Archives de Catégorie: Marché du dimanche

Le marché du dimanche n°7 : blogs, vidéo, presse écrite, Twitter, influence…

Dans notre cabas cette semaine (ou plutôt ces dernières semaines) :

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BLOGS.

Overblog publie son bilan 2008. On y remarquera deux choses :

– une illustration très concrète de la théorie de la média-dépendance (dont on a parlé ici) : la quasi-totalité des thèmes qui ont été discutés sur Overblog en 2008 sont les grandes thèmes d’actualité et de TV (Sarkozy, Plus Belle La Vie, les J.O…).

– des chiffres : 504 millions de visites sur 950 000 blogs. Sans même prendre la calculette, on voit donc que l’audience moyenne d’un blog Overblog tourne autour de 500 visites par an. Même en considérant qu’une grosse partie des 950 000 sont inactifs, c’est peu. Longue traîne, vous avez dit longue traîne ?

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VIDEO.

Les derniers chiffres de Comscore US cités par Rodrigo Sepulveda dans l’Atelier des Médias montrent une consommation de 4h de vidéo par mois et par internaute.

En pareallèle, Warner plaque YouTube. Revenus publicitaires insuffisants pour la Major. Mais comment YouTube peut-il justifier des revenus publicitaires suffisants s’il se fait plaquer par les éditeurs de contenus dont il a cruellement besoin pour son audience ? Ca pourrait ne pas être loin de s’appeler un cercle vicieux.

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PRESSE ECRITE.

« A part « L’emmerdeur international » (…) et le superbe trimestriel « XXI », il ne s’est rien passé dans la presse écrite depuis des dizaines d’années ». C’est le constat d’Alain Joannès sur la crise des quotidiens.

(On peut au passage, renchérir sur l’intérêt de XXI qui revendique 28 000 exemplaires vendus pour son numéro 3 et dont on rappellera que le blog se trouve ici).

Aux USA, étude de The Bivings Group sur les pratiques Internet des 100 premiers titres américains de presse écrite. On retiendra les tendances les plus spectaculaires vs. l’année précédente :

– 95% d’entre eux proposent des blogs (à comparer avec l’utilisation du blog sur des sites médias en France, pour laquelle je vous renvoie à notre travail)

– 92% proposent des contenus vidéo

– 75% proposent de commenter les articles

– 58% acceptent de l’UGC photo (façon Citizenside par exemple), beaucoup moins de la vidéo (18%) ou de l’écrit (15%).

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TWITTER.

Géniale typologie des Twitterers par Henry Michel.

Anecdotique ou pas ? Toys R Us répond à un Twit de Xavier les mentionnant. J’ai testé, pas de réponse pour ma pomme. Une marque en phase de test ?

Le point de vue de journaliste de Laurent Suply sur l’utilité de Twitter comme source d’info (à l’occasion des attentats de Bombay). Un sujet qui fait débat puisque d’autres (voir chez Alain Joannès ou Fred Cavazza) n’y voient aucun intérêt : média-dépendance — là encore ; bruit ; rumeurs ; témoignages confus ; incapacité à donner du sens…

A l’arrivée, il me semble que l’intérêt de Twitter dans une situation d’événement majeur comme au quotidien, c’est l’accès rapide à une grande diversité de sources traitant d’un sujet.

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INFLUENCE.

Le Twit qui a fait changer Pepsico d’avis : c’est chez Médiacratie. Influence du web ? En l’occurrence c’est à mon avis surtout une illustration du rôle de garde-fou qu’Internet peut jouer : une marque « dérape », des internautes « recadrent ». La décision de la marque se fait sur un critère moral (« c’était de mauvais goût, nous avons eu tort ») et non sur un critère de puissance (« vous avez été nombreux à dire que… »).

L’article d’Aurélien Viers sur le pouvoir correctif du web face à des pratiques journalistiques « limites ». Aurélien fait référence aux pratiques des journalistes TV habitués à n’avoir aucun contre-pouvoir et à manipuler leurs interviewés. Il rebondit en particulier sur l’exemple de l’émission les Infiltrés et de la journaliste de Capa, Caroline Benarrosh, qui a de son point de vue berné son monde.

Ce pouvoir correctif à mon avis s’exprime surtout dans la possibilité de laisser une trace dans les moteurs de recherche, ce qui est loin d’être négligeable. Quand on est journaliste, on n’a pas forcément intérêt à ce que les gens qui vous googlent tombent sur des résultats qui mettent en cause vos pratiques.

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Il y a pas mal de lectures et de références dans ce qui précède, mais je précise qu’il ne s’agit malgré tout que d’une sélection restreinte : vous pouvez suivre ma veille sur aaaliens — Aaaliens qui, soit dit en passant [et on y reviendra car le sujet du journalisme de liens n’a encore jamais été traité proprement sur Internet et Opinion(s)], est une véritable mine d’infos pour qui s’intéresse aux médias et au web.

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Le marché du dimanche matin (n°6)

Un marché du dimanche en forme de clins d’oeils aujourd’hui :

– la première émission d’Aurélien Viers, Media Junkie. On attend la suite avec impatience !

– clin d’oeil à Anne-Laure et à son blog que tout bon marketeur caserait dans sa catégorie blog de fille.

– Longue vie aux questions d’influence avec le blog d’Ogilvy PR Wordwide Paris (ouf…;-) et à sa vingtaine de consultants-contributeurs.

– clin d’oeil à l’esprit de contradiction nécessaire à la recherche. Quand tout le monde continue à se demander pourquoi une vidéo buzze on peut autant apprendre d’une vidéo qui ne buzze pas… Pour cela direction Actualité de la recherche en histoire visuelle (ouf aussi;-) et le billet La vidéo qui ne buzzait pas.

– clin d’oeil au timbre de voix d’Anthony de RTGI que j’apprécie toujours autant (en revanche tu pourrais plus articuler;-) qui commente une vidéo très instructive sur la controverse Orange et iPhone 3G. Cette analyse, même succincte est la preuve que la question de l’influence est à travailler a posteriori, ex ante et que c’est le croisement, la combinaison d’étude de cas comme celle-là (un travail d’historien des controverses du web en quelque sorte) qui permet d’identifier les acteurs et les leviers d’influence.

Marché du dimanche matin (n°5)

Dans notre cabas cette semaine :

– Analyse de la médiatisation de la crise économique chez éconoclaste : salutaire et fouillé. Remarquons au passage qu’Internet a incroyablement raccourci les circuits de l’information. Alors que la crise est très loin d’être terminée (nous sommes en plein dans l’oeil du cyclone) nous avons déjà des discours sur les discours et des analyses sur les analyses… C’est le must de ce qu’on appelle une société critique ou réflexive.

– Crise toujours : on aura donc tous noté la logorrhée médiatique. Par souci de contradiction il faut aussi chercher ceux qui ne parlent pas ou très peu comme, entre autres … les syndicalistes. Leurs interventions sont très très soft… Un début d’analyse se trouvait dans la bouche d’un intervenant du dernier « rue des entrepreneurs » : au vu de la crise économique qui nous attend, les syndicats ne cherchent pas à jeter de l’huile sur le feu jouant leur rôle de régulation des peurs sociales (il faut aussi signaler que l’agenda social français a aussi ses priorités du moment, notamment avec le travail dominical – sujet sur lequel on entend pas les institutions catholiques d’ailleurs). Ce « sens des responsabilités » des dirigeants syndicaux fera-t-il réfléchir sur l’importance des corps intermédiaires ?

– et pour terminer, le point méthodologique de la semaine : quelle signification doit-on attribuer au PR (pour Page Rank) et au WR (pour Wikio Rank) ? Jean Véronis, à partir d’une p’tit’nalyse de corrélation en vient à conclure que le PR doit être compris comme un indicateur de « visibilité globale » tandis que le WR est un indicateur de « visibilité au sein de la blogosphère » – et d’insister sur la complémentarité des deux indicateurs. Signalons que l’arrivée de scientifiques autorisés dans le débat (comme Jean Véronis justement) est en train de faire évoluer les termes du débat jusqu’ici monopolisé par les marketeux : Jean ne parle pas d’influence mais bien de visibilité – différenciation qui était jusqu’ici assez inaudible (et je parle d’expérience ;-). La lutte terminologique ne fait que commencer 😉

Le marché du dimanche matin (n°4)

Nous sommes lundi, mais bon… il y a parfois d’autres priorités que ce blog (cela est rare vous vous en doutez;-)

1) Privé/public et usages du net :

On a parlé ici-même de sociogeek qui aurait déjà eu plus de 3000 répondants. André Gunthert héberge le SDF virtuel qu’est Dominique Cardon (voilà jusqu’où certains poussent pour se dire intello précaire ;-). Le sociologue d’Orange propose un long papier « pourquoi sommes-nous si impudiques? ». Extrait :

Lorsque nous nous inquiétons des risques de l’exposition des personnes sur Internet, on conçoit la visibilité sur le web sur le modèle des médias traditionnels. Tout ce qui y est publié est considéré comme unanimement et uniformément public. Une vision juridique et morale des comportements sur Internet contribue à cette généralisation, faisant du web un espace transparent d’informations accessibles à tous. Or, les utilisateurs ont une conception beaucoup plus pratique et moins maximaliste de leur exposition sur Internet. Ils considèrent la toile comme un espace en clair-obscur, plastique et paramétrable. Ils exploitent les propriétés des différentes plateformes pour construire un public adressé et se cacher des autres. Sur leurs Skyblogs, les adolescents paradent devant leurs copains. Parents, professeurs ou proviseur ne font pas partie du public visé et même s’ils peuvent accéder à leur Skyblog, il leur faut pour cela s’engager dans de fastidieuses et complexes explorations pour les découvrir.

L’opposition binaire privé/public cache en fait des dimensions beaucoup plus subtiles et de nombreuses positions intermédiaires. Patricia Lange parle d’une «fractalisation du privé et du public», afin d’insister sur le fait que cette opposition se rejoue toujours à différentes échelles . Il y a toujours du privé dans le public et inversement. Ainsi, sur la plateforme publique de YouTube est-il possible d’observer un ensemble de pratiques «publiquement privées» comme ces vidéos personnelles, révélant l’identité du producteur (son image ou sa signature y sont apparentes), mais dont la publicité est limitée à un cercle fermé. Il suffit de ne pas la taguer, ou de le faire à l’aide d’un code ésotérique connu par un petit groupe. La faiblesse des outils de recherche sur YouTube permet de préserver des zones de clair-obscur d’une vaste affluence et d’utiliser le système de tagging non pas pour inscrire la vidéo dans une vaste bibliothèque publique de termes de références, mais pour l’étiqueter avec un code privé. Ces détournements de fonctionnalité sont légions sur les SNS. Inversement, les SNS sont aussi plein de messages «privés-public» lorsque par un jeu de sous-entendus, d’allusions ou de codage les messages qui sont rendus publics ne peuvent en fait être interprétés que par un nombre limité de personnes. (en Français SNS, cela veut dire Social Network Site, hein)

2) La glande sur le web : Il y a quelques semaines je parlais de la glande sur le net. Un prof de philo a eu une idée similaire sur rue 89.

3) publicité et internet : le billet date mais c’est pas une raison, puisqu’il est bon, « Quand la pub fait mine d’écouter » chez PR2Peer.

Et ce sera tout pour cette semaine déjà entamée…

Le marché du dimanche matin (n°3)

Une sélection très subjective issue des pérégrinations numériques d’un esprit étroit :

  • Vous aimez les belles images, alors faites un tour sur le hub, l’initiative créativo-communautaire d’Euro rscg c&o.
  • Séquence Revival : les dix ans de Google via Affordance. Pour tester la mémoire de l’éléphant Google il vous suffit de rentrer une requête et les résultats correspondent à ceux de janvier 2001.
  • Quart d’heure culture G. : certains sociologues ont mis en avant la capacité des institutions ou des dominants (c’est selon votre tendance politique 😉 à récupérer la critique, l’endogénéiser (là aussi c’est selon). Rue 89 nous en offre un exemple quasi expérimental et passionnant, en Allemagne : riche héritier sponsorise jeune rebelle.
  • La minute de silence : le CNRS se dote d’un nouveau logo. Oui, il est plus joli que l’ancien. Mais comme le remarque Cassiope, la baseline « dépasser les frontières » est bel et bien dans un cul de sac, celui du n de cnrs… pas très heureux pour un organisme de recherche. Morale : c’est beau mais cela sonne faux.

Le marché du dimanche matin (épisode 2)

Pas de billets cette semaine mais on garde la bonne (et nouvelle) habitude de la rentrée.

Du réchauffé, du périmé mais toujours de l’actualité :

– Les fatals flatteurs continuent d’être un objet de curiosité pour nos journalistes du continent traditionnel (pour un article en ligne, courrez voir Marianne). Très instructif de voir que cette brigade de commentateurs suscitent des papiers alors qu’ils sont clairement hébergés par le plan B, un bimestriel de « critique des médias et d’enquêtes sociales » qui est très loin de faire l’unanimité au sein des directions des rédactions (et c’est un euphémisme, hein…).

– toujours sur la problématique des commentaires, peut-être avez-vous manqué un billet de Pierre Assouline, « La douceur de notre commerce me ravit », qui disserte sur les pratiques des commentateurs de son blog. Ne boudez pas votre plaisir c’est par là…

– Un article très très intéressant pour comprendre d’où vient le terme de bulle pour caractériser nos crises financières. Le rappel historique de Ludovic Desmedt, maître de conférences en économie, nous montre que nos référentiels pour caractériser notre actualité peuvent venir de très loin et traverser les siècles sans grand encombre. L’expression « bubble » vient ainsi d’un poème de Jonathan Swift (oui oui le père de Gulliver), The Bubble et publié en 1721 dans un journal le Evening Post suite à une grave crise financière en Grande Bretagne (pour plus de précisions il faut lire l’article). Voici les dernières lignes du poème qui fait 2 ou 3 pages word :

The nation too late will find,
Computing all their Cost and Trouble
Directors promises but Wind,
South-Sea at best a mighty Bubble.

le rapport incontournable  de Technorati trouve une de ses meilleures analyses chez Fred Cavazza dans  A quoi ressemble la blogosphère en 2008 ?. Citons par la même occasion le billet d’André Gunthert pour qui Technorati n’est (plus) que l’ombre de lui-même.

l’arrivée de Tous les médias, un journal papier qui recycle blogs et autres sites en ligne. Voilà enfin la solution écologique à la crise de la presse ! Plus d’info chez Presse-Citron et Novovision ou plus simplement chez votre marchand de journaux. À signaler que d’autres magazines sur le même principe sont en gestation, Philippe Cohen ayant expliqué qu’il quittait Marianne2 pour un projet de ce type. Au fait, ne cherchez pas, ce journal n’a pas de site Internet.

– Et enfin, par souci de simplicité je ne renverrai que sur un lien celui d’un billet de Jean Véronis à partir duquel vous pourrez naviguer en toute liberté. À partir du billet « Blogs : indices d’autorité relative? » vous trouverez un univers merveilleux de liens vers d’autres blogs avec plein de morceaux de débats techniques. Une manière comme une autre pour nous de saluer la naissance du wikio labs dont nous n’avons pas encore pu parler ici.

Le marché du dimanche matin

Quelques lectures en vrac et très subjectives :

le retour des serious games. L’expression avait fait florès il y a quelques temps et puis elle était partie aux oubliettes des catchwords de la com’. Son grand retour avec un article bilan du Journal du Net.

– l’article date un peu mais sur un étale il y a toujours un ou deux produits périmés. Il s’agit d’une des analyses les plus intéressantes de la médiatisation de la mort de nos soldats en des contrées lointaines. Danièle Hervieu-Léger estime qu’est venu le temps où la mort au combat est désormais traitée comme un fait divers : son interview par Libération est par là.

– vous l’avez sûrement lu ailleurs, l’info date du 16 septembre mais on la reprend en guise de devoir du week-end : les résultats du panel Médiamétrie-NetRatings de juillet.

– Un non-usager du net c’est quoi, c’est qui ? C’est par ici.