Archives de Catégorie: Leaders d’opinions

Le Medef, l’UIMM et les blogueurs

Dans les relations publiques, on est tous amené à répondre à la question qui tue : « ça sert à quoi ce que vous faites ? ». Parmi les (bonnes) réponses possibles, j’insiste souvent sur un point : tisser des liens c’est aussi faire de la prévention de crise. Le jour où on a un problème, il vaut mieux que les commentateurs nous connaissent plutôt qu’ils n’aient jamais entendu parler de nous.

Illustration dans l’actualité avec Versac qui note sur les Echos.fr qu’entre le Medef et l’UIMM, c’est le Medef qui recueille les opinions favorables des blogueurs y compris à gauche. Gilles Klein se souvient avec raison que le Medef a multiplié les initiatives à destination de la blogosphère, alors que l’UIMM est au choix invisible ou opaque… Ceci expliquant cela ?

Comme le remarque Versac (sur son blog cette fois), l’affaire de l’UIMM est commentée bien au-delà du cercle de blogueurs avec qui le Medef a tisssé des liens : il ne faudrait donc pas en conclure que les seules RP du Medef lui garantissent « l’advocacy » des « leaders d’opinion » de la blogosphère. C’est loin d’être juste une question de communication, c’est aussi une question d’attitude et de fond : on préfère celui qui est engagé dans une démarche d’ouverture que celui qui est replié sur lui-même.

Mais les relations tissées depuis plus ou moins deux ans par le Medef avec des blogueurs apportent une pierre à cet édifice : on entend plus facilement l’argument de celui qu’on connaît que de celui qu’on ne connaît pas. La communication ne fait pas tout, elle traduit une attitude d’ouverture. Si on a de quoi justifier une attitude d’ouverture, on a beaucoup de cartes en mains. Si on n’a pas de quoi la justifier, mieux vaut éviter de communiquer pour communiquer. Il s’agit bel et bien de jouer le jeu.

Publicités

Vidéo de la semaine : les casse-cous de la Défense

Cette semaine il ne s’agit pas d’une vidéo choisie pour ses vertus pédagogiques sur le web 2.0, mais parce que l’analyse de sa propagation et des commentaires associés me semble intéressante.

Cette vidéo que j’ai découverte en début de mois est l’une des plus impressionnantes que j’ai pu voir en ligne (ou même dans le zapping TV) et ne cesse de me terrifier. Mais étant persuadé que les lecteurs d’Internet et Opinion(s) sont des gens responsables qui ne vont pas reproduire ces comportements ni montrer ces images à leurs enfants :-), je me permets de la montrer. [par contre merci à Agoravox de ne pas reprendre ce billet]

Passé le frisson, un peu d’analyse (analyse de buzz diront certains).

Historique et visibilité sur DailyMotion

La vidéo originale (prise en mai 2007) a d’abord été postée le 13 janvier 2008 sur DailyMotion par un certain Johnleouf3 qui semble être l’un des 3 casse-cous.

Un gros mois plus tard, cette version intitulée « Grue Défense 2007 Bassequal » a été vue environ 15 000 fois. Mais elle a aussi été republiée par d’autres, dont Yom de Suchablog. Cette version republiée cette fois sous le nom de « 3 abrutis font des tractions en haut d’une grue » a elle été vue environ 40 000 fois et c’est la version la plus utilisée par les blogueurs qui l’ont postée. C’est aussi celle qui sort en premier lorsque l’on tape « grue » dans DailyMotion.

Les autres republications de cette vidéo n’ont pas été vues plus de 1000 fois et sont plus difficiles à trouver.

Premiers enseignements

Au total donc et au bout d’un mois, la vidéo a donc été vue environ 60 000 fois sur DailyMotion (ça ne me semble vraiment pas énorme au vu du contenu). Une version fait les deux tiers des visites et le reste se partage des miettes : on voit un effet, comme souvent sur Internet, « vainqueur prend tout ».

La version de Yom est la plus vue car elle a été publiée sur Suchablog, pas parce qu’elle a été mieux taguée. On voit donc aussi qu’une information (en l’occurrence, une vidéo), pour se propager, a besoin « d’amplificateurs » (en l’occurrence, Yom) qui s’appuient sur une audience. On voit aussi plusieurs niveaux d’amplificateurs puisque Yom cite sa source comme étant Koreus.

(Vous verrez le même raisonnement sur un autre exemple en lisant ce billet de Narvic de Novovision, qui analyse le trafic soudain et inattendu sur un de ses billets, 3 semaines après sa publication – l’amplificateur étant dans son cas Embruns).

Ces amplificateurs n’ont pas nécessairement pour fonction de transformer le message ou l’information – quoique, pour revenir à notre vidéo, c’est ce que fait Yom en décrivant les 3 casse-cous comme des « abrutis ».

Par ailleurs Yom a posté le 25 janvier, il a donc fallu 2 petites semaines pour que la vidéo originale trouve son « amplificateur » qui lui a fait rencontrer un plus large public.

Sur YouTube

La vidéo est également postée sur Youtube en 5 ou 6 versions différentes et raccourcies, où elle a été vue à ce jour environ 400 000 fois (7 fois plus que sur DM, ce qui rappelle la différence de marché entre l’américain et le français).

Là aussi, l’une des versions fait environ les 3/4 des vues totales (intitulée « Pull ups on top of a crane »). Là aussi ce n’est pas la première version postée : la plus vue est postée le 27 janvier, mais une autre version est postée sur YT dès le 24 janvier.

Mêmes conclusions : le vainqueur prend tout et l’accès au public le plus large dépend du « coup de pouce » d’un amplificateur (ou influenceur, si vous voulez). Ce qui ne veut pas dire que si Yom (2243 fans sur DailyMotion) poste votre vidéo, elle va automatiquement exploser (un bon nombre de ses vidéos n’ont pas été vues plus de 1000 fois).

Qui sont les « amplificateurs » ?

Il est également intéressant de comparer les profils des « amplificateurs » sur DailyMotion et YouTube. Sur DailyMotion, Yom est très bien identifié : c’est un blogueur et un Dailymotioner forcené (près de 1000 vidéos postées, 2243 fans donc).

Le profil de VRIESSS, qui a posté la version de référence (vue 300 000 fois) sur YouTube est différent. VRIESSS, qui est français et qui a aussi me semble-t-il un profil DailyMotion, n’a pas un public comme Yom. Que ce soit sur DailyMotion ou YouTube, il est un utilisateur régulier mais plus confidentiel (18 fans sur YouTube).

Qu’est-ce qui a donc fait que la version de VRIESSS soit celle qui a été vue plus de 300 000 fois ? Ce ne sont pas non plus les tags qui ne me semblent pas optimaux. Je n’ai pas trouvé la réponse. Mystères et joies de la viralité ? Par contre, ce qu’on peut observer, ce sont les reprises de la vidéo dans des blogs (version VRIESSS/ YouTube) grâce à Viral Vidéo Chart :

VVC grue vriesss

Il est enfin intéressant également de jeter un oeil aux commentaires associés aux vidéos.

On voit sur la version initiale postée sur DailyMotion par Johnleouf3 que les premiers commentateurs sont des proches des 3 casse-cous (« alors vous avez fini par mettre cette vidéo en ligne… »). Johnleouf3 lui-même intervient dans les commentaires, pour préciser que les 3 énergumènes ont 15 ans d’alpinisme dont 13 en option sans corde derrière eux. Un élément d’importance mais qui sera vite recouvert par le flot de commentaires et devient ensuite invisible et inaudible.

A partir de là, on voit s’organiser les différent registres de discours dans les commentaires :

– l’effroi, qui provoque l’admiration ou le respect – souvent évoqué en rendant hommage à la « virilité » de nos 3 casse-cous

– l’effroi, mais qui cette fois provoque des discours à caractère moral sur cette prise de risque. C’est le registre de l’irresponsabilité : non seulement celle des acteurs de la vidéo qui jouent avec leur vie, mais aussi celle, quoiqu’à la marge, de DailyMotion et YouTube qui en rendant la vidéo accessible peuvent faciliter l’imitation de ce comportement– contenu dénoncé par certains utilisateurs sans que l’hébergeur retire la vidéo… Ceci dit, si l’on trouve « l’incitation à la violence » dans les motifs de prohibition d’une vidéo sur DailyMotion, je ne vois pas le « comportement à risque » dans les vidéos à bannir… Et pas davantage sur YouTube.

– l’humour (« peut mieux faire », etc.)

– le hoax (« l’un d’entre eux s’est tué », « ils ont été redescendus par des pompiers »…)

– l’incrédulité (« cette vidéo est un fake »)

– plus marginalement, le rapprochement avec le PSG : le choix de la musique et l’insertion d’une image du Parc des Princes avec un son du Kop of Boulogne semble en effet révéler les préférences footballistiques des grimpeurs. D’où des commentateurs qui se voient confirmer que les supporters du PSG sont des abrutis.

La spécificité des commentaires sur YouTube me semble être celle de généraliser (dans une assez importante proportion) l’exploit aux Français en général. En clair, le commentateur de YouTube se dit que les Français ont de sacrées c……s. Ou comment, sans le vouloir, les casse-cous auront oeuvré à l’image de la France dans le monde 🙂

Que conclure de tout ça ? Plein de choses, assez connues mais qui sont bonnes à rappeler :

– La « viralité » peut prendre son temps
– L’essentiel de la visibilité d’une vidéo se focalise sur un petit nombre de versions de la vidéo (dans ce cas, sur DM comme sur YT, la vidéo de référence fait +/- 70% des vues)
– La visibilité dépend des « amplificateurs », mais la possibilité de toucher un « amplificateur » par le viral est aléatoire
– Les amplificateurs existent sur plusieurs niveaux
– Les amplificateurs peuvent transformer le message
– La viralité est imprévisible et dépend de peu de choses ; ce n’est pas forcément celui qu’on croit qui sera l’amplificateur, ni dans les proportions que l’on croit
– les tags ne semblent pas faire une différence fondamentale ici
– Une information importante qui n’est pas dans la vidéo sera totalement inaudible dans les commentaires
– Les opinions se polarisent autour du pour / contre, vrai / faux et de l’humour.

Prochain buzz à suivre : celui-ci. Vidéo prise samedi 23 février, vue 6 ou 8000 fois à l’heure où j’écris, mais déjà publiée 15 fois sur DailyMotion…

« Blogueurs influents »

Ci-dessous un commentaire que je viens de laisser chez Embruns, qui s’attaque à la notion de « blogueur influent ». Forcément un sujet qui nous touche de près, sur ce blog dont la première vocation est de comprendre comment Internet agit sur nos opinions… Les « blogueurs influents », une notion communément admise (7900 résultats Google), facile à manier mais trompeuse, que nous avions évoquée ici ou .

La plupart de ceux qui utilisent l’expression « blogueurs influents » qui moi aussi m’exaspère ne savent pas définir l’influence. Proposition de définition : l’influence, c’est la capacité à modifier les représentations / opinions / comportements d’un public.

Ca suppose deux choses : un public influençable (je suis influent si ce public me reconnaît une expertise supérieure à la sienne) et un périmètre d’influence bien défini (on ne peut reconnaître à un individu donné qu’un nombre limité de champs d’expertise, 3 ou 4 maximum).

Etre influent, c’est aussi beaucoup une affaire de circonstances, c’est savoir dire ce qu’un public a besoin d’entendre à un moment donné. Pourquoi pas des blogueurs influents… mais seulement sur un sujet donné, auprès d’un public donné, à un moment donné. Ce qui rétrécit déjà beaucoup la notion d’influence.

L’influence n’est pas un truc qui se décrète, c’est au contraire quelque chose que l’on constate souvent a posteriori : untel a été influent sur tel sujet. Ca arrive rarement. C’est – par exemple – peut-être un peu le cas de Jaï sur le cas de la Société Générale. Blogueur « inconnu » en dehors de son milieu avant l’affaire, il a été remarqué par un public (un peu) plus large par ses éclairages qui tendent à crédibiliser le discours officiel de la banque. Jaï a peut-être été un peu influent à un moment donné sur un cas donné et auprès d’un public donné (dont des journalistes).

Enfin l’influence c’est plutôt celle des médias auprès des blogueurs, ne serait-ce que parce qu’ils font largement l’agenda. Le fait que les « grands » médias se mettent à commenter ce qui se dit dans la blogosphère peut conférer une influence à certains, mais cela confirme la média-dépendance d’Internet.

De Roland Cayrol à Christiane Chirikoff : ce qu’Internet a changé

Les conclusions qui vont suivre ce billet sont bien connues des lecteurs assidus de ce blog. Je souhaite simplement vous soumettre un parallèle entre deux faits divers et leur publicité à 10 années d’intervalle.

Jeudi 7 février, une internaute Christiane Chirikoff délivre le témoignage édifiant et inquiétant de la mésaventure d’une de ses connaissances mexicaines : comment, par un concours de circonstances (euphémisme) Maria se retrouve expulsée de France sans jamais avoir pu sortir de l’aéroport.

Un leader d’opinion bien connu de tous les Français, Roland Cayrol, sondeur pour plateaux médiatiques, a vécu une histoire assez proche. C’était il y a maintenant dix ans (et oui, j’ai une bonne mémoire). Il racontait comment sa femme avait été arrêtée à l’aéroport de Philadelphie (par un concours de circonstances – une histoire de jambe dans le plâtre) et sévèrement molestée par la police américaine. Son témoignage était paru dans le journal Le Monde, sous le titre « Un fait divers à Philadelphie ».

Ce genre de mésaventures, aussi désagréables soient-elles, arrivent à tout le monde. La différence, entre 1998 et 2008, concerne leur publicité. Ne fallait-il pas s’appeler Roland Cayrol pour pouvoir accéder aux pages Opinions du Monde ?

Et pour justifier de sa présence dans les pages Opinions, il explique pourquoi il fait publiquement ce témoignage (sa femme a produit une série documentaire sur les Etats-Unis, il est enseignant aux States depuis 25 ans, il diagnostique la détérioration des droits de l’homme outre-atlantique, etc.). (même sa prise de parole à lui ne va pas de soi). Le témoignage de Christiane aurait eu lui, au mieux, sa place dans un courrier des lecteurs ou un rôle de déclencheur d’alerte pour une enquête journalistique. Plus raisonnablement, il serait passé aux oubliettes car invisible. Difficile de se faire entendre dans les médias.

Ces deux fais divers et leurs mises en publicité, nous montrent bien les reconfigurations du système médiatique et celles de la prise de parole dans l’espace public. Et dans ce cas précis, le témoignage de Christiane est tout aussi important que celui de Roland Cayrol. Entre Philadelphie 1998 et Roissy 2008, Internet a démocratisé la prise de parole. Qui s’en offusquerait ?

Echange dix marketeurs « on-line » contre un Duncan Watts

La puce m’est venue à l’oreille grâce à Fred Cavazza. L’article de Fast Company, « Is the Tipping Point Toast ? », est une enquête autour des travaux de Duncan Watts – auteur de Six Degrees et sûrement un des meilleurs spécialistes des questions de réseaux et de la viralité sur la toile.

Outre une présentation et une discussion de ses travaux universitaires et de ses développements chez Yahoo!, Duncan Watts se lâche sur les marketers on line et ces évangélistes qui chantent les louanges des nouveaux prophètes, les e-influenceurs.

Investir dans la viralité, en faire un objectif premier de sa communication c’est se planter, martèle Watts tout au long de l’article. Et ceci, pour deux raisons principales :

  1. les e-influenceurs n’influencent pas toujours. Il existe des leaders d’opinion. Cela ne fait aucun doute. Affirmer le contraire est grossier et stupide. Mais croire qu’ils influencent urbi et orbi l’est encore plus. Le leadership d’opinion ne signifie pas l’influence. D’autre part, les solutions du type panel d’influenceurs sont contredites par les études de marketing depuis 50 ans (on est très rarement leader sur plus de 5 types de produits/secteurs d’activité). Dès lors, est-il raisonnable d’investir dans une campagne de viralité dont on ne contrôle pas grand chose ?
  2. le monde social est trop complexe. Duncan Watts qualifie d’anarchiques les réseaux sociaux. Impossible selon lui d’avoir un modèle de viralité et de dissémination de l’information. Dès lors, est-il raisonnable d’investir dans une campagne dont on est sûr de ne rien contrôler ?

Voilà pour le résumé maladroit de ses propos (bien plus riches dans l’article : je vous laisse découvrir le mix marketing proposé par Duncan Watts, somme toute très classique). Je me permets de rajouter quelques remarques en vrac :

  • même si on influence en ligne, on n’influence pas forcément off line. Cette articulation on/off line est un angle mort des recherches sur le sujet.
  • les marketeux français semblent avoir la tête tournée vers les US. Les exemples que j’entends ou lis sont des exemples outre-atlantique. Or, quand on connaît les différences culturelles sur ce genre de questions (cf. la sociabilité alimentaire par exemple), les résultats ou les transpositions de conclusions anglo-saxonnes sont à prendre avec beaucoup de pincettes. Les marketeurs et stratèges français sont assez myopes sur les propres caractéristiques de leur public, les Français.

Enfin, n’hésitez pas à lire les commentaires chez Cavazza qui sont aussi très instructifs. Certains y retrouveront une mélodie bien connue ici et fredonnée par notre ténor en titre, François Guillot.

L’affaire Société Générale : l’enseignement du rôle des blogs d’expert

Que nous apprend l’affaire de la Société Générale au sujet des phénomènes d’opinion sur le web ? Au-delà des traditionnels détournements, le principal enseignement me semble être celui du rôle des blogs d’expert, très bien résumé par Alain Joannes :

« Le fait de pouvoir suivre quasiment en temps réel des débats entre des professionnels du trading sur les agissements supposés du salarié de la Société Générale est quelque chose qui n’a jamais existé.

Aucun journaliste n’a jamais eu, pendant une enquête, une dizaine d’experts en train de s’expliquer publiquement – donc de lui expliquer – des mécanismes aussi compliqués que ceux des arbitrages sur les produits dérivés. »

On voit donc très bien l’importance que peuvent jouer des blogs auprès des médias « traditionnels » pour contribuer à diffuser largement un point de vue. Le blogueur expert éclaire le journaliste (moins expert) qui a son tour éclaire l’opinion (pas experte).

Les experts sectoriels ne sont plus une poignée d’individus médiatiques ayant des relations, mais des spécialistes, qui par une compétence technique ou analytique, apportent un éclairage. Ce que le web 2.0 change, c’est l’accessibilité à cette expertise, sa disponibilité. Encore faut-il s’en servir : l’analyse à froid du traitement médiatique de la crise nous montrera jusqu’où les journalistes ont, ou n’ont pas, intégré la richesse du web…

J’ajouterais que ce cas nous aide à relativiser le concept tarte à la crème de blogueurs « leaders d’opinion » ou de « blogs influents » : quand on est leader d’opinion, on l’est sur un champ thématique relativement restreint et dans un contexte donné. Parce qu’on est expert dans ce domaine. C’est le cas, dans le domaine de la finance, de blogs cités par Alain Joannes, comme Duo&Co.

Le Docteur House est demandé en amphi

Il y a quelques jours je revenais sur l’effet 24h auprès d’un de ses publics sûrement les plus sensibles, les jeunes officiers américains. Télérama nous propose cette semaine une double page à propos du nouveau médecin à la mode, le docteur House. On peut y lire le témoignage de Sabine Sarnacki, professeur de chirurgie pédiatrique à l’hôpital Necker.
Si vous vous intéressez aux métamorphoses de la pratique médicale, vous savez sûrement qu’on reproche au corps médical d’être trop gourmand en nouvelles technologies pour traiter des cas qui, pour certains, sont tout à fait décelables autrement. Credo d’une référence comme Didier Sicard du CCNE, c’est aussi un constat partagé par ce professeur interrogé par Télérama :

« nos étudiants ont balayé la sémiologie à cause du pouvoir de la technologie. Imagerie, scanner, IRM, biologie moléculaire, c’est leur leitmotiv ».

Et que dit-elle à propos de notre bon (enfin, exécrable) docteur maison ?

« Aujourd’hui pour accrocher les étudiants en restant dans leurs univers, je leur dis : voilà un cas pour le docteur House. Pour qu’ils commencent à regarder la sémiologie que cette fichue technique met au rancart. Et pour leur montrer que le métier qu’ils veulent faire est bien celui-là, et qu’il est excitant ».

Ou comment augmenter son pouvoir de persuasion grâce à une série américaine, plébiscitée par ce public encore jeune et inexpérimenté (qui est peut-être vu plus de malades à la télé qu’en vrai)… CQFD ?

Un pour cent ou la pyramide de la participation (la vieillerie du mois)

The 1% Rule : Charting citizen participation, un billet signé Ben McConnell et qui date d’un peu moins de deux ans, nous donnait quelques informations sur la répartition des pratiques des internautes qui consultent sur les sites participatifs.

Cette règle n’est pas à prendre au pieds de la lettre, mais on tourne toujours autour de chiffres très explicites et en tout cas bien éloignés de la sagesse des foules, terme cher à certains observateurs du net. C’est toujours une minorité qui se révèle active (cf aussi un de nos anciens billets) : pour 100 d’internautes connectés à un site, 1 seul sera producteur de contenu. Ce qui fait relativiser de facto l’horizon optimiste du tout communautaire. On peut comprendre la bonne intention de créer une communauté ad hoc. Mais, sa réalisation et son animation vous font vite revenir sur terre.

Rien de nouveau pour ceux qui suivent assidument l’actualité web mais c’est toujours le genre de billet qu’il est bon de relire et de savourer à la lumière de cette nouvelle année qui s’annonce.

Mais que voyons-nous ? Quand Alain Finkielkraut disserte sur France Inter

Nicolas Demorand garde de bons réflexes de ses petits matins sur France Culture. Il aime inviter, ponctuellement, dans le 7-9 d’Inter ceux que l’on nomme vaguement des intellectuels.

Le micro était aujourd’hui ouvert au professeur de philosophie à Polytechnique, producteur à France Culture et essayiste, Alain Finkielkraut. L’invitation faisait suite aux voeux présidentiels, placés sous le signe de « la politique de civilisation ». En regard, Alain Finkielkraut a disserté sur une société française non seulement en crise mais prise dans un processus de dé-civilisation.

Je serais bien mal placé pour juger du fond de ses idées. Ce qui m’a interrogé concerne plutôt sa démonstration et son argumentation, sa manière de diagnostiquer cette crise.

« Expliquer c’est chercher des signes » commence-t-il pour ouvrir son argumentation. Il prend alors trois exemples « de l’actualité » :

  1. Lecture d’un article du journal Le Monde qui relate la vie d’un émigré du Bénin qui a déménagé de « sa cité » en raison de « l’enfer » dans lequel il vivait (propreté, bruit, impunité des jeunes). « Le bruit c’est la dé-civilisation en acte » conclut-il.
  2. Le coup de colère destructeur de Bartabas au sein de la DRAC Île de France. « Après ce saccage, il continue à demander du respect. Cet homme qui aurait du réintroduire les valeurs chevaleresques dans la civilisation bourgeoise se comporte ainsi ».
  3. « Mais le troisième exemple est le pire parce que là il concerne les classes dominantes d’aujourd’hui », une émission de Thierry Ardisson sur Canal +. On y décerne les Aliens d’Or. Des personnalités mortes dans l’année (Pavarotti, Noiret, Lustiger…) ils choisissent celle qui les a le moins touché. « En ricanant, ils disent tous Lustiger et c’est très drôle ». « Et ça, si vous voulez, c’est la catastrophe du rire ».

En conclusion  » Oui, Oui on est dans un processus de dé-civilisation au moment où au rire de l’humour succède l’hilarité comme convulsion (…) affirmation du droit à l’abjection, invitation constante à la bassesse ». Quittons là A. Finkielkrault qui passe ensuite à des considérations plus politiques.

Deux remarques me viennent en tête :

  • Le philosophe commente l’actualité sans jamais s’interroger sur la manière dont elle lui arrive. Il cite le journal Le Monde, Canal +… Alain Finkielkraut privilégie systématiquement (il suffit de l’écouter sur France Culture) le médiatique contre le scientifique; l’actualité contre des résultats d’enquêtes, de recherche, etc. Dès lors, le regard qu’on porte sur une société doit être relativisé, pondéré. Alain Finkielkraut ne regarde peut-être pas tant la société que les médias regardant la société.
  • D’autre part, le philosophe utilise un jeux de focales sidérant. Il part d’un cas pour en trouver une résonance générale à l’échelle de « La société ». Là aussi il privilégie le symptomatique à l’empirique. Il développe une philosophie du fait divers (rien de péjoratif à cela, mais il faut juste remettre les choses à leur place).

Ses interventions doivent nous inviter à nous questionner sur la manière dont nous parlons de « La Société », comment se forme nos opinions sur tel ou tel sujet. Que voyons-nous de la vie de nos concitoyens, ceux avec qui nous vivons, que nous croisons et qui nous ressemblent ou nous diffèrent, plus ou moins ? Alain Finkielkraut est-il un bon exemple de la boulimie médiatique de nombreux leaders d’opinions qui ne savent pas (ou plus) regarder la société autrement ?

En 2007, j’ai raté… La première hotline communautaire française

Pour ceux qui, comme moi, n’avaient encore aucune idée de cette nouvelle application il y a encore deux semaines, je rappelle que l’initiative en revient à PriceMinister en partenariat avec Wengo (et je me permets de vous lancer sur la piste de patamiel). Ce développement est un nouvel exemple (et pas des moindres, je trouve) des solutions offertes à l’internaute pour obtenir des renseignements et informations sur un produit ou un service. On voit à quel point peut se développer une économie de la recommandation interpersonnelle (et en bonus, un petit papier de Neteco).

Après une phase beta lancée à la mi-2007, Price Minister et Wengo ont recruté plusieurs centaines de conseillers capables de répondre très rapidement aux autres internautes. Laissons pour quelques lignes la parole au communiqué de presse des deux entreprises :

Ces Conseillers PriceMinister sont des membres du site qui souhaitent faire profiter aux membres de la communauté de leurs compétences dans un domaine particulier. Pour cela, ils ont créé leur compte « Conseiller PriceMinister » sur la plateforme Wengo dédiée, et proposent leurs conseils gratuitement ou contre une rémunération qu’ils fixent eux-mêmes.

Ce sont des particuliers ou des professionnels, qui sont par ailleurs des experts dans des domaines variés : produits culturels (livres, CD, DVD, Jeux Vidéo), informatique, téléphonie, produits pour enfants, mode et accessoires, etc. Membres assidus de PriceMinister.com, ils connaissent bien tous les rouages du site et sont devenus des spécialistes de l’achat et de la vente sur ce site.

Après vous être enregistré vous accédez à la liste des conseillers PriceMinister et les contactez selon votre besoin et leur compétence. Ce contact se fait par téléphone et il est facturé selon le mode choisit par le conseiller. En retour, l’internaute peut noter et laisser un commentaire sur le conseil donné.
A l’heure actuelle, les profils des conseillers ressemblent effectivement à une hotline de PriceMinister : comment utiliser efficacement ce site pour bien acheter et bien vendre ? Par extension on y trouve aussi des profils plus spécialisés comme cette mère de trois enfants qui se propose d’aider à choisir les bons cadeaux ou les bons jouets. Pour le plaisir, j’ai sélectionné ce conseiller :

conseiller-pm.png
Perso, la mécanique actuelle de conseil me semble un peu lourde et j’aurais quelques arguments pour penser qu’elle ne perdurera pas (lire un avis ou un commentaire d’un inconnu ne revient pas à téléphoner et à dialoguer avec un inconnu ; le différentiel de posture d’engagement ne me semble pas du tout négligeable surtout quand il faut in fine payer). Mais, enfin, on ne peut que saluer une nouvelle manière de mettre en avant le rôle des consommateurs comme prescripteurs. Pour expérimenter par vous-mêmes, c’est par là.