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10 considérations sur les blogueurs

Issues de quelques années d’observation de la blogosphère, de saines lectures (un exemple), de nombreuses discussions avec d’autres blogueurs, etc. : voici 10 considérations sur les blogueurs, qui vont plus ou moins à contre-courant des perceptions générales.

1. « Les blogueurs », ça n’existe pas.

Le problème de l’utilisation du terme « les blogueurs », c’est qu’il induit qu’on parle d’une population qui, à défaut d’être totalement homogène, recèlerait au moins quelques caractéristiques communes. Mais à part le fait de tenir un blog, on a bien du mal à définir ces caractéristiques universelles du blogueurs.

Les profils des auteurs ? Je reprends de temps en temps cette phrase de José Ferré :

« Les auteurs des blogs sont pêle-mêle adolescents, ex-premier ministre, chefs d’entreprises petites ou grandes, élus locaux, artistes, candidats au suicide, anciens ministres, membres d’associations citoyennes, poètes, hôteliers, journalistes, militants de toutes les causes, amoureux de musique, de littérature, de photographie, amoureux tout court… (…) Tel est le nouveau monde des blogs, inventif, créatif, anarchique, naïf, détestable ou généreux. Parfois talentueux. »

Leur approche rédactionnelle ? Certains blogs décrivent le quotidien, d’autres sont des blogs d’experts ; certains blogs sont analytiques, d’autres reprennent de l’information brute ; certains blogs sont des lieux de destination, d’autres sont des lieux de passage ; certains blogs valent par la plume de leur auteur, d’autres par les conversations qui y ont cours ; certains blogs produisent peu, d’autres énormément ; certains blogs valent tout court, d’autres ne valent rien…

Leurs motivations ? Oui, on a là sûrement un point commun : le blogueur est motivé par un désir de reconnaissance. Reconnaissance qui peut prendre de multiples formes. Mais cela suffit-il à parler des « blogueurs » comme d’un ensemble ?

Au contraire, on est toujours autre chose avant d’être blogueur. Les blogueurs français à plein temps sont une poignée. On est salarié et blogueur, patron et blogueur, journaliste et blogueur, étudiant et blogueur, militant et blogueur, etc. l’attribut « blogueur » ne peut venir qu’en deuxième position.

Bien sûr, on peut dire « les blogueurs », comme on dit « les automobilistes » : mais cela comporte une énorme limite : on en sait pas exactement de quoi on parle. Les blogueurs ne sont pas un ensemble défini comme peuvent l’être les journalistes, qui bien qu’étant un ensemble très hétérogène, sont une profession régie par une charte de déontologie, des études, des pratiques professionnelles, des habitudes, etc.

Rien de tel avec les blogueurs. On n’apprend pas à être blogueur, on pratique le blogging comme on l’entend. C’est d’ailleurs une des raisons qui me font penser que le statut de blogueur est plus enviable que celui de journaliste : la liberté de choisir ses sujets, la liberté de la fréquence de publication, la liberté du contenu sur le fond et sur la forme… Les blogs sont des médias, mais les blogueurs ne sont pas des journalistes.

2. Les blogs forment une longue traîne médiatique.

Le principe de la longue traîne telle que Chris Anderson l’a défini est en gros le suivant : si on classe les biens culturels par ordre de popularité, on s’aperçoit que la distribution traditionnelle se concentre sur un nombre limité de références vendues au-dessus d’un certain seuil ; et que l’e-commerce a permis l’accessibilité à un nombre quasi-illimité de références vendues en très petit nombre.

L’idée est assez facilement transposable au système médiatique : des médias professionnels on et off à gauche (nombre limité + audiences les plus importantes) ; les blogs à droite (nombre illimité et audiences de niche).

L’idée reste schématique puisque des médias professionnels se situeraient dans la partie jaune du schéma et des blogs dans la partie verte, et elle doit être investiguée avec la notion d’audience relative (un certain nombre de blogs ont une audience par article plus que comparable à celle de médias professionnels).

Pour autant, cette idée de longue traîne est une idée clé pour comprendre la blogosphère : nous sommes dans un monde horizontal, éclaté, peu différencié, difficile à lire, peuplé de micro-médias. La blogosphère, c’est d’ailleurs un peu Microcosmos.

3. La blogosphère est média-dépendante (et pas l’inverse)

On a eu beau vanter la possibilité pour tout un chacun de devenir le témoin d’un scoop et le premier sur l’information, l’immense majorité des contenus UGC sur le web, dont les blogs, relèvent du commentaire, du point de vue, de l’analyse, du copier-coller ou de l’expérience personnelle. Pas de l’information. (Carlo Revelli, par exemple, a lancé les enquêtes participatives d’Agoravox pour favoriser l’emergence d’informations plutôt que d’opinions).

Au contraire, les des blogueurs reprennent et commentent les informations… produites par les journalistes. Les médias continuent très largement à faire l’agenda des centres d’intérêt et des conversations des Français. A fortiori ceux de la plupart des réseaux de blogueurs, qui reprennent et commentent l’actualité telle que définie par les médias, avec des préférences pour certains sujets, des absences pour d’autres sujets, mais finalement assez peu de sujets qui leur sont propres (en dehors du sujet… « blogosphère »).

4. Les blogueurs fonctionnent en réseaux affinitaires, pas en communautés

On comprend assez facilement que les blogueurs, comme les internautes, s’organisent et se retrouvent par logiques affinitaires.

On emploie généralement le mot communauté pour décrire ces phénomènes relationnels, mais ce terme est-il le mieux choisi ? En tout cas, les communautés de blogueurs ne sont pas des communautés fermées. On peut être membre de plusieurs groupes affinitaires simultanément, et la légitimité à intégrer un de ces groupes est une affaire de contenu (ce que je raconte) plus que d’identité (ce que je suis). La logique de fonctionnement est une logique de réseau.

A l’arrivée, on a les blogueuses cuisine, les blogueurs buzzmarketing, les geeks, etc. Des groupes (des grappes, d’ailleurs) de plus ou moins grande taille, avec des référents plus ou moins autoritaires, une porosité plus ou moins grande d’un groupe à l’autre… Ces réseaux affinitaires peuvent finalement être représentés comme ceci (image prise chez David Armano) :

5. Les blogs démarrent (éventuellement) des conversations (qui n’en sont pas vraiment)

« Les médias traditionnels envoient des messages, les blogs démarrent des conversations ». Cette maxime qui orne encore aujourd’hui le blog de Loïc Le Meur a marqué les esprits dans la blogosphère et a largement contribué à « faire » l’image des blogs.

On peut admirer le français (« les médias envoient des messages » plutôt que « les médias diffusent des messages »…) ou réfléchir un instant à la fameuse « conversation » sur les blogs (on en avait déjà parlé, à une époque où nous ne comptions qu’une poignée de lecteurs).

De la même façon qu’il faut remettre en question les termes « les blogueurs« , « blogueurs influents« , « communautés« , il faut remettre en question l’idée de « conversation » généralisée. La conversation est un bien rare sur les blogs. Pour plusieurs raisons :

– d’abord, pour qu’il y ait conversation, il faut qu’il y ait un minimum de public participatif. Tous les blogs sont loin de réunir un public participatif minimal et l’idée « je vais faire un blog, je vais avoir des commentaires » est un énorme leurre dans lequel sont tombés beaucoup d’apprentis blogueurs croyant que par la grâce de la magie des blogs, ouvrir un blog signifiait instantanément avoir un public.

– ensuite, et à l’inverse, parce qu’il faut choisir entre audience et conversation. On ne peut pas discuter à 50. Sur les gros blogs, les médias en ligne, etc., la conversation est impossible. On assiste à une somme de commentaires sans fin qui pose d’innombrables problèmes de modération aux éditeurs. Un fil de commentaires n’est pas une conversation.

– Aussi, parce qu’une conversation suppose un esprit constructif qui manque en de nombreux lieux. On a plus souvent de la controverse et de la polémique (stérile de préférence) que de la conversation. Et il suffit parfois d’un seul troller pour gâcher l’équilibre précaire de la conversation.

Enfin, si les conversations existent, ils est tout à fait exact de dire comme Loïc Le Meur que les blogs les démarrent. En revanche il est bien rare qu’elles aillent à leur terme.

Pour deux raisons : 1. chaque nouveau billet vient recouvrir le précédent et interrompt alors largement la conversation en cours. Et 2. les lecteurs qui viennent déposer un commentaire et ne reviennent pas lire le reste du fil ensuite sont souvent plus nombreux que ceux qui reviennent régulièrement voir les réponses à leurs commentaires et répondre aux réponses…

Bref, comme en général les blogueurs ET leurs commentateurs sont finalement plus dans une logique de publication que de discussion, et qu’ils ont rarement la patience de ne faire qu’attendre et participer à la discussion sans republier… on voit beaucoup de conversations avortées.

6. Bloguer n’est pas chronophage, c’est animer un réseau qui l’est

« Bloguer c’est chronophage », « bloguer rend addictif »… Si on veut, oui. Mais il ne faut pas oublier que le blogueur est totalement libre de la façon dont il anime son blog. Tout dépend de ses objectifs. S’il s’agit d’écrire quotidiennement, oui le blog sera chronophage. Mais on peut choisir d’écrire une fois par mois si l’on veut. On peut bloguer pour soi sans vouloir réunir un public.

C’est lorsque l’on souhaite réunir véritablement un public que les choses se compliquent. Ce qui prend du temps, c’est finalement toute la participation à la vie du réseau et pas seulement le fait d’écrire des billets. Bloguer est une activité chronophage, mais au sens où elle suppose de lire les autres, de les commenter, de répondre aux commentaires chez soi, et pas seulement de rédiger des billets.

C’est pour cela que le blog n’est pas juste un outil : faire vivre un blog est un engagement, voire une stratégie.

7. Bloguer est un apprentissage de la modestie

L’idée première du blogueur est, souvent, de diffuser sa science aux autres. Un peu comme lui :

Pourtant, le mécanisme des commentaires fonctionne généralement très vite et permet de constater qu’il y a toujours plus expert que soi, ce qui a vite fait de nous calmer.

Et l’apprentissage de son public, même s’il n’est pas plus expert que soi, fait que l’on se retrouve rapidement à anticiper des réactions, ce qui influence l’écriture. Combien de blogueurs n’ont-ils pas constaté que leur ligne éditoriale avait évolué sous l’influence des commentaires ?

L’apprentissage de la modestie, c’est donc à la fois la découverte que d’autres existent, qu’ils sont plus experts, et qu’il est extrêmement difficile de s’en tenir à son projet initial dans la durée.

8. La propagation des opinions est imprévisible et anarchique

Cette allégation est un des dadas de nombreux webologues (comme par exemple Duncan Watts) : on passe du modèle pyramidal et organisé au modèle… bordélique. Où l’information est passée par ici, où elle repassera peut-être par là… sans que l’on comprenne bien pourquoi et sans qu’on sache véritablement l’anticiper. Beaucoup de « gros » blogueurs se disent d’ailleurs surpris des billets « qui marchent » et de ceux qui « ne marchent pas »…

Alors, que sait-on à propos de la propagation des opinions ?

– que la viralité se propage plus facilement des gros vers les petits que des petits vers les gros. Le problème étant que dans l’univers de la longue traîne, petits et gros sont peu différenciés. La difficulté à modéliser l’information est donc une conséquence de l’horizontalité de la blogosphère, comme nous l’avons évoqué dans le point 2.

– que la viralité dépend des « radars du web ». Les radars du web, ce sont les amplificateurs d’informations, par exemple des blogueurs populaires qui, par le hasard de leurs lectures, vont attirer l’attention sur le billet d’un autre. On a un très bon exemple de ce phénomène avec le billet « De la corruption de la presse » de Novovision, le plus vu de l’histoire de ce blog, qui avait végété avec quelques dizaines de pages vues pendant des semaines, avant de tomber sous des radars et d’être vus 3000 fois en quelques jours. Un phénomène de buzz décrypté par l’auteur, Narvic.

– qu’elle est d’autant plus anarchique dans la blogosphère que les blogueurs n’étant pas des professionnels de l’information, ils n’ont aucune vocation à systématiser ou à « scanner » tout ce qui se dit sur un sujet donné. Le hasard y est donc d’autant plus important que ce sont des « amateurs » qui font et défont les informations qui circulent. A notre niveau sur Internet et Opinion(s), on voit très bien que quelques « gros » blogueurs nous lisent par périodes, puis plus du tout (sinon ils nous reprendraient quotidiennement, c’est sûr 😉 )

– à l’arrivée, et c’était notre réaction à l’étude de Duncan Watts, le succès d’un billet, d’une idée, d’une opinion, dépend peut-être moins (si ce n’est autant) de l’identité de son auteur, que de sa résonance avec la société à un moment donné. Choisir le bon sujet, les bons mots, au bon endroit, au bon moment : les succès dans la blogosphère sont autant affaire de contenu que de canal.

Autant de raisons qui expliquent l’anarchie de la circulation de l’information, mais ne permettent pas de la modéliser.

9. Un blogueur n’EST PAS influent : il PEUT l’être…

Les habitués de ce lieu connaissent ma détestation de l’expression « blogueur influent ». Sans vouloir paraphraser ce que j’ai déjà écrit à ce sujet, être influent c’est avoir la capacité à modifier des représentations ou des opinions d’un public donné. Plusieurs réserves donc à propos de l’expression « blogueur influent » :

– Influent à quelle échelle ? Dire de quelqu’un qu’il est « influent » tout court suppose dans mon esprit qu’il / elle draîne des milliers de fidèles, ce qui n’est généralement pas le cas des blogueurs…

– Etre influent, c’est avoir un public influençable, avoir un ascendant sur son public. Pourquoi pas : si le public est là, c’est qu’il s’intéresse à ce que raconte le blogueur, c’est qu’il est en demande. Mais l’influence est bien un jeu entre un individu et son public, et tous les publics ne se valent pas… D’ailleurs la réaction de beaucoup à ce débat est de dire « ce sont mes lecteurs qui m’influencent« . (mais bon, comme les lecteurs sont souvent des blogueurs… non j’arrête, il ne faut pas compliquer).

On ne peut être écouté que sur 3 ou 4 grandes thématiques, pas davantage. L’influence quand elle existe est donc toujours une influence thématique (untel sera de con conseil pour l’achat de mon prochain plasma) et pas l’espèce d’omnipotence sur laquelle nous fantasmons…

– Enfin et cela rejoint le point 8, l’influence est souvent une affaire de circonstances. Elle ne se décrète pas, elle se constate plus souvent a posteriori (à l’exemple du blogueur Jaï, devenu en quelques jours référent sur les questions de trading au moment de l’affaire Kerviel)

Bref, des blogueurs populaires, oui. Des blogueurs influents, moins. Un blogueur peut être influent, mais selon les sujets, les circonstances, le public. Cela rétrécit la notion de « blogueurs influents » avec laquelle on nous rebat les oreilles.

La popularité du blogueur, elle, est corrélée à plusieurs facteurs. Nous en avions listé 4 :

– Contenu (qualité – expression d’un regard et/ou apport d’informations nouvelles, “potentiel” du sujet traité auprès des lecteurs, différenciation, qualité de la plume)

– Forme (graphisme, mise en page, taille des billets plutôt courte, utilisation d’image et de son)

– Posture (réactivité sur l’information, fréquence d’actualisation, dialogue ou controverse, durée dans le temps)

– Réputation (statut / légitimité de l’auteur dans la vraie vie, réseautage au sein de la blogosphère, RP du blog, effet “winner takes all”)

Avec comme constat global que l’on peut être un blogueur populaire en faisant exception sur un des critères, mais que les blog du haut du classement de Wikio sont généralement performants sur au moins 3 de ces 4 items.

Autrement pour être un blogueur populaire il y a toujours cette solution là :

10. Connaître les blogueurs, c’est conduire à la fois un travail de géographe et d’ethnologue

La connaissance de la blogosphère dans son ensemble suppose plusieurs approches : celle du géographe, qui cartographie cette jungle ; et celle de l’ethnologue, qui connaît les peuples, leurs us et coutumes. Voir notre billet complet à ce sujet.

Il est donc difficile de parler de la blogosphère sans y passer une partie de son temps. Difficile aussi de parler de toute la blogosphère étant donnée la diversité qu’on y trouve. C’est pourquoi je n’exclus pas que certains des points évoqués dans ce billet soient invalidés par des commentateurs avisés.

D’ailleurs, est-ce que ces 10 points suffisent à avoir une compréhension globale de la blogosphère ?

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R4V3N & Cie c’est fini : la normalisation du web par le droit

mob14_1184908853.jpgJ’évoquais hier un sujet qui me tenait à coeur : l’hypothèse d’une normalisation du web de par une stabilisation des usages et des productions à mi-chemin entre l’avant garde du web et les médias traditionnels.

Dans le même temps, nous voyons la disparition des annuaires de streaming type R4v3n. Extrait du communiqué, dernier vestige de cet annuaire :

Quand r4v3n a lancé son projet d’annuaire de streaming au début 2007, nous pensions à l’époque, que faire des liens vers des sites diffuseurs de streaming qui ont pignon sur rue n’enfreignait en rien la loi. (…)

Mais suite à l’affaire Chacal-Stream de Janvier 2008, nous avons pris le temps de faire le tour des évènements judiciaire liés au streaming Français, de Juin 2007 à Janvier 2008. Nous avons pris connaissance de l’affaire MySpace/Lafesse de Juillet 2007. Ce jugement remet en question la pérennité de notre site et du concept même d’annuaire de streaming en france.

Depuis maintenant 1 an que nous existons, nous n’avons JAMAIS reçu de mail nous demandant d’arréter notre activité. A notre connaissance aucune poursuite judiciaire n’a été portée à notre encontre. Toutefois, à la vue des éléments de l’affaire MySpace/Lafesse et de chacal-stream nous décidons de stopper r4v3n de notre propre volonté. Nous suivons donc nos confrères, qui durant le mois de Février 2008, ont fermé les uns après les autres. Nous encourageons vivement les annuaires de streaming encore actifs à fermer leurs portes.

La normalisation du web s’effectue aussi (et surtout) par le droit. C’est évidemment un des outils les plus puissants pour contenir et réguler les nouveaux usages (que ces usages soient justes ou non etc. n’est pas la question).

Ainsi, les internautes peu expérimentés aux arcanes du code et du tag sur des plate-formes alternatives à Google vidéo, youtube, dailymotion etc. vont avoir du mal à trouver les vidéos de leur série préférée.

Une bonne solution donc pour endiguer les usages qui mettent en péril les modèles économiques des producteurs. L’économie traditionnelle est très loin d’avoir dit son dernier mot. Et avec le temps, ce genre de distinction n’aura plus de sens.

Internet et démocratie : un panorama de Patrice Flichy

La vie des idées a publié hier un panorama très instructif de Patrice Flichy sur la question de l’opinion et de la délibération collective sur Internet : « Internet, un outil de la démocratie ? ». Pas très intéressant de résumer ce qui est déjà une synthèse qui a des chances de devenir incontournable pour les non-initiés.

En revanche, je retiendrai quelques points saillants de son exposé, histoire de digérer une nouvelles fois ce que l’on comprend des usages du net. Morceaux choisis par votre serviteur (billet un peu long mais suffisamment clair pour que vous puissiez naviguer entre les paragraphes) :

1. Confrontation, échanges d’arguments et consensus

« Les internautes peuvent (…) échanger sur un pied d’égalité. (…) Le débat ne tend pas vers l’élaboration d’une position commune, mais plutôt vers une multiplication de points de vue contradictoires. Cet éclatement des opinions est encore renforcé par le fait que les identités des internautes sont floues et mobiles. (…)

« Dans la vie réelle, les différentes facettes d’un individu sont unifiées par leur inscription dans un même corps, dans les interactions en face à face, chaque interlocuteur ressent ainsi la complexité de l’autre et peut s’appuyer sur cette complexité pour trouver un accord. Les communautés virtuelles encouragent, au contraire, la multiplicité de points de vue rigides plutôt que la flexibilité« .

2. L’intimité instrumentale

« Les communautés en ligne ont été caractérisées par les fondateurs d’internet comme des communautés d’ « intérêt commun ». Il est ainsi plus facile que dans la vie réelle de trouver des individus qui puissent partager tel ou tel de nos intérêts. Cet échange ne concerne pas l’ensemble de la vie d’un individu, mais certains aspects de sa personnalité liés à un domaine des loisirs mais aussi à des aspects plus intimes : maladies, évènements familiaux… L’échange sera intense mais limité à une facette de la personnalité. On peut alors parler d’ « intimité instrumentale ». « 

3. Concentration de l’information et de l’attention

« Cette abondance de l’information en ligne se traduit-elle par une grande diversité de la réception de l’information ? En fait, il n’en est rien, le citoyen concentre son attention autour de quelques sites qui viennent du monde traditionnel des médias. Une enquête américaine réalisée sur la campagne présidentielle de 2004 montre qu’environ la moitié des internautes consultent les sites des grands médias ou des portails internet, CNN.com réunissant à lui seul 20% de l’audience. (…) Internet, malgré sa diversité, est polarisé autour d’un nombre restreint de sites ».

4. le web d’opinion et la balkanisation des idées

Internet a aussi permis à une nouvelle presse d’opinion de se développer, car l’investissement initial est beaucoup plus restreint qu’avec les médias traditionnels. Pour ces « web d’opinion » ou ces blogs spécialisé, on trouve au sein de leurs sous-communautés la même polarisation sur quelques sites. Dans ce domaine qui est évidemment l’aspect le plus novateur d’internet, la faiblesse des liens de ces sites avec d’autres secteurs de l’opinion peut constituer un vrai risque de balkanisation de l’espace public, de communautarisation des débats.

5. La conversation on-off line

De nombreux interviewés (…) expriment le plaisir qu’il y a à rencontrer en ligne des gens différents d’eux par leur origine sociale ou géographique, mais aussi des gens qui pensent différemment. Ces internautes rencontrent un public devant lequel ils peuvent s’exprimer. Parfois, ces opinions différent peuvent les inquiéter ou les heurter, mais c’est plutôt perçu comme une occasion de clarifier ses idées, d’affûter ses arguments. De telles occasions existent rarement dans la vie réelle. En effet, les travaux de Wyatt et Katz sur les conversations politiques montrent que celles-ci se déroulent le plus souvent à la maison ou au travail et ont lieu pour l’essentiel (80 à 85%) avec des gens avec lesquels on n’a pas de désaccords fréquents.

Attention, ce ne sont que des extraits qui, dès lors, ne reflètent que très approximativement l’argumentation de l’auteur (les références précises des études citées sont disponibles dans le texte original). Mais il y a déjà de quoi discuter.

10 reasons why PR provides the best online communication

(This is an English translation of a French post. Original -with links- here)

(Ceci est une traduction d’un post en français. Original -avec les liens- ici)
For some time I’ve been meaning to write a little note outlining the benefits of online PR. So here we go, with this catchy title: ten reasons why we PR professionals provide the smartest online service 🙂
Based on the customer’s objectives (generating traffic or sales, enhancing public image, etc.), the ten reasons are:
1. “Eyeballs” dodge online advertising. They go straight to the content. Eye-tracking surveys are astonishing in this respect. Moreover, refer to the Ipsos Australia study of November 15: “Internet users becoming adverse to advertising”.
2. Content cannot be purchased. Not without taking a serious risk.
3. Free advertising from “the buzz” is more of a myth than anything else.
4. It turns out, the Internet is not a mass media. It is made up of a set of affinity networks know as – exaggeratedly – “communities”. The Web is a highly decentralised realm, in which one needs to identify opinion leaders and know how to address them. According to Arthur Kannas, founder of the Heaven agency:

“Our vision takes the decentralised nature of the Web as its starting point. We believe it is better to teach brands to take into account all the places where their consumers are, rather than make them spend a lot of money to take them to a single place, for instance a brand website.”

5. User-generated content is credible. The brand is not alone in expressing itself, audiences gain a share of voice.

6. To address audiences effectively, one needs non-intrusive, interactive, personalised and sincere relations. Bad practices create bad noise.

7. Search engines have become reputation management systems. They only offer up “official” information as one of many sources, so it’s better to generate coverage than be subjected to it.

8. Take a look at the tips for website referencing suggested by online experts: their leitmotiv is always the quality of the content.

9. Even a purely technical reading of referencing criteria take us back to good PR practices. In particular, incoming links are an important factor – and what’s the best way of generating incoming links if not… a PR campaign?

10. Web-writing is not so specific. What’s important is… writing well.

It is quite clear that “PR lives”. Of course, everything I say refers to good PR. The kind that respects its audiences and follows Seth Godin’s brilliant rule:

“So, the smart PR folks (the successful ones) struggle to make their lists smaller and smaller. The lazy ones just try to make them bigger.”

10 raisons pour lesquelles les RP sont le meilleur de la communication online

Cela faisait longtemps que je voulais écrire un billet pour évoquer de façon globale l’intérêt des RP online. Nous y sommes donc, avec cette accroche très… marketing : 10 raisons pour expliquer pourquoi ce que nous, gens de RP, faisons, est tout simplement le meilleur et le plus intelligent de ce qui peut se faire en ligne 🙂

Donc, par-delà les objectifs posés (trafic, image, vente…), les 10 raisons sont :

1. L’oeil de l’internaute évite la publicité. Il va droit au contenu. Exemples sidérants d’eye tracking ici ou . [update 15/11 : étude Ipsos / Australie : « les internautes deviennent publiphobes« ]

2. Le contenu, ça ne s’achète pas. Ou alors on prend des risques.

3. Le buzz dont on pensait qu’il constituait une forme de publicité gratuite est un mythe.

4. Non, le web n’est pas un média de masse. Il est constitué d’un ensemble de réseaux affinitaires qu’on appelle (un peu abusivement) des communautés. C’est un espace profondément décentralisé dans lequel il faut être capable d’identifier des influenceurs et de savoir leur parler. Je cite Arthur Kannas d’Heaven :

« (notre) vision (est) centrée depuis le départ sur le caractère décentralisé du web. Nous pensons qu’il vaut mieux apprendre aux marques à prendre en compte l’ensemble l’ensemble des lieux où leurs consommateurs sont présents, plutôt que de leur faire dépenser beaucoup d’argent pour les amener sur un seul lieu, qui peut être par exemple un site de marque. »

5. Le contenu « user generated » est crédible. La marque n’est plus seule à s’exprimer, les publics gagnent en part de voix.

6. Pour bien parler à ses publics il faut des relations non intrusives, interactives, personnalisées, sincères. Les mauvaises pratiques créent du mauvais bruit.

7. Les moteurs de recherche sont devenus des systèmes de management de la réputation : la réputation se fait par les résultats qu’ils indiquent, qui ne proposent l’information « officielle » que comme une source parmi d’autres : mieux vaut donc générer sa couverture que de la subir.

8. Regardez les « tips » des conseils en référencement que l’on trouve un peu partout sur le web : on en revient toujours à la qualité du contenu.

9. Même une lecture technique des critères de référencement nous renvoie à des bonnes pratiques RP. Je pense notamment à l’importance des liens entrants car qu’est-ce qui permet d’avoir des liens entrants si ce n’est… une campagne RP ?

10. L’écriture web n’est pas si spécifique que ça. Ce qu’il faut avant tout… C’est savoir écrire.

J’ai donc beaucoup plus envie de dire « PR is alive » que « PR is dead ». Evidemment tout ce que je dis repose sur l’idée des relations publiques au sens noble du terme, bien pratiquées, dans le respect du public et qui ont fait dire à Seth Godin cette phrase que j’adore :

« So, the smart PR folks (the successful ones) struggle to make their lists smaller and smaller. The lazy ones just try to make them bigger. »

(update 16/11 : il semble heureusement que nous soyons un certain nombre à être d’accord là-dessus)

Au final, est-ce qu’il ne serait pas temps de se dire que le web 2.0, en redonnant la parole aux publics, fait (re)découvrir les relations publiques, une discipline naturelle, aux communiquants venus de tous horizons… et notamment du marketing ?

Session de rattrapage pour les néophytes : c’est quoi au juste les RP ?

On parle ici d’une discipline de la communication, les relations publiques, ensemble hétéroclite encore synonyme de petits fours pour certains, mais qui consiste surtout à établir, construire, entretenir etc. des « relations efficaces avec des publics utiles ».

Les RP englobent les relations médias, on les définit parfois comme les relations avec les influenceurs, ou comme le « hors media » puisqu’elle supposent de mener ces relations sans achat d’espace.

Au-delà de ça, il faut comprendre que les RP bien pratiquées consistent à :

– délivrer un ensemble de messages (parfois approfondis, complexes, ce qui suppose une bonne capacité à écrire)

– de façon ciblée à des publics (journalistes, leaders d’opinion, publics spécialisés comme les médecins…)

– réellement susceptibles d’être intéressés par ledit message (ce qui suppose une bonne capacité à « entrer en relation », donc une connaissance très fine de ces publics).

On délivre de l’information, on échange avec les publics et à la fin le client nous demande combien d’argent il a gagné et on s’étripe avec lui parce que là n’est pas la question 🙂