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Tous inégaux devant le numérique

Un des problèmes de l’évangélisation au numérique est que l’on tend à faire croire à toutes les marques et entreprises qu’elles sont Apple ou Obama.

Les multiples études, listes de conseils, infographies sur lesquelles ont peut tomber encouragent les marques à entrer dans des « stratégies de bouche à oreille » ou à « faire agir les fans ». Mais quand on fabrique des chariots élévateurs, je doute que ce type d’approche soit complètement tenable.

Au contraire, les marques, entreprises et organisations sont très inégales devant le potentiel numérique qui s’offrent à elles.

Pour certaines, le numérique est une menace qui remet en question le business model (les médias, les producteurs de contenus) ; pour d’autres, c’est un terrain naturel (les marques pour jeunes, l’e-commerce) ; pour d’autre encore, ce n’est a priori ni une menace ni une opportunité, juste un enjeu qui peut être majeur.

On trouve finalement assez peu de littérature sur cette inégalité devant le numérique (il y a bien l’étude Nurun qui met en évidence le rôle du web dans la décision d’achats en fonction des secteurs d’activité) et je suis certain que les annonceurs ont du mal à se retrouver dans le magma de conseils qui peuvent leur être prodigués, du fait de ce manque d’adaptation à leur problématique propre.

Bref, je me suis livré à un exercice de modélisation visant à permettre une lecture des enjeux du numérique en fonction de plusieurs paramètres : la nature de l’offre, le profil des publics, les attributs de la marque, la taille d’entreprise, le modèle de distribution et la culture d’entreprise.

Voyez-le comme un premier jet, je ne garantis pas l’exhaustivité des cas de figure. Ce sont les commentaires qui permettront de mûrir cette réflexion 😉

Les médias en ligne et leurs politiques de blogs

Je viens de faire un travail qui me tenait à cœur depuis plusieurs mois : décortiquer les politiques de blogs menées par les principaux médias en ligne généralistes — les « grands médias », si on veut.

Qu’est-ce que j’appelle la « politique de blogs » des médias en ligne, d’abord ? Tout simplement la manière dont ces médias proposent des blogs, ou pas, à leurs lecteurs.

Cela peut prendre des formes multiples : des blogs de journalistes sur le site du média (par exemple celui de Corinne Lesnes du Monde), une plate-forme de blog proposée aux internautes sous la marque du média (monblog.lemonde.fr), etc.

Or on sait que les médias français ont une vision culturellement très méfiante vis-à-vis d’Internet. Pourtant, bloguer est à la fois un moyen de :
– proposer un service additionnel à son public (un service d’information quand le média édite des blogs, un service de participation quand le média propose une plate-forme de blogs ouverte au public)
– d’interagir avec lui pour enrichir l’information et être à son écoute
– ou encore tout simplement une pratique inhérente au métier de journaliste, qui peut utiliser le blog pour raconter les coulisses de son métier, expliquer les dessous d’une enquête, diffuser des informations complémentaires, proposer des analyses complémentaires avec un point de vue plus personnel comme le blog le permet bien.

Même si cela a tendance à évoluer un peu depuis quelques mois, on sait que les journalistes français se servent encore malgré cela assez peu des blogs, que ce soit comme source d’information ou comme outil de publication. Et l’image générale dans la blogosphère est que très peu de journalistes bloguent et que beaucoup de ceux qui le font ne le font que dans une logique descendante, ne répondant pas aux commentaires, etc.

L’autre raison de mon intérêt pour cette question est que l’on sait que ces médias hébergent une quantité tout de même assez importante de blogs, parfois de très bonne qualité, parfois avec de très nombreux commentaires et, on peut le supposer, une audience importante… mais dont la logique de valorisation est assez différente de la blogosphère la plus visible, celle du haut du classement Wikio.

En effet, les blogs hébergés sur des sites ou des plates-formes de médias en ligne ne sont le plus souvent pas tenus par des auteurs très intégrés dans la blogopshère, qui maîtrisent la notion de lien entrant et sortant, et qui l’utilisent pour émerger en visibilité.

En revanche, le fait d’être situés sur des gros carrefours d’audience (les médias en ligne) peut être un vecteur de visibilité pour eux (à la fois par la faculté de cliquer depuis une rubrique « les blogs » sur la home, mais aussi parce que certains de ces médias intègrent des billets de blogs aux actus, donc dans la partie la plus visible et la plus suivie du média…).

Pour prendre un exemple, les blogs politiques du haut du classement Wikio ne sont pas, sauf quelques exceptions (Coulisses de Bruxelles, sur la plate-forme de Libé ; Jean-Michel Aphatie, chez RTL), hébergés par des médias en ligne mais sur des plates-formes de blogs classiques. Ces blogs maîtrisent bien les techniques qui permettent d’obtenir les précieux liens entrants qui permettent de remonter en popularité. A l’inverse, un blog comme celui d’Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est extrêmement vu et commenté sur le Figaro.fr. Il ne linke pas d’autres blogs ou participe à leurs commentaires pour les « draguer », et récupère donc moins de liens que ce qu’il pourrait. Pourtant, il est présent sur Lefigaro.fr et doit récupérer un trafic plus important que ne laisse suggérer sa 266ème place au classement Wikio, si on en juge par les centaines de commentaires qu’il peut avoir sur certains billets.

Bref, on a me semble-t-il affaire à des blogs qui échappent assez largement au système du netlinking et qui pour cette raison ne sont pas très visibles alors qu’ils peuvent être très visités. Et si l’influence, que l’on cherche tellement, n’était pas là où on la croit (dans le classement Wikio), mais aussi simplement dans ces outils moins communautaires mais à potentiel d’audience que sont les blogs édités par des médias ??

(Par ailleurs, soyons clair, je ne fais absolument pas partie des détracteurs du classement Wikio que j’estime nécessaire et plutôt bien fait).

Donc, je me suis penché sur la politique de blogs d’une grosse vingtaine de médias en ligne généralistes : les déclinaisons web de médias traditionnels et quelques pure players. J’en arrive à une typologie et une analyse quanti qui donne certaines tendances.

Je me suis en particulier attaché à regarder :
– le nombre de blogs existant, leur nature (blogs de journalistes, d’invités, d’internautes)
– leur vitalité, en utilisant la proportion de blogs actualisée au cours de la dernière semaine (relevés effectués dans la soirée du 29/11)
– la valorisation de ces blogs sur la homepage du site

Et non, je n’ai pas regardé le nombre de commentaires sur les blogs (j’ai été tenté, j’avoue, mais il y a un moment où il faut doser son effort 😉 ).

La conclusion est que l’on trouve en gros 4 politiques de blogs sur ces médias :

– les politiques « ouvertes » au public
– les politiques « semi-ouvertes »
– les politiques « fermées »
– les « non-politiques »

Sous réserve de toute erreur de lecteur, de décompte, etc., allons dans le détail et commençons par les non-politiques, ce qui est le plus simple. Parmi les médias que j’ai regardés, 5 ne proposent pas de blogs. Il s’agit de :

Marianne2 qui accueille des « blogueurs associés » sur ses pages, c’est à dire des blogueurs qui s’expriment sur d’autres plates-formes et qui sont invités à écrire sur Marianne2. Mais techniquement, Marianne2 (qui est, en fait, un blog…) n’accueille pas de blogs spécifiques de journalistes, d’experts ou d’internautes.

L’Humanité

France Info

RFI

Le Point, qui peut faire débat. D’abord, il y a un bouton « blog » trompeur dans le footer de la page d’accueil, puisqu’il ne mène nulle part. Ensuite, on peut considérer que certains espaces du site sont des blogs : Média 2.0 d’Emmanuel Berreta par exemple est un espace qui a une thématique (les médias), un nom, un auteur identifié, et dont les articles sont commentables. Mais n’est pas présenté comme « un blog ».

6 des pages du Point.fr ont ce profil, mais je ne les ai pas considérées comme des blogs au final, tout simplement car pas présentées comme telles. A la question « c’est quoi un blog ? », la réponse dans cette petite étude est : « ce que les médias présentent comme un blog ». il faut faire des choix.

Et maintenant, ceux qui présentent des blogs, donc.

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1. Les Politiques « fermées »

Il s’agit des médias qui proposent des blogs à lire, mais pas à écrire. Blogs de la rédaction, blogs d’experts ou de témoins invités par la rédaction, en quantité plus ou moins importante, ces médias sont dans une logique de proposition d’information supplémentaire ou complémentaire, par rapport à leur production éditoriale « officielle », mais ne proposent pas aux internautes de créer leur blog. On est dans la logique d’image de marque, pas dans la logique de service.

On peut distinguer deux sous-catégories au sein de ces politiques « fermées » : les médias qui ne proposent que des blogs de journalistes / rédaction / émission ; et les médias qui proposent des blogs de journalistes ET d’invités.

1.a. Politiques fermées : blogs de journalistes seuls. Il s’agit de :

– Le Figaro. Le Figaro propose 17 blogs qui sont tous des blogs (individuels ou collectifs) de journalistes de la rédaction, comme Suivez le Geek (Samuel Laurent et Laurent Suply) ou Etreintes Digitales (Marie-Catherine Beuth). 15 de ces 17 blogs ont été mis à jour au cours de la dernière semaine : pas mal ! Par contre Le Figaro valorise 3 de ces blogs depuis la home, ce qui le place en queue de peloton.

– Valeurs Actuelles… qui compte 1 blog : le blog de la rédaction (tenu à jour).

– La Croix, avec 5 blogs, dont 4 mis à jour au cours de la semaine. L’un des blogs fait intervenir des invités mais les autres sont des blogs de la rédaction, comme par exemple celui de Bruno Frappat. Les 5 blogs sont tous valorisés sur la home.

– La Parisien, c’est à peu près la même chose. On trouve seulement 6 blogs le Parisien, mais tous updatés dans la semaine et tous valorisés sur la home (dans un format blogroll). A noter que lorsque je m’étais penché une première fois sur la question au mois d’août, le Parisien ne proposait qu’un seul blog, sur les J.O. Il y a donc du changement… un exemple de variété des sujets abordés avec Jacky la main verte.

– RTL propose 8 blogs de la rédaction au total. 7 d’entre eux ont été mis à jour dans la semaine. 5 d’entre eux sont valorisés sur la home. On connaît bien Aphatie mais on peut aussi citer un exemple de blog jardinage. (Le parisien, RTL, des médias populaires à l’écoute des préoccupations pratiques de leurs publics ?)

– France Inter compte 22 blogs de journalistes (dont 5 correspondants à l’étranger). 14 d’entre eux ont été mis à jour dans la semaine, comme par exemple celui de Jean-François Achilli. Mais un seul est valorisé sur la home.

– Sur Europe 1, on trouve 3 blogs de la rédaction, tous mis à jour dans la semaine. Un seul également est valorisé sur la home. A noter que Europe 1 revendique des « blogs internautes » là où il n’y a en fait que des forums.

– RMC propose 11 blogs d’émissions, tous à jour. Tous sont cliquables depuis la home, et un d’entre eux est intégré aux actus de rmc.fr. On notera qu’ici aussi la thématique jardin est populaire.

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1.b. Politiques fermées : blogs de journalistes ET AUSSI d’experts invités. Il s’agit de :

– Libération. Libération propose 51 « Libéblogs ». Sur ces 51 libéblogs, 17 sont des blogs de journalistes (comme Secret Défense) et 34 sont des blogs d’invités (comme par exemple Serial Worker sur la vie au travail), ce qui en fait une des plates-formes les plus riches.

Sur les 51 libéblogs, 27 ont été actualisés depuis une semaine, soit une grosse moitié. Sur les 17 libéblogs de journalistes, 9 ont été mis à jour depuis une semaine, soit également une bonne moitié. Ajoutons également que depuis la home de Libé, 8 blogs sont cliquables (2 dans les actus, 6 dans la blogroll).

– L’Express. L’Express compte 28 blogs dont la moitié sont tenus par des journalistes de la rédaction (l’occasion de saluer le travail de transparence fait sur le blog Nouvelle Formule d’Eric Mettout). Les autres sont tenus par des experts (c’est chez l’Express que Jacques Attali tient sa conversation — qui n’en est pas une) ou des « témoins » (au sens large, exemple le blog de Jean-Pierre Dick ou le blog Elections Américaines qui était tenu par les étudiants en journalisme de Science po), voire des salariés non journalistes (le blog e-veille).

On peut cliquer 5 blogs depuis la home (un en actus, 4 en blogroll).

Sur les 28 blogs de lexpress.fr, 19 ont été mis à jour depuis une semaine, dont 12 des blogs de journalistes. Autrement dit, les journalistes qui participent aux blogs de l’Express sont assez actifs. Au moins en production éditoriale puisque je n’ai pas regardé leur activité dans les commentaires (je dis ça car j’ai en tête par exemple que Renaud Revel ne répondait pas aux commentaires, mais comme beaucoup d’autres).

– Rue89. La page « blogs » de Rue89 compte 84 blogs listés dans l’ordre alphabétique. Les « riverains » n’ayant pas la possibilité de créer leur blog Rue89, on est bien dans un modèle où les blogs sont ceux de la rédaction et d’invités.

Il n’y a pas d’autre méthode d’analyse que d’aller les visiter un par un et je n’ai pas eu la patience de regarder l’intégralité des 84. Je ne saurai donc pas dire combien de ces blogs sont des blogs de la rédaction de Rue89 (comme par exemple le Démonte-Rumeur, une excellente idée), et combien sont des blogs d’experts ou de leaders d’opinion (Rue89 avait réussi le joli coup d’embarquer 7 nouveaux députés dans le blogging).

Par contre j’en ai cliqué 30 pour voir le niveau de production éditoriale. 15 des 30 avaient été mis à jour dans la semaine. Les blogs Rue89 seraient donc « à moitié actifs ».

Ces blogs bénéficient par ailleurs d’une exposition plus ou moins forte, puisque certains d’entre eux sont intégrés dans la fil d’actu de la home (par exemple, ce qui était posté par Guillemette Faure sur le blog Campagnes d’Amérique était aussi intégré dans l’actu USA de Rue89. Donc pour certains au moins, ce sont davantage que des blogs annexés au média).

Dernier point : 9 blogs Rue89 sont cliquables depuis la home, et Rue89 est le seul média avec Backchich à proposer une blogroll pointant vers des blogs externes (certains médias font de la revue de web avec des liens pointant vers des sources / articles, mais Rue89 et Backchich sont bien les seuls à ma connaissance à proposer une sélection permanente de sources pointant vers des homepages).

– Métro (edit : je m’étais initialement trompé en classant Métro dans les « non-blogs », n’en ayant dans un premier temps trouvé aucun depuis la homepage…).

J’ai trouvé 20 blogs sous la marque Métro, dont 14 sont ouverts au public sous un format « d’appel à contributions » (exemple avec « Même pas honte« ). Modèle ouvert ou fermé ? Dans la mesure où il n’est pas possible de créer son blog Métro, je préfère garder Métro dans la catégorie « fermée ».

Par ailleurs Métro n’est pas très explicite sur le « statut » des auteurs des blogs, journalistes ou invités. 2 des blogs sont identifiables comme émanant de journalistes, comme par exemple celui de Nadia Loddo ; le reste étant des blogs invités (4, comme celui de l’écrivain Mabrouck Rachedi), et les blogs faisant appel à contribution.

Sur ces 20 blogs, seuls 6 ont été mis à jour dans la semaine (dont un des deux blogs de journalistes) et 2 sont valorisés sur la home, au sein des actus.

– Backchich. Backchich propose 18 blogs dont les profils semblent être journalistes + invités. je dis « semble » car les profils des auteurs sont difficiles à identifier : Si on sait que Nicolas Beau est le patron de la rédaction, Réda Sadki, responsable de Survivreausida.net, a plus le profil d’un « invité ».

En tout cas, 7 de ces 18 blogs ont été mis à jour dans la semaine, et 7 sont linkés depuis la home (1 en actu, 6 en blogroll).

Au passage, je donne quelques exemples de blogs sur chacune des plates-formes que je cite, mais il faut vraiment aller voir pour se rendre compte de la diversité, de la richesse et de l’originalité de beaucoup d’entre eux.

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2. Le modèle « semi-ouvert »

J’entends par là les médias qui proposent à leurs abonnés, et non à tous les internautes, de se créer un blog. Je serais tenté de dire qu’on est dans une logique de « service restreint ». On trouve donc sur ces plates-formes à la fois des blogs de journalistes, d’invités et d’abonnés. C’est en fait le cas des seuls Le Monde et Mediapart.

– Le Monde. Sur sa page blogs, le Monde a la particularité de ne parler que des « blogs invités », des « blogs sélectionnés » et des « blogs » tout court.

Il n’y a donc pas les « blogs de la rédaction » : les journalistes du Monde qui bloguent sont intégrés au blogs « invités » : cela permet de mettre en avant 20 blogs de qualité… dont seulement 4 à ma connaissance (comme Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire) sont tenus par des journalistes du Monde. Alors que le Monde a une plate-forme de blog les plus intéressantes et les plus complètes, la participation de ses journalistes reste bien maigre.

Les autres blogs « invités offrent une belle diversité d’idées de blogs (voir par exemple le blog « Démystifier la finance » du banquier Georges Ugeux). Tous les 20 ont été updatés dans la semaine.

Le deuxième niveau proposé par Le Monde, les « blogs sélectionnés », est issu des blogs d’abonnés. Il s’agit donc d’un choix éditorial de mettre certains blogs d’abonnés en avant (Gilles Klein qui est incontournable quand on s’intéresse aux médias en fait partie). 36 blogs sont ainsi « sélectionnés » par le Monde.

Pour le reste, on notera que le Monde valorise — sur sa page blog — les 30 derniers blogs d’abonnés mis à jour, et indique que 303 blogs ont été mis à jour depuis 2 mois. J’avais noté le même chiffre au mois d’août… et le jour où j’avais fait le relevé, le Monde indiquait 797 blogs updatés depuis deux mois. La plate-forme du Monde serait-elle en recul ??

Dernier point sur le Monde : la home du site linke 3 blogs dans les actus et en liste 13 dans ce qui ne s’appelle pas une blogroll mais occupe cette fonction. Ce sont donc 16 blogs du monde.fr qui sont cliquables depuis la home. On est dans la moyenne élevée.

– Mediapart. La conception ergonomique de Mediapart.fr rend difficile la lecture des données. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut faire partie du club pour avoir un blog sur Mediapart. En consultant la liste des blogs de Mediapart, j’en ai dénombré 677. Mais sur ces 677, seuls 145 ont publié 10 fois ou plus.

Difficile de mesurer davantage le niveau d’activité de la plate-forme… Difficile également de distinguer les blogs de journalistes, d’experts ou d’abonnés car il faut prendre les blogs un par un pour le voir. On notera qu’Edwy Plenel a publié 18 fois sur son blog Mediapart.

Enfin, la home de Mediapart permet de cliquer 9 blogs différents.

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3. Le modèle « ouvert »

On a ici affaire à des médias en ligne qui proposent à tout internaute de passage de se créer son blog sous la marque du média (monblog.20minutes.fr par exemple). A condition évidemment de se créer un compte, etc., mais gratuitement. C’est une logique de service dans une recherche d’audience. On va voir que cela réussit bien à certains et beaucoup moins à d’autres.

– Le JDD. J’espère pour lui que le JDD est en train de repenser entièrement sa politique de blogs. Non seulement la navigation n’est pas optimale pour accéder aux infos, mais en plus les infos auxquelles ont accède donnent une image déplorable de la démarche blog du JDD. En cherchant bien, on trouve 10 blogs de la rédac. Un seul (celui de Michel Deléan) a été mis à jour depuis une semaine, et la plupart d’entre eux n’ont pas été mis à jour depuis plus d’un an…

On trouve ensuite une catégorie « le meilleur des blogs JDD », avec une sélection de 39 blogs (même modèle que lemonde.fr : la rédaction choisit ses blogs de lecteurs préférés). Sans avoir visité les 39 blogs, on voit vite là aussi qu’on est dans un cimetière… les meilleurs blogs ont l’air d’être en grande majorité… des blogs défunts. Hum !

Enfin, on peut accéder aux blogs de la « communauté » JDD… pas bien active, puisque seuls 5 blogs JDD ont été actifs la semaine passée.

En ce qui concerne la valorisation de ces blogs : le JDD en linke 6 sur sa home.

– Le Nouvel Observateur. Le Nouvel Obs propose les 3 niveaux : journalistes, invités, internautes.

On trouve 19 blogs de journalistes dont 13 ont été updatés dans la semaine (comme par exemple celui de Claude Soula sur les médias). Il y a eu un sérieux nettoyage car à une époque on en trouvait des dizaines et des dizaines, et quand j’avais commencé l’exercice cet été, on pouvait encore trouver le blog de Laurent Joffrin, passé chez Libé il y a deux ans et avec un blog NouvelObs décédé en même temps.

On trouve ensuite 30 blogs invités de l’Obs. Mais seulement 3 ont été updatés dans la semaine (exemple : Patrick Lozès, qui blogue sur la question raciale). C’est je pense la faiblesse de la politique de blog du NouvelObs. Parmi les idées originales de blogs, notons par exemple celui de Laurent Jacqua, détenu à la maison centrale de Poissy.

Impossible de savoir combien de blogs d’internautes existent sur la plate-forme Nouvel Obs, mais on peut voir que 160 d’entre eux ont été updatés depuis une semaine, ce qui en fait une plate-forme sans doute plus active que celle du Monde (sachant que le Monde est semi-ouvert, donc semi-fermé).

Enfin, l’Obs valorise ses blogs avec 3 blogs dans les actus et 20 blogs en blogroll, soit 23 blogs cliquables depuis la home.

– 20 minutes. Il est très, très compliqué, de lire et de réunir les infos sur les blogs 20Minutes. Il faut tout lire depuis la home car je n’ai pas trouvé de page réunissant les blogs 20minutes. Par rapport aux autres médias, on est frappé de voir à quel point les blogs sont intégrés à la home page : on peut au total en cliquer 85… là où chez les autres, on ne dépasse jamais les 20 (23 exactement, pour le NouvelObs).

On en compte 5 dans les actus de 20 minutes et le reste en « blogroll » : avec 9 blogs photo, 2 « c’est blogué » (l’occasion de rappeler que le Bondy Blog est chez 20 minutes), 15 « haut les blogs » (l’équivalent de la « sélection » de 20 minutes), 15 avec une liste automatique des derniers mis à jour (20 minutes est le seul média en ligne « ouvert » à se risquer à cela), 10 blogs ville et encore 25 dans une catégorie « vos blogs ».

Finalement, dans cette profusion, ce qui est marquant c’est le peu de blogs de la rédaction que l’on trouve : seulement 4, dont deux ont posté cette semaine (voir par exemple Au début des années 2000).

– Le Post. Un mot sur LePost bien qu’il n’utilise pas le vocable « blog » (et non, faites la recherche sur la home page…). Car le site fonctionne sur un modèle contributif avec de nombreuses pages personnelles. Mais il reste difficile de lire les infos puisque chaque posteur à sa page lepost/perso/mapage. Et que, comme pour Rue89 partiellement, un billet publié peut se retrouver sur la home dans le fil d’actus.

Quand on regarde les derniers mis à jour, on a le sentiment d’une activité faible. Quand on regarde le fil d’actu, on a le sentiment d’une activité intense. En tout cas, la home valorise 6 invités posteurs, et la liste complète des invités fait apparaître 14 noms parmi lesquels évidemment Guy Birenbaum et William Rejault, mais aussi par exemple l’ex serial-buzzeur de DailyMotion Full HD Ready ou encore Eric Maillard.

Je n’inclus pas LePost dans le tableau récap : les infos sont trop difficiles à lire à et « catégoriser ».

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Voilà donc beaucoup de données brutes, qui méritaient d’être mises dans un beau tableau, et Samuel a fait preuve de l’intérêt de l’intelligence collective en prenant le relais.

[edit : si vous êtes passés plusieurs fois sur cet article, vous aurez remarqué des évolutions… On va dire qu’il s’agit d’un « work in progress ». J’avais initialement la flemme de produire un tableau récap, puis repris les tableaux de Samuel dans un second temps avant de prendre mon courage à deux mains et de faire mon propre tableau récap que voilà.]

tableau-media-blogs-final

(cliquer pour agrandir)

Conclusions.

Le modèle dominant est donc le 1.a. : seulement des blogs de journalistes. Le modèle 3 est aussi assez présent ce qui montre pour les médias qui le choisissent qu’ils utilisent clairement les blogs dans une logique d’extension de leur audience.

Concernant la pratique du blogging par les journalistes, à l’arrivée, on trouve quand même dans l’ensemble de ce que j’ai étudié, une centaine de blogs « rédaction » ou « journaliste », ce qui n’est pas minable même si les chiffres feraient sans doute assez mal si on allait voir combien de journalistes participent aux commentaires sur ces 100 blogs « officiels ».

Avec, selon les médias, un nombre de journalistes tenant un blog de façon active assez variable (de 1 à 15) et jamais en quantité large : c’est au Figaro, avec 15 blogs de journalistes mis à jour dans la semaine, qu’on trouve la plus grosse activité de journalistes qui bloguent.

On notera aussi que seuls quelques-uns réussissent à entretenir des blogs « invités » : Le Monde, Libération, L’Express, Rue89, Mediapart dans une moindre mesure, et LePost à sa façon. Mais cette richesse est-elle suffisamment exploitée ?

On peut aussi se demander, enfin, entre les médias qui sont dans une logique d’image de marque (modèles fermés) et ceux qui sont dans une logique de service (modèles semi-ouverts et modèles ouverts), ce qui fonctionne le mieux. Je ne pense pas qu’il y ait un modèle qui doive s’imposer, mais que le choix doit être fait en fonction des priorités du média. Il me semble par exemple assez cohérent que 20minutes soit dans un modèle hyper ouvert.

En revanche, on note la vraie difficulté à faire en sorte que la production éditoriale des blogs suive à un bon rythme et il me paraît crucial pour l’image de ne pas donner à voir des blogs inactifs… voire carrément un cimetière comme le JDD.

Du point de vue du média, la politique de blogs demande une vraie réflexion stratégique et une vraie disponibilité… Bloguer, c’est exigeant et comme j’ai souvent l’occasion de le dire : un blog ce n’est pas un outil, c’est une stratégie.

Du point de vue des observateurs, cette blogosphère des médias a aussi le mérite de permettre d’identifier de nombreuses personnalités de la société civile, invités sur les blogs de médias, experts ou leaders d’opinion dans leur domaine. Il y a donc dans ces plate-formes de médias, je pense, une très grande richesse qu’on appréhende mal quand on aborde la blogosphère par le seul côté Wikio.

Et beaucoup d’autres commentaires à faire, mais je m’arrête là.

La logique de décentralisation sur le web vue par les Monty Python

Les Monty Python lancent une chaîne YouTube. Jusque là rien d’extraordinaire (quoique c’est quand même une sacrément bonne nouvelle quand on est fan).

Sauf que la vidéo de présentation de la démarche dit tout.

Voilà une vidéo qui expose parfaitement (parce qu’avec transparence et humour) le problème de droits rencontré sur le web. Et la nécessité, en réponse, d’épouser la logique de décentralisation du web. On ne contrôle pas le web ; autant donc mettre à disposition des contenus gratuits, reproductibles par les éditeurs de sites (médias et blogs peuvent les reprendre) et les internautes (on les poste sur les réseaux sociaux) puisque dispo sur YouTube. Autant décentraliser ses contenus et épouser la logique de la longue traîne médiatique.

C’est donc une logique d’échantillonnage (« regarde mon contenu comme il est bien »), qui permet de démultiplier la visibilité (justement parce que les vidéos sont visibles pas seulement sur Youtube mais essaimées sur le web). Et de reprendre contrôle sur les vidéos pirates (choix + qualité proposée sur la chaîne officielle) pour parier sur l’affiliation comme modèle économique (« Tu as aimé mes contenus ? Tu peux en avoir plus en payant »).

Cette logique ne finit-elle pas par s’imposer à tous les éditeurs de contenus vidéo, sans même aller jusqu’à l’affiliation, au moins dans une finalité d’image ?

Edit : lire le billet de Laurent Suply à ce sujet.

Voilà comment on fait un billet vite fait sur Obama.

De : Francois Guillot
Date : Wed, 05 Nov 2008 17:38:32 +0100
À : Emmanuel Bruant
Conversation : Il est de notre responsabilité…
Objet : Il est de notre responsabilité…

… De nous faire une opinion sur ça :

http://billaut.typepad.com/jm/2008/11/le-monde-va-se.html

http://www.liberation.fr/monde/0101166612-obama-gagne-la-bataille-du-net

http://pinklemonblog.blogspot.com/2008/09/obama-20-strategy.html

http://elections-us08.20minutes-blogs.fr/archive/2008/11/04/2-0-pour-obama.html

Le 5/11/08 18:11, « Emmanuel Bruant » a écrit :
Mon avis (outre que tout ce buzz, cette hystérie est la preuve de « l’impérialisme américain » (version cool, soft, trendy on est tous pour Obama, un mec qu’en venu 3 heures en France de toute sa vie, un peu comme César avec Lutèce) et de l’ethnocentrisme des parisiens bobo qui s’excitent sur un truc à des milliers de km sur lequel ils n’ont aucune prise alors qu’il y a des choses un tout petit peu plus importantes en France… Mais bon)

Ce que je retiens de tout cela, effectivement c’est l’événement Internet. Mais peut-on tirer des enseignements pour nous (comme le fait Billaut), pour des marques, des entreprises etc. alors que la situation dans laquelle le web a été utilisé est exceptionnelle, puisque c’est un événement (une élection est un événement comme la coupe du monde etc.) Donc peut-on tirer des enseignements sérieux d’un événement exceptionnel ? Oui, le 2.0 a eu un rôle mais combien de personnes sont derrières, quelle est cette machine électorale. Aucune marque, aucune entreprise ne peut faire aussi bien tout simplement parce qu’il n’a pas les moyens, pas l’aspiration, pas la légitimité etc. Forcément, le 2.0 a un effet démesuré qu’on ne trouvera sûrement pas ailleurs ! D’autant plus que nous voyons cela avec nos yeux de Français sans prendre en compte le gigantisme des Etats-Unis… C’est le principe d’un événement : il y a effervescence et puis cela retombe…
A suivre

Le 5/11/08 18:32, « Francois Guillot » a écrit :
Ca c’est ton côté « je veux être différent », tu peux pas mettre au-dessus de toi 1. Que c’est l’Histoire en direct et 2. Que Obama fasse autant l’unanimité en France (alors que c’est juste normal, il n’y a rien qui peut être aussi populaire en France qu’un démocrate américain, les démocrates américains t’es pour eux que tu sois de gauche ou de droite, c’est le bon côté de l’Amérique, en plus après huit ans de haine contre Bush et avec un mec charismatique, jeune et black qui fout en l’air tous les codes, t’as pas besoin de savoir ce qu’il raconte c’est la folie, mais toi tu peux pas l’admettre).
Sinon sur la question Obama + web chuis assez d’accord et c’est justement ça qu’on peut dire sur le blog. En résumé :
•    le délire 2.0 autour d’Obama : oui mais cela fonctionne parce que Obama est fondamentalement ASPIRATIONNEL. Il suffit pas d’utiliser les tuyaux
•    ça reste exceptionnel, tout le monde va dire que c’est la reconnaissance de l’efficacité du web etc., alors que personne ne peut l’utiliser aussi bien que lui

Le 5/11/08 18:40, « Emmanuel Bruant » a écrit :
http://pisani.blog.lemonde.fr/2008/11/03/les-recettes-d%E2%80%99obama/
Des liens très intéressants et moins emphatiques k les autres

Le 5/11/08 18:54, « Emmanuel Bruant » a écrit :
Tu écris là-dessus ?
Je vais m’en aller
Emmanuel

Le 5/11/08 19:20, « Francois Guillot » a écrit :
S’il faut lire Transnets d’abord ça va me filer mal au crâne surtout que j’ai pas bp dormi la nuit dernière. On verra. Tu vas pas voir le foot ?

Les médias et les blogueurs : l’exemple de CNN.com

Il y a un truc assez paradoxal dans la communication avec les blogueurs : alors que certaines entreprises et industries qui seraient potentiellement intéressées ont un champ d’action très limité – tout simplement parce qu’il n’y a pas véritablement de public pour elles dans la blogosphère-, d’autres entreprises et industries qui ont un gros potentiel de « buzz » y vont à reculons.

C’est particulièrement le cas de l’industrie des médias, dont la « technophobie » a été évoquée ici à plusieurs reprises. Pourtant, il existe de nombreux moyens pour les médias de rechercher l’interaction avec la blogosphère et de trouver des solutions « gagnant-gagnant » au lieu de voir les blogueurs comme une seule menace.

Heureusement certains médias donnent l’exemple inverse et jouent la carte de l’ouverture.

Par exemple, on a évoqué plusieurs fois les démarches entreprises par l’Express, avec la livraison de contenus en avant-première à des blogueurs. Dernier épisode en date : la livraison en avant-première à une sélection de blogueurs d’extraits de l’entretien avec Charles Villeneuve, nouveau Président du PSG. La démarche de l’Express semble de mieux en mieux ciblée, le principal problème me semble résider dans le fait que les blogueurs sont prévenus 30mn avant la mise en ligne, ce qui élimine du jeu tous ceux qui ne sont pas devant leur écran à ce moment-là. (En aparté, mon point de vue, déjà exprimé ici, est qu’il faut aussi partager des enquêtes froides et approfondies et pas seulement des infos chaudes et à durée de vie limitée.)

Pour l’Express, c’est même une démarche d’ouverture plus générale impulsée par Eric Mettout, avec depuis peu le blog de la nouvelle formule, très intéressant pour suivre les coulisses d’une rédaction (par exemple, la « gaffe » qui a failli coûter un scoop, ou le « jeu des sept erreurs » où l’on compare une interview avant et après le travail d’editing).

Mais on a aujourd’hui un nouvel exemple de démarche d’ouverture d’un média en ligne vis-à-vis des blogueurs, avec une initiative de CNN.com.

Dans le cadre d’une semaine dédiée à la France et qui commence ce 2 juin (« Eye on France »), CNN.com invite des blogueurs à répondre à 5 questions autour de la France : son image, son rôle sur la scène internationale, sa culture, son influence, son identité. La mécanique est simple : les blogueurs postent leurs réponses chez eux (ils ne manqueront pas de linker CNN.com), et CNN.com les linke depuis la page dédiée du site, dans une rubrique « from the blogs ».

De l’échange de lien intelligent : CNN se pose en animateur du débat, débat que les blogueurs enrichissent. On sollicite les blogueurs pour ce pour quoi ils sont les meilleurs : le débat. Ils reçoivent des liens et du trafic, et renvoient des liens et peut-être un peu de trafic en retour.

Les premiers résultats sont en ligne avec les billets de Pierre Bilger, Luc Mandret, Quitterie Delmas, Aster ou encore Econoclaste. (Disclosure : Internet et Opinion(s) qui a été sollicité pour cette opération ne va pas tarder à apporter sa pierre à l’édifice… à sa façon.)

Les médias sont les entités les plus légitimes à animer le débat. Les blogueurs sont des contributeurs actifs au débat. Ce type de formule est donc certainement une des voies de réconciliation entre médias et blogs.

A qui faites-vous confiance ?

Une nouvelle étude de Forrester apporte des éléments en réponse à la question (qui tue) : « à qui les gens font-ils confiance ? » ?

Les gens en question sont les nord-américains, on se gardera donc de trop généraliser les conclusions à la France dont on connaît les spécificités (comme par exemple, le niveau de confiance relativement faible accordée aux autres sources, d’une manière générale). Mais l’étude est très intéressante et notamment parce que les questions sont posées de façon assez précise :

Jeremiah Owyang de Forrester, sur son blog Web Strategy, insiste sur les deux extrémités du tableau : les gens font confiance à leurs connaissances et ne font pas confiance aux blogueurs. Résultats corrélés par deux autres études nord-américaines présentées dans son billet.

Owyang conclut :

« Que devriez-vous faire ? Transmettez ce billet à votre équipe marketing. Encouragez-la à avoir un dialogue actif et ouvert. Devriez-vous vous concentrer sur les influenceurs de votre marché ? Ou devriez-vous aussi vous concentrer sur les sites d’avis et de notation, où les consommateurs critiquent, lisent, et se font leurs opinions sur la base des avis les uns des autres ? »

Tout cela appelle de nombreux commentaires.

Sur le niveau de confiance accordé aux blogueurs

Un éclairage apparaît très vite dans les commentaires du blog Web Strategy : « les gens font et feront de moins en moins confiance aux blogueurs car les marques sont en train de corrompre le sens naturel des blogs. Les gens voient bien si derrière un blog il y a une marque qui influence le contenu. », écrit une commentatrice.

C’est un vrai sujet et on peut se poser la même question pour la blogosphère française.

Néanmoins, cette dernière place occupée par les blogueurs appelle un autre commentaire : le fait de parler des « blogueurs » en général.

Visiblement Forrester pose la question « faites vous confiance à un avis (« review ») en ligne émis par un blogueur ? ». Mais la blogosphère est vaste et peut comprendre ce qu’on veut par « blogueur » : blogueur expert ? blogueur consommateur ? blogueur enquêteur ? blogueur analyste ? blogueur copieur-colleur ? blogueur farouchement indépendant ? blogueur buzzeur ?…

« Les blogueurs », ça n’existe pas et c’est justement le problème : la blogosphère recouvre des réalités trop différentes pour être considérées comme homogène.

Et du coup, quand on vous demande « faites-vous confiance à un avis blogueur ? » et qu’il faut répondre « oui » ou « non » et pas « ça dépend desquels », vous êtes tenté de répondre non car vous viennent en tête tous les exemples de blogs en qui vous n’auriez pas confiance.

La question posée ne devrait-elle pas être « faites vous confiance à un avis de blogueur que vous connaissez ? A un avis de blogueur expert ? A un avis de blogueur journaliste ? A un avis de blogueur conso ? »… de la même façon que Forrester demande, sur les autres items, si l’on fait confiance à ses connaissances, aux médias, aux experts et aux consommateurs.

Les blogs ne sont pas une catégorie supplémentaire : ils sont un outil qui permet à des connaissances, des médias, des experts et des consommateurs de s’exprimer. Le blog est un accessoire ; être blogueur est un attribut secondaire d’un individu qui est avant tout… autre chose (professionnel, consommateur, salarié, passionné, etc.)

Revenons maintenant à notre étude et autres résultats qui montrent beaucoup de choses intéressantes.

Sur les différents résultats mis en évidence par l’étude de Forrester

Commentaires :

1. Le fait de faire confiance à ses connaissances avant toute chose ne doit pas être une surprise. Mais comment influence-t-on les « connaissances » d’une personne, qui ne sont autres que « les gens » eux-même ?

Cette question relance le débat lancé par Duncan Watts et dont nous avions parlé il y a quelques semaines : le marketing de masse n’est-il finalement pas plus efficace que le marketing de niche

2. Mais qui donc arrive en deuxième place ? Les bons vieux médias traditionnels, pas si morts et enterrés qu’on voudrait bien le croire. Avec un score de confiance de 75%, ils ne sont pas loin de la confiance qu’on accorde aux connaissances (83%). Bon, il s’agit du marché nord-américain… Mais voilà qui renforce l’intérêt stratégique des relations presse.

3. A noter, l’énorme gap qui sépare la confiance accordée aux médias traditionnels (75%, donc) et aux éditeurs de sites de contenu (49%). Même problème ici que pour « les blogueurs », sans doute : les sites de contenu recouvrent des réalités trop hétérogènes pour obtenir des scores de confiance élevés.

4. Mais qui donc arrive en troisième place ? Le site du fabricant ! Devant les avis d’experts, devant les avis consommateurs… Les sites de marques sont loin d’être hors jeu (au niveau réputation), une étude française de TNS Sofres l’avait également montré.

5. Viennent ensuite les avis d’experts et de consommateurs (pairs). Pour Josh Bernoff de Forrester,

« un des points les plus intéressants est de voir combien de personnes font confiance aux avis de consommateurs qu’ils n’ont jamais rencontré ».

Et de poursuivre : « Pourquoi faire confiance à des inconnus ? Les gens ne font pas confiance à des inconnus. Pas en tant qu’individus. Mais en tant que groupes, oui. (…) Si 100 personnes disent qu’une sacoche à ordinateur est de mauvaise qualité, alors elle est de mauvaise qualité »

(Ajoutons à cette « loi du nombre » que l’influence des avis consommateurs dépend aussi de la force persuasive de l’argumentation utilisée.)

La conclusion pour Josh Bernoff est que, si les consommateurs apprécient votre produit, il faut les encourager à s’exprimer (systèmes de notation en ligne, espaces de commentaires…) ; et s’ils ne l’apprécient pas, il faut… améliorer le produit.

6. Les connaissances en première place, les médias en deuxième place, les marques en troisième place… Ce qui me semble vraiment frappant ici, c’est de voir que les « institutions » médias et marques, pourtant mises à mal, occupent deux places sur le podium.

N’est-ce pas parce que dans le monde horizontal de la longue traîne, on a besoin de repères, de référents bien identifiés ?

Alors, pour paraphraser Jeremiah Owyang et répondre à la question » après avoir vu cette étude, que devriez-vous faire ? » : transmettez ce billet à vos équipes marketing et communication, ayez un dialogue actif et ouvert. Evaluez votre stratégie influenceurs et posez-vous la question de savoir à quels médias et blogs vous devriez vraiment parler. Evaluez votre crédibilité en tant qu’émetteur d’information (site de marque ou autres). Et oui, posez-vous la question de savoir si vous ne devriez pas vous concentrer vers les sites où les consommateurs s’expriment et se font leurs opinions et encouragez-les à s’exprimer. Aucune de ces questions n’a moins d’importance que les autres.

L’Express, l’Expansion et les blogueurs : une stratégie de communication à suivre

L’Express et L’Expansion (groupe Roularta) s’approchent de certains blogueurs et journalistes pour valoriser leur production éditoriale. Plusieurs blogueurs ont reçu ce message et l’ont republié en totalité ou en partie (Olivier Ertzcheid, Philippe Couve, Damien Van Achter) :

« Bonjour,
Nous avons le plaisir de vous proposer de faire partie de la nouvelle liste de diffusion privée de L’Express et de L’Expansion, s’adressant ponctuellement à certains bloggeurs et journalistes sélectionnés.
Au programme, des contenus envoyés en exclusivité pour vous et votre blog xxx.com :
– des scoops en exclusivité
– certains éléments du magazine papier en avant première
– les endroits du web où L’Express et L’Expansion prennent la parole et créent l’évènement

Les scoops de L’Express :
Le patrimoine des candidat (
sic) à la présidentielle, les tumultes du couple Cécilia-Nicolas Sarkozy, la première interview de Carla Bruni, Simone Veil s’indignant de la proposition de Nicolas Sarkozy pour la mémoire des enfants juifs, Xavier Bertrand reconnaissant son appartenance au Grand Orient de France, mais aussi des sondages, des interviews exclusives, des classements…

Les scoops de L’Expansion :
Au cours de ses quarante années d’existence, L’Expansion a souvent innové et créé l’actualité économique par la publication de classements originaux et d’informations exclusives : liste des restaurants les plus rentables, carte des suppressions d’emplois dans l’industrie automobile, liste des villes qui vont basculer lors des municipales etc…
L’Expansion est le premier magazine à avoir mis en place un classement des patrons les mieux servis en stock-options, révélant ainsi au public ce système de rémunération et ses excès. Récemment, il a fait l’actualité en révélant les risques de santé publique liés aux importations alimentaires chinoises.

La fréquence d’envoi sera maîtrisée, mais dépendra largement de l’actualité.
Si vous souhaitez devenir membre de cette liste de diffusion, merci de nous le faire savoir en répondant « OK » à cet e-mail.
Bien sûr, vous pourrez à chaque envoi décider de ne plus recevoir de mail de notre part.

Christophe Barbier, Directeur de la Rédaction de L’Express
Alain Louyot, Directeur de la Rédaction de L’Expansion
« 

La méthode The Economist

La méthode est me semble-t-il inspirée de The Economist. On l’avait évoqué il y a quelques mois mais c’est Alain Joannès qui le raconte le mieux :

« Modèle de journalisme toutes catégories confondues, « The Economist » a identifié une centaine de blogueurs influents aux Etats-Unis.

La rédaction leur envoie les principaux articles de la prochaine livraison quelques jours avant la parution de la version imprimée.

Libre aux blogueurs privilégiés de commenter, ou non, les contenus qu’ils reçoivent en avant-première.

L’objectif est bien de susciter un « buzz » de qualité, dont la teneur et la propagation sont assurées par des prescripteurs reconnus et respectés dans les domaines politique, économique, technologique et culturel. »

Ces initiatives sont je pense de vrais bons exemples de recherche d’interaction on-off. On aurait tort d’y voir quelque chose d’anecdotique ou un enième principe de newsletter. On est au contraire dans de l’innovation qui montre un infléchissement de la vision qu’ont les médias de la blogosphère et qui est mis au service de la stratégie du titre.

Une innovation : à vrai dire on aurait même dû voir cela plus tôt en France. Le fait de délivrer de l’info en exclusivité et en avant-première à certaines personnes signifie que l’Express et l’Expansion eux-mêmes n’ont pas encore publié l’info : c’est donc « cadeau » pour les blogueurs.

Infléchissement de la vision qu’ont les médias de la blogosphère : oui c’est un retournement important pour un média dans la façon de voir les « influenceurs » en ligne, non pas comme des concurrents (la vision classique et prédominante dans la profession journalistique) mais comme des relais d’image. Le fait de « lâcher » des infos dans la blogosphère témoigne pour le groupe Roularta d’une acceptation de perte de maîtrise, ce qui est généralement le « saut » culturel le plus difficile à franchir.

Au service de la stratégie du titre : évidemment le bénéfice attendu est celui d’être cité comme source, comme le souligne Damien. Double intérêt à cela : l’image, d’abord : faire parler de l’Express et de l’Expansion dans cet espace extraordinairement décentralisé qu’est le web. Les liens (que les blogueurs ne manqueront pas de mettre vers leurs sources) ensuite, qui pourront faire progresser le référencement.

Et quand on sait que 80% du trafic d’un média en ligne peut venir du moteur de recherche, et que c’est ce trafic qui permet de vendre de la pub, on voit bien l’enjeu que révèle cette initiative.

On soulignera aussi au passage que pour beaucoup, le support web doit donner envie d’aller à la rencontre du support papier et permettre au final à la marque de gagner des lecteurs. C’était d’ailleurs un des points de Christophe Barbier dans son intervention sur la question des médias en 2028 et c’est aussi ce que montrerait la dernière étude U.S. publiée à ce sujet (allez, je choisis l’article de… l’Expansion comme source sur cette étude de Pew Research).

On notera également que le mail associe des « blogueurs et journalistes sélectionnés ». Là aussi on est dans une stratégie d’image intelligente car les influenceurs en ligne sont loin d’être les seuls blogueurs. Beaucoup d’opérations de PR online que je vois passer oublient la dimension journalistique…

En résumé, du point de vue stratégie j’applaudis les principes de la démarche : il y a une part de prise de risque (laisser les infos aux autres) mais qui révèle un bon niveau de compréhension des enjeux d’image et de trafic sur le web, et du fonctionnement de l’influence en ligne : le web est un espace décentralisé, plutôt que de rester seul dans mon coin avec mon site à attendre que l’on parle de moi, je vais à la rencontre des publics, à la fois blogueurs et journalistes, avec une info à valeur ajoutée pour eux.

Bref, et je suis lourd avec ça mais ça me paraît essentiel : ce sont des principes de relations publiques appliqués à la stratégie de deux « grands médias ».

Un problème de ciblage

Reste à savoir quels seront les résultats effectifs de cette opération. Car en revanche, on ne sait pas bien à qui le fait de faire partie de cette liste a été proposé et le fait que le blog Affordance ait été destinataire de l’info montre qu’elle n’est pas bien ciblée.

Cela sent malheureusement la liste de blogueurs vite constituée, sans doute à partir du classement Wikio comme le dit Olivier Ertzcheid, mais sans véritablement prendre le temps de regarder la ligne éditoriale des blogueurs. Car qui lit un minimum Olivier n’aurait jamais idée de s’adresser à lui pour lui vendre des « scoops en exclusivité », surtout ceux décrits dans le mail (Cécilia, Nicolas, Carla… Xavier Bertrand franc-mac… les meilleurs restaurants… les patrons les mieux payés…).

C’est pourtant un des principes de base de la communication avec les blogueurs : passer du temps à les lire avant de leur proposer quelque chose. C’est bête mais essentiel et beaucoup de « bad buzz » viennent de cette erreur.

L’information exclusive de l’Express et l’Expansion, telle qu’elle est présentée, intéressera plutôt les blogueurs people et les buzzers que les spécialistes des médias cités plus haut…

Enfin, un point à envisager pour l’Express et l’Expansion : retourner la logique et pointer vers des blogueurs dans leurs articles. On l’a déjà vu ici, ils font partie des médias en ligne qui utilisent un minimum le lien hypertexte, mais pour aller a bout de la logique d’ouverture, il faut pointer vers des blogs… qui ne sont pas seulement ceux du groupe Roularta.

Edit : opération définitivement mal ciblée.

Les nouvelles règles du jeu

Histoire de nous ouvrir un peu au monde, nous accueillons désormais des invités pour des contributions extérieures. Voici la première d’entre elles, que nous avons demandé à Charlotte Létondot, qui sera notre spécialiste ès-jeux vidéo (et plus si affinités) et nous parle de l’intégration des MMORPG dans les stratégies communication et marketing.

sacrieur

On connaissait les rapports étroits entre jeux vidéo et cinéma. Voilà aujourd’hui que les jeux en réseau se rapprochent de la télé.

Ce rapprochement est l’œuvre d’un MMORPG (Massively Multiplayer Online Role Playing Game ou jeu massivement multi-joueurs) en phase de bêta test depuis novembre 2007, Wakfu. Il s’agit d’un univers médiéval et fantastique créé par Tot alias Anthony Roux, le créateur de Dofus. Ca ne vous dit rien ? C’est pourtant le jeu en réseau qui rassemble la 2ème communauté de joueurs français derrière World of Warcraft.

C’est dans le business model de Wakfu que se trouve la nouveauté.

Premièrement, Wakfu n’est autre que l’univers de Dofus transposé 1000 ans plus tard. Voilà de quoi se sentir chez soi pour les 200 000 connectés quotidiens de Dofus.

Deuxièmement, et c’est là la vraie originalité de Wakfu, il est simultanément développé et produit en série télé. Method Films, une société de production de films d’animation, s’est associé à Tot créer cette déclinaison audiovisuelle du jeu. De quoi séduire une foule de jeunes, voire très jeunes téléspectateurs et surtout inventer une nouvelle interactivité entre jeu en réseau et télévision. Le préalable nécessaire à ce développement : Dofus est un jeu peu violent et reconnu comme tel par des acteurs tels que Familles de France ou l’AFJV.

Dans un article de Télérama, Tot déclarait ainsi être de plus en plus sollicité par des chaînes de télé, « pour qu’on leur ponde des MMORPG basés sur leurs séries. ». Les MMORPG seraient-ils en passe de devenir un média à part entière ? Cela équivaudrait à remettre en question la notion même de communauté de joueurs, pour l’instant seule détentrice de la sous-culture et des symboles produits par ces jeux.

En termes de stratégies de communication et de marketing, l’accessibilité de la culture MMORPG à un grand nombre et les passerelles entre médias ouverte par Wakfu ouvrent le champ de possibles dans un domaine peu exploité. A surveiller donc.

Michel Lévy-Provençal contre Rue 89, un signal faible de la normalisation du web ?

info 3 voixJe ne pouvais pas ne pas m’attarder plus longuement sur un article déjà linké par François Guillot il y a quelques jours.

Rappel des faits : Un des fondateurs de Rue 89 critique ouvertement les options éditoriales prises par ses dirigeants au point de claquer la porte (en toute amitié ?). En résumé, il reproche à Rue89 une infidélité à son projet de départ (l’info à trois voix : journalistes, experts, internautes) et de n’être finalement qu’un Libé bis. Allez ici pour lire son point de vue très instructif et passionnant.

La question n’est pas de savoir qui a raison ou tort. Je me garderai bien d’avoir un avis tranché pour une simple raison : j’ai toujours été circonspect quant à la force du 2.0, etc. Je suis pour ma part partisan de l’hypothèse suivante : celle de la « normalisation du web ».

Je m’explique : l’intégration d’une innovation au sein d’une société suit plusieurs phases. Avec Internet, ces dernières années nous avons vécu dans un moment de destruction créatrice : pertes d’emplois, pertes de supports, pertes de repères qui s’accompagnent de nombreux discours optimistes sur l’avenir et de nouvelles applications en phase bêta (vous avez vu le web c’est du bêta), etc.

Mais les applications du 2.0 ont des usages socialement situés. Il n’est pas dit que tout le monde va s’en emparer. Au contraire, quand on connaît l’ensemble des travaux sociologiques sur la prise de parole et la formation des opinions, on a de quoi être dubitatif.

La normalisation du web résulte de la convergence entre deux types de nouveaux entrants :

– du côté de la demande, des internautes moins expérimentés que les avant-gardistes. Dès lors les usages les plus en pointe et les plus valorisés au sein des communautés très actives ne vont pas devenir des automatismes.

– du côté de l’offre, des producteurs traditionnels en difficulté sur leur secteur off-line et qui viennent continuer l’aventure en on (Arrêt sur Image, rue 89, Télérama, TF1 bientôt avec sa régie, Mediapart etc. et plus généralement tous les sites média en ligne). Les pure players en France et qui réussissent sont rares.

Dès lors, la critique adressée par Michel Lévy-Provençal est un bon exemple de cette normalisation : le projet de départ, l’info a trois voix, bat de l’aile. La faute à qui ? Aux internautes inexpérimentés qui envoient de mauvais papiers ? Aux journalistes qui veulent protéger leur juridiction (« les producteurs d’info c’est nous ») ? Je ne sais pas.

Ce que l’on sait grâce à MLP (et que les lecteurs de Rue89 avaient pu remarquer) c’est que Rue 89 devient un journal comme les autres. Son positionnement de départ le voulait différent, il se normalise.

Pour terminer un mot d’histoire. Prenez le projet d’origine de Libération et comparez avec aujourd’hui. Pour mémoire, un mot d’ordre lors de la création du journal était : « Peuple , prend la parole et garde-la » (tiens, cela ne vous rappelle pas les belles heures de la mythologie 2.0?). Vous connaissez la suite.

La normalisation médiatique, c’est ça (sur une question proche, vous pouvez lire ça).

« Médias et Internet : le nouvel écosystème médiatique » (un résumé de la rencontre du 22 novembre)

Bravant les grèves, nous avons tenu jeudi dernier nos dernières « Rencontres du Management de la Communication », événements professionnels organisés par i&e à l’attention de ses clients, prospects, partenaires et amis.

RMC

Le thème : « Médias et Internet : le nouvel écosystème médiatique ». Nous étions 4 intervenants : Pascal Riché de Rue89.com et trois représentants de l’agence : Iannis Aït-Ali, responsable du Centre d’Expertise Médias, Jean-Pierre Beaudoin qu’on ne présente pas et votre serviteur. Pour ceux qui n’ont pu être là et pour ceux qui souhaitent continuer la conversation, je retiens quelques messages-clé pour chacune des inteventions (dans l’ordre chronologique) :

Pascal : l’information traditionnelle est actuellement soumise à un double choc: un choc technologique (l’irruption du Web 2.0) d’un côté et la crise de défiance vis-à-vis des médias traditionnels, de l’autre. D’où le succès de Rue89. L’expérience de blogging des correspondants de Libé à l’étranger qui ont fondé Rue89 (Pascal Riché, Pierre Haski, Laurent Mauriac) leur a fait découvrir une autre façon de faire du journalisme: un journalisme « de conversation » (avec le lecteur) et non un jouralisme vertical, où l’on se contente d’octroyer de l’information, de haut en bas. Rue89 réconccilie le journalisme professionnel avec la culture de l’internet, en s’affranchissant de bien des formats désormais dépassés. On mèle texte son et vidéo, l’écriture est libérée, le rapport à l’information sensiblement modifié : moins de top down (Rue89 n’est pas abonné à des fils d’agence de presse, pour échapper à l’agenda médiatique) et plus d’échange avec les internautes: ils sont à l’origine de plusieurs scoops qui ont accéléré le succès du site (on pense évidemment au scoop JDD – Cécilia n’a pas voté). Le succès du site, avec près d’un million de visiteurs par mois au bout de 6 mois, dépasse les espérances : ces chiffres étaient attendus pour fin 2008.

Votre serviteur : le paysage des médias connaît une période de destruction créatrice. Le web 2.0 favorise l’émergence d’une longue traîne médiatique : un monde horizontal fait de médias personnels dont les influences sont des influences de niche. La principale distinction à faire n’est pas entre offline et online, mais entre médias faits par des pros de l’information et médias personnels. C’est toute la consommation d’information qui est bouleversée : en favorisant le search, le surf, l’abonnement, le partage et la conversation, le web 2.0 rend l’information moins subie et plus choisie et permet au lecteur de devenir plus expert. Ce sont autant d’éléments que le communicant doit prendre en compte ; ces nouveaux territoires présentent de nouveaux risques et de nouvelles opportunités, et invitent l’émetteur d’information à entrer dans des logiques moins top-down, avec un discours moins insitutionnel et des formats diversifiés.

Iannis : les médias dits « traditionnels » restent structurants dans l’opinion car ils sont les producteurs d’information, sont ceux qui réalisent les plus fortes audiences et s’appuient sur un capital-marque. Là où la presse écrite, la télévision et la radio sont forts sur l’information et la mise en perspective, Internet ajoute du commentaire. Par ailleurs, l’attrait pour Internet ne doit pas bouleverser la façon de penser une stratégie de communication. Les questions à se poser (dire quoi, à qui, pourquoi et comment) sont immuables. Il n’y a pas deux mondes séparés, le réel et le virtuel, mais des organisations et des publics qui ont des relations. L’intégration du on et off doit donc être une donnée au moment de la réflexion stratégique, qui devra tenir compte des spécificités du online : les blogs sont des médias, mais les blogueurs ne sont pas des journalistes. A partir de là, des règles de bonnes pratiques existent, qu’il faut bien intégrer, et les stratégies de RP online apportent des bénéfices complémentaires des stratégies médias.

Jean-Pierre : le web 2.0 est construit sur les mêmes éléments constitutifs que les marques : un réseau, une communauté, un partage de valeurs et une fidélité. Pour autant, est-ce « the match » (le fit) ? Car là où les marques sont dans des logiques de marché, le web 2.0 est dans une logique de société. Est-ce donc « le match » (l’affrontement) ? La logique de marché ne peut s’imposer à la logique de société car elle crée du rejet. Quant à la logique de société, elle s’invite toute seule dans la logique de marché. Aux marques de penser à la fois leurs valeurs et leur usage pour devenir des points de repère dans le monde de la longue traîne.

La conversation est ouverte.