Archives de Catégorie: Modèles économiques

Rétrospective 2007 : l’année web

La fin d’année est traditionnellement l’heure des bilans. Internet et Opinion n’y échappe pas et vous propose de revisiter 2007 à travers une sélection subjective des événements qui nous ont le plus marqué.

Janvier

5thThierry Crouzet publie Le Cinquième Pouvoir, un des (finalement) rares essais sur les effets de la participation sur Internet.

Coca-Cola consacre plus d’un quart du budget de lancement de Coca-Cola Zero à Internet : le record pour les gros lancements en ce début 2007.

Février

David Neeleman, patron fondateur de jetBlue, utilise YouTube pour s’adresser directement à ses clients à l’issue de la plus grande crise de l’histoire de la compagnie : une vidéo, « Our Promise To You », qui restera dans les annales de la gestion de crise en ligne.

DailyMotion, YouTube et les skyblogs sont les accélérateurs du mouvement qui envahit les dancefloors et les rues : la Tecktonik.

Mars

Le buzz de ce début d’année est l’oeuvre du magazine Choc (dont les ventes s’effondrent), pour qui l’agence Buzzman a conçu une campagne autour d’une vraie-fausse vidéo du pétage de plombs de Jean-Luc Delarue dans l’avion.

summizeLancement de Summize, nouveau modèle de consumérisme en ligne, dont on attend un équivalent français avec impatience.

La net-campagne bat son plein et est un terrain d’expérimentation pour les politiques qui utilisent le web au maximum de ses possibilités, allant jusqu’à investir Second Life, et pour les médias, qui font évoluer leurs formules en ligne pour y intégrer le maximum d’interactivité.

Avril

lifeL’emblématique magazine Life cesse sa parution : le Paris-Match américain n’existera plus qu’en ligne.

Consolidation dans la publicité en ligne : Google s’offre DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars. Un mois plus tard, Microsoft rachète aQuantive pour 6 milliards de dollars.

Mai

Steve Jobs annonce une série de mesures visant à rendre Apple plus verte : c’est le résultat d’un travail de lobbying en ligne mené par Greenpeace depuis 9 mois au travers du site GreenMyApple.

Contrairement au référendum, les résultats de la campagne présidentielle ne reflètent que modérément le débat en ligne.

rue89Lancement le 6 mai de Rue89.com, première expérience online française de journalisme « hybride », où des journalistes issus de Libération encadrent des contributions extérieures de non-professionnels de l’information. Après 6 mois d’existence, Rue89 est l’auteur remarqué de plusieurs scoops et réalise près d’un million de visiteurs mensuels. D’autres projets comme Lepost.fr (groupe Le Monde) ou MediaPart, le projet d’Edwy Plénel, se faufileront dans ce créneau.

facebookFacebook ouvre la possibilité à tous ses membres de développer librement leurs applications en ligne et d’en tirer tous les revenus associés. C’est le signal d’une explosion qui fera de Facebook LE phénomène Internet de 2007, témoignant d’un nouveau rapport social entre les individus et éclipsant les MySpace, Second Life ou autres Twitter.

Juin

sarkog815 millions de vidéos vues en 10 jours pour se demander si Nicolas Sarkozy était bourré au G8. Etonnant buzz autour d’une vidéo finalement assez anodine.

Fin d’Arrêt Sur Images après 12 ans de bons et loyaux services. Après polémiques et pétitions, l’équipe de Daniel Schneidermann se délocalise, déménage le big bang blog et prépare son retour en ligne.

Aufeminin.com, leader des magazines féminins en ligne, est racheté à plus de 40% par le groupe allemand Springer, portant ainsi sa valorisation à 284 millions d’euros. Soit 44 millions d’euros de plus que le prix que Bernard Arnault déboursera pour Les Echos au mois de novembre.

Juillet

Agoravox lance sa première enquête participative, une nouvelle expérience d’intelligence collective coordonnée. La première d’entre elles est consacrée à la vaccination.

iab logoL’enquête de l’Interactive Advertising Bureau sur l’e-pub montre une progression des investissements en ligne de 40%. La SNCF reste le premier annonceur. Près de 11% des dépenses publicitaires en France sont désormais consacrées au web, seul segment dynamique du marché publicitaire.

Août

Avec une certaine discrétion, Google devient éditeur en annonçant la possibilité pour les parties prenantes d’une information de venir commenter les Google News qui les concernent. Une solution utilisée sur le Google News U.S. et avec parcimonie.

Un étudiant américain, Virgil Griffith, met en ligne le Wikiscanner, un outil permettant de remonter à la source des modifications anonymes sur Wikipédia. Nombreux sont ceux (partis politiques, entreprises, personnalités) qui sont pris la main dans le sac.

Les étudiants britanniques font plier HSBC en se fédérant sur Facebook : la pétition en ligne réunit plusieurs milliers de membres et permet l’annulation de l’augmentation de leurs agios.

Septembre

Chanel met le paquet avec une opération blogueurs impressionnante.

NYT onlineLe New York Times.com, site média le plus visité au monde, abandonne le modèle payant et rend gratuit l’accès à la totalité des contenus, pariant sur l’accroissement de trafic et des revenus de la publicité.

widgetupsC’est l’année des widgets. UPS consacre l’essentiel de son budget d’achat d’espace 2007 à la promotion on et offline de son compagnon de bureau : sans doute une des campagnes les plus ambitieuses et les plus osées pour un service web (signée McCann Erickson).

Octobre

onslaughtAprès une première campagne très remarquée intitulée « Evolution » qui dénonçait la dictature de l’image, Dove remet le couvert en s’attaquant aux marques dans sa nouvelle campagne, « Onslaught« . Une ligne jaune franchie pour beaucoup, qui rappellent que Dove, c’est Unilever et qu’Unilever, ce sont aussi des marques dont l’attitude est dénoncée… par Onslaught.

radioheadPlus de maison de disques, plus de points de vente : Radiohead utilise le web comme seul canal de lancement de son dernier album, In Rainbows, demandant à l’internaute de payer le prix qui lui paraît juste. Mais combien d’artistes peuvent se permettre une telle folie ?

Le magazine Géo lance ses webreportages : une belle réussite qui illustre l’intégration croissante de l’image en ligne et le phénomène des web TV.

martinePlus qu’un buzz Internet, c’est un véritable phénomène de société : impossible d’échappper au Martine Cover Generator. Casterman demandera la désactivation du site après un mois de franche rigolade pour les internautes.

Jean-Louis Borloo rencontre une assemblée de blogueurs à l’occasion du Grenelle de l’environnement.

zuckerbergFacebook accueille Microsoft dans son capital à hauteur de 1.6% (soit 240 millions de dollars) et annonce la personnalisation de la publicité.

Novembre

Un e-mail mal placé de BETC Euro RSCG à Laurent Gloaguen d’Embruns, doublée d’une campagne de publi-rédactionnels sur des blogs pour Ebay, met le feu à un bout de la blogosphère et relance le débat sur les relations entre les marques et les blogueurs.

C’est la fin de Pointblog, le magazine du blogging. L’audience et le rythme de publication n’auront pas suffi à attirer suffisamment de publicité. Gilles Klein continue avec Le Monde du Blog.

Le baromètre annuel d’IPSOS pour Australie montre un niveau élevé de publiphobie de la part des internautes.

olivennesLe patron de la FNAC Denis Olivennes réussit le joli coup de mettre d’accord les ayant droit de la musique et du cinéma et les fournisseurs d’accès et propose dans son rapport de sanctionner les pirates en coupant leur abonnement à Internet.

L’arrivée de l’iPhone marque le véritable lancement de l’Internet mobile.

Décembre

quidRobert Laffont annonce la fin du Quid papier, victime collatérale de l’abondance d’information en ligne (et peut-être de Wikipédia en particulier).

On semble s’ennuyer au Web3, le congrès international réunissant blogueurs et entrepreneurs de tous horizons à Paris. Peu de nouveautés dans les contenus, mais un « place to be » du networking malgré tout.

Facebook passe le million de membres en France.

Skyblog était un phénomène de société, c’est aussi désormais un phénomène économique : Skyrock annonce gagner davantage d’argent avec ses activités en ligne qu’avec la radio.

manaudouLa publication de photos de Laure Manaudou nue enflamme le web (et les stats de tous ceux qui utilisent les 3 mots magiques : Laure + Manaudou + Nue), mais un travail remarquable des avocats de la nageuse, qui obtiennent le retrait rapide des images là où elles sont publiées, vient démontrer qu’Internet n’est peut-être pas la zone de non-droit que l’on croit.

Bonne fin de fêtes de fin d’année à tous.

Publicités

Où l’on parle enfin de communication sur Facebook – 1

Ouf ! A force de spéculer sur le phénomène Facebook (nouveau Google ? Avenir du web ? Nouveau système d’exploitation ?), à force de s’interroger sur son modèle économique publicitaire, on en oubliait de s’intéresser aux véritables façons communiquer sur le réseau social.

Sur Facebook, la pub et le néant ? Une présentation de Forrester vient à point nommé pour dépasser ce débat et son intitulé dit tout : « Facebook marketing requires communication, not advertising ».

Notre propos est donc de livrer quelques commentaires sur cette présentation. Et nous allons le faire en deux temps, avec quelques rappels sur Facebook aujourd’hui (épisode 1 : les digressions), et des commentaires sur la communication sur Facebook demain (épisode 2 : le vif du sujet).

Episode 1 : digressions avant de rentrer dans le vif du sujet (on ne se refait pas)

Digression #1 : résumé des épisodes précédents

Facebook (c’est à dire « trombinoscope », et je trouve qu’il n’y a pas de meilleure définition, c’est un trombinoscope géant et dynamique ce qui est déjà un facteur de succès puisque les gens adorent regarder des trombinoscopes), Facebook donc n’est pas (encore) le plus grand réseau social (c’est MySpace) mais il est celui qui croît le plus vite (chiffres-clé ici). La notion de taille est essentielle, d’abord pour que l’outil prenne son sens (« l’effet de réseau » qui fait que plus il y a de monde sur Facebook, plus l’outil est riche) et économiquement pour Facebook qui tire ses revenus de la pub.

D’un réseau à l’origine étudiant, il est en train de devenir un réseau beaucoup plus large et « semi-pro » : on peut s’en servir comme outil professionnel tout comme on peut s’en servir comme d’un truc de potes (c’est aussi une de ses faiblesses : on mélange des univers en principe distincts).

Digression #2 : les facteurs de succès

Les plus souvent invoqués sont :

– son ergonomie et son design simple

– la possibilité pour chacun de développer et proposer librement (et tirer le parti financier) des applications pour Facebook, ce qui a permis d’enrichir considérablement les contenus (d’où l’idée de le décrire comme un système d’exploitation en puissance : on se maile sur Facebook, on stocke ses photos sur Facebook, etc.)

– la home page en forme de « news feed » personnel de chaque utilisateur, qui raconte les dernières activités des membres de son réseau et est un VRAI facteur de viralité (je vois ce que mes « friends » font sur Facebook et ça me donne envie de faire pareil)

facebook newsweekRegardez les chiffres d’audience et d’inscription, ajoutez là-dessus une couche d’aventures financières assez passionnantes (refus d’une offre de Yahoo! pour 1 md de $ l’an dernier, prise de participation toute chaude de Microsoft), médiatisez son CEO de 23 ans et vous avez un cocktail explosif. Et donc une (sur)abondance de couverture interneto-médiatique, parfois enthousiaste, parfois dubitative.

Digression #3 : Facebook et moi

Personnellement j’adore Facebook et j’en ai un usage quotidien pour des choses pas toujours très profondes (gros « défaut » : Facebook facilite le superficiel. Mais je ne le remercierai jamais assez de me permettre de jouer à PacMan. Disclosure : la rédaction d’Internet et Opinion dans sa totalité réalise des scores à PacMan sur Facebook inaccessibles au commun des mortels. Mais passons).

Au niveau professionnel je m’en sers pour retrouver ou entretenir des contacts, pour fédérer le réseau de l’agence (groupe i&e sur Facebook), pour republier les notes de ce blog, mais aussi comme d’une source d’infos (notes de mes « friends » et de mes « friends’ friends » ; participation à des groupes essentiellement).

C’est un usage je pense assez classique pour quelqu’un qui travaille dans la communication et il s’agit donc surtout d’être en contact. C’est une notion qui me semble essentielle pour comprendre la communication sur Facebook. On y revient demain.

Lectures conseillées : journalisme et web / marketing 2.0 / ergonomie / conversation / savoir se faire écouter

On ne peut pas parler de tout alors on fait court et on classe par thèmes :

Journalisme et web

Des étudiants en journalisme pas très web-aware… C’est l’épisode raconté par Emmanuel d’Ecosphère. Quand on le lit c’est assez angoissant, d’abord parce que ce sont des journalistes en puissance et ensuite parce que ce sont des jeunes, mais il faut je crois aussi le lire en arrêtant de se regarder le nombril : il y a une fracture numérique, tout le monde n’est pas technophile ou webophile, les flux RSS restent un mystère pour beaucoup. Il faudrait juste qu’ils ne le restent pas trop longtemps pour les étudiants du CFJ…

… Et leur montrer très vite la nouvelle vidéo de Michael Wesch, auteur de l’inoubliable The Machine is us/ing us. Ca s’appelle Information R/Evolution (MW aime les slash) et c’est centré sur les usages de l’information sur le web.

Rien à voir : The Economist s’appuie sur des blogueurs « influents » en leur livrant des contenus en avant-première : un vrai exemple d’interaction on-off.

Interaction on-off également (mais différemment) : le point de vue de Narvic de Novövision sur la nouvelle formule de Libé (d’autant plus intéressant qu’on n’a pas lu grand-chose d’autre que des commentaires sur la maquette elle-même).

Le New York Times a fait +10% d’audience depuis la mise en gratuité de la totalité de ses contenus il y a un mois : un indice qui lui donne raison d’avoir fait le choix du modèle économique publicitaire ? Edit 25/10 : c’est +10% en septembre par rapport à août… pas de quoi s’affoler donc à ce stade.

Marketing 2.0

La présentation « 10 truths of marketing in a web 2.0 world » de 360° Digital Influence, à télécharger ici. Vous verrez si ces vérités vous dérangent, personnellement il y en a deux qui résonnent très fortement par rapport à ce que j’observe : « Authenticity, not transparency » (chez nous on parle de « sincérité », mais l’important c’est de mettre à bas le mythe de la transparence sur le web alimenté notamment par la blogeoisie) et « They know you are marketing » (autrement dit la capacité de décryptage des publics)

La stratégie d’investissement de Nike vue par le New York Times avec un chiffre-clé : -55% d’investissement télé en 10 ans et une citation d’anthologie :

“We’re not in the business of keeping the media companies alive, we’re in the business of connecting with consumers.” (Trevor Edwards, Vice-Président Global Brand & Category Management)

(Via Branislav Peric)

Ergonomie

« 30 concepts-clé de l’utilisabilité », dit comme ça ça ne vous donne peut-être pas envie de cliquer mais c’est un excellent exercice pour se mettre à la place de son public. Règle des 2 secondes, règle des 3 clics, Banner blindness… A lire chez Sébastien Billard.

Conversation

On l’avait déjà dit ici, le web 2.0 est moins conversation que somme de commentaires. Pendant que Rue89 expérimente de nouvelles règles de modération, TechCrunch présente Intense Debate, service de suivi et d’amélioration du flux de commentaires. Il n’y aura pas de solution miracle mais il est utile d’expérimenter.

Savoir se faire écouter

Une candidature incontournable chez Wieden + Kennedy.

Un mail aux blogueurs qui… sort de l’ordinaire et réussit son coup. Perso, j’adore : c’est tout à fait emblématique du changement culturel lié au web 2 (car le plus grand changement est peut-être bien culturel). Cela crée moins de messages autour de la marque qu’autour de sa com, mais il y a au moins ce petit effet d’image et apparemment ça marche. Et hop un lien vers Mandellia, l’auteur de cette approche.

Modèles économiques : le net est toujours aussi flou

Incertitude radicale. Telle est sûrement la meilleure expression pour caractériser les essais perpétuels de formules pour trouver un modèle économique viable sur Internet. Preuve encore ces jours derniers avec les rumeurs autour de la disparition de la zone payante du New York Times, TimesSelect (en français c’est chez Jeff Mignon ou sur rue89). En cette période de destruction créatrice du secteur des médias, le jeu reste très ouvert mais ne sera pas sans conséquence sur la manière de présenter et de faire vivre l’information. A tort ou à raison, les prochaines décisions du NYT seront un indicateur très précieux des possibles évolutions de l’offre des médias français qui ont l’oeil rivé outre-atlantique. A suivre…