Archives de Catégorie: Relations presse

Faire buzzer sa conférence de presse (vidéo de la semaine)

La provocation est encore le meilleur moyen de faire parler de vous à moindre frais. Dernier exemple en date avec Ryanair qui s’y connaît dans ce style. Jugez ci-dessous de la finesse de son dirigeant (désormais légendaire comme nous le rappelle Hoaxbuster).

Résultats : une vidéo vue plus de 500 000 fois et un peu plus de 100 billets de blogueurs l’ont évoquée. C’est ça le social media release (ou CP 2.0), non ? 😉

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« Les internautes disent que… » Vers un nouveau cliché journalistique ?

Vous connaissiez le JT et ses insupportables micro-trottoirs – Petite mise en scène, reconstitution médiatique de l’avis d’un groupe social ou d’une nation (rappelez-vous ces correspondants qui interrogent « La » population du coin).

Internet a enfin donné le change aux journalistes de la presse écrite (on et off sans distinction… ouf on évite une nouvelle bataille de tranchées). Désormais, les journalistes disposent d’une nouvelle matière, ce qui se dit sur les blogs, les forums, etc. On ne peut que s’en féliciter. Cela ne fait qu’élargir l’horizon des opinions, n’est-ce pas ? Mais cela s’accompagne d’un effet pervers. Oh, un petit effet pervers, de ces petites épines dans le pied avec lesquelles nous avons tous appris à marcher : une nouvelle figure rhétorique a fait son apparition et semble avoir pris son rythme de croisière. Trois exemples glanés ici et là dans Le Monde.

Les internautes et les fausses photos d’Hiroshima

Il y a environ deux mois (le 10/05/08 exactement), Sylvain Cippel et Philippe Pons signaient un article sur des photos (soit-disant) inédites des victimes d’Hiroshima. On y lisait ceci :

Depuis la divulgation de ces photos, blogueurs et internautes américains se déchirent sur le sujet. Une phrase revient souvent dans les commentaires : « Les Japs n’ont eu que ce qu’ils méritaient. » Sur le site MetaFilter, l’internaute signant « postroad » estime que le Japon « n’ayant aucune intention de capituler, comme le montre le film de Clint Eastwood (Lettres d’Iwo Jima), aussi horribles soient (ces photos), ces bombardements ont sauvé de nombreuses vies américaines – et aussi nippones ». Pour d’autres, à l’inverse, « l’Amérique masque ses crimes honteux ».

Beaucoup d’internautes se demandent aussi pourquoi ces clichés sortent aujourd’hui. Peu font confiance à la version officielle. Peut-on vraiment croire que M. Capp ait attendu cinquante-trois ans avant de montrer ces images à quiconque ? (…)

Pourquoi, également, M. Capp aurait apporté ces documents à la Hoover Institution? Celle-ci est perçue comme un centre de recherches néoconservateur extrême. Certains voient une volonté de « pousser » à une intervention américaine contre l’Iran avant que ce pays, disposant de la bombe A, puisse attaquer Israël. A l’inverse, d’autres suggèrent à Hillary Clinton de « bien regarder ces images avant de s’exprimer ». La candidate à l’investiture démocrate à l’élection présidentielle a récemment menacé d ‘« effacer l’Iran » de la carte s’il attaquait l’Etat juif. L’internaute appelé « oneirodynia » insiste sur « l’effort massif de censure tant de la part des Etats-Unis que de Tokyo après que la bombe eut été larguée. A l’été 1946, la censure américaine au Japon avait grandi au point d’occuper 6 000 personnes ».

Evoquant la « culture du secret » qu’ils croient déceler aux Etats-Unis, nombre de commentaires établissent un rapport entre Hiroshima, les bombardements massifs au napalm des populations locales durant la guerre américaine au Vietnam et… les prisons américaines de Guantanamo et d’Abou Ghraib aujourd’hui. D’Hiroshima à l’Irak, un internaute anonyme écrit, sur le site Yahoo!, que « le peuple américain ne s’intéresse jamais qu’à ses propres morts ».

Alors que le débat se développe sur Internet, la presse américaine n’a pas encore évoqué la divulgation de ces nouvelles photographies de la tragédie d’Hiroshima. Ni la presse japonaise, du reste.

Ce long extrait représente environ 35 % de l’article. Ainsi, en l’absence de prise de position dans les médias des deux pays les plus concernés, nos journalistes s’étaient engagés dans un micro-trottoir virtuel. Ils trainent leur souris dans la longue traîne histoire de nourrir leur article d’opinions contradictoires et ainsi offrir une mise en perspective analytique.

Quatre jours plus tard, les deux journalistes publient un long rectificatif. Les photos présentées par le journal n’ont pas été prises à Hiroshima. D’où un long papier d’explications et de justifications qui se conclut par le paragraphe suivant :

Les auteurs de l’article ont exposé les doutes exprimés dans divers forums sur Internet quant à la version officielle de l’histoire des images, mais aucun interlocuteur n’a mis en doute leur authenticité. Reste à savoir qu’elle sera la réponse de la Hoover.

En l’occurrence, Internet a servi de support pour recouper des opinions alors même que les experts sur le sujet n’avaient pas encore pris forcément connaissance de cette information. L’utilisation des commentaires disponibles sur Internet a tout bonnement fait office de simulacre d’expertise.

La médiatrice du journal, dans un article du 18/05/08 (Le piège des photos) explique que :

Le Monde, finalement, a surtout failli par excès de confiance, en accordant un crédit excessif à une institution reconnue. Et il a, sans le vouloir, enfreint une règle d’or du journalisme : le croisement des sources.

Et justement, dans la structure de l’article, c’est la figure rhétorique « des internautes », « de l’internet » qui a bouché le trou, c’est-à-dire l’absence de recoupement de sources avisées. Mais le glissement est important : l’article a privilégié le croisement des opinions avec le croisement des faits et de sources. D’où un risque : celui de prêter une trop grande attention à ce qui se dit sur Internet. Il est vrai qu’il est plus facile et moins couteux de reprendre un quelconque blog ou forum que d’identifier et de contacter une source fiable. Le verbatim a un coût proche de zéro désormais. Mais alors que le sujet est très sensible, ne sommes nous pas là en face d’un signal faible inquiétant ?

Raymond et les Internautes

La preuve avec une question plus futile. L’équipe de France est éliminée… Comment rendre compte de l’hallali envers le sélectionneur Raymond Domenech ? Tout simplement en titrant un papier « Les Internautes disent « non » à Raymond Domenech » :

Après le raz-de-marée médiatique et les réactions indignées des caciques du football français, la Toile s’est à son tour emparée de l’affaire.

Premier exemple du journaliste… Facebook :

Prompts à réagir par l’ironie, les utilisateurs du réseau social Facebook implorent Estelle Denis de dire « non » à son prétendant, une manière de punir celui qu’Internet désigne quasi unanimement comme le principal responsable du fiasco.

Pour introduire les citations de quelques blogs sur le sujet, le journaliste choisit sa phrase de transition :

Ridicule : le mot qui revient peut-être le plus fréquemment sur Internet.

Que dire de plus quand ces citations parlent d’elles-mêmes…

Le Pascale Picard Band et « La Blogosphère »

Mais le climax de cette figure de style journalistique a peut-être été atteint dans Le Monde 2 du 5 juillet. Le magazine consacre une double page à un jeune groupe québécois qui chante en anglais, Le Pascale Picard Band. Traitement de faveur puisque le groupe  a même droit à un envoyé spécial, Yann Plougastel. Le journaliste  qui a donc fait un long voyage nous explique ainsi :

La blogosphère s’est vite enflammée sur le sujet. Pour un certain Louis Dionne (…) Pascale Picard « n’est que l’expression d’une fraction de la population qui ne se respecte pas, n’est pas fière de ses origines (…) ». L’avis tranché, paraît être celui d’une génération ayant porté à bout de bras le rêve d’un Québec indépendant.

Plus jeune, Jonathan Bénac est plus compréhensif : « il faudrait s’interroger sur la façon dont on subventionne la culture au Québec. La culture québécoise n’est pas que francophone ».

Heureusement, vous pourrez lire le billet original de Louis et le commentaire de Jonathan ici, sur ce blog. Car tout est bien sur ce blog, sur un blog. Pas la peine de chercher plus loin : un blog = la blogosphère. Un raisonnement qui est tout le contraire de la longue traîne. Finalement est-ce encore la peine d’envoyer un journaliste sur place pour ramener du copier-coller amélioré ?

Pour éclairer ces trois exemples, je suis partagé entre l’appauvrissement du journalisme (perte de l’effort de chercher des sources expertes, figure de style « obligée » du genre « les internautes pensent que… », « la blogosphère dit que… ») et sa métamorphose (prise en compte de nouveaux lieux d’opinions). Pour les plus sages et les plus normands, peut-être que l’un ne va pas sans l’autre.

Et puis voyons, tout le monde n’y perd pas au change : depuis l’avénement de la télévision les  publicitaires ou « packageurs » pouvaient se targuer du fameux « vu à la télé »; désormais les gens des RP ont le « buzzé sur la toile » qui assure une reprise auprès des journalistes 😉

L’équation du jour

Alain Weill

+

Murdoch

=

Tom Glocer.

(voir aussi nous)

(merci à Iannis et Sam)

A qui faites-vous confiance ?

Une nouvelle étude de Forrester apporte des éléments en réponse à la question (qui tue) : « à qui les gens font-ils confiance ? » ?

Les gens en question sont les nord-américains, on se gardera donc de trop généraliser les conclusions à la France dont on connaît les spécificités (comme par exemple, le niveau de confiance relativement faible accordée aux autres sources, d’une manière générale). Mais l’étude est très intéressante et notamment parce que les questions sont posées de façon assez précise :

Jeremiah Owyang de Forrester, sur son blog Web Strategy, insiste sur les deux extrémités du tableau : les gens font confiance à leurs connaissances et ne font pas confiance aux blogueurs. Résultats corrélés par deux autres études nord-américaines présentées dans son billet.

Owyang conclut :

« Que devriez-vous faire ? Transmettez ce billet à votre équipe marketing. Encouragez-la à avoir un dialogue actif et ouvert. Devriez-vous vous concentrer sur les influenceurs de votre marché ? Ou devriez-vous aussi vous concentrer sur les sites d’avis et de notation, où les consommateurs critiquent, lisent, et se font leurs opinions sur la base des avis les uns des autres ? »

Tout cela appelle de nombreux commentaires.

Sur le niveau de confiance accordé aux blogueurs

Un éclairage apparaît très vite dans les commentaires du blog Web Strategy : « les gens font et feront de moins en moins confiance aux blogueurs car les marques sont en train de corrompre le sens naturel des blogs. Les gens voient bien si derrière un blog il y a une marque qui influence le contenu. », écrit une commentatrice.

C’est un vrai sujet et on peut se poser la même question pour la blogosphère française.

Néanmoins, cette dernière place occupée par les blogueurs appelle un autre commentaire : le fait de parler des « blogueurs » en général.

Visiblement Forrester pose la question « faites vous confiance à un avis (« review ») en ligne émis par un blogueur ? ». Mais la blogosphère est vaste et peut comprendre ce qu’on veut par « blogueur » : blogueur expert ? blogueur consommateur ? blogueur enquêteur ? blogueur analyste ? blogueur copieur-colleur ? blogueur farouchement indépendant ? blogueur buzzeur ?…

« Les blogueurs », ça n’existe pas et c’est justement le problème : la blogosphère recouvre des réalités trop différentes pour être considérées comme homogène.

Et du coup, quand on vous demande « faites-vous confiance à un avis blogueur ? » et qu’il faut répondre « oui » ou « non » et pas « ça dépend desquels », vous êtes tenté de répondre non car vous viennent en tête tous les exemples de blogs en qui vous n’auriez pas confiance.

La question posée ne devrait-elle pas être « faites vous confiance à un avis de blogueur que vous connaissez ? A un avis de blogueur expert ? A un avis de blogueur journaliste ? A un avis de blogueur conso ? »… de la même façon que Forrester demande, sur les autres items, si l’on fait confiance à ses connaissances, aux médias, aux experts et aux consommateurs.

Les blogs ne sont pas une catégorie supplémentaire : ils sont un outil qui permet à des connaissances, des médias, des experts et des consommateurs de s’exprimer. Le blog est un accessoire ; être blogueur est un attribut secondaire d’un individu qui est avant tout… autre chose (professionnel, consommateur, salarié, passionné, etc.)

Revenons maintenant à notre étude et autres résultats qui montrent beaucoup de choses intéressantes.

Sur les différents résultats mis en évidence par l’étude de Forrester

Commentaires :

1. Le fait de faire confiance à ses connaissances avant toute chose ne doit pas être une surprise. Mais comment influence-t-on les « connaissances » d’une personne, qui ne sont autres que « les gens » eux-même ?

Cette question relance le débat lancé par Duncan Watts et dont nous avions parlé il y a quelques semaines : le marketing de masse n’est-il finalement pas plus efficace que le marketing de niche

2. Mais qui donc arrive en deuxième place ? Les bons vieux médias traditionnels, pas si morts et enterrés qu’on voudrait bien le croire. Avec un score de confiance de 75%, ils ne sont pas loin de la confiance qu’on accorde aux connaissances (83%). Bon, il s’agit du marché nord-américain… Mais voilà qui renforce l’intérêt stratégique des relations presse.

3. A noter, l’énorme gap qui sépare la confiance accordée aux médias traditionnels (75%, donc) et aux éditeurs de sites de contenu (49%). Même problème ici que pour « les blogueurs », sans doute : les sites de contenu recouvrent des réalités trop hétérogènes pour obtenir des scores de confiance élevés.

4. Mais qui donc arrive en troisième place ? Le site du fabricant ! Devant les avis d’experts, devant les avis consommateurs… Les sites de marques sont loin d’être hors jeu (au niveau réputation), une étude française de TNS Sofres l’avait également montré.

5. Viennent ensuite les avis d’experts et de consommateurs (pairs). Pour Josh Bernoff de Forrester,

« un des points les plus intéressants est de voir combien de personnes font confiance aux avis de consommateurs qu’ils n’ont jamais rencontré ».

Et de poursuivre : « Pourquoi faire confiance à des inconnus ? Les gens ne font pas confiance à des inconnus. Pas en tant qu’individus. Mais en tant que groupes, oui. (…) Si 100 personnes disent qu’une sacoche à ordinateur est de mauvaise qualité, alors elle est de mauvaise qualité »

(Ajoutons à cette « loi du nombre » que l’influence des avis consommateurs dépend aussi de la force persuasive de l’argumentation utilisée.)

La conclusion pour Josh Bernoff est que, si les consommateurs apprécient votre produit, il faut les encourager à s’exprimer (systèmes de notation en ligne, espaces de commentaires…) ; et s’ils ne l’apprécient pas, il faut… améliorer le produit.

6. Les connaissances en première place, les médias en deuxième place, les marques en troisième place… Ce qui me semble vraiment frappant ici, c’est de voir que les « institutions » médias et marques, pourtant mises à mal, occupent deux places sur le podium.

N’est-ce pas parce que dans le monde horizontal de la longue traîne, on a besoin de repères, de référents bien identifiés ?

Alors, pour paraphraser Jeremiah Owyang et répondre à la question » après avoir vu cette étude, que devriez-vous faire ? » : transmettez ce billet à vos équipes marketing et communication, ayez un dialogue actif et ouvert. Evaluez votre stratégie influenceurs et posez-vous la question de savoir à quels médias et blogs vous devriez vraiment parler. Evaluez votre crédibilité en tant qu’émetteur d’information (site de marque ou autres). Et oui, posez-vous la question de savoir si vous ne devriez pas vous concentrer vers les sites où les consommateurs s’expriment et se font leurs opinions et encouragez-les à s’exprimer. Aucune de ces questions n’a moins d’importance que les autres.

Créer l’événement ou l’accompagner : la une de Libé sur GTA IV

Entendu dans Place de la Toile sur France Culture le 18 avril, le médiateur de Radio France Patrick Pépin (à propos de la grève dans les collèges et les lycées, mais ce n’est pas important ici) :

« La rédaction a attendu pour lui porter un plus large écho que le mouvement s’affirme et a choisi de le traiter à la mesure de l’importance de son développement et de l’accompagner au fur et à mesure qu’il se développait. En effet, il faut, selon les explications du directeur de la rédaction, ne pas anticiper l’événement car sinon, et ça se produit souvent, les journalistes participent à sa constitution, de fait, ils le créent. »

Le journaliste doit raconter l’événement, pas le créer : une idée simple mais ô combien difficile à mettre en pratique.

Une bonne illustration de cette idée me semble être la une de Libé samedi dernier sur Grand Theft Auto IV :

Incroyable cette une, non ? Si on connaît le goût de Libé pour des unes inattendues, souvent en rapport à l’actualité culturelle, ma première réaction a été de me dire que c’était un exemple de ce que mon camarade Bruant appelle le renouveau du consumérisme. Renouveau du consumérisme qui se traduit notamment par cette propension que prennent certains médias d’opinion à livrer des articles consuméristes (on en avait parlé ici, un nouvel exemple récent dans le Monde ).

Ma deuxième réaction fut de me dire que c’était un gigantesque coup de relations presse : quatre pages dont la Une dédiées à la sortie d’un jeu vidéo ! Il aurait fallu se montrer sacrément persuasif pour que la rédaction de Libération en fasse un tel événement (même pour le journal du samedi), se décide à créer l’événement.

Mais à la lecture de ces quatre pages, le seul sentiment qui se dégage est celui que Libé ne fait qu’accompagner l’événement notamment car celui-ci est annoncé. Verbatims :

« le jeu vidéo est devenu un vrai produit culturel. C’est même le produit culturel qui se vend le mieux ces temps-ci. Plus que la musique ou les films. »

« Le jeu vidéo «Grand Theft Auto IV» sort mondialement mardi »

« il s’annonce comme le produit culturel le plus vendu au monde« 

« Des records annoncés« 

« Take Two, l’éditeur et diffuseur de GTA IV, escompte en écouler plus de 4 millions sur le territoire américain pour le seul mois d’avril. »

« 6 millions d’exemplaires pourraient être vendus mondialement la semaine du lancement. Cela équivaut à un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars, c’est-à-dire presque autant que le record atteint et toujours détenu par le film Pirates des Caraïbes: jusqu’au bout du monde »

« Avant même sa mise en bacs officielle, le titre n’a cessé de crever tous les records, les précommandes par les grands réseaux de distribution et les réservations par les joueurs ayant outrepassé toutes les prévisions. »

On le voit bien : il s’agit de records (d’où l’événement) qui sont à la fois annoncés ou ont déjà eu lieu. Le message de Libé : GTA IV fait la une car c’est déjà un phénomène. Libé accompagne, Libé ne crée pas l’événement.

Reste que — et il y a là une énorme complexité — ce choix éditorial est aussi un accélérateur d’événement. Et de ce point de vue, le média ne peut jamais être tout à fait neutre.

Dans le genre « phénomène », je serais curieux de retracer la couverture médiatique de Bienvenue chez les Ch’tis et de la comparer à la courbe d’entrées en salles. Médias oeufs et/ou médias poules ?

Et au fait : « GTA IV » sort aujourd’hui.

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L’affaiblissement de la presse écrite et la question de la production de l’information brute

Moyenne d’âge des clients : 55 ans ; une confiance dans le produit tombée à 20% ; une valeur boursière en baisse de 42% depuis 3 ans ; un quart des jobs supprimés en moins de 20 ans : c’est le bilan de la presse écrite américaine tel que le dresse le New Yorker dans un long article intitulé « Out of Print : The Death and Life of the American Newspaper », dont Benoît Raphaël a fait un excellent résumé.

La situation s’explique comme on le sait, pour une partie importante, par une fuite du lectorat vers Internet, qui n’est pas à ce jour compensée par les revenus publicitaires du web. D’où un grave problème de modèle économique : que se passe-t-il si le point de rupture est atteint ?

Une des questions qui se pose est celle de la production d’information. On voit bien les audiences se déplacer progressivement vers le web (la situation n’est évidemment pas qu’américaine, même si en 2007 la presse écrite française fait de la résistance), mais le problème est qu’Internet duplique beaucoup l’information produite par les médias papiers, et la commente. Autrement dit, la production d’information brute par les médias en ligne (citoyens ou professionnels) est relativement marginale.

Emmanuel Parody le fait remarquer dans les commentaires du billet de Benoît Raphaël : la réussite d’un média comme le Huffington Post (LA référence du média participatif, 11 millions de visiteurs uniques par mois) repose sur l’agrégation et le commentaire d’infos produites par d’autres.

Question, donc : dans un environnement économique précaire, qui va produire l’information brute ? Celle que les autres médias vont reprendre, celle qu’Internet va dupliquer et commenter ?

On avait eu un début de réponse avec l’enquête de l’Université de Cardiff sur le contenu de la presse quotidienne britannique « sérieuse » : déjà aujourd’hui, près de 50% du contenu est fabriqué principalement avec d’autres sources journalistiques, les agences de presse ; et près de 20% du contenu est fabriqué principalement avec des relations publiques, c’est à dire à partir d’informations fournies par des émetteurs d’information comme les pouvoirs publics, les institutions, les entreprises et les marques.

La menace économique qui pèse sur la presse écrite peut avoir comme conséquence d’accroître le rôle des agences de presse et des autres émetteurs d’information.

Un boulevard pour les relations publiques ? Je n’en suis pas sûr : personne ne peut se réjouir de l’affaiblissement du rôle du journaliste dans la société.

Et par ailleurs, à cette analyse « favorable » aux émetteurs d’information, on peut opposer une analyse qui leur est « défavorable » : la prise de parole « citoyenne » dans la société de défiance, pose au contraire et de façon générale de sérieux problèmes aux pouvoirs publics, institutions, entreprises et marques.

Un rôle accru dans la production d’info d’un côté ; une défiance des individus exprimée sur le web de l’autre : on assiste à une situation de tension dont il est difficile de dire où elle mènera les émetteurs d’information. On est loin d’avoir fini de comprendre l’impact du web en général, et dans les relations publiques en particulier.

Polémique de la veille de l’Elysée : c’est aussi un banal dérapage de relations presse

3 lignes dans un article du JDD et la blogosphère est en émoi :

« Outre François de La Brosse qui s’occupe du site Internet de la présidence, un jeune normalien-HEC de 24 ans, Nicolas Princen, viendra renforcer ce pôle avec la charge de surveiller tout ce qui se dit sur la Toile, de traquer les fausses rumeurs et de déjouer toute désinformation à l’encontre du Président. L’objectif: contre-attaquer aussitôt. »

Pour revenir sur cette polémique, voir la remise en perspective de PR2Peer,  les conseils de veille online de Versac et la mise a point de Koz le rocker à l’attention de toutes les vierges effarouchées.

Un seul commentaire ici car tout est dit ailleurs : je suis très surpris par le nombre de commentateurs qui ont pris les 3 lignes de l’article du JDD pour une déclaration officielle de l’Elysée.

Car comment dire… Peut-on vraiment imaginer que l’Elysée ait communiqué la nomination de Nicolas Princen en disant qu’il devait « traquer les fausses rumeurs », « déjouer toute information » et « contre-attaquer aussitôt » ?

Alors soit on croit que les médias sont des machines entièrement contrôlées par l’Etat, soit on oublie de décrypter le langage du journaliste. Evidemment, ces 3 lignes sont « l’interprétation » que Florence Muracciole, la journaliste du JDD, fait de la description du job que l’Elysée lui a faite. Evidemment, l’Elysée a dû être sacrément en colère en découvrant le papier et ses conséquences sur le web. Le langage de l’Elysée est d’ailleurs très différent quand LePost lui redonne l’occasion de s’exprimer, cette fois avec ses propres mots, à ce sujet.

Tout cela est donc parti d’un banal dérapage de relations presse. Sans dérapage presse, pas de bad buzz. Ce qui nous apprend quoi ? Que le média « traditionnel » est encore le déclencheur, le faiseur d’opinion. Et que la parole du journaliste est perçue comme crédible et en l’occurrence assez faiblement décryptée. Bref, c’est un cas qui montre… l’importance des (bonnes vieilles) relations presse (traditionnelles).

Mediapart et « le détail qui tue » : la rédaction linke un communiqué de presse comme source d’info pour l’internaute

image-md.pngJe dois dire, à titre d’internaute, que je suis assez soufflé par l’interface de Mediapart et surtout, surtout, par sa première page. A la gauche de la une on trouve la conférence, une sorte de résumé de l’actualité, actualisé trois fois par jour.

Juste en dessous nous avons droit à une revue de web (cf. ma capture d’écran sur votre gauche) qui offre à l’internaute une sélection de liens hypertextes conseillés par le site pour creuser l’actualité. On y trouve quasiment que des liens vers des médias en ligne (rue 89,, le figaro.fr, le New Yorker…) Caché dans cette petite liste on trouve un intrus… PSA

Oui, oui, Mediapart vous propose d’aller lire le communiqué de presse de PSA qui annonce les résultats du rapport du cabinet spécialisé qui a mesuré le stress de ses équipes.

Le communiqué de presse est, comme son nom l’indique, à l’attention première des journalistes. Et l’on voit bien ici comment il peut être amené à jouer un rôle quelque peu différent lorsqu’il est linké directement par des journalistes comme une source d’information parmi d’autres. Potentiellement, le communiqué de presse ne s’adresse plus à un seul public mais se révéle un support d’attention pour un public plus large.

Nous avons vu naître l’usage, désormais quotidien et massif, des dépêches d’agence pour alimenter en continu les sites, verrait-on (ceci dans une moindre mesure, un CP ne sera jamais une dépêche d’agence) un nouvel usage journalistique du communiqué de presse ? Une info qui comble le site de son besoin d’actualité en attendant le travail plus approfondi d’un journaliste de la rédaction ? Les apôtres de l’entrepise media et de la désintermédiation vont se régaler…

PS : pour rappel sur le communiqué de presse 2.0, ce billet de François G.

Quand le journalisme se fait démolir sur Internet, 3/3 : le panurgisme rédactionnel

Suite, et fin, de notre série consacrée aux critiques faites au journalisme sur Internet (les deux premiers épisodes ici et ). Il est question aujourd’hui du panurgisme rédactionnel, cette tendance qu’ont les journalistes à recopier au lieu d’enquêter.

Cette tendance, expliquée par la précarité économique de la presse comme par des questions culturelles, est pour beaucoup une idée forte mais intuitive. Elle trouve aujourd’hui une illustration concrète et chiffrée dans l’étude de l’Université de Cardiff (pdf) (relayée par l’Observatoire des Médias et qui fait l’objet d’une brève sur l’Expansion.com).

Principale conclusion de cette étude : 60% des articles de presse et 34% des sujets audiovisuels proviendraient majoritairement ou en totalité de reprise d’information, qu’il s’agisse de dépêches d’agence ou de relations publiques.

« Ne cherchez pas le journalisme dans la presse », conclut Nicolas Kayser-Bril ; « (pour la France) Je crains un score encore meilleur », écrit Julien Jacob… On aurait en effet bien peu de raisons de se réjouir que le journalisme soit devenu un art du copier-coller.

Mais poussons un peu plus loin l’analyse.

D’abord un rappel à propos de cette étude dont on n’a, malheureusement, pas d’équivalent français. L’analyse de la presse écrite a porté sur 5 quotidiens britanniques « de qualité » (par opposition aux tabloïds) : Guardian, Times, Telegraph, Independent, Daily Mail ; l’analyse audiovisuelle ayant porté sur 4 émissions de télévision (BBC, ITV) et de radio (Radio 4)

Si toute la démonstration consiste à pointer le manque d’originalité ou d’indépendance dans les choix éditoriaux et la rédaction des sujets, il me paraît néanmoins important de distinguer les sources « agences de presse » et les sources « RP ».

L’étude est assez claire de ce point de vue :

49% des articles de presse écrite proviennent en majorité ou en totalité d’autres sources journalistiques, principalement les agences de presse (27% en ce qui concerne l’audiovisuel).

Sources

Cela confirme le rôle majeur des agences de presse – à l’heure où l’information va plus vite, où les rédactions appauvries n’ont plus les moyens d’investiguer et où les médias « personnels » commentent l’actualité sans la faire, les producteurs d’information que sont les agences de presse jouent un rôle absolument clé.

En revanche si on isole les RP, ce sont 19% des sujets de presse écrite qui dépendent en majorité ou en totalité de ces histoires (17% pour l’audiovisuel), soit un peu moins d’un sur cinq.

Depeches

Cela revient à dire que 81% de l’information est faite sans RP ou en croisant les RP avec d’autres sources. Le rôle des RP est-il donc aussi important que les auteurs de l’étude le disent, dans la mesure où il y a, et il y aura toujours des émetteurs d’information (qui ont parfois des choses à dire !) d’un côté et des relais d’information (en l’occurrence, les journalistes) de l’autre ?

Les RP font partie du paysage, c’est clair, mais pour moi le principal enseignement de cette étude est de chiffrer l’importance des agences de presse dans le traitement rédactionnel de la PQN britannique.

Avec un dernier point qui n’a pas fait l’objet de commentaires dans ce que j’ai pu lire sur l’étude : 3% du contenu de la presse écrite est constitué d’articles d’opinions. A méditer.

Quand le journalisme se fait démolir sur Internet, 2/3 : les complaisances

Suite de notre série d’analyse sur les critiques dont le journalisme fait l’objet sur Internet, avec aujourd’hui les complaisances (premier billet : le rapport à Internet). Ce n’est pas un sujet complètement nouveau sur le web – Acrimed par exemple en ayant fait un de ses thèmes de prédilection.

En revanche, ce qui semble nouveau, c’est la multiplication de témoignages dénonçant les complaisances et compromissions journalistiques, sur des sites ou blogs plus généralistes que contestataires.

A ce sujet, Narvic a publié une incroyable confession, « De la corruption de la presse » à charge contre les complaisances et cadeaux réciproques entre journalistes et intérêts divers. Extrait :

« Je confesse que j’ai rédigé, à la demande de mon rédacteur en chef de l’époque, une fort longue série hebdomadaire d’articles de complaisance sur une exposition dite « de prestige », tellement passionnante que je suis bien sûr que personne n’a lu ma prose… Mais l’exposition se tenait au siège de la banque avec laquelle le journal était en train de négocier un gros emprunt… »

Cette confession fait aussi suite à des papiers de Rue89 et Arrêt Sur Images que nous avions signalés, au sujet des « cadeaux » aux journalistes. Autant de critiques de la complaisance des journalistes, qui mettent en lumière une certaine façon de fabriquer l’information… Critiques émises « de l’intérieur », par des journalistes.

On a beaucoup parlé d’Internet qui marque la fin du « off » dans les relations avec les politiques. Ne marque-t-il pas aussi, plus généralement, la fin du « off » dans les coulisses de l’information ?

Car, sans même parler de complaisances et pour aller au-delà de la question de la « démolition » du journalisme évoquée dans le titre du billet, c’est le back-office de l’information en général qui est mis à nu – exemples :

  • David Abiker qui s’agace des appels répétés, et mal ciblés, d’attachés de presse ;
  • Mry qui passe en revue les agences de communication ;
  • Le succès intellectuel et commercial de « Storytelling » de Christian Salmon (qui a maintenant sa rubrique dans le Monde)… qui met en lumière la notion de « stratégie de communication » aux yeux d’un public plus large que celui des initiés.

Bien sûr, on pourra dire que le fait que la notion même de communication soit mise en lumière dans les médias n’est pas nouveau. Arrêt sur Images est quand même passé à la télévision nationale tous les dimanches pendant 12 ans. Mais cette mise en lumière se fait, le plus souvent, sur des cas de communication de crise et de communication politique, donc sur des « grands cas » de communication. Ce qui change avec les exemples pris ici ? La « granularité » des exemples, leur « quotidienneté ».

N’y a-t-il donc pas, dans cette conjonction d’exemples, autant de faisceaux, de signaux faibles qui interpellent les professionnels de la communication ?