Archives de Catégorie: Rue89

Rue 89, bientôt 2 ans d’existence, fait le point avec Esprit

Pascal Riché et Laurent Mauriac font le point sur leur entreprise de presse, rue89, dans une entretien avec la revue Esprit. Une entrevue très grand public mais qui permet de continuer à être au clair avec les tenants et les aboutissants du web social.  Quelques extraits pour garder la forme (et surtout la tête froide) quand tout semble partir dans tous les sens.

Portrait du journaliste en fact checker

Contrairement à un mythe, les internautes n’envoient pas d’articles « journalistiques ». Ils ne demandent même pas à le faire. Ils envoient des idées, des commentaires, des tribunes, des analyses, des témoignages, des informations répétées soit sur un blog, soit dans un journal étranger, soit dans leur environnement. Cela ne les intéresse pas de faire un travail de journaliste, croisement des sources. Nous tenons à garder ce rôle : c’est la rédaction qui valide, hiérarchise, met en perspective le contenu de Rue89. Nous restons des journalistes avant tout, notre métier est de valider l’information.

Comment lit-on les commentaire sur rue89 ?

[l’internaute] a accès à l’ensemble des commentaires s’il le souhaite mais seuls 7% des internautes vont au-delà des « commentaires sélectionnés ».

Une information intéressante sur l’exposition des internautes aux messages des commentaires. Finalement, le premier lecteur des commentaires, c’est peut-être le moteur de recherche.

Portrait du journaliste en animateur : le « journalisme de conversation »

À l’échelle de son propre « journal », le journaliste est déjà un animateur de plusieurs communautés : La micro-communauté de son dernier article (les lecteurs-commentateurs); La meso-communauté de son nom plume (les fans d’Untel); La macro-communauté du site. C’est en tout cas ce que m’inspire ce passage de Pascal Riché :

« nous demandons (…) à nous journalistes de répondre aux commentaires, aux critiques, de modèrer eux-mêmes les commentaires, de rectifier ce qui doit l’être, éventuellement de compléter leur travail avec les informations qui viennent des internautes. C’est ce qu’on appelle le « journalisme de conversation » par opposition à un journalisme vertical, dans lequel le rédacteur octoie son info sans trop se soucier de celui qui la reçoit.

Le web, c’est de l’écrit avec les codes culturels de la radio

On considère souvent que le journalisme web est une nouvelle déclinaison de la presse écrite. C’est peut-être vrai, mais notre travail nous rapprochr par bien des aspects de la radio : la réactivité, l’absencde de deadline, le ton informel de l’écriture, et même l’échange participatif qui est (…) une invention de la radio.

Vous pouvez lire l’intégralité de l’entretien sur le site de la revue Esprit.

Noyautage koziste

Un blogueur de droite décomplexée qui écrit pour un média de gauche pas franchement déguisée : c’est possible ! Il l’avait annoncé, il l’a fait, Koz a répondu favorablement à l’invitation de Pascal Riché à écrire pour Rue89.

Il explique ses motivations chez lui mais elles sont assez simples à résumer : Koztoujours, créé dans la foulée d’une frustration sur l’issue du débat référendaire en 2005, a depuis le début vocation a faire exister les points de vue de son auteur.

Donc tant qu’à faire, autant être lu par le plus grand nombre (et pourquoi pas par des gens pas convaincus d’avance, quoi qu’il y ait beaucoup de voix dissonantes dans les commentaires chez Koz, ce qui lui a n’en doutons pas conféré une grande habitude du débat avec l’ennemi). D’ailleurs, j’ai cru comprendre que le même post publié sur Rue89 et chez Koz avait eu à peu près 7 5 à 6 fois plus de visiteurs chez le premier cité.

C’est quand même intéressant de voir qu’après 3 ans de succès blogopshériques (le compteur Feedburner de Koz indique 28 000 29041 abonnés, et même si Feedburner ça ne marche pas toujours bien, il n’y a aucun doute sur le fait que Koztoujours soit un des blogs politiques les plus estimés de France et dans le top 2 des blogs de droite), c’est Rue89 qui offre une tribune à Koz. Rue89 : pas Lefigaro.fr, pas Lepoint.fr, pas valeursactuelles.com (pour citer des médias officiellement de droite), pas non plus lejdd.fr (plus officieux).

Vous allez me dire : normal, Rue89 repose sur le modèle participatif ; pas les versions web des médias traditionnels. Ce qui est tout à fait juste, mais il faut noter que la part de participatif sur Rue89 a depuis le début été moindre qu’espèrée (ce qui avait provoqué le conflit avec Mikiane). Question : pour Rue89, est-ce une recherche de pluralité ou une recherche de plumes donc une reconnaissance de la faiblesse pour la contribution « citoyenne » ?

Comme quoi, cette situation illustre l’idée, certes bien connue, qu’il y a sur le web une plus grande proximité latérale (de gauche à droite et inversement) que verticale (du média traditionnel vers l’internaute). Rue89 est proche depuis l’origine des blogs, il a l’agilité du « pure player », cette faculté à prendre des initiatives vite, à expérimenter sans tarder.

Une petite digression : il est d’ailleurs à noter que les 4 médias traditionnels sus-cités, pas réputés pour être très proches des blogueurs, ont des politiques éditoriales pour leurs blogs de marques assez distantes des internautes :

– les seuls blogs sous marque Le Figaro sont des blogs de journalistes de la rédaction

– Il n’y a pas de blogs sous marque Le Point

– Le seul blog de Valeurs Actuelles est celui de la Rédaction

– Le JDD a une politique « ouverte » mais quand on regarde les 266 blogs sous marque JDD, c’est franchement la cata et on se demande ce que ça fait en ligne. Activité quasi-néante, présentation confuse, plus d’une dizaine de blogs de journalistes mais presque aucun n’est actif… Toute la politique éditoriale des blogs JDD est à revoir.

J’ai d’ailleurs pris beaucoup de notes sur les politiques de blogs des médias en ligne, il y a plein de choses à raconter, si j’obtiens une autorisation d’atterrissage on reviendra sur le sujet prochainement.

Rue 89 et les lois de la participation

Comme l’attraction terrestre, la participation des internautes a ses lois 😉 et i&o s’en est largement fait l’écho. Dernier cas à rentrer dans notre base désormais bien fournie, Rue89. Et ceci grâce à VinceDeg, un « stagiaire en stats à la rue » (en passant, je comprends que rue 89 ait des « stagiaires en journalisme » ou des « stagiaires en web » mais un « stagiaire en stats » surtout « à la rue » alors là… Que peuvent donc bien lui apprendre Pierre Haski et Pascal Riché ?)

Donc… que nous dit Vince ?

  • en 15 mois, 380 000 commentaires pour 8500 articles.
  • 45 000 riverains actifs dont seulement un tiers a déjà posté un commentaire
  • Et nos 15 000 restants que font-ils ? La réponse dans le superbe camembert ci-dessous :

Et voici le retour de notre petite loi : 10 % des riverains enregistrés représentent 80 % des commentaires. Vince dixit :

On relève qu’une grande majorité des riverains s’inscrivent et laissent un, deux ou trois commentaires, mais se taisent ensuite à jamais. A contrario, on découvre aussi un club de happy few, les 31 riverains qui ont laissé plus de mille commentaires, avec parmi eux un certain Pierre Haski (1 035 contributions au compteur à cet instant).

Si vous cherchez la version longue, c’est ici.

Michel Lévy-Provençal contre Rue 89, un signal faible de la normalisation du web ?

info 3 voixJe ne pouvais pas ne pas m’attarder plus longuement sur un article déjà linké par François Guillot il y a quelques jours.

Rappel des faits : Un des fondateurs de Rue 89 critique ouvertement les options éditoriales prises par ses dirigeants au point de claquer la porte (en toute amitié ?). En résumé, il reproche à Rue89 une infidélité à son projet de départ (l’info à trois voix : journalistes, experts, internautes) et de n’être finalement qu’un Libé bis. Allez ici pour lire son point de vue très instructif et passionnant.

La question n’est pas de savoir qui a raison ou tort. Je me garderai bien d’avoir un avis tranché pour une simple raison : j’ai toujours été circonspect quant à la force du 2.0, etc. Je suis pour ma part partisan de l’hypothèse suivante : celle de la « normalisation du web ».

Je m’explique : l’intégration d’une innovation au sein d’une société suit plusieurs phases. Avec Internet, ces dernières années nous avons vécu dans un moment de destruction créatrice : pertes d’emplois, pertes de supports, pertes de repères qui s’accompagnent de nombreux discours optimistes sur l’avenir et de nouvelles applications en phase bêta (vous avez vu le web c’est du bêta), etc.

Mais les applications du 2.0 ont des usages socialement situés. Il n’est pas dit que tout le monde va s’en emparer. Au contraire, quand on connaît l’ensemble des travaux sociologiques sur la prise de parole et la formation des opinions, on a de quoi être dubitatif.

La normalisation du web résulte de la convergence entre deux types de nouveaux entrants :

– du côté de la demande, des internautes moins expérimentés que les avant-gardistes. Dès lors les usages les plus en pointe et les plus valorisés au sein des communautés très actives ne vont pas devenir des automatismes.

– du côté de l’offre, des producteurs traditionnels en difficulté sur leur secteur off-line et qui viennent continuer l’aventure en on (Arrêt sur Image, rue 89, Télérama, TF1 bientôt avec sa régie, Mediapart etc. et plus généralement tous les sites média en ligne). Les pure players en France et qui réussissent sont rares.

Dès lors, la critique adressée par Michel Lévy-Provençal est un bon exemple de cette normalisation : le projet de départ, l’info a trois voix, bat de l’aile. La faute à qui ? Aux internautes inexpérimentés qui envoient de mauvais papiers ? Aux journalistes qui veulent protéger leur juridiction (« les producteurs d’info c’est nous ») ? Je ne sais pas.

Ce que l’on sait grâce à MLP (et que les lecteurs de Rue89 avaient pu remarquer) c’est que Rue 89 devient un journal comme les autres. Son positionnement de départ le voulait différent, il se normalise.

Pour terminer un mot d’histoire. Prenez le projet d’origine de Libération et comparez avec aujourd’hui. Pour mémoire, un mot d’ordre lors de la création du journal était : « Peuple , prend la parole et garde-la » (tiens, cela ne vous rappelle pas les belles heures de la mythologie 2.0?). Vous connaissez la suite.

La normalisation médiatique, c’est ça (sur une question proche, vous pouvez lire ça).

De l’impact des blogs sur l’écriture journalistique

Emmanuel a déjà posé cette question sur ces pages (voir ici et ) : le premier impact du web 2.0 n’est-il pas culturel ? Un des exemples de cet impact culturel est dans l’évolution stylistique du journalisme professionnel – qui se met notamment de plus en plus utiliser le « je ».

Un nouvel et bon exemple de cette tendance est à lire aujourd’hui dans Libé, sous la plume de Sybille Vincendon, qui mêle style décomplexé, expérience personnelle et racontage d’un événement presse organisé par Philips (la fameuse fin du off avec laquelle on vous rabat les oreilles en ce moment).

Certes on peut arguer que Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, qui s’occupent des pages médias dans Libé, ont inauguré un style qui leur est propre et qui est autant susceptible d’influencer l’écriture de leurs collègues autant que les blogs eux-mêmes ; certes, il manque quand même dans cet article les liens hypertextes pour faire du vrai 2.0… Mais quand même. Merci à Fabien qui se reconnaîtra pour l’info.

Note : il est amusant de constater qu’en même temps qu’on écrit ici que l’écriture de Libé se rapproche celle des blogs, certains reprochent à Rue89 d’être moins un blog qu’un Libé bis…

Rétrospective 2007 : l’année web

La fin d’année est traditionnellement l’heure des bilans. Internet et Opinion n’y échappe pas et vous propose de revisiter 2007 à travers une sélection subjective des événements qui nous ont le plus marqué.

Janvier

5thThierry Crouzet publie Le Cinquième Pouvoir, un des (finalement) rares essais sur les effets de la participation sur Internet.

Coca-Cola consacre plus d’un quart du budget de lancement de Coca-Cola Zero à Internet : le record pour les gros lancements en ce début 2007.

Février

David Neeleman, patron fondateur de jetBlue, utilise YouTube pour s’adresser directement à ses clients à l’issue de la plus grande crise de l’histoire de la compagnie : une vidéo, « Our Promise To You », qui restera dans les annales de la gestion de crise en ligne.

DailyMotion, YouTube et les skyblogs sont les accélérateurs du mouvement qui envahit les dancefloors et les rues : la Tecktonik.

Mars

Le buzz de ce début d’année est l’oeuvre du magazine Choc (dont les ventes s’effondrent), pour qui l’agence Buzzman a conçu une campagne autour d’une vraie-fausse vidéo du pétage de plombs de Jean-Luc Delarue dans l’avion.

summizeLancement de Summize, nouveau modèle de consumérisme en ligne, dont on attend un équivalent français avec impatience.

La net-campagne bat son plein et est un terrain d’expérimentation pour les politiques qui utilisent le web au maximum de ses possibilités, allant jusqu’à investir Second Life, et pour les médias, qui font évoluer leurs formules en ligne pour y intégrer le maximum d’interactivité.

Avril

lifeL’emblématique magazine Life cesse sa parution : le Paris-Match américain n’existera plus qu’en ligne.

Consolidation dans la publicité en ligne : Google s’offre DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars. Un mois plus tard, Microsoft rachète aQuantive pour 6 milliards de dollars.

Mai

Steve Jobs annonce une série de mesures visant à rendre Apple plus verte : c’est le résultat d’un travail de lobbying en ligne mené par Greenpeace depuis 9 mois au travers du site GreenMyApple.

Contrairement au référendum, les résultats de la campagne présidentielle ne reflètent que modérément le débat en ligne.

rue89Lancement le 6 mai de Rue89.com, première expérience online française de journalisme « hybride », où des journalistes issus de Libération encadrent des contributions extérieures de non-professionnels de l’information. Après 6 mois d’existence, Rue89 est l’auteur remarqué de plusieurs scoops et réalise près d’un million de visiteurs mensuels. D’autres projets comme Lepost.fr (groupe Le Monde) ou MediaPart, le projet d’Edwy Plénel, se faufileront dans ce créneau.

facebookFacebook ouvre la possibilité à tous ses membres de développer librement leurs applications en ligne et d’en tirer tous les revenus associés. C’est le signal d’une explosion qui fera de Facebook LE phénomène Internet de 2007, témoignant d’un nouveau rapport social entre les individus et éclipsant les MySpace, Second Life ou autres Twitter.

Juin

sarkog815 millions de vidéos vues en 10 jours pour se demander si Nicolas Sarkozy était bourré au G8. Etonnant buzz autour d’une vidéo finalement assez anodine.

Fin d’Arrêt Sur Images après 12 ans de bons et loyaux services. Après polémiques et pétitions, l’équipe de Daniel Schneidermann se délocalise, déménage le big bang blog et prépare son retour en ligne.

Aufeminin.com, leader des magazines féminins en ligne, est racheté à plus de 40% par le groupe allemand Springer, portant ainsi sa valorisation à 284 millions d’euros. Soit 44 millions d’euros de plus que le prix que Bernard Arnault déboursera pour Les Echos au mois de novembre.

Juillet

Agoravox lance sa première enquête participative, une nouvelle expérience d’intelligence collective coordonnée. La première d’entre elles est consacrée à la vaccination.

iab logoL’enquête de l’Interactive Advertising Bureau sur l’e-pub montre une progression des investissements en ligne de 40%. La SNCF reste le premier annonceur. Près de 11% des dépenses publicitaires en France sont désormais consacrées au web, seul segment dynamique du marché publicitaire.

Août

Avec une certaine discrétion, Google devient éditeur en annonçant la possibilité pour les parties prenantes d’une information de venir commenter les Google News qui les concernent. Une solution utilisée sur le Google News U.S. et avec parcimonie.

Un étudiant américain, Virgil Griffith, met en ligne le Wikiscanner, un outil permettant de remonter à la source des modifications anonymes sur Wikipédia. Nombreux sont ceux (partis politiques, entreprises, personnalités) qui sont pris la main dans le sac.

Les étudiants britanniques font plier HSBC en se fédérant sur Facebook : la pétition en ligne réunit plusieurs milliers de membres et permet l’annulation de l’augmentation de leurs agios.

Septembre

Chanel met le paquet avec une opération blogueurs impressionnante.

NYT onlineLe New York Times.com, site média le plus visité au monde, abandonne le modèle payant et rend gratuit l’accès à la totalité des contenus, pariant sur l’accroissement de trafic et des revenus de la publicité.

widgetupsC’est l’année des widgets. UPS consacre l’essentiel de son budget d’achat d’espace 2007 à la promotion on et offline de son compagnon de bureau : sans doute une des campagnes les plus ambitieuses et les plus osées pour un service web (signée McCann Erickson).

Octobre

onslaughtAprès une première campagne très remarquée intitulée « Evolution » qui dénonçait la dictature de l’image, Dove remet le couvert en s’attaquant aux marques dans sa nouvelle campagne, « Onslaught« . Une ligne jaune franchie pour beaucoup, qui rappellent que Dove, c’est Unilever et qu’Unilever, ce sont aussi des marques dont l’attitude est dénoncée… par Onslaught.

radioheadPlus de maison de disques, plus de points de vente : Radiohead utilise le web comme seul canal de lancement de son dernier album, In Rainbows, demandant à l’internaute de payer le prix qui lui paraît juste. Mais combien d’artistes peuvent se permettre une telle folie ?

Le magazine Géo lance ses webreportages : une belle réussite qui illustre l’intégration croissante de l’image en ligne et le phénomène des web TV.

martinePlus qu’un buzz Internet, c’est un véritable phénomène de société : impossible d’échappper au Martine Cover Generator. Casterman demandera la désactivation du site après un mois de franche rigolade pour les internautes.

Jean-Louis Borloo rencontre une assemblée de blogueurs à l’occasion du Grenelle de l’environnement.

zuckerbergFacebook accueille Microsoft dans son capital à hauteur de 1.6% (soit 240 millions de dollars) et annonce la personnalisation de la publicité.

Novembre

Un e-mail mal placé de BETC Euro RSCG à Laurent Gloaguen d’Embruns, doublée d’une campagne de publi-rédactionnels sur des blogs pour Ebay, met le feu à un bout de la blogosphère et relance le débat sur les relations entre les marques et les blogueurs.

C’est la fin de Pointblog, le magazine du blogging. L’audience et le rythme de publication n’auront pas suffi à attirer suffisamment de publicité. Gilles Klein continue avec Le Monde du Blog.

Le baromètre annuel d’IPSOS pour Australie montre un niveau élevé de publiphobie de la part des internautes.

olivennesLe patron de la FNAC Denis Olivennes réussit le joli coup de mettre d’accord les ayant droit de la musique et du cinéma et les fournisseurs d’accès et propose dans son rapport de sanctionner les pirates en coupant leur abonnement à Internet.

L’arrivée de l’iPhone marque le véritable lancement de l’Internet mobile.

Décembre

quidRobert Laffont annonce la fin du Quid papier, victime collatérale de l’abondance d’information en ligne (et peut-être de Wikipédia en particulier).

On semble s’ennuyer au Web3, le congrès international réunissant blogueurs et entrepreneurs de tous horizons à Paris. Peu de nouveautés dans les contenus, mais un « place to be » du networking malgré tout.

Facebook passe le million de membres en France.

Skyblog était un phénomène de société, c’est aussi désormais un phénomène économique : Skyrock annonce gagner davantage d’argent avec ses activités en ligne qu’avec la radio.

manaudouLa publication de photos de Laure Manaudou nue enflamme le web (et les stats de tous ceux qui utilisent les 3 mots magiques : Laure + Manaudou + Nue), mais un travail remarquable des avocats de la nageuse, qui obtiennent le retrait rapide des images là où elles sont publiées, vient démontrer qu’Internet n’est peut-être pas la zone de non-droit que l’on croit.

Bonne fin de fêtes de fin d’année à tous.

« Médias et Internet : le nouvel écosystème médiatique » (un résumé de la rencontre du 22 novembre)

Bravant les grèves, nous avons tenu jeudi dernier nos dernières « Rencontres du Management de la Communication », événements professionnels organisés par i&e à l’attention de ses clients, prospects, partenaires et amis.

RMC

Le thème : « Médias et Internet : le nouvel écosystème médiatique ». Nous étions 4 intervenants : Pascal Riché de Rue89.com et trois représentants de l’agence : Iannis Aït-Ali, responsable du Centre d’Expertise Médias, Jean-Pierre Beaudoin qu’on ne présente pas et votre serviteur. Pour ceux qui n’ont pu être là et pour ceux qui souhaitent continuer la conversation, je retiens quelques messages-clé pour chacune des inteventions (dans l’ordre chronologique) :

Pascal : l’information traditionnelle est actuellement soumise à un double choc: un choc technologique (l’irruption du Web 2.0) d’un côté et la crise de défiance vis-à-vis des médias traditionnels, de l’autre. D’où le succès de Rue89. L’expérience de blogging des correspondants de Libé à l’étranger qui ont fondé Rue89 (Pascal Riché, Pierre Haski, Laurent Mauriac) leur a fait découvrir une autre façon de faire du journalisme: un journalisme « de conversation » (avec le lecteur) et non un jouralisme vertical, où l’on se contente d’octroyer de l’information, de haut en bas. Rue89 réconccilie le journalisme professionnel avec la culture de l’internet, en s’affranchissant de bien des formats désormais dépassés. On mèle texte son et vidéo, l’écriture est libérée, le rapport à l’information sensiblement modifié : moins de top down (Rue89 n’est pas abonné à des fils d’agence de presse, pour échapper à l’agenda médiatique) et plus d’échange avec les internautes: ils sont à l’origine de plusieurs scoops qui ont accéléré le succès du site (on pense évidemment au scoop JDD – Cécilia n’a pas voté). Le succès du site, avec près d’un million de visiteurs par mois au bout de 6 mois, dépasse les espérances : ces chiffres étaient attendus pour fin 2008.

Votre serviteur : le paysage des médias connaît une période de destruction créatrice. Le web 2.0 favorise l’émergence d’une longue traîne médiatique : un monde horizontal fait de médias personnels dont les influences sont des influences de niche. La principale distinction à faire n’est pas entre offline et online, mais entre médias faits par des pros de l’information et médias personnels. C’est toute la consommation d’information qui est bouleversée : en favorisant le search, le surf, l’abonnement, le partage et la conversation, le web 2.0 rend l’information moins subie et plus choisie et permet au lecteur de devenir plus expert. Ce sont autant d’éléments que le communicant doit prendre en compte ; ces nouveaux territoires présentent de nouveaux risques et de nouvelles opportunités, et invitent l’émetteur d’information à entrer dans des logiques moins top-down, avec un discours moins insitutionnel et des formats diversifiés.

Iannis : les médias dits « traditionnels » restent structurants dans l’opinion car ils sont les producteurs d’information, sont ceux qui réalisent les plus fortes audiences et s’appuient sur un capital-marque. Là où la presse écrite, la télévision et la radio sont forts sur l’information et la mise en perspective, Internet ajoute du commentaire. Par ailleurs, l’attrait pour Internet ne doit pas bouleverser la façon de penser une stratégie de communication. Les questions à se poser (dire quoi, à qui, pourquoi et comment) sont immuables. Il n’y a pas deux mondes séparés, le réel et le virtuel, mais des organisations et des publics qui ont des relations. L’intégration du on et off doit donc être une donnée au moment de la réflexion stratégique, qui devra tenir compte des spécificités du online : les blogs sont des médias, mais les blogueurs ne sont pas des journalistes. A partir de là, des règles de bonnes pratiques existent, qu’il faut bien intégrer, et les stratégies de RP online apportent des bénéfices complémentaires des stratégies médias.

Jean-Pierre : le web 2.0 est construit sur les mêmes éléments constitutifs que les marques : un réseau, une communauté, un partage de valeurs et une fidélité. Pour autant, est-ce « the match » (le fit) ? Car là où les marques sont dans des logiques de marché, le web 2.0 est dans une logique de société. Est-ce donc « le match » (l’affrontement) ? La logique de marché ne peut s’imposer à la logique de société car elle crée du rejet. Quant à la logique de société, elle s’invite toute seule dans la logique de marché. Aux marques de penser à la fois leurs valeurs et leur usage pour devenir des points de repère dans le monde de la longue traîne.

La conversation est ouverte.

Le Wikipedia scanner et la question du bon usage de Wikipedia

Trouvé chez rue89 : « un étudiant identifie les manipulateurs de Wikipedia ». Il s’agit d’un outil, le « Wikipedia scanner », qui permet d’automatiser la recherche de modifications sur l’encyclopédie et donc de révéler certaines pratiques :

« Ainsi, la société américaine Diebold, qui fabrique les machines à voter au centre de nombreuses polémiques aux Etats-Unis, apparaît dans cette recherche comme responsable d’une coupe de quelque 15 paragraphes dans la notice la concernant, notamment les critiques techniques et son soutien financier au candidat Bush. (…) Wired publie quelques résultats amusants, comme le Parti Républicain qui change « occuper » en « libérer » à propos de l’intervention militaire en Irak, ou Fox TV qui fait la promo anonyme de l’une de ses vedettes. »

Si les manipulations sur Wikipedia sont un vrai sujet, abondamment traité, cette actualité vient à point pour reposer la question de la bonne utilisation de l’encyclopédie. L’enjeu n’est pas mince et restera important tant que Google indexera Wikipedia au plus haut niveau : Wikipedia peut être décrit, tout comme Google, comme un système de management de la réputation.

La question s’était d’ailleurs posée il y a quelques mois, alors que Jimmy Wales menaçait de bannir a priori les agences RP actives sur Wikipedia pour le compte de leurs clients (sans véritable écho en France).

Les entreprises peuvent-elles trouver leur place sur Wikipedia sans être taxées de manipulation ? Nous avions esquissé une réponse publiée il y a quelques semaines dans le Journal du Net.

En substance, l’idée est de défendre la possibilité d’une contribution des entreprises à Wikipedia sur les sujets qui les concernent directement, à condition de jouer le jeu de l’encyclopédie : recherche de neutralité, transparence, implication. Ce qui suppose certains décalages avec des réflexes ou des habitudes existants, révélés largement par le « Wikipedia scanner ». Et donc un état d’esprit plus « 2.0 », qui peut constituer une nouvelle compétence pour les conseils en communication.

Le pouvoir du « journalisme citoyen » ?

Difficile de s’appeler « Internet et Opinion » sans réagir sur le billet de Thierry « le journalisme citoyen, c’est de la foutaise« .

Thierry formalise une idée simple et qu’en fait, plus personne ne conteste : l’expression des individus sur Internet relève de l’éditorial (commentaire, opinion) et non du journalisme (information, faits).

Carlo dans les commentaires rappelle qu’il avait fait le même constat fin 2006, après un an et demi d’expérience Agoravox : « Sur AgoraVox, on commente beaucoup l’actualité, avec des éclairages souvent originaux, mais on observe plus rarement un véritable travail d’enquête« . Quand Loïc Le Meur dit que les blogs sont les nouveaux cafés du commerce, il ne dit pas autre chose. Et on peut citer de nombreux exemples.

Internet est un lieu d’opinion avant tout. C’est à dire un lieu où des opinions s’expriment (beaucoup) et se font (probablement moins, et l’objectif de ce blog est de comprendre comment et dans quelle mesure). Que déduire de ce constat ?

– le terme de journalisme citoyen est effectivement inapproprié, comme le dit Thierry. A défaut de pouvoir le changer (« expression citoyenne » ?) ou le faire disparaître, il serait plus prudent de l’utiliser avec des guillemets

– le journalisme est un métier. C’est ce qu’on voit très bien avec rue89 : rue89 a pour ambition de réunir des contributions de journalistes, d’experts et de citoyens, mais quand on visite le site, on voit beaucoup d’articles de journalistes, un peu d’articles d’experts, et très peu de contributions de citoyens. Pourquoi ? Parce que l’équipe de rue89 se fixe des exigences élevées en matière de validation des articles. Des exigences de professionnels. Je ne pense pas que cela contredise l’approche d’Agoravox, Carlo ayant toujours dit que le « journalisme citoyen » (entre guillemets, donc) était une menace pour les mauvais journalistes, pas pour les bons.

– « l’éditorialisme » est en revanche à la portée de tous. Mais il recouvre des réalités très différentes, allant de l’éditorial intellectuel ou expert, au coup de gueule et à l’a priori. L’opinion est partout et elles est plus ou moins réfléchie et élaborée. Ce en quoi Internet ne change pas fondamentalement les choses : la conversation a toujours existé. Avec Internet, une diversité d’opinions est plus largement accessible, mais prendre la parole ne signifie ni avoir un public, ni être écouté : bref, prendre la parole n’est pas prendre le pouvoir.

Ce qui nous amène à la question essentielle : à quoi servent ces opinions ? Thierry, qui milite pour une existence et une intelligence du Cinquième Pouvoir, s’inquiète :

« il nous faut des outils de promotion pour amener de l’audience et attirer l’attention des citoyens, en tous cas si nous croyons que le cinquième pouvoir peut influencer la société.

Aujourd’hui, hors des sites des médias officiels et des portails des grands acteurs comme Google, il n’existe aucun service capable de générer une audience conséquente instantanément. Nous sommes condamnés à parier sur le buzz, à grappiller les lecteurs péniblement.

Le cinquième pouvoir agit aujourd’hui sur ce mode. Malheureusement, si nous ne trouvons pas vite une façon d’augmenter son audience par rapport à celles des médias officiels, l’enthousiasme qui anime le web 2.0 risque de se tarir. »

Pour ma part, il me semble que l’expression citoyenne est condamnée à exister sur ce mode « longue traîne ». Avec Internet, on voit l’émergence d’une longue traîne médiatique : aux « blockbusters » (les médias traditionnels), en nombre limité et qui touchent un large public mais perdent de leur audience, viennent s’ajouter une multitude de micro-médias, média libres ou médias personnels – appelons-les comme on veut -, notamment les blogs, aux audiences limitées.

C’est exactement le principe de la longue traîne, théorisée par Chris Anderson pour décrire le marché des produits culturels. L’expression citoyenne EST la longue traîne médiatique.

Quelle influence a-t-elle ? C’est un sujet de thèse : elle a une influence diffuse, éparse, de niche, imprévisible. Cela dépend des sujets, des moments, des émetteurs, des circonstances. Et pour répondre à Thierry, je pense que son pouvoir potentiel dépend de sa qualité plus que d’outils pour réunir une audience massive instantanément.

Rue89 a un PageRank de 3 : WTF ???

Je viens de remarquer que le PageRank de rue89 est toujours à 3/10, ce qui le place bien heureusement pour lui au-dessus d’Internet et Opinion, mais surtout au niveau de millions de sites médiocres et à un niveau vraiment faible quand on voit la quantité de sites et de blogs de niveaux et d’audiences très variables qui se situent à 5/10.

Loin de moi de faire une fixation sur le PageRank après un billet très orienté sur les méthodes d’évaluation (et qui constatait que la méthodo d’AdAge l’utilisait de manière très relative), mais la lecture du PR au travers du cas rue89 est intéressante.

On dispose en effet d’un certain nombre d’éléments de mesure du succès de rue89 :

– une autorité Technorati qui grimpe vite (5088 liens en ce moment, quand même)

– une audience qui dépasse les espérances de ses fondateurs (379 000 visiteurs uniques en juin, quand même bis) avec un temps passé par utilisateur supérieur à tous ses concurrents (près de 29 mn, quand même ter). Ce qui confirme d’ailleurs des éléments que Pascal Riché avait partagés avec nous lors d’une sympathique visite à l’agence au mois de juin. La tendance est donc très favorable.

Ces données quanti viennent à la fois confirmer des intuitions que nous avons tous : un gros buzz de lancement (je ne pouvais plus faire une réunion sans qu’on me dise « tu connais rue 89 ? »), une notoriété décuplée par quelques scoops sur la censure médiatique (JDD / Cécilia notamment), et maintenant l’intérêt des investisseurs… Mais elles ne se traduisent donc pas dans le PageRank.

Je me souviens avoir regardé le PageRank de rue89 à fin juin : il était déjà à 3/10, et mon interprétation était alors « il va faire un bond à la prochaine Google Dance« . Or cela fait maintenant un mois et demi et il n’a pas bougé.

Je pense que Rue 89 n’a pas besoin de faire une fixation sur son Page Rank pour que tout se passe bien, mais je trouve donc surprenant que le PR ne traduise pas mieux le succès du site.

Il y a peut-être des explications mais je croyais savoir que le PageRank dépend essentiellement des liens entrants. Si à plus de 5000 liens entrants le PageRank ne suit pas, cela signifie au mieux que le PR n’est pas un outil réactif, au pire qu’il débloque.

Bien entendu, le PageRank ne fait pas tout le référencement : il est « croisé » avec la pertinence des mots-clé relatifs au contenu du site. Mais à « pertinence » égale, cela signifie en principe qu’une recherche Google placera d’autres sites mieux pagerankés avant de proposer des liens vers rue89. Par exemple, la recherche « affaire jdd cécilia » place rue89 en 5ème position, et je pense qu’on peut ajouter « seulement ».

Ce petit PageRank pénalise-t-il Rue89 ? Ce n’est pas à moi de le dire, mais je partage une certaine surprise.

Edit 18/8 : le PageRank affiché par Google n’est pas le PageRank utilisé par l’algorithme de Google… Remis à jour tous les 3 mois environ, il est donc loin d’être l’outil fiable que tout le web attend.