Archives de Catégorie: Longue traîne

Lectures

Deux lectures récentes à ne pas manquer :

1/ le dernier billet de nos amis de PR2Peer : « blogging et célébrité : l’équation impossible« , qu’il faut à mon sens traduite par « conversation et popularité : l’équation impossible ». Ou comment la conversation n’est possible qu’en bas de la longue traîne médiatique. Je me permets de piquer un visuel explicite :

A rapprocher également de cette analyse de Ils.sont.la sur la difficulté de gestion des commentaires pour un média en ligne (et l’exemple de Libé).

2/ les résultats de la dernière étude d’eye-tracking sur Google, à lire chez Fred Cavazza ou Ecrans.

En deux mots, c’est une étude importante pour comprendre le comportement de l’internaute, qui recentre sa lecture des résultats du moteur sur les tout premiers résultats naturels et préfère affiner la recherche par de nouveaux mots-clé que de descendre dans la page.

Bien sûr, l’enjeu de réputation sur les moteurs de recherche a toujours été de se positionner dans les tout premiers résultats, sur une variété de mots-clé, mais il n’en est que renforcé. Et cela me conforte dans le fait que l’analyse de 100 résultats Google sur un seul mot-clé n’a pas de sens.

Et hop, là aussi on pique un visuel explicite :

Relativiser le rôle de l’UGC

Le papier de Marie-Catherine Beuth dans le Figaro de vendredi, « Renault, champion des conversations sur les blogs« , a naturellement attiré mon attention.

Il reprend des éléments d’une étude d’Oto Research qui est parue il y a un gros mois. Tubby Dev en avait fait un résumé assez complet.

Alors, de quoi s’agit-il ? D’un livre blanc (sur demande auprès d’Oto Research) qui s’attache à mettre des chiffres en face d’un certain nombre de questions qui se posent pour les marques autour du web, et notamment à mesurer l’ampleur du phénomène « UGC ».

Je ne vais pas revenir sur l’ensemble de l’étude et vous conseille pour cela Tubby Dev. Le point qui attire mon attention est le même que celui autour duquel Marie-Catherine Beuth a construit le papier du Figaro : la « part de voix » des marques par rapport aux autres sources d’information : l’UGC, les distributeurs, les médias. Les discours sur les marques sont-ils dominés par les marques elles-même (sites de la marque), par l’UGC (internautes), les distributeurs (e-commerce) ou les médias ?

Pour mesurer cela Oto Research a étudié les 100 premiers résultats Google sur les requêtes concernant 110 marques de grande consommation. Et produit le camembert suivant :

Les marques produiraient à peine plus d’un quart des discours qui les concernent et l’UGC est le premier vecteur de discours. C’est la conclusion du Figaro et du livre blanc d’Oto Research.

Voilà qui est fort séduisant et qui est susceptible d’enflammer tout ce que le web et les métiers du conseil comptent d’évangélistes du web 2.0, non ?

Sauf que la méthode et la conclusion… sont assez contestables.

L’étude a été chercher les résultats Google du les requêtes concernant 110 marques. Les cent premiers résultats Google.

Vous allez souvent sur la 10ème page de résultats, vous ? Souvenez-vous de cette petite étude qui montrait que 62% des internautes ne vont jamais au-delà de la première page de recherche. Et même si les choses ont évolué depuis, une chose est sûre, le nerf de la guerre, ce sont les 10 premiers résultats Google. Pas les 100 premiers.

En allant chercher les 100 premiers résultats, on plonge dans la longue traîne. Normal d’y trouver beaucoup d’UGC. Tiens, je pourrais faire la même étude sur les 1000 premiers résultats Google des 110 marques étudiées et en conclure que 90% des contenus sur les marques sont UGC ! (Et les annonceurs affolés viendront m’acheter du conseil web, et je me frotterais les mains.)

Pour me faire une idée un peu plus précise, j’ai repris le principe de l’étude et l’ai raccourci à la première page de recherche pour les 10 sociétés qui, selon Oto Research, suscitent le plus de commentaires (commentaires de blogueurs en l’occurrence, dans la méthodologie de l’étude).

Ce top 10 des marques qui font buzzer les consommateurs est composé de : Renault, Nokia, Canon, Orange, Samsung, Peugeot, Panasonic, SNCF, France Télécom et Philips.

Donc, à la question, quelles sont les sources d’info à propos de ces marques quand on s’intéresse à la première page de résultats de Google, la réponse est :

Dans cas de figure, qui correspond beaucoup plus à la réalité des usages du web, les 10 marques qui font le plus parler maîtrisent plus de 50% du contenu Google qui les concerne. On est quand même nettement au-dessus des 27% d’Oto Research… Et l’UGC, sur la première page de recherche, est tout d’un coup bien moins inquiétant : moins de 10% des résultats contre plus de 30% dans la méthode Oto Research.

Sur ces 10%, 80% de Wikipédia et aucun blog.

Donc, tout ça n’est pas pour dire que l’UGC n’a aucune importance. Mais on en revient à un débat de fond qui anime ce blog : ce n’est pas parce que le phénomène de l’UGC est important qu’il faut exagérer son influence. Le web 2.0 n’a pas tout changé ; il ne faut pas confondre longue traîne et usages de l’internaute ; quantité de contenu et visibilité des sources ; visibilité et influence.

Les système d’opinion évoluent. Mais pas autant que certains le disent (les certains en question étant généralement curieusement des vendeurs de conseil web, ce que je suis aussi il faut bien le reconnaître, mais pas seulement 😉 ).

Ce type d’études permet de se remettre les idées au clair : les blogs sont essentiellement des médias de niche ; Wikipédia est un outil de réputation (on est quelques-uns à insister là-dessus et le débat n’est pas fini) ; l’influence UGC se fait beaucoup par les avis conso sur les sites marchands ; les forums restent des endroits hyperactifs.

Allez quand même jeter un œil à l’étude, notamment pour ce qu’elle fait ressortir en termes de « bruit sectoriel ». « Les secteurs qui génèrent le plus de bouche-à-oreille et de messages sur les blogs sont l’automobile (27 %), l’équipement (25 %) et le voyage (6 %). », relève Le Figaro.

La typologie de la blogosphère selon Embruns (vieillerie de la semaine)

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas organisé une petite vieillerie de la semaine chez i&o.

Mes pérégrinations virtuelles m’ont fait atterrir sur ce post d’Embruns… qui date de 2004 ! (Laurent avait même publié une première version de son billet en 2003). Pour moi le schéma qu’il nous propose pour comprendre la blogosphère n’a pas pris une ride. Il est même, peut-être, devenu évident pour  tous nos lecteurs :

(si vous voulez tout comprendre de sa démarche, je vous invite à lire le billet ici)

En revanche, juste une chose reste en suspend dans ce beau (car simple;-) schéma : comment  la répartition entre ces trois pôles de production a évoluée depuis 4 voir 5 ans ? Difficile à dire car, à ma connaissance, nous n’avons pas ce genre d’information quanti.

Reste le feeling bien évidemment mais il me semble assez trompeur quand on veut parler de la blogosphère : nous sommes tous « communautaro-centrés ».

Voilà peut-être ce qui a changé depuis 2003-2004 : la vue d’ensemble. Plus personne n’est capable de parler de La Blogosphère en général. Je me souviens ainsi d’un ami doctorant dont la thèse portait sur ces journaux « intimes » naissants sur la toile.  Mon camarade se retrouvait de jour en jour submergé par les nouveaux blogs qui ne cessait d’apparaître. Alors qu’il pensait connaitre l’ensemble de son sujet, plus il avançait plus la forêt s’épaississait. Assez désarmant pour lui !

Quoiqu’il en soit, merci Laurent… Une petite madeleine se mange sans modération.

Zapping de la semaine

Lundi c’est la reprise du travail… alors le blog en prend un coup, on joue les feignants et on parle des autres :

Un n-ième débat (mais toujours instructif) chez Embruns au sujet du dernier classement de Wikio.

A ce propos, une nouvelle version à venir de Wikio qui indexe notamment des vidéos. Internet et opinion a la chance de pouvoir la tester. On vous tient au courant.

La vidéo d’un cours de Emery (oh et puis non… il vaut mieux aller la voir sur Dailymotion pour le commentaire de l’utilisateur « super-slip », entre autres). On aurait préféré ne rien voir (ou alors une version intégrale, car j’espère pour lui que le « directeur des contenus » est entré dans les détails) : les extraits choisis frisent le ridicule (à force d’être sérieux aussi, les mecs…). Quoi qu’il en soit…tendez l’oreille 😉

Un article passionnant et très fouillé d’Olivier Ertzscheid sur son blog Affordance : « Docteur Google, quelle médecine pour demain? »

Et pour terminer un article de Benoît Raphaël un peu fouillis et qui part dans tous les sens. C’est pour ça (entre autres ;-)) qu’il est intéressant.

Du rôle de la notion d’audience dans l’évaluation de « l’influence » sur le web

« Ce site / blog / média en ligne est-il influent ? ». C’est une des questions les plus courantes, j’allais dire tarte à la crème, dans les RP online. Que la couverture soit voulue ou subie, favorable ou défavorable, analytique ou irréfléchie, morale ou factuelle, étayée ou superflue, chaque fois qu’on parle de vous la question se pose et le rôle du conseil est de donner les clés de décryptage de « l’influence » ou de « l’importance » d’une couverture donnée sur un site donné.

Cette analyse d’influence repose à la fois sur la couverture elle-même (importance du sujet abordé aux yeux du client, nature et crédibilité des arguments, etc.) et sur le lieu où ce billet est déposé. D’où la question ci-dessus : « ce site est-il influent ou pas » ?

Sans vouloir entrer dans le détail de ce qu’on appelle l’influence sur le web (d’ailleurs personnellement je ne suis pas à l’aise avec l’usage permanent qui est fait de ce terme), on distingue trois niveaux d’analyse – complémentaires et imbriqués – pour apporter une réponse :

1. les indicateurs de reconnaissance dont le site / blog bénéficie (par exemple, la notion d’autorité basée sur les liens entrants Technorati, le PageRank Google, etc.)

2. les indicateurs de qualité du site (richesse / fréquence de la ligne éditoriale, commentaires, graphisme, etc.) qui sont analysés par l’oeil humain.

3. les indicateurs d’audience (c’est quand même bien de savoir combien de gens passent sur ces pages)

Toutes ces méthodes apportent quelque chose. Aucune de ces méthodes n’est satisfaisante. On en avait déjà parlé sur ces pages (d’ailleurs, ça me ferait plaisir si vous cliquiez ici pour aller relire notre papier d’analyse sur la méthodo du classement des blogs média et marketing d’Advertising Age).

Et on en a eu une nouvelle preuve récemment sur le troisième critère que je cite ici et qui est celui sur lequel nous allons nous attarder : l’audience.

Mais revenons un instant sur la notion d’audience en RP.

Si l’audience est le Graal en publicité, elle n’en est pas moins une notion majeure dans l’évaluation RP traditionnelle. Evaluation RP traditionnelle qui, si elle est compliquée et délicate, peut au moins s’appuyer sur des données de diffusion certifiées pour la majorité des titres de presse professionnelle : merci l’OJD.

Pas d’OJD de système de mesure généralisé de l’audience sur le web. Ou si peu. La notion d’audience des sites et des blogs en particulier est aussi mystérieuse que l’affaire des disparues de la gare de Perpignan (je regarde beaucoup Faites entrer l’accusé). Alors, des mesures d’audience, on en a : Médiamétrie, OJD Internet, Nielsen Netratings, Comscore… mais on parle de mesures – pas forcément publiques – qui concernent un nombre limité de sites à forte audience (il faut un minimum de 30 000 visiteurs uniques pour entrer dans Médiamétrie).

« Un nombre limité de références à forte popularité »… ça ne vous dit rien ? Bon sang mais c’est bien sûr : on est dans le haut de la longue traîne médiatique. La longue traîne médiatique, on en a déjà parlé sur ces pages : c’est l’idée, forcément schématique, qu’Internet, en facilitant la possibilité pour chacun de créer son propre média, donne (ou renforce, c’est selon) au paysage des médias une forme de longue traîne :

– des références en nombre limité qui ont de fortes audiences d’un côté (les médias « professionnels »)

– des références en très grand nombre avec des audiences de niche de l’autre, qui tendent vers zéro (les médias « personnels »).

(By the way rappelons que LiveJournal, un des services de blogs les plus populaires aux Etats-Unis, a indiqué que l’audience MOYENNE de ses 12.5 millions de blogs était de 7 lecteurs. Sept. Si c’est pas de la longue traîne, ça…)

longtail

Donc, puisque la question posée ici c’est : « et comment je fais pour savoir si ce site qui parle de moi est influent ? » et puisque là où je veux en venir, c’est la nécessaire prudence qu’il faut avoir avec la notion d’audience sur le web, on va dire que les méthodes « certifiées » de mesure d’audience, pour le conseil en RP, portent uniquement sur le haut de la longue traîne médiatique (en vert sur le graphe).

Et donc, comment je fais pour le bas de cette longue traîne (en jaune) ? Comment je fais quand, dans 97% des cas, je suis cité sur un blog dont l’audience n’est pas indiquée dans ces panels ?

Tentation : s’appuyer sur les « nombres d’abonnés au flux RSS » souvent (mais pas toujours, loin de là) affichés sur les blogs – vous savez, ces « XXXX readers » Feedburner qui nous disent que TechCrunch a « 154 K lecteurs », que Loïc Le Meur en a 25 279, que GuiM en a 1509 ou que Henri Labarre en a 7420 (on s’était même amusés il y a quelques semaines, sur i&o, à relever le nombre d’abonnés « déclarés » dans le top 50 de Wikio).

154Klecteurs

(TechChrunch compte les abonnés par 1000, comme i&o prochainement d’ailleurs)

Et bien non ou en tout cas : gaffe. La lisibilité des audiences du web « longue traîne » est encore moindre que ce qu’elle n’y paraît. C’est d’ailleurs l’objet de billets récents chez Emmanuel Parody et 2803 (à la suite d’un billet de Mashable U.S). Vous pensiez que le nombre d’abonnés indiqués par certains blogs allaient vous tirer de votre mauvais pas ? Que nenni. Tout porte à penser qu’il faut être extrêmement méfiants vis-à-vis de ces données.

Sans vouloir faire trop technique, on distingue plusieurs problèmes :

– les stats artificiellement gonflées par les moteurs de recherche qui indexent les flux (ça concerne tous les sites)

– les stats artificiellement gonflées par la présence du flux RSS dans un « package promotionnel » d’un service type Google Reader (ex : je m’abonne à Google Reader, on me met d’office un certain nombre de flux RSS en surveillance) : d’où des abonnés qui ne LISENT PAS les flux (ça concerne les gros sites)

– sans parler du décalage entre les stats d’abonnements au flux RSS et les stats « publiques » du site : si l’intégralité du contenu est dispo sur le flux RSS, je n’ai pas de raison de me rendre sur le site

– et (ça c’est moi qui le dis) le problème posé par la gratuité de l’abonnement : contrairement à la presse papier, on s’abonne mais on ne se désabonne jamais (ou si peu).

On peut observer ces décalages comme Henri Labarre l’a fait en jouant avec Google Reader : faire « add suscription » en entrant un bout d’url du blog recherché et voir le résultat (et après ça on préfère admirer son compteur WordPress). Pour ce qui le concerne, Feedburner indique environ deux fois plus de lecteurs via Google Reader… que Google Reader lui-même.

La compréhension de la notion d’audience, en tant que clé de lecture de l’influence, est donc encore plus complexe qu’il n’y paraît sur le web.

MAIS.

Mais est-ce que c’est grave ?

Pas pour les gens de publicité, mais pour les gens de RP, je veux dire.

Réfléchissons un instant : la notion d’audience a surtout du sens quand elle porte sur des sites dont les niveaux d’audience sont élevés (vous allez me dire, c’est quoi un niveau d’audience élevé et là je suis mal parce qu’effectivement je n’en sais rien. Mais vous allez voir où je veux en venir). Et quand les niveaux d’audience sont différenciés d’un média à l’autre.

Exemple : on réfléchissait récemment avec un client au choix d’un média papier à qui proposer une belle info. La réflexion a surtout été conduite autour de la cohérence rédactionnelle / profil du lecteur par rapport à l’info en question / image du support, mais aussi quand même un peu par rapport à l’audience du média. Et là, dans notre « short list », on avait des supports dont la diffusion variait de plus ou moins 100 000 exemplaires.

Les audiences des blogs, elles, ne varient pas de 100 000 lecteurs. C’est justement tout le principe de la longue traîne médiatique décrit plus haut : audiences de niche, peu différenciées.

Donc est-ce qu’on a besoin de connaître exactement ces audiences, puisque les blogs sont par définition et dans l’ensemble sur de « petites » audiences ? C’est ici qu’il nous faut rappeler que la réflexion « traditionnelle » de stratégie de communication fonctionne différemment sur le web. Elle obéit grosso modo à 3 finalités :

I. on est moins là pour faire de l’audience que pour parler à un public bien qualifié (ce qui est est complètement naturel dans les RP, au passage) – les fameuses « communautés » (qui ne sont d’ailleurs pas vraiment des communautés mais bon), ces relais d’opinion dont les niveaux d’expertise sont, on l’espère en tout cas, assez élevés sur leur sujet. On est dans une logique d’hyperqualification plus que d’audience.

II. on est aussi là pour « rendre un message disponible » : et oui, la navigation sur le web c’est beaucoup de search. L’idée des RP en ligne étant justement d’essaimer un message pour le rendre plus facilement accessible dans l’espace profondément décentralisé qu’est le web (notons à nouveau que cette idée « d’essaimer » est complètement naturelle dans les RP). C’est à dire faire en sorte que celui qui se renseigne puisse trouver son info : on agit alors moins sur de la puissance (audience) que sur de la crédibilité et de la conviction.

III. enfin on bénéficie du retour d’expérience du consommateur, dont les réactions ont souvent beaucoup de choses à apprendre à la marque. Soit une logique bottom-up.

Vous allez donc me dire : tout ce papier pour démolir la notion d’audience.

Mais nooooooooooooon.

On est bien contents, quand on a des audiences connues et fiables. Ca aide bien à la comprendre, cette mystérieuse « influence » sur le web.

Mais (et hop, résumé de l’article) : il y a deux points de relativisation de l’audience quand on fait des RP en ligne (au fait, « RP » c’est à dire : quand on apporte un message à un public).

1. la finalité de ces stratégies porte moins sur l’audience (la masse) que sur ce que je viens de lister en 3 points (vous remontez les yeux svp sur les I, II et III, je ne vais pas les recopier, je radote assez comme ça)

2. la compréhension de « l’influence » d’un site s’appuie sur la complémentarité de plusieurs critères (et là c’est au début de l’article que l’on remonte et ce sont les chiffres arabes, pas romains), l’audience n’étant que l’un d’eux. Et l’œil humain n’étant pas le moindre.

L’avenir des blogs en débat

Le blog est-il mort ? Le débat (à la fois très déstructuré et très ethnocentré) qui a agité la blogosphère (voir ici, , , , ou encore ) et (un tout petit peu) les médias fin août dernier trouve un prolongement avec la conférence Apple Expo sur l’avenir des blogs qui aura lieu samedi 29 septembre.

C’est l’occasion d’esquisser des réponses aux questions qui sont posées : le blog est-il passé de mode ? Est-il supplanté par les nouveaux outils de publication comme Facebook et Twitter ? Quelle sera son influence dans le débat public ?

A vrai dire, ce débat était attendu depuis un bon moment : la surchauffe qui a alimenté les fantasmes autour des blogs depuis deux bonnes années ne pouvait pas nous emmener ailleurs. C’est donc finalement un débat assez sain, qui peut permettre de recadrer des idées reçues exagérées dans un sens (« le blog est mort ») comme dans l’autre (« les blogs sont la révolution de l’information »).

En préambule, il me semble utile de rappeler que cette réflexion se heurte à 2 écueils :
– le fait que le blog ou plutôt « les blogs » sont un univers extrêmement divers et donc difficile à décrire : je suis toujours gêné par les « les blogs ceci, les blogs cela »…
– le fait que les blogs ne sont qu’une composante des médias 2.0. La question la plus fondamentale dépasse les seuls blogs : il s’agit de comprendre comment les individus s’expriment et avec quel impact. C’est une question de société, alors que la question des seuls blogs, du seul Facebook, du seul journalisme citoyen, des seuls commentaires dans les médias online etc., relève davantage du débat d’expert.

Mais nous sommes justement sur un blog qui se veut expert donc on se lance. Qu’est-ce qui pourrait faire dire que le blog en tant qu’outil de publication, est mort, ou plutôt, en perte de vitesse ?

1. Les chiffres. Mais je ne crois pas beaucoup à l’intérêt des chiffres comme « X% des internautes lisent des blogs » ou « Y millions de blogs existent en France ou dans le monde ». Ils négligent d’une part le rôle de la recherche d’information dans le surf (on ne lit pas un média online comme un média papier), d’autre part le niveau réel d’activité des blogs.

Que ces chiffres augmentent ou baissent ne nous apprend donc pas grand-chose, et il est bien normal que le nombre de blogs créés ralentisse, par un double effet d’apprentissage (on expérimente le blog, puis on se rend compte que ce n’est pas nécessairement l’outil d’expression qu’il nous faut) et de saturation (la croissance n’est pas infinie).

2. Les blogs qui ferment. Je ne crois pas non plus que la fermeture récente de quelques blogs historiques ou emblématiques (le Domaine d’Extension de la Lutte qui annonce sa fin puis change de mains) ou des changements de positionnement, puissent amener à une conclusion généralisée : ces fermetures viennent surtout nous rappeler le caractère par essence intermittent des blogs. Un blog vit et meurt. Un blog, c’est chronophage et sa vie est aléatoire car le plus souvent l’auteur n’est pas rémunéré. Il est tout à fait normal que des blogs, fussent-ils « influents », meurent. Que des blogs meurent ne signifie pas que le blog est mort.


3. L’après-élections.
Il était parfaitement prévisible que la blogosphère politique connaisse à la fois une agitation et un certain succès jusque début mai, puis que l’audience des blogs concernés retombe. Là non plus on ne peut pas en conclure que « le blog est mort », mais plutôt qu’il accompagne les grands événements de société.

4. Une nouvelle concurrence. Celle des Twitter, Facebook & co. Mais si les blogs sont concurrents des réseaux sociaux, c’est uniquement en tant qu’outils d’expression personnelle. Car ces différents outils n’ont pas la même vocation que le blog et finalement le complètent assez bien :

– un blog est un carnet de bord, il s’inscrit dans la durée et est relativement chronophage par définition ; il peut être ouvert au monde si son auteur le veut bien

– un réseau social (je parle de mon expérience Facebook) est un trombi géant et dynamique qui correspond beaucoup mieux à des tas de gens ; il est par définition centré sur l’individu

Finalement ce dont on s’aperçoit, c’est que le temps (qui efface l’effet de mode) et l’émergence de nouveaux outils 2.0 viennent plutôt clarifier le paysage des blogs en donnant le choix à l’utilisateur de l’outil qui lui convient le mieux pour s’exprimer. La blogosphère était, et reste, un incroyable et bordélique fourre-tout, mais avec un peu de recul elle est mieux comprise : maintenant, quand on blogue, on sait davantage pourquoi et on sait ce que cela implique. Et on a compris que les blogs font beaucoup de commentaire et très peu d’information.

Dans cette blogosphère consolidée ou « rationalisée », on aura moins de blogs morts ou morts-vivants, sans audience, sans idées ou purement auto-centrés (pour ça il y a d’autres moyens). Si c’est cela la mort des blogs tant mieux… mais je parlerais plutôt de fin d’une époque des blogs. Fin d’un âge d’or, avec ses pionniers, ses effets d’emballement et ses expérimentations. Ce n’est pas le blog qui est mort, c’est l’époque 2002-2007.

Oui, les blogs sont en perte de vitesse : ils ne sont plus en excès de vitesse, mais en vitesse de croisière. Le paysage est plus installé, même si toujours foisonnant et dynamique. Les blogs occupent une place assez bien cernée dans le paysage médiatique : celui-ci a pris une forme de longue traîne et les blogs en sont essentiellement la partie basse.

En revanche, il est certain que l’avenir des blogs n’est pas le même si on en vient à les reconnaître comme potentiellement influents ou comme un simple outil d’expression.

Et la question de l’influence des blogs reste très ouverte : un outil comme Facebook a peut-être davantage de potentiel d’influence collective que les blogs, avec l’effet « pétition » qu’il permet (ce que mon ami Emmanuel appelle le nouveau consumérisme). Les blogs, eux, ont à mon sens une influence ou plutôt des influences de niche, d’ailleurs très imprévisibles : ils sont influents quand ils soulèvent le bon sujet, au bon moment, avec les bons arguments.

Si l’avenir des blogs est réel, il sera plus ou moins radieux en fonction de l’idée qu’on se fera de leur influence. Et pour être influents, il faut qu’ils soient utilisés dans une logique d’influence : l’avenir des blogs dépend aussi de l’usage que leurs auteurs en feront.

Edit 02/10 – Il fallait être là : les comptes-rendus de la conférence ne nous apprennent pas grand-chose sur ce qui s’y est dit. Le blog n’est pas mort, mais il a du mal à exploiter toutes ses potentialités…

Sites participatifs et longue traîne : encore et toujours

Encore une enquête de McKinsey, publiée fraîchement. On retiendra notamment un petit schéma récapitulatif qui compile plusieurs résultats d’études et compare la participation entre plusieurs sites, bien connus pour certains. De quoi alimenter avec un peu plus de finesse, le slogan de plus en plus éculé de la longue traîne.

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Au secours, je vois des longues traînes partout

Dans le précédent billet, je décrivais l’idée que le principe de la longue traîne s’appliquait au système médiatique (merci à Carlo pour son commentaire).

Dans la longue traîne économique, pour schématiser, on a des produits – blockbusters en nombre limité dont les ventes baissent (vert), auxquels viennent s’ajouter une foule de produits aux ventes limitées (jaune).

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Dans la longue traîne médiatique, on a des médias – blockbusters en nombre limité dont les ventes baissent (les médias traditionnels, vert)), auxquels viennent s’ajouter une foule de médias aux audiences limitées (les nouveaux entrants sont les médias 2.0, jaune).

En lisant ce passionnant article du New York Times (j’aurais voulu créditer celui ou celle chez qui je l’ai trouvé, mais je ne trouve plus :(), je me dis que le principe de longue traîne s’applique aussi à la publicité du futur telle qu’elle est décrite ici .

« (…) the goal is to transform advertising from mass messages and 30-second commercials that people chat about around the water cooler into personalized messages for each potential customer. »

« Greater production capacity is needed, Mr. Kenny says, to make enough clips to be able to move away from mass advertising to personalized ads. He estimates that in the United States, some companies are already running about 4,000 versions of an ad for a single brand, whereas 10 years ago they might have run three to five versions. And he predicts that the number of iterations will grow as technology improves. »

Autrement dit : des films-blockbusters moins nombreux et moins vus d’une part, des films-personnalisés plus nombreux et ayant chacun vocation à toucher moins de monde d’autre part… Longue traîne publicitaire ? La comparaison s’arrête peut-être là mais l’analogie me semble bien montrer comment, grâce à la technologie, on évolue d’un système de masse vers un système de personnalisation de la publicité.

Le pouvoir du « journalisme citoyen » ?

Difficile de s’appeler « Internet et Opinion » sans réagir sur le billet de Thierry « le journalisme citoyen, c’est de la foutaise« .

Thierry formalise une idée simple et qu’en fait, plus personne ne conteste : l’expression des individus sur Internet relève de l’éditorial (commentaire, opinion) et non du journalisme (information, faits).

Carlo dans les commentaires rappelle qu’il avait fait le même constat fin 2006, après un an et demi d’expérience Agoravox : « Sur AgoraVox, on commente beaucoup l’actualité, avec des éclairages souvent originaux, mais on observe plus rarement un véritable travail d’enquête« . Quand Loïc Le Meur dit que les blogs sont les nouveaux cafés du commerce, il ne dit pas autre chose. Et on peut citer de nombreux exemples.

Internet est un lieu d’opinion avant tout. C’est à dire un lieu où des opinions s’expriment (beaucoup) et se font (probablement moins, et l’objectif de ce blog est de comprendre comment et dans quelle mesure). Que déduire de ce constat ?

– le terme de journalisme citoyen est effectivement inapproprié, comme le dit Thierry. A défaut de pouvoir le changer (« expression citoyenne » ?) ou le faire disparaître, il serait plus prudent de l’utiliser avec des guillemets

– le journalisme est un métier. C’est ce qu’on voit très bien avec rue89 : rue89 a pour ambition de réunir des contributions de journalistes, d’experts et de citoyens, mais quand on visite le site, on voit beaucoup d’articles de journalistes, un peu d’articles d’experts, et très peu de contributions de citoyens. Pourquoi ? Parce que l’équipe de rue89 se fixe des exigences élevées en matière de validation des articles. Des exigences de professionnels. Je ne pense pas que cela contredise l’approche d’Agoravox, Carlo ayant toujours dit que le « journalisme citoyen » (entre guillemets, donc) était une menace pour les mauvais journalistes, pas pour les bons.

– « l’éditorialisme » est en revanche à la portée de tous. Mais il recouvre des réalités très différentes, allant de l’éditorial intellectuel ou expert, au coup de gueule et à l’a priori. L’opinion est partout et elles est plus ou moins réfléchie et élaborée. Ce en quoi Internet ne change pas fondamentalement les choses : la conversation a toujours existé. Avec Internet, une diversité d’opinions est plus largement accessible, mais prendre la parole ne signifie ni avoir un public, ni être écouté : bref, prendre la parole n’est pas prendre le pouvoir.

Ce qui nous amène à la question essentielle : à quoi servent ces opinions ? Thierry, qui milite pour une existence et une intelligence du Cinquième Pouvoir, s’inquiète :

« il nous faut des outils de promotion pour amener de l’audience et attirer l’attention des citoyens, en tous cas si nous croyons que le cinquième pouvoir peut influencer la société.

Aujourd’hui, hors des sites des médias officiels et des portails des grands acteurs comme Google, il n’existe aucun service capable de générer une audience conséquente instantanément. Nous sommes condamnés à parier sur le buzz, à grappiller les lecteurs péniblement.

Le cinquième pouvoir agit aujourd’hui sur ce mode. Malheureusement, si nous ne trouvons pas vite une façon d’augmenter son audience par rapport à celles des médias officiels, l’enthousiasme qui anime le web 2.0 risque de se tarir. »

Pour ma part, il me semble que l’expression citoyenne est condamnée à exister sur ce mode « longue traîne ». Avec Internet, on voit l’émergence d’une longue traîne médiatique : aux « blockbusters » (les médias traditionnels), en nombre limité et qui touchent un large public mais perdent de leur audience, viennent s’ajouter une multitude de micro-médias, média libres ou médias personnels – appelons-les comme on veut -, notamment les blogs, aux audiences limitées.

C’est exactement le principe de la longue traîne, théorisée par Chris Anderson pour décrire le marché des produits culturels. L’expression citoyenne EST la longue traîne médiatique.

Quelle influence a-t-elle ? C’est un sujet de thèse : elle a une influence diffuse, éparse, de niche, imprévisible. Cela dépend des sujets, des moments, des émetteurs, des circonstances. Et pour répondre à Thierry, je pense que son pouvoir potentiel dépend de sa qualité plus que d’outils pour réunir une audience massive instantanément.