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La mesure de l’influence sur Twitter : on refait le point

Un des trucs fascinants sur Twitter reste la faculté que l’on a à bidouiller des scores d’influence à partir des indicateurs disponibles : nombre de followings, de followers, de tweets, nombre de RT…

Dernier exemple du genre, le TweetLevel d’Edelman qui a un triple mérite : explorer, communiquer sa formule et ne pas prétendre à lire l’influence seulement à travers les chiffres (voir le « about« ).


La lecture de l’influence, entre le simpliste et le complexe

Mais finalement, dans nos pratiques de webologues et de consultants, j’ai un peu l’impression que la lecture de l’influence sur Twitter se fait de façon paradoxale :

– soit de façon simplificatrice à travers le choix d’un indicateur seul : par ex le nombre de followers, le nombre de listes auxquelles le compte a été ajouté…

– soit de façon ultra-sophistiquée à travers un indicateur complexe – comme le TweetLevel qui va attribuer une note sans réelle signification (mais qui permet de hiérarchiser)

L’un comme l’autre ne me satisfont pas :

– un indicateur seul – type le nombre de followers — est réducteur et facilement manipulable (cf. la méthode Thierry Crouzet qui montre que l’on peut se constituer une audience ahurissante… principalement constituée de robots et de comptes spam)

– les indicateurs complexes me semblent souvent vouloir intégrer trop de données et s’éloigner de la rigueur intellectuelle au profit du plaisir des calculs mathématiques (exemple pour les blogs : le Power 150 d’AdAge qui s’est rationalisé autour de 5 critères après en avoir compté… beaucoup trop)

Tous les indicateurs ne se valent pas et ce n’est pas parce que des données quanti existent qu’il faut toutes les intégrer dans une analyse d’influence. 3 exemples d’indicateurs que l’on est tenté d’intégrer dans un calcul « complexe » et qui pour moi n’ont pas de signification véritable :

– le nombre de following : pourquoi serait-il un élément dans un calcul d’influence : plus je suis de comptes, plus je suis influent ? Non, il n’y a aucune raison.

– le nombre de tweets seul, qui montre si je suis actif ou pas mais qui n’est pas pertinent non plus : plus je tweete, plus j’ai de chances de noyer mes tweets et qu’ils ne soient pas lus. Même si plus je tweete, plus j’augmente mes chances d’avoir de nombreux followers…

– l’analyse du contenu des tweets pour mesurer le niveau d’engagement d’un utilisateur. L‘influence, c’est la capacité qu’on a à se faire écouter, à la limite peu importe ce que l’on raconte. (ce que je raconte ne préjuge pas de la réaction de mes publics)


L’influence, c’est quoi ?

La question de la pertinence des indicateurs d’influence sur Twitter est hyper complexe. Pour la traiter, j’en reviens à la définition de l’influence : « pouvoir social qui amène les autres à se ranger à son avis », de mémoire, dans le petit Robert. Autrement dit, l’influence renvoie à la question des opinions.

Mais plus précisément, il y a à mon avis 4 composantes de l’influence — que l’on parle de Twitter ou juste de son influence sociale. Il y a une progressivité dans ces 4 composantes de l’influence, on pourrait donc les représenter sous forme de pyramide avec de bas en haut :

  1. La capacité à produire un contenu : c’est à dire la capacité à se constituer un avis, à forger une analyse, à rapporter des faits, à les mettre en forme. Ce qui renvoie à l’éducation de l’individu, à sa consommation de médias, à son expertise, à son métier, etc.
  2. La capacité à prendre la parole. C’est à dire le fait de rendre public le contenu. (je ne suis pas influent si j’ai des avis sur tout mais que je ne les communique pas). A la limite, peu importe ce que l’on raconte, mais on ne peut pas être influent si on n’est pas « vocal » (même si la rareté de la prise de parole peut être une stratégie)
  3. Le fait d’avoir une audience (sur Internet en particulier, on peut tout à fait prendre la parole dans le désert)
  4. Le fait d’être écouté et de bénéficier d’une reconnaissance de la part de tout ou partie de cette audience (qui peut se mesurer par le fait d’être cité, repris, linké…), où l’on touche réellement à la question de l’influence, mais qui n’est pas possible sans les 3 composantes qui précèdent.

(Pour ceux qui aiment ce type de réflexion, voir les travaux très intéressants du Guardian pour démontrer que ses lecteurs sont des influenceurs).


Et dans Twitter ?

Si l’on relit ces critères d’influence par rapport à la logique de Twitter, il y a plein de choses à dire :

–       la capacité à produire du contenu ne se lit pas dans Twitter : si je publie dans Twitter, je suis déjà au deuxième niveau de la pyramide : la prise de parole

–       la capacité à prendre la parole se lit bien dans Twitter : c’est le nombre ou la fréquence des tweets. Mais Twitter pose le problème de la trop grande fréquence de publication chez certains utilisateurs. Est-ce intéressant pour moi qu’un utilisateur avec 10 000 followers publie un lien vers mon blog, s’il tweete 100 fois par jour ?)

–       le fait d’avoir une audience se lit également bien dans Twitter : c’est le nombre de followers. Mais cette audience dépend aussi de la visibilité de mes tweets : c’est à dire de la faculté que ces followers vont avoir à lire mes tweets (et oui : si mes followers ont tous 2000 following hyperactifs, mes tweets ont des chances de passer inaperçus…)

–       le fait d’être écouté et de bénéficier d’une reconnaissance se lit dans Twitter essentiellement grâce aux citations : RT, @fguillot.

Et finalement, fait-on de l’opinion sur Twitter ? En 140 caractères, on émet peu d’avis et on les argumente encore moins. Twitter fonctionne beaucoup comme distributeur d’informations, mais sa logique est-elle celle d’un lieu d’influence ? Au fond, non : le pouvoir de Twitter c’est de me recommander des lectures, et ces lectures vont m’influencer ou non. Mais c’est rarement ce que je lis à l’intérieur de Twitter qui influence mes opinions. Twitter n’est pas un lieu d’influence, mais un outil d’influence.

Cela rejoint aussi le point de Cédric Deniaud : « L’expert ne peut pas être une personne qui seulement lit, relaie et tweet une information ». J’ai envie de remplacer le mot « expert » par « influenceur ».


5 critères plus pertinents et utiles (mais non sans limites)

Donc, en considérant tout ce qui précède et après avoir pas mal retourné la question des indicateurs d’influence dans Twitter dans ma tête, j’en vois 5 principaux, pertinents et utiles :

1. Un indicateur d’audience : le nombre de followers. (renvoie au point 3 de la pyramide de l’influence : l’audience)

Il reste un moyen simple et rapide de se faire une idée de l’audience potentielle d’un compte.

Problème : il peut être manipulé et reste fortement réducteur. Le nombre de followers ne fait pas l’influenceur (mais un petit peu quand même).

2. Un indicateur d’audience : le nombre de followers de mes followers. (renvoie au point 3 de la pyramide de l’influence : l’audience)

Etre suivi par 1000 personnes qui ont chacun 5 followers, c’est a priori moins bien que d’être suivi par 10 personnes qui ont chacune 10 000 followers. Et si possible, il faudrait mesurer le nombre de followers dédupliqués, puisque sur Twitter on tourne beaucoup en rond.

3. Un indicateur de visibilité : le nombre de following de mes followers. (renvoie aux points 2 et 4 de la pyramide de l’influence : la capacité à prendre la parole ET la capacité se faire écouter)

Je le disais plus haut, si je suis suivi uniquement par des utilisateurs qui suivent 1000 comptes, j’ai peu de chances d’être visible dans leur timeline. Moins mes followers ont de following (et moins ces following sont actifs), plus mes tweets sont visibles.

Problème : si mes followers ont des timelines peu actives, c’est probablement qu’ils sont peu actifs eux-mêmes dans Twitter.

4. Un indicateur de réputation : le rapport entre nombre de followings et nombre de followers. (renvoie au point 4 de la pyramide de l’influence : la capacité à se faire écouter)

J’en avais déjà parlé, plus la différence entre followers et followings est importante, plus cela montre que l’on s’intéresse à moi. Quand on voit que Francis Pisani a 2150 followers et 31 followings, cela montre assez bien qu’on s’intéresse à lui : il n’a pas besoin de s’engager dans Twitter pour avoir une audience.

Il est déjà un influenceur en dehors de Twitter, et parce qu’il est un influenceur, ses tweets bénéficient d’une attention sans doute supérieure à la moyenne.

Problème : les utilisateurs qui ont une politique de following très active sont pénalisés dans cette méthode. L’usage que l’on fait de son compte peut « gêner » la lecture de cet indicateur.

5. Un indicateur d’écoute et de reconnaissance : le rapport entre nombre de citations (RT, @) et nombre de tweets. (renvoie au point 4 de la pyramide de l’influence : la capacité à se faire écouter et reconnaître)

Le fait d’être retweeté ou plus exactement cité dans des tweets (@fguillot) reste un bon indicateur de reconnaissance : on parle de moi, donc je compte. C’est le type d’indicateur assez classique dans la mesure d’influence, en quelque sorte l’équivalent du lien entrant pour les sites et les blogs.

Reste à savoir comment le mesurer et plutôt que de regarder un simple nombre de retweets ou de @ (qui peut masquer une hyperactivité peu efficace : si je tweete 100 000 fois et que je suis cité 1000 fois, vous conviendrez que je ne suis pas très influent), il me semblerait très intéressant de voir pour un compte Twitter quel est son ratio « citations » / « nombre de tweets ».

Si on regarde un compte comme @thisissethsblog, qui est dans une pure logique de diffusion (broadcast) avec 0 following, on voit que chaque tweet est retweeté plusieurs dizaines de fois… ce qui témoigne de la grande influence de Seth Godin.

Et mieux : de la même façon que pour les blogs, l’autorité mesure le nombre de blogs différents qui ont mis un lien, l’indicateur que l’on recherche ici devrait mesurer le nombre de citations provenant de comptes différents, rapporté au nombre de tweets. (si je suis très fréquemment cité par 3 utilisateurs, je suis sans doute influent auprès de ces 3 utilisateurs mais pas au-delà).

Variante de cet indicateur : le ratio nombre de followers / nombre de tweets.


Un champ de recherche très vaste… mais pour quel ROI ?

On pourrait voir d’autres indicateurs dans cette « short list » : le nombre de listes auxquelles un compte a été ajouté, voire mieux le nombre de followers des listes auxquelles le compte a été ajouté… mais je m’arrête là car le but de cet exercice est justement de limiter le nombre d’indicateurs qui font réellement sens par rapport à la question de l’influence. Autrement dit, si je devais construire un TweetScore, je le ferais à partir de ces 5 indicateurs.

On peut aussi imaginer un méta-indicateur qui fasse une mise en abîme des données (mon score d’influence serait le résultats des scores d’influence de mes followers…), à la façon des classements en tennis (pour ceux qui connaissent ;-)…

Il y a évidemment beaucoup à explorer, mais se pose tout de même assez fortement la question de l’intérêt à investir dans ce type de recherches : on peut avoir très envie d’automatiser des calculs parce que Twitter donne envie de le faire, mais avoir un score d’influence ne permet pas de lire l’influence réelle d’un compte (mais juste de se faire une idée et de hiérarchiser les utilisateurs entre eux).

Cela restera de toute façon un calcul : très pratique pour les communicants quand on attaque la question du ROI, mais qui ne remplace pas la lecture qualitative des phénomènes d’opinion.

D’autant plus que Twitter n’est pas massivement utilisé : il reste pour beaucoup un outil d’éditeurs (journalistes, blogueurs).

D’autant plus que Twitter ne vit pas indépendamment du reste du web et du système médiatique. Il leur est au contraire très fortement interconnecté et dépend d’eux. La mesure de l’influence dans Twitter seul est passionnante, mais a ses limites. Un pur exercice intellectuel ?

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Effets Twitter sur le trafic des sites

Intéressants échanges (on ne peut pas dire « discussions ») sur Twitter depuis quelques jours, où la question de l’impact de Twitter dans le trafic de sites a été posée. Plusieurs éditeurs de sites ont eu la transparence de répondre et à défaut d’être capables d’en tirer des conclusions définitives, voici au moins une compilation de ce que j’ai vu passer à ce sujet :

Pour OverBlog : Twitter = 0,06% du trafic (source Frédéric Montagnon, sur FriendFeed, je ne sais pas faire de lien…) sur 10 millions de visites en l’espace de 5 jours

Pour Owni : Twitter = 6,7% du trafic (source : Nicolas Voisin)

Pour Rue89 : Twitter = 0,5% du trafic (source : Pierre Haski), en augmentation de +35% depuis 2 mois

Pour lexpress.fr : Twitter = 2% du trafic (source : Eric Mettout), boosté par les comptes de Christophe Barbier et Géraldine Dormoy. Edit du 26/9 : pour lexpress.fr, Twitter représente 4% des 7% de trafic en provenance des referrers, comme le montre le billet publié par Eric Mettout sur son blog avant l’ensemble des sources de trafic du site (une mine !). Soit 0,3% du trafic, on est donc plus proche de ce qu’annonce Rue89.

Pour Cnet : Twitter = illisible en raison des redirections d’URL (source : Emmanuel Parody). Edit du 26/9 : erratum, les Tinyurl n’empêchent pas la lecture des stats. Emmanuel avait qualifié ce trafic Twitter « d’insignifiant ».

Pour Ceza.me : Twitter = environ 20% (source : Erick Hostachy)

Pour LePost : « chez nous, c’est surtout Facebook qui monte » (source : Benoît Raphaël)

Et enfin après un moment d’affolement total suite à une mauvaise interprétation initiale qui a fait que certains ont cru que 10% du trafic du New York Times proviendrait de Twitter, Emmanuel Parody estime ce trafic à « 1 à 2% maxi« .

Très difficile de tirer des conclusions, je trouve. Qu’en pensez-vous ?

Bon et bien sûr, on aimerait avoir une vision plus globale notamment avec le trafic Facebook (au lieu de systématiquement bloquer sur Twitter) et Google, mais on fait avec les moyens du bord 😉

De mon côté, petite expérience d’observation sur l’effet Twitter dans les 24 heures qui ont suivi la publication du billet sur la communication de crise. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 24 heures,

– le billet a été linké 23 fois sur Twitter

– la somme des followers des 23 fait un total de 91 000 + contacts potentiels (dont 77 000 liés au seul @jeanlucr)

– sur ces 24 heures, le billet a été vu 229 fois (400+ au total), soit environ 10 par tweet en moyenne

Edifiant non ? Et encore, Twitter n’était pas le seul referer… ce qui s’explique à mon avis de la façon suivante :

– l’abondance d’info : un lien est trop facilement noyé dans le flux d’information

– le facteur hasard : ici en l’occurrence, Jean-Luc Raymond tweete le lien à 7h du matin. Pas le meilleur moment pour favoriser les clics (tiens, voir cette étude sur les facteurs de propagation sur Twitter : on a plus de chances d’être retweeté le vendredi à 16h)

– la circulation circulaire : sur Twitter, l’information tourne en boucle dans les mêmes communautés, auprès des mêmes publics, des mêmes individus

– les comptes fake et spam : si on regarde la liste d’abonnés de Jean-Luc Raymond, on voit énormément, énormément de comptes spam. Thierry Crouzet est en train d’expérimenter le truc semble-t-il, à suivre. Attention je ne dis pas que le compte de Jean-Luc Raymond est bidon, j’ai constaté plusieurs fois les effets de trafic qu’il peut apporter lorsqu’il a linké Internet et Opinion(s), mais cela se compte au maximum en quelques centaines de clics, pas en millers ou en dizaines de milliers. [Edit : voir l’analyse de PetitesPhrases : « quel est le prix d’un tweet de Jean-Luc Raymond ? »]

Merci à Nicolas Gosset qui a activement contribué à faire remonter ces chiffres.

Réflexions en vrac sur Twitter : Twitter, révélateur de réputation numérique

Suite et fin de la trilogie Twitter en vrac, après « les usages » et « Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus« .

Une des choses qui me fascine avec Twitter est le rapport followers / following. On peut lire beaucoup de choses dans ces chiffres qui ornent les profils. Bon, bien sûr, le nombre de followers est un indicateur de « puissance » en soi. Jean-Luc Raymond a plus de 54 000 followers, qui dit mieux ? Encore une fois il ne touche certainement pas 54 000 personnes à chaque tweet, mais je suis curieux de voir l’effet sur mes stats lorsqu’il me twittera la prochaine fois (j’attends avec impatience).

Mais si JLR a 54 000 followers, il faut voir qu’il a aussi 58 000 following (ou « friends », l’expression varie en fonction des lieux, mais je préfère « following »). Jean-Luc Raymond suit davantage d’internautes qu’il n’est suivi.

[Digression : bien sûr, à ce niveau, le mot « suivre » n’a pas beaucoup de sens. Je serais très curieux de voir le fil de la home de JLR bouger en temps réel ;-). On voit d’ailleurs je trouve que les individus les plus hyperconnectés se retrouvent finalement dans des positions extrêmement top-down : à force d’avoir des contacts ou des friends, le sens de ces derniers se dilue et la principale fonction devient celle de publier de l’information. Cf. JLR sur Twitter mais aussi par exemple Luc Mandret sur Facebook, qui twitte toute la journée pour ses 4500 friends]

Le fait d’avoir autant de followers peut être interprété de deux façons (complémentaires) : d’abord, un canal de recrutement : je follow pour être followé en retour (pardon pour les anglicismes mais c’est quand même plus clair comme ça). Ensuite, une philosophie : tu me suis, je te suis, par principe. Sur ce deuxième point j’ai par exemple l’impression, mais je peux me tromper, que c’est la philosophie de @Narvic (816 following, 845 followers). Etant donnée la réputation online de Narvic, je suis prêt à parier que dans la grande majorité des cas, c’est lui qui a été suivi, et a suivi en retour.

Mais tout le monde ne fait pas sienne cette philosophie de réciprocité : personnellement, quand je suis prévenu que j’ai un nouveau follower, je me réserve la possibilité de suivre en retour en fonction de deux critères : 1. Si je connais la personne IRL et 2. Si dans ses 10 derniers tweets, j’en vois 3 ou 4 qui semblent m’intéresser. (autrement dit, si je me followais, je ne serais pas sûr de me follower en retour, vous me suivez ? ;-).

Bref, avec ce « principe » je me retrouve à suivre 181 fils tout en étant suivi par 327. 181 est un nombre assez limité par rapport à ce qu’on peut voir par ailleurs, mais j’ai déjà le sentiment d’avoir dépassé le « point mort » de ce qui fait un fil de qualité. Mais c’est un autre débat.

Mais là où je veux surtout en venir, c’est donc au différentiel entre following et followers. Certains versent peut-être dans le snobisme ou à tout le moins dans le « selectisme », mais on voit parfois des écarts étonnants : par exemple, le Twitter de Francis Pisani est suivi par 1300 personnes, alors que lui-même n’en suit que… 18. Dans ce cas-là il est au moins à peu près clair qu’on est sur Twitter pour être écouté, moins pour écouter. Top-down, encore (attention, je n’ai strictement rien contre le top-down !).

Et il y a dans cet écart follower/following, au-delà du « sélectisme », une démonstration de ce qu’est un leader d’opinion sur Internet. Un individu avec une réputation numérique a de très fortes chances d’avoir un nombre de followers bien plus important que ses following, sauf à ce qu’il ait pour principe de suivre tout le monde en retour. C’est là que le blogueur installé bénéficie de sa réputation online : les followers viennent à lui comme les femmes à l’Homme qui pulvérise du déodorant AXE sous ses aisselles.

Ainsi, les twitterers les plus populaires, pardon, influents, sont pour la plupart des blogueurs déjà installés et bien connus de qui s’intéresse un tant soit peu à la blogosphère. Si je reprends la carte certes subjective mais révélatrice d’Henry Michel, on voit que la twittersphère francophone « influente » est bourrée de blogueurs…

cartebig(cliquer pour agrandir)

Et si l’on s’amuse à reprendre le top 20 de Twitterio pour la France (classement des twitterers les plus influents, qui me semble d’ailleurs bien fichu), on voit que seuls 5 d’entre eux ont davantage de following que de followers. A l’inverse, certains peuvent avoir plusieurs milliers de différence entre followers et following (près de 6000 de différence chez Presse-Citron).

Following    Followers
http://www.twitter.com/jeanlucr    57216    52642
http://www.twitter.com/pressecitron    593    6762
http://www.twitter.com/naro    4265    4272
http://www.twitter.com/chauffeurdebuzz    139    3190
http://www.twitter.com/gonzague    1402    2959
http://www.twitter.com/shamir    792    2685
http://www.twitter.com/michelboehm    408    2636
http://www.twitter.com/touchcream    264    2564
http://www.twitter.com/tuxplanet    340    2250
http://www.twitter.com/pierretran    2237    2110
http://www.twitter.com/vincentabry    986    1945
http://www.twitter.com/creativpromoter    1949    1817
http://www.twitter.com/yannleroux    1989    1708
http://www.twitter.com/vendeesign    233    1625
http://www.twitter.com/epelboin    538    1438
http://www.twitter.com/stagueve    75    1428
http://www.twitter.com/ericscherer    1026    1303
http://www.twitter.com/simonrobic    739    1204
http://www.twitter.com/zelaurent    1077    1183
http://www.twitter.com/raphaelhunold    1149    1083

Donc, ce différentiel follower / following est un véritable indicateur de votre réputation numérique. Bon, est-ce qu’on en est à dire que sur Twitter, il y a les winners dont le solde followers – following est positif, et les losers dont le solde following – followers est négatif ? Je ne sais pas mais je suis sûr que chacun regarde les profils des autres avec un œil un peu curieux sur ces statistiques qui en disent tant sur notre popularité…

Réflexions en vrac sur Twitter : Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus

Suite de la trilogie « Twitter en vrac » entamée hier avec la question des usages.

Twitter est donc en pleine expansion et cela n’est pas sans conséquences sur le paysage des médias sociaux. Il convient d’abord de noter que Twitter n’est pas un continent fermé et déconnecté des autres (la plupart des fils sont ouverts et lisibles y compris par des non-inscrits, contrairement à Facebook où le profil ouvert est devenu l’exception). Twitter est avant tout un élément dans l’écosystème des médias sociaux, et un élément de plus en plus central.

Mais c’est au sein de la blogosphère que Twitter semble avoir le plus d’impact, sur le mode « je t’aime, moi non plus ». Cela ne signifie pas que Twitter a mangé l’audience des blogs, ça semble encore loin d’être le cas — petite démonstration avec les audiences comparées de Twitter et WordPress en France :

audience twitter wordpress

La première fois où ce phénomène de déplacement des usages vers Twitter m’a marqué, c’est lorsque j’ai publié « les 10 mythes du web 2.0 ». Sans revenir sur le fond de ce billet, c’était en soi une petite machine à buzz (avec les mots-clé « mythes », « web 2.0 » et « liste en 10 points », j’étais à peu près sûr d’être repris un peu partout). Ce billet a connu un certain succès, vu environ 4000 fois ce qui est bien pour un billet de blog spécialisé. Donc il n’est pas passé à côté de son objectif, mais j’étais persuadé qu’il allait générer de très nombreux liens depuis de très nombreux blogs, sur le mode « je suis tombé sur ce mec qui parle des 10 mythes (et voilà ce que j’en pense) ». Et finalement, pas tant que ça. Par contre le billet a été tweeté, ReTweeté, tweeté, ReTweeté, RT, RRT, RRRT et RRRRRRRRT. (Dommage, je n’avais pas fait les comptes à l’époque.)

Bref, cet exemple pour dire quelque chose que l’on a tous constaté : avec l’émergence de Twitter, les blogs se linkent moins les uns les autres. Le blogueur, au lieu de faire un billet pour signaler un autre billet, va le tweeter. Twitter a vocation à devenir un driver de trafic important pour les sites web en tous genre, comme Facebook d’ailleurs.

Le tweet ou le RT, simple et pratique, surtout quand on n’a pas de commentaires de fond à faire sur le billet qu’on linke. Mais que faut-il en penser ? On en parlait récemment avec Anthony qui voit plutôt la chose positivement : on ne fait plus de billets quand on n’a rien à dire, du coup la blogosphère se recentre sur son activité « naturelle » qui est celle de la publication. Elle remplit davantage sa fonction d’aller dans le fond ou au moins dans le contenu. La blogosphère perd en liens ce qu’elle gagne en qualité.

La fonction de veille revient à Twitter, la fonction de publication (l’analyse, l’opinion, etc.) à la blogosphère. On le voit assez bien d’ailleurs je trouve dans le succès sur Twitter de blogueurs comme Enikao (850 followers) ou Palpitt (1000 followers), excellents blogueurs mais restés assez confidentiels, enfin je crois (dites-moi si je me trompe ;-)) et « révélés » sur Twitter notamment grâce  leurs qualités de veilleurs (vous avez vu les garçons je parle de vous comme de grands champions).

Donc Twitter permettrait à la blogosphère de se recentrer sur l’essentiel. Mais on sent tous à l’inverse que l’on passe à côté de débats blogosphériques qui se limitent désormais au tweet et au RT. La tentation de la précipitation est grande. On se contente de tweeter. On « perd le goût de l’effort », pour parler comme les gens d’autres générations 😉

Twitter participerait ainsi à « assainir » mais aussi à affaiblir la blogosphère. Et le « je t’aime, moi non plus », on le voit aussi dans la circulation de l’info : Twitter aime la blogosphère dont il se nourrit pour vivre et la blogosphère aime Twitter qui lui envoie du trafic. La blogosphère aime Twitter où elle peut aller chercher de l’inspiration pour de nouveaux billets.

Intéressant d’ailleurs de noter que le jour du bac philo, Twitter s’est « mis en route » vers 10h alors que France Info divulgait les sujets dès 8h. Oui, Twitter est une partie intégrante et importante de l’écosystème des médias sociaux, mais n’est-il pas coupé des médias offline (sauf en cas de livetwit de la Nouvelle Star, j’entends bien) ?

Bon, il faut quand même noter une dernière chose, c’est que l’ensemble des constats que je fais est très probablement accentué au sein des sphères dans lesquelles j’évolue et évoluent la plupart de mes contacts : les sphères médias-web-techno. Pas sûr que Twitter ait encore grignoté la blogosphère culinaire ou littéraire.

Suite et fin demain : Twitter, révélateur de réputation numérique.

Réflexions en vrac sur Twitter : l’usage

Qu’il semble loin le temps où je faisais un bilan de Twitter pour conclure « Micro-blogging, micro-influence, micro-intérêt »…

C’était il y a 8 mois et Jean-Luc Raymond avait alors à peine plus de 2000 followers. Il en a plus de 50 000 aujourd’hui. Twitter était déjà à l’époque l’objet médiatique du web 2.0, bête curieuse essentiellement peuplée de webologues, de technophiles et de médiaddicts.

Twitter est toujours cet objet médiatique symbolisant le web 2.0, mais l’avoir mieux pratiqué et vu se développer depuis le début de l’année m’inspire un ensemble de réflexions. Plutôt que d’en faire un billet fleuve, en voici trois. (rassurez-vous, on ne se refait pas, ce ne seront donc pas des billets de moins 140 caractères).

Distinguer l’effet de mode de la réalité de l’usage.

Twitter est toujours « objet médiatique » au sens où il fait parler les médias comme Facebook entre 2007 et 2008, et… Second Life avant lui. (On ne rit pas, j’ai à nouveau entendu parler de SL officiellement ici).

Le problème qui va avec le fait d’être « objet médiatique » est que cela peut masquer la réalité des usages. Je crois que tout le monde s’arrache les cheveux pour avoir le nombre de comptes en France. Le chiffre de 50 000 circule (Jean-Luc Raymond serait-il capable de suivre TOUS les comptes Twitters francophones ??), on est peut-être à 100 000…

Ce qui est sûr c’est que le taux de croissance de l’outil est très rapide (on parle de 700% sur un an ici). Ce qui est aussi sûr c’est que Twitter n’est pas encore un réseau de masse (rappel concernant Facebook : 9 millions de comptes actifs en France, ça calme). Le camarade Bruant aime à répondre à la question « qu’est-ce qui fait le succès de Twitter » par un provocateur « Mais est-ce que Twitter est un succès ? »…

L’audience

Plus précisément, voici ce que Google nous montre concernant l’audience de Twitter en France :
audience twitter

(cliquer pour agrandir)

Où l’on voit bien la progression exponentielle depuis le mois de janvier. Google évalue donc à 1 million de VU mensuels le trafic sur Twitter depuis la France, c’est à dire que d’un point de vue publicitaire, il pourrait « commencer à exister ». Curieux de voir aussi la répartition par sexe : Twitter serait masculin à 82% (alors qu’il serait féminin à 60% aux USA…).

Les profils

Alors, Twitter est-il toujours peuplé de webologues, de technophiles et de médiaddicts ? Il est probable que les profils se diversifient, comme le disait Henry Michel dans un récent Tweet même si les webotrucs, technomachins et médiachoses sont les plus actifs. On a notamment vu de plus en plus de jeunes journalistes (oui, les fameux forçats) l’investir, ce qui se comprend finalement assez bien puisqu’ils sont des veilleurs actifs. A noter d’ailleurs : 7 journalistes dans le top 10 des meilleurs twitterers français de BienBienBien.

Avec le succès viennent aussi les parasites petits malins et je me demande jusqu’où ce type de profils viennent peser dans les statistiques (je ne sais pas vous, mais en tout cas je vois de plus en plus de jolies filles travaillant pour des sites adultes dans mes followers).

Les contenus

Ces quelques mois de pratique plus intensive m’ont amené à la conclusion qu’il y a finalement deux grands types de contenus utiles dans les tweets : le commentaire des événements et le partage d’infos.

Sur le commentaire des événements, cela va du plus stupide léger (mes followers connaissent par exemple ma déviance pour la Nouvelle Star, pardon la #ns) au plus lourd (la disparition de l’AF 447, les événements iraniens). Twitter est à mon avis un formidable outil pour rigoler devant la télévision (suivre grâce aux fameux hashtags les commentaires sur une émission comme la Nouvelle Star est une vraie expérience, la Nouvelle Star étant finie il vous faut maintenant vous reporter sur Secret Story) et vivre les grands événements de société (souvenir ému de la nuit des élections américaines vécue intégralement sur Twitter).

Le partage d’info est quant à lui central sur Twitter, qui a progressivement remplacé ma page Netvibes. On peut se demander jusqu’où Twitter est capable de concurrencer les autres « portes d’entrée sur le web » comme les favoris ou les agrégateurs. Pour Google on repassera plus tard mais il me semble que Twitter commence je pense à occuper, chez certains publics, une fonction d’aiguilleur du web. Un aiguilleur assez anarchique d’ailleurs car même quand on cherche à « maîtriser » les flux d’info de sa page en limitant ou ciblant ses following, on arrive très vite à un joyeux bordel.

Et pour mieux comprendre les différentes façons de twitter, relire avec bonheur ceci.

Les marques

Qui dit succès sur le web dit présence des marques ou plus globalement des émetteurs d’information : le Ministère de l’Education a lancé son Twitter, comme les magasins Ed avec leurs 28 followers ou de nombreux politiques qui n’ont pas toujours pensé à continuer à twitter une fois les élections passées (les élections seraient-elles une fin en soi ??? ;-). Et je suis correctement placé pour dire que les marques sont assez nombreuses à se poser la question de leur présence sur Twitter.

Logique car finalement l’ouverture et l’entretien d’un compte Twitter est un acte de communication plus léger et plus légitime que le blog d’entreprise ou de marque. Autant sur un blog, on ressent le besoin de sentir l’individu derrière le clavier, autant un twit d’entreprise ou de marque s’intègre plus facilement dans le flot des gazouillis. La marque est alors légitime à republier son info officielle (communiqués de presse, page actu)… mais aussi ses retombées (articles de médias en ligne, billets de blogs). Malin, Twitter ! Pour ce qui est de l’argument « ça permet d’interagir en direct avec les consommateurs / usagers / citoyens », mouais… il faudra justement attendre que l’usage se répande en France pour pouvoir en parler véritablement.

En mettant Twitter au cœur d’une vraie stratégie et en étant véritablement capable d’être un producteur de contenus, donc une marque média, le résultat peut être spectaculaire : @Starbucks compte 220 000 followers (contre 140 000 following, cela me fascine). Ce qui ne veut pas dire que 220 000 personnes lisent chaque tweet de Starbucks, mais peut-être quand même quelques dizaines de milliers. Sacrée façon de rependre la main sur le web. (voir aussi un classement des marques les plus mentionnées sur Twitter, mais je crois qu’il a été contesté).

Mais toutes les marques n’ont pas vocation à avoir 220 000 followers, et un grand nombre de celles qui tirent leur épingle du jeu sont de petites marques réactives (combien de fois ai-je entendu dire : « p****n, j’ai mentionné la marque XXX, et dans les 10 mn, j’avais un message @XXX is now following you ! »).

Reste le problème juridique qui est entier pour certaines marques : s’il faut valider chaque tweet avant diffusion, on ne va pas y arriver.


Suite demain : Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus.

De l’usage (ou pas) de Twitter en relations publiques

Vue chez Marie-Catherine Beuth, cette présentation sur l’usage de Twitter en relations publiques, réalisée par Corinne Weisgerber :

On y retrouve la double dimension de Twitter et plus généralement de la communication sur Internet : comprendre / veiller d’une part, et agir / converser d’autre part. Twitter comme outil de veille pour suivre ce qui se dit sur votre marque et réagir le cas échéant, Twitter pour diffuser de l’infomation auprès de ses pairs, poser une question, échanger de l’information, republier le contenu de son blog, etc.

Pas grand-chose de neuf finalement, et on y retrouve en plus catalogue et en moins problématisé, des idées présentées par Stanislas sur PR2Peer il y a 6 mois (quand il se demandait, inquiet, si Twitter était utile) ou Joïakim plus récemment.

Si cette présentation m’intéresse, c’est surtout parce qu’elle me donne l’occasion de développer 2-3 idées à propos de Twitter, un service qui avait quand même fait la une de Libé il y a peu (oui, c’était un prétexte pour parler de netpolitique, certes…).

Twitter en France ?

C’est quelques milliers d’utilisateurs. Le blog Twitter facts en dénombrait moins de 5000 en juin, Libé en annonce 6 000 en août. Partant du principe que le nombre d’utilisateurs a pu augmenter de 50 % depuis (en tout cas entre juin et octobre, il est passé de 2 à 3 millions au niveau mondial), et qu’environ 50 % des utilisateurs français se déclarent comme tels, Twitter en France c’est au mieux 20 000 personnes. Et loin d’être toutes actives.

On touche là à la limite de tout ce qui peut se raconter de très intéressant sur Twitter dans les milieux US, et qui inspire bon nombre de webologues de l’hexagone : l’étendue de Twitter ici n’est juste pas la même dans le monde anglo-saxon et rend la plupart des idées de bonnes pratiques inopérantes (le cas Dell, le live reporting, …)

Les leaders d’opinion sur Twitter ?

Si l’intérêt de Twitter n’est pas dans la masse de personnes qu’il permet de toucher (mais comme beaucoup de blogs, finalement, et vous me rétorquerez même que c’est toute l’idée de web 2.0…), on peut par contre se poser la question des leaders d’opinion qui twittent.

Après tout, on voit fleurir dans les espaces du web 2.0 des nouveaux leaders d’opinion : blogueurs, référents de Wikipédia, critiques habitués sur Amazon, etc.

Question : avec Twitter, voit-on fleurir de nouveaux leaders d’opinion, qui n’existeraient pas ailleurs ? Pour y répondre, le mieux est de jeter un oeil aux 10 personnes les plus suivies, d’après Twitter facts. OK, les données datent de 4 mois, mais sur le principe je ne suis pas sûr que cela change la démonstration :

Top 10 des utilisateurs de Twitter les plus suivis

twitter.com/arnaudrobail – Arnaud Robail – 2.204 followers
twitter.com/jeanlucr – Jean-Luc Raymond – 2.134 followers
twitter.com/pressecitron – Eric – 1.688 followers
twitter.com/MMartin – Martin Menu – 1.319 followers
twitter.com/FredCavazza – Frédéric CAVAZZA – 1.293 followers
twitter.com/fubiz – Romain Colin – 1.061 followers
twitter.com/MonsieurDream – Monsieur Dream – 1.035 followers
twitter.com/rodrigo1971 – Rodrigo SEPULVEDA – 1.034 followers
twitter.com/fuelmyblog – Kevin Dixie – 909 followers
twitter.com/guim – GuiM – 887 followers

Sur ce top 10, 6 sont des blogueurs très connus. Twitter peut m’offrir une facilité de m’adresser à eux, encore faut-il qu’ils aient envie de me suivre. Si je les connais déjà, il y a une bonne chance pour qu’ils me suivent, c’est donc un moyen d’entretenir la relation – peut-être plus intéressant d’ailleurs que d’être en contacts sur des réseaux sociaux. Mais si je ne les connais pas, Twitter ne va sans doute pas me servir à grand-chose pour les approcher.

Les autres sont-ils des « nouveaux leaders d’opinion » ? Il me semble difficile de dire ça : Arnaud Robail et Jean-Luc Raymond, pour ne prendre que les deux premiers, suivent eux-mêmes respectivement 7000 et 6000 comptes Twitter… (on est toujours sur les chiffres de juin). Autrement dit, ils suivent beaucoup, énormément, à la folie… et sont suivis par une partie des personnes sollicitées en retour. Mais ça ne fait pas d’eux des « nouveaux leaders d’opinion » à mon sens ; j’aurais tendance à penser qu’un leader d’opinion est quelqu’un qui sera suivi par plus de gens qu’il ne suit lui-même…

Bref, avec des blogueurs bien connus et des maniaques de Twitter : il n’y a pas de nouveaux leaders d’opinon sur Twitter. Quand Michael Arrington voit son problème de FAI résolu en temps record à la suite d’un tweet, ce n’est parce qu’il est connu sur Twitter, c’est parce que c’est le type de TechCrunch…

Les leaders d’opinion sont déjà bien connus dans la blogosphère : Twitter est d’une certaine façon son prolongement (Cédric Giorgi parle d’antichambre de la blogosphère, ce qui me semble très vrai dans la processus de traitement de l’information).

Que reste-t-il ?

Un espace d’échange de pairs à pairs, plus ou moins rempli d’experts de leurs sujets (au hasard : le high-tech et les nouveaux médias). Oui, Twitter a une utilité RP, assez grande même je pense, pour des réseaux très spécialisés de professionnels dans les secteurs d’activité que je viens de mentionner. Et cette utilité, c’est beaucoup plus celle de la veille que de la communication. On se rapproche d’ailleurs de la notion de journalisme de liens chère à Narvic. Je veille, tu veilles, il veille, nous partageons.

Côté communication, je ne vois pas bien. Il y a bien ces exemples que citait Fred cavazza en avril. On peut effectivement, avec assez peu d’efforts, se constituer une micro-communauté de followers… On est en fait en plein dans le modèle web 2.0 : faibles coûts, faibles revenus (au sens faible retour sur investissement, ici). Je peux créer un compte Twitter (événementiel ou durable) comme je peux créer un groupe Facebook, réunir quelques centaines de personnes dans les deux cas et communiquer avec elles. C’est toujours ça de gagné mais on est bien dans la micro-action.

L’intérêt principal, la veille et l’échange, donc, reste très spécifique et de niche. Le cliché est de dire que Twitter est le gadget pour geeks, mais j’ai du mal à trouver de bonnes raisons de m’éloigner de ce cliché.

Si son usage devenait à la fois moins confidentiel (le nombre) et plus généraliste (les profils), on pourrait certainement dire plein de belles choses sur l’intérêt d’y détecter des signaux faibles, de communiquer en temps réel, de lancer un buzz, d’installer un service client, de gérer une crise… Mais au final, Twitter c’est le microblogging et tout ce qui va avec en communication : micro-RP, micro-influence, micro-intérêt. Non ?

Lectures en vrac

– Et si Twitter était utile ? C’est la question posée par Stanislas et qui n’est pas loin d’intéresser l’anti-Twitter que je suis au micro-blogging, exemples à l’appui.

– TF1 attaque fort et réclame 100 millions d’euros à YouTube, soit plus de 10 fois le chiffre d’affaires de ce dernier. Aux dernières nouvelles les plates-formes vidéo bénéficient du statut d’hébergeur qui les exonère de la responsabilité des contenus publiés. A suivre : sur Internet et Opinion(s) on appelle ça une (tentative de) normalisation du web (par le droit).

– Jeff Jarvis décrit l’écosystème de l’information, où les médias ne sont plus qu’une source parmi un ensemble. A méditer également à propos du process de fabrication de l’information :

« sur papier, le process crée le produit ; en ligne, le process est le produit ».

Et hop, un petit schéma piqué dans ce post pour vous convaincre d’aller le lire et qui n’est pas sans rappeler le concept du communiqué de presse 2.0 :

Le post de Jeff Jarvis est aussi à rapprocher de ce vieux schéma.