction « ajouter un abonnement » dans Google Reader, apparaît le nombre d’abonnés au flux RSS en question. Il ne s’agit que des abonnés aux flux via Google Reader, cela ne donne donc qu’une idée très partielle de l’audience d’un site : il manque les abonnés Netvibes ou Bloglines, le trafic direct, le trafic via les moteurs de recherche, le trafic entrant via des clics sur des liens naturels ou publicitaires, etc. Mais encore une fois, on s’en fiche, puisqu’il s’agit juste de comparer des sites entre eux.

– Il manque alors un moyen d’estimer la quantité éditoriale produite par un site. Et là, magie de Google Reader, la même recherche sur « ajouter un abonnement » fait également apparaître le nombre de « publications par semaine ». Sur quelle durée ? Mystère, mais au moins dispose-t-on d’un chiffre.

Ainsi, Internet et Opinion (par exemple), a 36 abonnés Google Reader et publierait en moyenne 4.2 fois par semaine.

A partir de là, on peut s’amuser : comparer le nombre d’abonnés Google Reader entre blogs, entre médias, entre médias et blogs, voir quels médias et quels blogs postent le plus et le moins, etc.

Par exemple, quand on regarde les chiffres à partir des blogs du top 100 du classement Wikio, on voit que le n°16, Biologeek, n’a que 36 abonnés Google Reader. Juste au-dessus, le n°15, Standblog, en a… 2777. Par contre, le même Biologeek n’écrit que 1,6 fois par semaine, ce qui relativise son faible nombre d’abonnés. Le blog de Jean-Marc Morandini compte 841 abonnés… mais publie 183,4 fois par semaine, ce qui relativise son audience. Fred Cavazza, lui, publie 7.5 fois par semaine. Le Monde.fr compte plus de 500 000 abonnés RSS mais publie… 700 fois par semaine. Le blog qui a le plus grand nombre d’abonnés est TechCrunch (21 000), ce qui est autant que Rue89 ; etc.

Pour info, top 10 des blogs par nombre d’abonnés :

1 Techcrunch 21 430
2 KozToujours 18 040
3 Diner’s room 17 844
4 Presse Citron 3 629
5 Journal du geek 2 932
6 Standblog 2 777
7 Zorgloob 2 290
8 Fubiz 2 251
9 Fred Cavazza 1 659
10 Accessoweb2.0 1 489

Top 10 des médias en ligne (étudiés) par nombre d’abonnés au fil de une (seulement le fil de une, sinon je n’ai jamais le temps de faire cet article 😉 ) :

1 L’Equipe 733 194
2 Le Monde 536 681
3 Nouvelobs 141 689
4 Libération 128 491
5 01 Net 97 317
6 Les Inrocks 90 717
7 Clubic 88 070
8 Pcinpact 70 937
9 LCI 38 588
10 Rue89 21 136

Les 10 blogs (étudiés) qui publient le plus (billets par semaine) :

1 Gizmodo 209,1
2 Morandini 183,4
3 Beta politique 107,3
4 Chauffeur de buzz 84
5 TV News 82,4
6 Le blog auto 80,3
7 Journal du geek 74,4
8 The inquirer 58,6
9 Pingoo 55,3
10 GuiM 52,5

Les 10 médias (étudiés) qui publient le plus (par semaine) :

1 Le Figaro 861,2
2 Le Monde 716,6
3 L’Equipe 573,8
4 LCI 561,4
5 LePost 540,6
6 L’Express 513,1
7 Le Parisien 466,7
8 Métro 461,8
9 20 minutes 440,3
10 Nouvelobs 340,7

Bref, à partir de là je me suis amusé (tout à fait, cela m’amuse énormément) à relever le nombre d’abonnés et la fréquence de publication pour :

– les blogs du top 100 de Wikio

– une bonne trentaine de médias en ligne (les plus hauts dans les classements Nielsen et Médiamétrie ; les plus cités par la blogosphère ; les sites média de quelques « grands médias » traditionnels, des pure players emblématiques, etc.)

Un magnifique fichier excel, une formule de calcul, et hop, on a, pour environ 130 blogs et médias en ligne, un « indice d’audience relative ». Qui ne signifie rien en soi mais permet des comparaisons, donc de faire un classement.

Les médias en ligne dominent-ils les blogs ? Voilà ce que ça donne (désolé pour la mise en page, c’est un copié-collé du fichier excel), avec les médias professionnels en gras :

1 KozToujours 3537,3
2 Diner’s room 2317,4
3 01 Net 2306,1
4 Les Inrocks 1727,9
5 L’Equipe 1277,8
6 Le Monde 748,9
7 Clubic 727,3

8 Techcrunch 695,8
9 Pcinpact 562,1
10 Standblog 514,3
11 Nouvelobs 415,9
12 Rue89 408,0
13 Libération 403,7
14 Fubiz 331,0
15 Zorgloob 289,9
16 Doctissimo 283,5
17 Transnets 249,8
18 Révolution web 2.0 en live ! 236,9
19 Fred Cavazza 221,2
20 Technologies du langage 163,3
21 Netvibes.com blog 155,0
22 Agoravox 139,4
23 Presse Citron 122,6
24 Le blog d’abondance 105,5
25 L’internaute 93,5
26 Arrêt sur images 93,2

27 2803 by Henri Labarre 87,2
28 Journal d’un avocat 84,9
29 Emob 81,7
30 Fran6art 74,5
31 Jean-Michel Billaut 69,4
32 LCI 68,7
33 Blogeee.net 65,5
34 Bienbienbien 63,9
35 Intruders TV 63,1
36 Les Echos 58,5
37 Beau à la louche 55,4
38 La République des Livres 49,1
39 Accessoweb2.0 49,1
40 Le journal du net 44,9
41 Trends Now 43,4
42 Papygeek 42,9
43 Futura Sciences 39,5
44 Journal du geek 39,4
45 Jacques Froissant 38,2
46 Iphon 38,0
47 Mashable 37,6
48 WordPress Francophone 36,7
49 Bakchich 35,9
50 Génération NT 35,8
51 Kelblog 34,6
52 Jarodxxx 33,3
53 Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça 33,0
54 Coulisses de Bruxelles 32,2
55 Bleebot blog 31,7
56 Versac 30,1
57 Vinvin entertainment 29,6
58 Le monde du blog 28,5
59 Gonzague Dambricourt 28,3
60 Kick and blog 26,9
61 Embruns 26,9
62 Tapahont 26,5
63 Neteco 25,9
64 Marianne2 25,5
65 3 couleurs 25,0
66 Affordance 23,2
67 Biologeek 22,5
68 Plume de presse 22,4
69 Le Figaro 22,2
70 L’Express 21,8
71 France Football 21,2
72 Contre Journal 20,7
73 Ecrans 20,0
74 L’observatoire des médias 18,6
75 MrBoo.fr 17,6
76 ZDNet 16,3
77 La vie des idées 16,0
78 Veille2com 15,6
79 Cuisine plurielle 15,4
80 Webilus 14,8
81 Actualités de la Recherche en Histoire Visuelle 14,7
82 Adscriptor 14,7
83 Et si c’était bon 14,7
84 Benoît Descary 12,8
85 La Tribune 12,3
86 De source sûre 11,5
87 Loïc Le Meur 11,2
88 Bagatelles 10,8
89 Wikio blog 10,4
90 Papilles et pupilles 10,1
91 Le tiers livre 10,1
92 Le blog auto 9,9
93 Chauffeur de buzz 9,8
94 NTIC 8,7
95 Nowhere else 2.0 8,6
96 Ma vie en Narcisse 8,4
97 Eryn et sa folle cuisine 8,1
98 Choses vues 7,9
99 Chez Clarabel 7,7
100 Crise dans les médias 7,7
101 Ligne et papilles 7,5
102 Contre info 7,4
103 GuiM 7,1
104 Korben 6,3
105 20 minutes 5,1
106 Morandini 4,6
107 Le Point 4,5
108 L’Expansion 4,3
109 Intox2007 4,2
110 Psychologies 4,2
111 Le Parisien 3,5
112 Bozarblog 3,3
113 Pingoo 3,1
114 France2 3,1
115 TV News 2,3
116 Gizmodo 2,0
117 The inquirer 1,9
118 Le vinZ de blog 1,8
119 Partageons mon avis 1,7
120 Beta politique 1,4
121 Marc Vasseur 1,4
122 Peuples.net 1,2
123 Bizet’s blog 1,1
124 Caledosphere 1,0
125 Sarkofrance 1,0
126 Homo Sapiens Internetus 0,7
127 iSubway 0,7
128 MesOpinions.com 0,6
129 LePost 0,6
130 Métro 0,4
131 Investir 0,1
132 Challenges 0,1

Des résultats très très étonnants à mon sens :

– dans le classement très mélangé entre blogs et médias en ligne. Beaucoup de médias en ligne sont assez haut dans le classement ce qui est finalement rassurant pour eux… mais beaucoup sont aussi très, très bas dans le classement…

– dans les chiffres qui montrent des disparités énormes. Pour prendre des concurrents directs, le Figaro a 22 quand le Monde a 748…

– Classement assez moyen de beaucoup de blogueurs « historiques »…

Que faut-il en penser ? Mon ami Koz, 88ème du classement Wikio, est-il en réalité le site le plus influent du web français ? Ne nous emballons pas, il y a de nombreux et sérieux problèmes :

– Fiabilité des données Google Reader ? Il y a forcément un problème, justement, avec Koz : Google Reader indique 18 000 abonnés. Pourquoi pas. mais le Feedburner de Koz mesure 18600 abonnés au total. Or il est rigoureusement impossible qu’il n’y ait pas au moins 3 abonnés Netvibes pour un abonné Google Reader, étant donné l’utilisation faite de ces deux services en France. Google Reader ne peut pas réaliser 97% des abonnements de Koz. Il peut y avoir le même problème pour le deuxième du classement, Diner’s Room.

– Le nombre d’abonnés est biaisé pour les sites proposés par défaut par Google Reader, comme, je crois… TechCrunch

– Quand il y a plusieurs flux pour un même site, faut-il additionner les abonnés à chaque flux, y compris quand le flux est un flux Feedburner ? C’est ce que j’ai fait pour les blogs. Pour les médias en ligne, je me suis arrêté au flux principal, celui des dernières infos, qui est en général le plus important.

– Sur-représentation des sites dans les thématiques High-tech et Internet, dont les lecteurs sont plus facilement utilisateurs de flux RSS

– Enfin un classement thématique serait plus juste : on mélange des torchons et des serviettes. Il faudrait faire le même exercice pour sites et blogs high-tech ; sites et blogs actu générale ; etc.

Quelle est votre analyse ? Voyez-vous des moyens d’améliorer cette méthodologie ?

De mon côté, je ne prends rien de tout ça au pied de la lettre, mais les résultats me semblent intéressants. Je ne sais pas si les explications méthodologiques sont très claires mais la pédagogie de l’évaluation et des chiffres est difficile. Il me semble que la signification d’un indicateur d’audience relative est à chercher du côté de l’influence. Même si l’influence, quand on veut la quantifier, est aussi une affaire :

– d’audience absolue (si, quand même)

– de reconnaissance (le lien entrant étant le signe de reconnaissance sur le web, d’où les méthodes basées sur cette notion : PageRank, Autorité, classement Wikio…)

Sans compter ce qu’on ne peut pas quantifier (l’influence dépend des circonstances, du hasard, des sujets abordés, etc.)

Là où je suis assez sûr de moi, c’est qu’il y a une piste à creuser dans l’analyse de l’audience relative pour mesurer les rapports de force entre médias et blogs.

A qui faites-vous confiance ?

Une nouvelle étude de Forrester apporte des éléments en réponse à la question (qui tue) : « à qui les gens font-ils confiance ? » ?

Les gens en question sont les nord-américains, on se gardera donc de trop généraliser les conclusions à la France dont on connaît les spécificités (comme par exemple, le niveau de confiance relativement faible accordée aux autres sources, d’une manière générale). Mais l’étude est très intéressante et notamment parce que les questions sont posées de façon assez précise :

Jeremiah Owyang de Forrester, sur son blog Web Strategy, insiste sur les deux extrémités du tableau : les gens font confiance à leurs connaissances et ne font pas confiance aux blogueurs. Résultats corrélés par deux autres études nord-américaines présentées dans son billet.

Owyang conclut :

« Que devriez-vous faire ? Transmettez ce billet à votre équipe marketing. Encouragez-la à avoir un dialogue actif et ouvert. Devriez-vous vous concentrer sur les influenceurs de votre marché ? Ou devriez-vous aussi vous concentrer sur les sites d’avis et de notation, où les consommateurs critiquent, lisent, et se font leurs opinions sur la base des avis les uns des autres ? »

Tout cela appelle de nombreux commentaires.

Sur le niveau de confiance accordé aux blogueurs

Un éclairage apparaît très vite dans les commentaires du blog Web Strategy : « les gens font et feront de moins en moins confiance aux blogueurs car les marques sont en train de corrompre le sens naturel des blogs. Les gens voient bien si derrière un blog il y a une marque qui influence le contenu. », écrit une commentatrice.

C’est un vrai sujet et on peut se poser la même question pour la blogosphère française.

Néanmoins, cette dernière place occupée par les blogueurs appelle un autre commentaire : le fait de parler des « blogueurs » en général.

Visiblement Forrester pose la question « faites vous confiance à un avis (« review ») en ligne émis par un blogueur ? ». Mais la blogosphère est vaste et peut comprendre ce qu’on veut par « blogueur » : blogueur expert ? blogueur consommateur ? blogueur enquêteur ? blogueur analyste ? blogueur copieur-colleur ? blogueur farouchement indépendant ? blogueur buzzeur ?…

« Les blogueurs », ça n’existe pas et c’est justement le problème : la blogosphère recouvre des réalités trop différentes pour être considérées comme homogène.

Et du coup, quand on vous demande « faites-vous confiance à un avis blogueur ? » et qu’il faut répondre « oui » ou « non » et pas « ça dépend desquels », vous êtes tenté de répondre non car vous viennent en tête tous les exemples de blogs en qui vous n’auriez pas confiance.

La question posée ne devrait-elle pas être « faites vous confiance à un avis de blogueur que vous connaissez ? A un avis de blogueur expert ? A un avis de blogueur journaliste ? A un avis de blogueur conso ? »… de la même façon que Forrester demande, sur les autres items, si l’on fait confiance à ses connaissances, aux médias, aux experts et aux consommateurs.

Les blogs ne sont pas une catégorie supplémentaire : ils sont un outil qui permet à des connaissances, des médias, des experts et des consommateurs de s’exprimer. Le blog est un accessoire ; être blogueur est un attribut secondaire d’un individu qui est avant tout… autre chose (professionnel, consommateur, salarié, passionné, etc.)

Revenons maintenant à notre étude et autres résultats qui montrent beaucoup de choses intéressantes.

Sur les différents résultats mis en évidence par l’étude de Forrester

Commentaires :

1. Le fait de faire confiance à ses connaissances avant toute chose ne doit pas être une surprise. Mais comment influence-t-on les « connaissances » d’une personne, qui ne sont autres que « les gens » eux-même ?

Cette question relance le débat lancé par Duncan Watts et dont nous avions parlé il y a quelques semaines : le marketing de masse n’est-il finalement pas plus efficace que le marketing de niche

2. Mais qui donc arrive en deuxième place ? Les bons vieux médias traditionnels, pas si morts et enterrés qu’on voudrait bien le croire. Avec un score de confiance de 75%, ils ne sont pas loin de la confiance qu’on accorde aux connaissances (83%). Bon, il s’agit du marché nord-américain… Mais voilà qui renforce l’intérêt stratégique des relations presse.

3. A noter, l’énorme gap qui sépare la confiance accordée aux médias traditionnels (75%, donc) et aux éditeurs de sites de contenu (49%). Même problème ici que pour « les blogueurs », sans doute : les sites de contenu recouvrent des réalités trop hétérogènes pour obtenir des scores de confiance élevés.

4. Mais qui donc arrive en troisième place ? Le site du fabricant ! Devant les avis d’experts, devant les avis consommateurs… Les sites de marques sont loin d’être hors jeu (au niveau réputation), une étude française de TNS Sofres l’avait également montré.

5. Viennent ensuite les avis d’experts et de consommateurs (pairs). Pour Josh Bernoff de Forrester,

« un des points les plus intéressants est de voir combien de personnes font confiance aux avis de consommateurs qu’ils n’ont jamais rencontré ».

Et de poursuivre : « Pourquoi faire confiance à des inconnus ? Les gens ne font pas confiance à des inconnus. Pas en tant qu’individus. Mais en tant que groupes, oui. (…) Si 100 personnes disent qu’une sacoche à ordinateur est de mauvaise qualité, alors elle est de mauvaise qualité »

(Ajoutons à cette « loi du nombre » que l’influence des avis consommateurs dépend aussi de la force persuasive de l’argumentation utilisée.)

La conclusion pour Josh Bernoff est que, si les consommateurs apprécient votre produit, il faut les encourager à s’exprimer (systèmes de notation en ligne, espaces de commentaires…) ; et s’ils ne l’apprécient pas, il faut… améliorer le produit.

6. Les connaissances en première place, les médias en deuxième place, les marques en troisième place… Ce qui me semble vraiment frappant ici, c’est de voir que les « institutions » médias et marques, pourtant mises à mal, occupent deux places sur le podium.

N’est-ce pas parce que dans le monde horizontal de la longue traîne, on a besoin de repères, de référents bien identifiés ?

Alors, pour paraphraser Jeremiah Owyang et répondre à la question » après avoir vu cette étude, que devriez-vous faire ? » : transmettez ce billet à vos équipes marketing et communication, ayez un dialogue actif et ouvert. Evaluez votre stratégie influenceurs et posez-vous la question de savoir à quels médias et blogs vous devriez vraiment parler. Evaluez votre crédibilité en tant qu’émetteur d’information (site de marque ou autres). Et oui, posez-vous la question de savoir si vous ne devriez pas vous concentrer vers les sites où les consommateurs s’expriment et se font leurs opinions et encouragez-les à s’exprimer. Aucune de ces questions n’a moins d’importance que les autres.

On/off line : le grand écart d’une « e-maman » infanticide

Prendre un fait-divers pour un pense-bête n’est pas de très bon goût. Mais l’exemple est suffisamment marquant et frappant pour interpeler : un leader d’opinion en ligne n’est pas forcément un leader d’opinion dans sa vie quotidienne. L’homologie entre on et off line est à prendre avec précaution. Le grand écart peut être même de mise comme le révèle l’histoire de cette mère racontée par Mourad Guichard dans Libération : « Sophie, mère infanticide dans la vie, mère modèle sur Internet ».

Extraits :

Quand elle quitte le foyer maternel, quelques mois après la naissance de Julien, Sophie s’équipe de matériel informatique. Elle découvre sur le site web Doctissimo, un forum de discussion pour futures mamans. Elle tchatte avec les Loirettes, un groupe de filles, et devient la référente de ce forum. Celle qui a déjà une expérience, qui possède les codes pour comprendre les tout-petits. Disponible, reconnue, Sophie devient incontournable. Elle passe des heures devant son écran. La nuit, essentiellement. Pendant ce temps, Julien est alité. Il parle peu, ne se plaint pas. Sophie le soupçonne d’autisme. Aucun médecin ne confirme ce diagnostic.

(…) Après avoir sous-alimenté Julien au point de provoquer sa mort, Sophie reprend ses tchats sur le Net. Elle retrouve ses copines sur le forum, comme si de rien n’était, et poste des commentaires, des photos, des films. Pendant près d’un mois, Julien mort et enterré, elle se trouve une nouvelle vie. Virtuelle celle-ci.

Ce cas est indéniablement pathologique. Il ne faudrait pas pour autant en conclure qu’il est l’exception qui confirme la règle. Cette histoire extrême nous montre à quel point la virtualité d’Internet peut cacher des réalités individuelles et sociales bien différentes.

Certains d’entre vous connaissent ou se souviennent peut-être de Peter Harris. Cet homme de 56 ans est un membres d’Amazon parmi les plus influents. Mais son profil social le classe parmi les désafilliés : chômeur et vit de manière assez recluse. Et pour couronner le tout, selon le Telegraph, il n’aurait même pas de connexion internet chez lui (il va à la bibliothèque pour mettre en ligne ses critiques).

Alors même que la notion d' »influenceurs » en ligne est abondamment discutée jusqu’à en devenir un marronnier, il faut être encore plus prudent sur l’influence de ces influenceurs on line dans leur vie quotidienne.