Archives de Catégorie: Prédictions

Un mot sur la prophétie de Quatremer

« Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. Après Jacques Attali et ses goûts somptuaires qui lui ont coûté la présidence de la BERD, la France ne peut pas se permettre un nouveau scandale. »

Jean Quatremer, journaliste à Libération, sur son blog Coulisses de Bruxelles, en juillet 2007.

Ce qui m’intéresse dans ces paroles prophétiques est qu’elles ont été proférées par un journaliste sur son blog. On est en plein dans l’illustration de deux convictions qui nous animent sur ce blog :

– être journaliste, c’est un métier (le journaliste fournit une information ou une analyse de qualité supérieure Versus l’internaute qui est dans le commentaire, le point de vue. Même si le journaliste n’est pas toujours obligé pour cela de livrer des prophéties ou de mettre les pieds dans le plat de la vie privée des politiques)

– le blog (de journaliste) est un format libre et dynamique qui a tout son sens pour compléter l’information du média. Format encore sous-utilisé malheureusement…

Et oui, voilà, chers lecteurs, j’ai refait surface 😉

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Quand la presse faisait parler les morts (la vieillerie de la semaine à la mode Bleustein-Blanchet)

Pendant que certains alimentent leur blog, d’autres travaillent;-)

Et dans mes savantes lectures du moment, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cet extrait issu d’un livre du célèbre publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet (vous savez, le père de Publicis).

Dans La Rage de convaincre, une de ses diverses autobiographies, l’amateur d’avions qu’il était se remémore l’histoire suivante. Deux  pilotes français, Charles Nungesser et François Coli décident de traverser l’Atlantique Nord. Ils partent le 8 mai 1927 du Bourget en direction de New York. Le lendemain, le 9 mai, le journal La Presse annonce en une que les deux aviateurs ont réussi leur exploit avec en sous-titre, « les  émouvantes étapes du grand raid ; à 5 heures arrivée à New York ». Sauf qu’en réalité, nos deux héros ont disparu en mer et n’arriveront jamais à bon port (hérodote.net le raconte ici). D’après Marcel, le public indigné est venu briser les vitrines de « La Presse » et quelque mois plus tard le journal cessera sa parution (cessation d’activité qu’il impute à cet épisode de désinformation mais ce serait à vérifier plus précisèment).

[ce phénomène] marque pour moi le début d’une époque, où l’information devient la principale technique, pour ne pas dire le produit n°1. A la limite, elle est aussi importante que l’évènement ; la preuve c’est qu’on vient demander des comptes au journal s’il en donne une version qui se révèle inexacte. Je ne voudrais pas paraître cynique, mais je crois que ce qui a bouleversé les gens, c’est moins la disparition de Nungesser et Coli que le mensonge dont La Presse s’était rendue coupable. Un crime de lèse-information. Mais aussi le commencement d’un nouveau système. Autrefois, on pouvait dire n’importe quoi, l’information était un monologue incontrôlable ; désormais, le public entre dans le jeu ; celui qui émet le message et celui qui le reçoit nouent entre eux un rapport étroit ; nous entrons dans l’âge de la communication. (p. 24 de La rage de convaincre, Robert Laffont, 1970 et c’est moi qui met en gras)

Marrant, non ? Remplacez communication par conversation et vous obtenez une formule digne de Loïc le Meur.

Heureusement que les discours d’évangélisation sur le « nouveau système » ou la « nouvelle société » ne datent pas d’hier. Mais en ces temps difficiles, il ne faudrait pas désespérer la blogosphère… (tiens d’ailleurs, peut-être qu’un jour on entendra dans la bouche des évangélistes « il ne faut pas désespérer Agoravox » comme d’autres ont répété qu' »il ne faut pas désespérer Billancourt« ; Agoravox n’est-il pas à la société de conversations ce que Billancourt était à la société de production de masse ? Finalement, nous ne sommes peut-être que des prolétaires du web… C’est Marcel qui doit bien se marrer du haut de sa tombe;-)

Retour vers le futur : Quand IP France évangélisait sur ce qui n’était pas encore le web

J’étais donc dans un trou, d’après le co-tenancier de ce blog. Pour fêter (dignement) ce retour, je me permets de vous faire part d’une vieillerie issue de mon travail de thèse. L’auteur des extraits qui suivent est un certain Jacques de Panafieu, directeur de « l’atelier de création » d’IP France. Petit exercice d’évangélisation du net avant l’heure :

« l’ère des mass media est liée à l’essor industriel et à la production de masse, instruments indispensables pour véhiculer le plus économiquement possible à une masse de gens indifférenciée, des informations contraignantes sur les productions, le dernier étant le public, mû par les forces mécaniques de la réclame ou de la publicité, aux termes d’un raisonnement de contacts ou de pressions, etc.

 » Nous entrons dans ère de communication individuelle où les mass-media vont être remplacés par l’auto-éducation et la publicité par l’animation socio-culturelle.

Dans un tableau récapitulatif que je vous épargne, il expliquait, entre autres, que chacun allait avoir « l’initiative d’aller chercher l’information », et que la distraction principale serait la « participation » en opposition aux jeux, au spectacle ou encore au Show Business.

Nous étions à l’IREP (Institut de Recherches et d’Etudes Publicitaires) en novembre 1975, d’où un vocabulaire quelque peu daté. Quelque temps après,le bonhomme changera complètement de branche mais gardera son statut d’évangéliste. A méditer !

L’avenir des médias (en toute simplicité)

Invité par la rédaction de Six35 à débattre avec Philippe Couve, Michel Levy-Provençal, Benoît Raphaël et Damien Van Achter sur LE sujet casse-gueule : l’avenir des médias.

Le résultat en version montée est ici, mais je vous recommanderais plutôt la version longue non coupée qui sera mise en ligne sur le PoliticShow la semaine prochaine. Ce genre de débat est à la base extrêmement difficile à cadrer et à approfondir, en plus pour ma part je n’avais pas suffisamment développé certaines idées… donc j’expérimente les joies d’un montage qui prend forcément des airs de bande-annonce.

Mais les joies du blog sont aussi d’aller au bout de ses idées comme Michel l’a déjà fait. Voici donc quelques points que j’aurais voulu développer davantage (quitte à dire des conneries comme l’exige l’exercice) :

– Le déplacement des audiences des médias traditionnels vers le web est progressif. Bien sûr, si on parle de la presse écrite, perdre environ 2% de son audience chaque année est catastrophique pour l’industrie. Mais du point de vue des usages, c’est un changement relativement progressif. Il ne faut pas confondre les usages technophiles et diversifiés des médias qui sont élitistes, et les usages traditionnels qui sont toujours bien là.

– Les écrans permettant la convergence de l’image, du son et de l’écrit et gagnant en nomadisme, ils ont de nombreux atouts pour l’avenir. Mais le format de presse écrite propose un usage de lecture confortable et nomade : il subsistera. La question est plutôt de savoir jusqu’où il va se faire grignoter par les écrans. Je pense que les nouveaux usages vont continuer à s’imposer progressivement, c’est une affaire de génération : il n’y a qu’à voir tous ces trentenaires qui n’ont un usage que minimal du web et qui ne vont pas opter pour le tout-techno demain.

– On va vers une normalisation du web, c’est à dire que le droit, la technique et les usages vont converger vers une voie médiane qui révèlera des formats de médias plus stables que ceux d’aujourd’hui qui évoluent constamment avec les nombreuses expérimentations. On observe déjà un impact stylistique (une écriture de moins en moins journalistique), la place grandissante de l’image, les formats interactifs, la cohabitation des professionnels de l’info et des amateurs au sein d’un même support… L’avenir n’est-il pas dans la mixité, quel que soit le support ?

– Les producteurs d’info brute que sont les agences de presse vont jouer un rôle encore plus déterminant.

– La demande d’information est au moins constante et l’information est stratégique dans les mieux économiques et politiques. Il n’y a pas à s’en faire pour le besoin d’information. Mais les thématiques couvertes seront de plus en plus segmentées et on pourrait voir certaines s’atrophier pendant que d’autres se développent. On verra donc peut-être surgir le débat sur un service public de l’information.

– Je crois à la voie de l’information d’enquête que seuls les journalistes professionnels peuvent produire ; cette information à forte valeur ajoutée pourra être payante – la revue XXI par exemple explore cette voie. Le web fera coexister l’information brute et les opinions ; la presse gratuite se consacrant à l’information brute (voir la nouvelle campagne de Métro ci-dessous), l’avenir de la presse écrite passe sans doute par l’enquête.

campagne métro

– Enfin et en vrac, on le voit déjà : un média, c’est une marque, capable de se décliner sous différents formats, différents supports, en information et en merchandising.

Sinon Emmanuel me dit qu’il va me démonter la gueule pour avoir parlé de « fin du média comme lien social de masse ». Je me protège en attendant.

Edit 3 mars : et voici la version longue du débat.

Internet : le 4ème média en France par la pub

Edit 14/2: aemm, je lis ceci et je me dis qu’en fait on n’est pas près d’y voir clair.

Chiffres de la publicité en ligne, suite… et sans vouloir verser dans l’obsession après mes précédents billets (1 et 2) sur le sujet. On le sait maintenant très officiel depuis hier et grâce à l’étude annuelle de TNS Media Intelligence pour le Syndicat des Régies Internet et l’IAB : Internet est le quatrième média en France. Il vient donc de dépasser l’affichage et s’approche de la radio.

pub web

Chiffres-clé à retenir :

– le pub sur Internet représente 2.8 milliards d’euros d’investissement (reste à savoir dans quelle mesure l’adage « je fous en l’air la moitié de mon budget marketing, le seul problème est que je ne sais pas laquelle » est vrai sur le web :-)),

– réalise + 34,5% sur un an,

– et représente 12% du marché publicitaire (9.5% il y a un an)

PDF de la présentation de TNS Media Intelligence avec beaucoup d’infos sectorielles à télécharger en cliquant ici.

On voit donc à ce jour une progression assez linéaire, mais les prochains mois et années peuvent connaître d’importantes modifications :

– avec la manne attendue de la fin de la pub sur France Télévisions. Lire le Journal du Net à ce sujet : Internet et le « hors média » se partageraient entre 120 et 270 millions d’euros ; en faisant une hypothèse basse où Internet représente 50% de « Internet et le hors média », on peut estimer que le web pourrait récupérer 60 à 150 millions d’euros. Cela pourrait représenter environ 5% de croissance additionnelle.

– avec le ralentissement voire la récession économique. Ici, les avis divergent comme le montre bien cet article de The Economist.

D’abord il faut se demander dans quelles proportions la pub en général serait touchée (les analyses du marché publicitaires 2008 vont de +5% à -5%…), ensuite savoir comment résisterait le média Internet.

Pour certains, Internet résistera mieux car il faut encore combler le fossé entre l’usage du web et la publicité sur le web (les gens y consacrent proportionnellement plus de temps que les annonceurs n’y consacrent de budgets). Et parce que le web apporte la transparence du retour sur investissement en rendant les choses beaucoup plus mesurables, donc justifiables pour celui qui investit. Enfin parce que la télé serait l’arme de l’image de marque à long terme et le web l’arme de vente à court terme.

A l’inverse, on peut estimer que si la démonstration de ROI n’est pas convaincante, les annonceurs peuvent se détourner du web pour se rassurer et jouer la grosse visibilité avec la TV. Et l’annonceur peut se souvenir que l’internaute fuit la pub, se déclare publiphobe et s’inquiète de l’utilisation de ses données personnelles… autant de facteurs qui peuvent le faire douter de ce ROI (lire à ce sujet la tribune d’Esther Dyson dans le WSJ). [Edit 14/2, mentionnons également la remise en cause de méthodes d’évaluation sur Internet, merci Samuel]

Pas simple tout ça. En tout cas 2008 semble être une année charnière pour la publicité en ligne. Sans oublier le meilleur moyen d’investir : les PR online 🙂

Lectures conseillées

La bonne résolution d’Internet et Opinion, c’est de ne pas oublier d’écrire ces billets « lectures conseillées » que nous produisons trop rarement à notre goût.

Dont acte, et en vous souhaitant une très belle année 2008.

Après notre essai et parmi l’ensemble des rétrospectives 2007 qu’on peut trouver un peu partout, voir la rétrospective « tendances 2007 » du Journal du Net. Parfait pour les profanes et synthétique pour les spécialistes. Personnellement j’aime beaucoup les rétrospectives, qui malgré le caractère un peu tarte à la crème nous permettent d’échapper au tout-instantané. Et un bon point pour le Journal du Net, qui a proposé d’autres rétrospectives 2007 sur des sujets variés.

Le web, un média réactif ? Le même Journal du Net produit le 1er janvier 2008 un diaporama sur l’étude de TNS Sofres « marques et web 2.0 : mythes et réalités »… Initialement présentée par TNS au TopCom Consumer, c’est à dire… il y a trois mois. Sur Internet et Opinion, nous avions un peu honte d’avoir commenté cette étude dans un délai d’un mois. Certes, le temps permet le recul et l’analyse et comme on vient de le dire, il faut échapper au tout-instantané, mais… trois mois, quoi. Sur un média en ligne. Et un mauvais point pour le Journal du Net.

Après les rétrospectives, les prédictions. Lire :

– celles de Business Week (via Lexeul) qui anticipe notamment moins d’ouverture et plus de vie privée dans les réseaux sociaux (je souscris)

– celles de Wired (soumises aux votes de ses lecteurs) qui anticipe notamment davantage d’applications business sur les réseaux sociaux (j’attends de voir : on a effectivement, pour le moment, très peu d’applications business dans le top 100 de Facebook par exemple).

– et celles (déjà) traditionnelles d’Emmanuel d’Ecosphère. Difficile d’en sortir une seule, mais un rappel opportun : « il ne faut pas confondre succès d’usage et succès commercial ». Ce n’est pas parce qu’un outil est utilisé qu’il génère du revenu, d’où la problématique de monétisation de tout ce qui est 2.0 / UGC et les difficultés des groupes médias.

C’est aussi l’occasion de signaler la dernière étude de FaberNovel sur les réseaux sociaux. Réseaux sociaux sur lesquels Barack domine Hillary (ce qui ne permet pas pour autant de faire de grandes prédictions sur son destin politique).

Des prédictions 2008 chez i&o ? On anticipe le retour de l’expert en général et du journaliste en particulier, j’espère qu’on aura l’occasion d’y revenir avec Emmanuel. Le dernier billet de PR2Peer va dans ce sens.