Archives de Catégorie: Vie des médias

Les médias en ligne et leurs politiques de blogs

Je viens de faire un travail qui me tenait à cœur depuis plusieurs mois : décortiquer les politiques de blogs menées par les principaux médias en ligne généralistes — les « grands médias », si on veut.

Qu’est-ce que j’appelle la « politique de blogs » des médias en ligne, d’abord ? Tout simplement la manière dont ces médias proposent des blogs, ou pas, à leurs lecteurs.

Cela peut prendre des formes multiples : des blogs de journalistes sur le site du média (par exemple celui de Corinne Lesnes du Monde), une plate-forme de blog proposée aux internautes sous la marque du média (monblog.lemonde.fr), etc.

Or on sait que les médias français ont une vision culturellement très méfiante vis-à-vis d’Internet. Pourtant, bloguer est à la fois un moyen de :
– proposer un service additionnel à son public (un service d’information quand le média édite des blogs, un service de participation quand le média propose une plate-forme de blogs ouverte au public)
– d’interagir avec lui pour enrichir l’information et être à son écoute
– ou encore tout simplement une pratique inhérente au métier de journaliste, qui peut utiliser le blog pour raconter les coulisses de son métier, expliquer les dessous d’une enquête, diffuser des informations complémentaires, proposer des analyses complémentaires avec un point de vue plus personnel comme le blog le permet bien.

Même si cela a tendance à évoluer un peu depuis quelques mois, on sait que les journalistes français se servent encore malgré cela assez peu des blogs, que ce soit comme source d’information ou comme outil de publication. Et l’image générale dans la blogosphère est que très peu de journalistes bloguent et que beaucoup de ceux qui le font ne le font que dans une logique descendante, ne répondant pas aux commentaires, etc.

L’autre raison de mon intérêt pour cette question est que l’on sait que ces médias hébergent une quantité tout de même assez importante de blogs, parfois de très bonne qualité, parfois avec de très nombreux commentaires et, on peut le supposer, une audience importante… mais dont la logique de valorisation est assez différente de la blogosphère la plus visible, celle du haut du classement Wikio.

En effet, les blogs hébergés sur des sites ou des plates-formes de médias en ligne ne sont le plus souvent pas tenus par des auteurs très intégrés dans la blogopshère, qui maîtrisent la notion de lien entrant et sortant, et qui l’utilisent pour émerger en visibilité.

En revanche, le fait d’être situés sur des gros carrefours d’audience (les médias en ligne) peut être un vecteur de visibilité pour eux (à la fois par la faculté de cliquer depuis une rubrique « les blogs » sur la home, mais aussi parce que certains de ces médias intègrent des billets de blogs aux actus, donc dans la partie la plus visible et la plus suivie du média…).

Pour prendre un exemple, les blogs politiques du haut du classement Wikio ne sont pas, sauf quelques exceptions (Coulisses de Bruxelles, sur la plate-forme de Libé ; Jean-Michel Aphatie, chez RTL), hébergés par des médias en ligne mais sur des plates-formes de blogs classiques. Ces blogs maîtrisent bien les techniques qui permettent d’obtenir les précieux liens entrants qui permettent de remonter en popularité. A l’inverse, un blog comme celui d’Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est extrêmement vu et commenté sur le Figaro.fr. Il ne linke pas d’autres blogs ou participe à leurs commentaires pour les « draguer », et récupère donc moins de liens que ce qu’il pourrait. Pourtant, il est présent sur Lefigaro.fr et doit récupérer un trafic plus important que ne laisse suggérer sa 266ème place au classement Wikio, si on en juge par les centaines de commentaires qu’il peut avoir sur certains billets.

Bref, on a me semble-t-il affaire à des blogs qui échappent assez largement au système du netlinking et qui pour cette raison ne sont pas très visibles alors qu’ils peuvent être très visités. Et si l’influence, que l’on cherche tellement, n’était pas là où on la croit (dans le classement Wikio), mais aussi simplement dans ces outils moins communautaires mais à potentiel d’audience que sont les blogs édités par des médias ??

(Par ailleurs, soyons clair, je ne fais absolument pas partie des détracteurs du classement Wikio que j’estime nécessaire et plutôt bien fait).

Donc, je me suis penché sur la politique de blogs d’une grosse vingtaine de médias en ligne généralistes : les déclinaisons web de médias traditionnels et quelques pure players. J’en arrive à une typologie et une analyse quanti qui donne certaines tendances.

Je me suis en particulier attaché à regarder :
– le nombre de blogs existant, leur nature (blogs de journalistes, d’invités, d’internautes)
– leur vitalité, en utilisant la proportion de blogs actualisée au cours de la dernière semaine (relevés effectués dans la soirée du 29/11)
– la valorisation de ces blogs sur la homepage du site

Et non, je n’ai pas regardé le nombre de commentaires sur les blogs (j’ai été tenté, j’avoue, mais il y a un moment où il faut doser son effort 😉 ).

La conclusion est que l’on trouve en gros 4 politiques de blogs sur ces médias :

– les politiques « ouvertes » au public
– les politiques « semi-ouvertes »
– les politiques « fermées »
– les « non-politiques »

Sous réserve de toute erreur de lecteur, de décompte, etc., allons dans le détail et commençons par les non-politiques, ce qui est le plus simple. Parmi les médias que j’ai regardés, 5 ne proposent pas de blogs. Il s’agit de :

Marianne2 qui accueille des « blogueurs associés » sur ses pages, c’est à dire des blogueurs qui s’expriment sur d’autres plates-formes et qui sont invités à écrire sur Marianne2. Mais techniquement, Marianne2 (qui est, en fait, un blog…) n’accueille pas de blogs spécifiques de journalistes, d’experts ou d’internautes.

L’Humanité

France Info

RFI

Le Point, qui peut faire débat. D’abord, il y a un bouton « blog » trompeur dans le footer de la page d’accueil, puisqu’il ne mène nulle part. Ensuite, on peut considérer que certains espaces du site sont des blogs : Média 2.0 d’Emmanuel Berreta par exemple est un espace qui a une thématique (les médias), un nom, un auteur identifié, et dont les articles sont commentables. Mais n’est pas présenté comme « un blog ».

6 des pages du Point.fr ont ce profil, mais je ne les ai pas considérées comme des blogs au final, tout simplement car pas présentées comme telles. A la question « c’est quoi un blog ? », la réponse dans cette petite étude est : « ce que les médias présentent comme un blog ». il faut faire des choix.

Et maintenant, ceux qui présentent des blogs, donc.

———-

1. Les Politiques « fermées »

Il s’agit des médias qui proposent des blogs à lire, mais pas à écrire. Blogs de la rédaction, blogs d’experts ou de témoins invités par la rédaction, en quantité plus ou moins importante, ces médias sont dans une logique de proposition d’information supplémentaire ou complémentaire, par rapport à leur production éditoriale « officielle », mais ne proposent pas aux internautes de créer leur blog. On est dans la logique d’image de marque, pas dans la logique de service.

On peut distinguer deux sous-catégories au sein de ces politiques « fermées » : les médias qui ne proposent que des blogs de journalistes / rédaction / émission ; et les médias qui proposent des blogs de journalistes ET d’invités.

1.a. Politiques fermées : blogs de journalistes seuls. Il s’agit de :

– Le Figaro. Le Figaro propose 17 blogs qui sont tous des blogs (individuels ou collectifs) de journalistes de la rédaction, comme Suivez le Geek (Samuel Laurent et Laurent Suply) ou Etreintes Digitales (Marie-Catherine Beuth). 15 de ces 17 blogs ont été mis à jour au cours de la dernière semaine : pas mal ! Par contre Le Figaro valorise 3 de ces blogs depuis la home, ce qui le place en queue de peloton.

– Valeurs Actuelles… qui compte 1 blog : le blog de la rédaction (tenu à jour).

– La Croix, avec 5 blogs, dont 4 mis à jour au cours de la semaine. L’un des blogs fait intervenir des invités mais les autres sont des blogs de la rédaction, comme par exemple celui de Bruno Frappat. Les 5 blogs sont tous valorisés sur la home.

– La Parisien, c’est à peu près la même chose. On trouve seulement 6 blogs le Parisien, mais tous updatés dans la semaine et tous valorisés sur la home (dans un format blogroll). A noter que lorsque je m’étais penché une première fois sur la question au mois d’août, le Parisien ne proposait qu’un seul blog, sur les J.O. Il y a donc du changement… un exemple de variété des sujets abordés avec Jacky la main verte.

– RTL propose 8 blogs de la rédaction au total. 7 d’entre eux ont été mis à jour dans la semaine. 5 d’entre eux sont valorisés sur la home. On connaît bien Aphatie mais on peut aussi citer un exemple de blog jardinage. (Le parisien, RTL, des médias populaires à l’écoute des préoccupations pratiques de leurs publics ?)

– France Inter compte 22 blogs de journalistes (dont 5 correspondants à l’étranger). 14 d’entre eux ont été mis à jour dans la semaine, comme par exemple celui de Jean-François Achilli. Mais un seul est valorisé sur la home.

– Sur Europe 1, on trouve 3 blogs de la rédaction, tous mis à jour dans la semaine. Un seul également est valorisé sur la home. A noter que Europe 1 revendique des « blogs internautes » là où il n’y a en fait que des forums.

– RMC propose 11 blogs d’émissions, tous à jour. Tous sont cliquables depuis la home, et un d’entre eux est intégré aux actus de rmc.fr. On notera qu’ici aussi la thématique jardin est populaire.

———-

1.b. Politiques fermées : blogs de journalistes ET AUSSI d’experts invités. Il s’agit de :

– Libération. Libération propose 51 « Libéblogs ». Sur ces 51 libéblogs, 17 sont des blogs de journalistes (comme Secret Défense) et 34 sont des blogs d’invités (comme par exemple Serial Worker sur la vie au travail), ce qui en fait une des plates-formes les plus riches.

Sur les 51 libéblogs, 27 ont été actualisés depuis une semaine, soit une grosse moitié. Sur les 17 libéblogs de journalistes, 9 ont été mis à jour depuis une semaine, soit également une bonne moitié. Ajoutons également que depuis la home de Libé, 8 blogs sont cliquables (2 dans les actus, 6 dans la blogroll).

– L’Express. L’Express compte 28 blogs dont la moitié sont tenus par des journalistes de la rédaction (l’occasion de saluer le travail de transparence fait sur le blog Nouvelle Formule d’Eric Mettout). Les autres sont tenus par des experts (c’est chez l’Express que Jacques Attali tient sa conversation — qui n’en est pas une) ou des « témoins » (au sens large, exemple le blog de Jean-Pierre Dick ou le blog Elections Américaines qui était tenu par les étudiants en journalisme de Science po), voire des salariés non journalistes (le blog e-veille).

On peut cliquer 5 blogs depuis la home (un en actus, 4 en blogroll).

Sur les 28 blogs de lexpress.fr, 19 ont été mis à jour depuis une semaine, dont 12 des blogs de journalistes. Autrement dit, les journalistes qui participent aux blogs de l’Express sont assez actifs. Au moins en production éditoriale puisque je n’ai pas regardé leur activité dans les commentaires (je dis ça car j’ai en tête par exemple que Renaud Revel ne répondait pas aux commentaires, mais comme beaucoup d’autres).

– Rue89. La page « blogs » de Rue89 compte 84 blogs listés dans l’ordre alphabétique. Les « riverains » n’ayant pas la possibilité de créer leur blog Rue89, on est bien dans un modèle où les blogs sont ceux de la rédaction et d’invités.

Il n’y a pas d’autre méthode d’analyse que d’aller les visiter un par un et je n’ai pas eu la patience de regarder l’intégralité des 84. Je ne saurai donc pas dire combien de ces blogs sont des blogs de la rédaction de Rue89 (comme par exemple le Démonte-Rumeur, une excellente idée), et combien sont des blogs d’experts ou de leaders d’opinion (Rue89 avait réussi le joli coup d’embarquer 7 nouveaux députés dans le blogging).

Par contre j’en ai cliqué 30 pour voir le niveau de production éditoriale. 15 des 30 avaient été mis à jour dans la semaine. Les blogs Rue89 seraient donc « à moitié actifs ».

Ces blogs bénéficient par ailleurs d’une exposition plus ou moins forte, puisque certains d’entre eux sont intégrés dans la fil d’actu de la home (par exemple, ce qui était posté par Guillemette Faure sur le blog Campagnes d’Amérique était aussi intégré dans l’actu USA de Rue89. Donc pour certains au moins, ce sont davantage que des blogs annexés au média).

Dernier point : 9 blogs Rue89 sont cliquables depuis la home, et Rue89 est le seul média avec Backchich à proposer une blogroll pointant vers des blogs externes (certains médias font de la revue de web avec des liens pointant vers des sources / articles, mais Rue89 et Backchich sont bien les seuls à ma connaissance à proposer une sélection permanente de sources pointant vers des homepages).

– Métro (edit : je m’étais initialement trompé en classant Métro dans les « non-blogs », n’en ayant dans un premier temps trouvé aucun depuis la homepage…).

J’ai trouvé 20 blogs sous la marque Métro, dont 14 sont ouverts au public sous un format « d’appel à contributions » (exemple avec « Même pas honte« ). Modèle ouvert ou fermé ? Dans la mesure où il n’est pas possible de créer son blog Métro, je préfère garder Métro dans la catégorie « fermée ».

Par ailleurs Métro n’est pas très explicite sur le « statut » des auteurs des blogs, journalistes ou invités. 2 des blogs sont identifiables comme émanant de journalistes, comme par exemple celui de Nadia Loddo ; le reste étant des blogs invités (4, comme celui de l’écrivain Mabrouck Rachedi), et les blogs faisant appel à contribution.

Sur ces 20 blogs, seuls 6 ont été mis à jour dans la semaine (dont un des deux blogs de journalistes) et 2 sont valorisés sur la home, au sein des actus.

– Backchich. Backchich propose 18 blogs dont les profils semblent être journalistes + invités. je dis « semble » car les profils des auteurs sont difficiles à identifier : Si on sait que Nicolas Beau est le patron de la rédaction, Réda Sadki, responsable de Survivreausida.net, a plus le profil d’un « invité ».

En tout cas, 7 de ces 18 blogs ont été mis à jour dans la semaine, et 7 sont linkés depuis la home (1 en actu, 6 en blogroll).

Au passage, je donne quelques exemples de blogs sur chacune des plates-formes que je cite, mais il faut vraiment aller voir pour se rendre compte de la diversité, de la richesse et de l’originalité de beaucoup d’entre eux.

———-

2. Le modèle « semi-ouvert »

J’entends par là les médias qui proposent à leurs abonnés, et non à tous les internautes, de se créer un blog. Je serais tenté de dire qu’on est dans une logique de « service restreint ». On trouve donc sur ces plates-formes à la fois des blogs de journalistes, d’invités et d’abonnés. C’est en fait le cas des seuls Le Monde et Mediapart.

– Le Monde. Sur sa page blogs, le Monde a la particularité de ne parler que des « blogs invités », des « blogs sélectionnés » et des « blogs » tout court.

Il n’y a donc pas les « blogs de la rédaction » : les journalistes du Monde qui bloguent sont intégrés au blogs « invités » : cela permet de mettre en avant 20 blogs de qualité… dont seulement 4 à ma connaissance (comme Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire) sont tenus par des journalistes du Monde. Alors que le Monde a une plate-forme de blog les plus intéressantes et les plus complètes, la participation de ses journalistes reste bien maigre.

Les autres blogs « invités offrent une belle diversité d’idées de blogs (voir par exemple le blog « Démystifier la finance » du banquier Georges Ugeux). Tous les 20 ont été updatés dans la semaine.

Le deuxième niveau proposé par Le Monde, les « blogs sélectionnés », est issu des blogs d’abonnés. Il s’agit donc d’un choix éditorial de mettre certains blogs d’abonnés en avant (Gilles Klein qui est incontournable quand on s’intéresse aux médias en fait partie). 36 blogs sont ainsi « sélectionnés » par le Monde.

Pour le reste, on notera que le Monde valorise — sur sa page blog — les 30 derniers blogs d’abonnés mis à jour, et indique que 303 blogs ont été mis à jour depuis 2 mois. J’avais noté le même chiffre au mois d’août… et le jour où j’avais fait le relevé, le Monde indiquait 797 blogs updatés depuis deux mois. La plate-forme du Monde serait-elle en recul ??

Dernier point sur le Monde : la home du site linke 3 blogs dans les actus et en liste 13 dans ce qui ne s’appelle pas une blogroll mais occupe cette fonction. Ce sont donc 16 blogs du monde.fr qui sont cliquables depuis la home. On est dans la moyenne élevée.

– Mediapart. La conception ergonomique de Mediapart.fr rend difficile la lecture des données. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut faire partie du club pour avoir un blog sur Mediapart. En consultant la liste des blogs de Mediapart, j’en ai dénombré 677. Mais sur ces 677, seuls 145 ont publié 10 fois ou plus.

Difficile de mesurer davantage le niveau d’activité de la plate-forme… Difficile également de distinguer les blogs de journalistes, d’experts ou d’abonnés car il faut prendre les blogs un par un pour le voir. On notera qu’Edwy Plenel a publié 18 fois sur son blog Mediapart.

Enfin, la home de Mediapart permet de cliquer 9 blogs différents.

———-

3. Le modèle « ouvert »

On a ici affaire à des médias en ligne qui proposent à tout internaute de passage de se créer son blog sous la marque du média (monblog.20minutes.fr par exemple). A condition évidemment de se créer un compte, etc., mais gratuitement. C’est une logique de service dans une recherche d’audience. On va voir que cela réussit bien à certains et beaucoup moins à d’autres.

– Le JDD. J’espère pour lui que le JDD est en train de repenser entièrement sa politique de blogs. Non seulement la navigation n’est pas optimale pour accéder aux infos, mais en plus les infos auxquelles ont accède donnent une image déplorable de la démarche blog du JDD. En cherchant bien, on trouve 10 blogs de la rédac. Un seul (celui de Michel Deléan) a été mis à jour depuis une semaine, et la plupart d’entre eux n’ont pas été mis à jour depuis plus d’un an…

On trouve ensuite une catégorie « le meilleur des blogs JDD », avec une sélection de 39 blogs (même modèle que lemonde.fr : la rédaction choisit ses blogs de lecteurs préférés). Sans avoir visité les 39 blogs, on voit vite là aussi qu’on est dans un cimetière… les meilleurs blogs ont l’air d’être en grande majorité… des blogs défunts. Hum !

Enfin, on peut accéder aux blogs de la « communauté » JDD… pas bien active, puisque seuls 5 blogs JDD ont été actifs la semaine passée.

En ce qui concerne la valorisation de ces blogs : le JDD en linke 6 sur sa home.

– Le Nouvel Observateur. Le Nouvel Obs propose les 3 niveaux : journalistes, invités, internautes.

On trouve 19 blogs de journalistes dont 13 ont été updatés dans la semaine (comme par exemple celui de Claude Soula sur les médias). Il y a eu un sérieux nettoyage car à une époque on en trouvait des dizaines et des dizaines, et quand j’avais commencé l’exercice cet été, on pouvait encore trouver le blog de Laurent Joffrin, passé chez Libé il y a deux ans et avec un blog NouvelObs décédé en même temps.

On trouve ensuite 30 blogs invités de l’Obs. Mais seulement 3 ont été updatés dans la semaine (exemple : Patrick Lozès, qui blogue sur la question raciale). C’est je pense la faiblesse de la politique de blog du NouvelObs. Parmi les idées originales de blogs, notons par exemple celui de Laurent Jacqua, détenu à la maison centrale de Poissy.

Impossible de savoir combien de blogs d’internautes existent sur la plate-forme Nouvel Obs, mais on peut voir que 160 d’entre eux ont été updatés depuis une semaine, ce qui en fait une plate-forme sans doute plus active que celle du Monde (sachant que le Monde est semi-ouvert, donc semi-fermé).

Enfin, l’Obs valorise ses blogs avec 3 blogs dans les actus et 20 blogs en blogroll, soit 23 blogs cliquables depuis la home.

– 20 minutes. Il est très, très compliqué, de lire et de réunir les infos sur les blogs 20Minutes. Il faut tout lire depuis la home car je n’ai pas trouvé de page réunissant les blogs 20minutes. Par rapport aux autres médias, on est frappé de voir à quel point les blogs sont intégrés à la home page : on peut au total en cliquer 85… là où chez les autres, on ne dépasse jamais les 20 (23 exactement, pour le NouvelObs).

On en compte 5 dans les actus de 20 minutes et le reste en « blogroll » : avec 9 blogs photo, 2 « c’est blogué » (l’occasion de rappeler que le Bondy Blog est chez 20 minutes), 15 « haut les blogs » (l’équivalent de la « sélection » de 20 minutes), 15 avec une liste automatique des derniers mis à jour (20 minutes est le seul média en ligne « ouvert » à se risquer à cela), 10 blogs ville et encore 25 dans une catégorie « vos blogs ».

Finalement, dans cette profusion, ce qui est marquant c’est le peu de blogs de la rédaction que l’on trouve : seulement 4, dont deux ont posté cette semaine (voir par exemple Au début des années 2000).

– Le Post. Un mot sur LePost bien qu’il n’utilise pas le vocable « blog » (et non, faites la recherche sur la home page…). Car le site fonctionne sur un modèle contributif avec de nombreuses pages personnelles. Mais il reste difficile de lire les infos puisque chaque posteur à sa page lepost/perso/mapage. Et que, comme pour Rue89 partiellement, un billet publié peut se retrouver sur la home dans le fil d’actus.

Quand on regarde les derniers mis à jour, on a le sentiment d’une activité faible. Quand on regarde le fil d’actu, on a le sentiment d’une activité intense. En tout cas, la home valorise 6 invités posteurs, et la liste complète des invités fait apparaître 14 noms parmi lesquels évidemment Guy Birenbaum et William Rejault, mais aussi par exemple l’ex serial-buzzeur de DailyMotion Full HD Ready ou encore Eric Maillard.

Je n’inclus pas LePost dans le tableau récap : les infos sont trop difficiles à lire à et « catégoriser ».

———-

Voilà donc beaucoup de données brutes, qui méritaient d’être mises dans un beau tableau, et Samuel a fait preuve de l’intérêt de l’intelligence collective en prenant le relais.

[edit : si vous êtes passés plusieurs fois sur cet article, vous aurez remarqué des évolutions… On va dire qu’il s’agit d’un « work in progress ». J’avais initialement la flemme de produire un tableau récap, puis repris les tableaux de Samuel dans un second temps avant de prendre mon courage à deux mains et de faire mon propre tableau récap que voilà.]

tableau-media-blogs-final

(cliquer pour agrandir)

Conclusions.

Le modèle dominant est donc le 1.a. : seulement des blogs de journalistes. Le modèle 3 est aussi assez présent ce qui montre pour les médias qui le choisissent qu’ils utilisent clairement les blogs dans une logique d’extension de leur audience.

Concernant la pratique du blogging par les journalistes, à l’arrivée, on trouve quand même dans l’ensemble de ce que j’ai étudié, une centaine de blogs « rédaction » ou « journaliste », ce qui n’est pas minable même si les chiffres feraient sans doute assez mal si on allait voir combien de journalistes participent aux commentaires sur ces 100 blogs « officiels ».

Avec, selon les médias, un nombre de journalistes tenant un blog de façon active assez variable (de 1 à 15) et jamais en quantité large : c’est au Figaro, avec 15 blogs de journalistes mis à jour dans la semaine, qu’on trouve la plus grosse activité de journalistes qui bloguent.

On notera aussi que seuls quelques-uns réussissent à entretenir des blogs « invités » : Le Monde, Libération, L’Express, Rue89, Mediapart dans une moindre mesure, et LePost à sa façon. Mais cette richesse est-elle suffisamment exploitée ?

On peut aussi se demander, enfin, entre les médias qui sont dans une logique d’image de marque (modèles fermés) et ceux qui sont dans une logique de service (modèles semi-ouverts et modèles ouverts), ce qui fonctionne le mieux. Je ne pense pas qu’il y ait un modèle qui doive s’imposer, mais que le choix doit être fait en fonction des priorités du média. Il me semble par exemple assez cohérent que 20minutes soit dans un modèle hyper ouvert.

En revanche, on note la vraie difficulté à faire en sorte que la production éditoriale des blogs suive à un bon rythme et il me paraît crucial pour l’image de ne pas donner à voir des blogs inactifs… voire carrément un cimetière comme le JDD.

Du point de vue du média, la politique de blogs demande une vraie réflexion stratégique et une vraie disponibilité… Bloguer, c’est exigeant et comme j’ai souvent l’occasion de le dire : un blog ce n’est pas un outil, c’est une stratégie.

Du point de vue des observateurs, cette blogosphère des médias a aussi le mérite de permettre d’identifier de nombreuses personnalités de la société civile, invités sur les blogs de médias, experts ou leaders d’opinion dans leur domaine. Il y a donc dans ces plate-formes de médias, je pense, une très grande richesse qu’on appréhende mal quand on aborde la blogosphère par le seul côté Wikio.

Et beaucoup d’autres commentaires à faire, mais je m’arrête là.

Publicités

Plus belle la vie, un révélateur du désintérêt des Français pour l’info

plus-belle-la-vieDurant cette élection américaine, les journalistes ne voulaient pas seulement nous informer. Ils ont cherché à nous faire vivre la campagne. On comprend bien l’enjeu : arriver à impliquer son public plus que d’accoutumée assure de meilleures audiences. Mais auraient-ils fait fausse route ?

En effet, si l’on délaisse les sondages prétextes commandés par les rédactions, l’indice de l’intérêt des Français pour cette élection est lui aussi tombé mercredi matin avec les résultats d’audience du mardi soir.

Vers 20h00, alors que la tension médiatique est à son comble, Plus belle la vie bat son record d’audience. Au moment même où les JT cherchaient à faire événement sans lésiner sur les moyens et les équipes déplacées, la série B aux décors de carton-pâte de la chaîne régionale a fait le plein comme l’a révélé Renaud Revel dans ce billet.

Un désamour pour l’info du soir qui s’inscrit dans un temps long désormais et dont le dernier épisode était le départ de PPDA. Mais force est de constater que l’événementialisation de la campagne américaine a atteint ses limites et n’a pas fait remonter la courbe d’audience (ce que l’on attend normalement d’un événément). Le grand public n’a pas suivi.

En cette période de pseudo Etats Généraux de la presse il n’est pas sûr que ce nouveau concert médiatique ait arrangé le rapport des Français à leurs informaticiens informateurs.

Une chose est sûre, TF1 est très inquiète de la croissance tranquille mais toujours aussi positive de Plus Belle la vie. Ce qui fait dire à Bruno Revel, la phrase suivante qui fleure bon le corporatisme journalistique bon enfant :

Les dirigeants de France Télévisions peuvent-ils indéfiniment laisser à 20h18, chaque soir, un programme qui détourne l’attention des français, à l’heure de « JT » peut être anxiogènes ? Ou faut-il, au contraire laisser jouer la concurrence et considérer que c’est moins la série de France 3 qui fait un carton, que les journaux des grandes chaînes généralistes qui désespèrent des téléspectateurs taraudés par la crise ?

En tous les cas, ce débat risque d’enfler dans les semaines qui viennent. Et que dira t-on le jour où ce programme s’installera solidement en tête de l’audience de la télévision, chaque soir à l’heure des  rendez vous d’infos?  Ce qui risque de se produire, tôt ou tard..

C’est vrai quand même, ces Français plébéiens ne sont pas sérieux…

PS : au fait, il se murmure sur la blogosphère que Thomas (le-fils-homo-de-Roland-le-tenancier-du-mistral) quitterait la série pour un temps. Trop dur…

Mise à jour (vendredi 7 nov. 2008) : les très bons scores du JT de TF1 jeudi soir, vont dans le sens de mon analyse, celle du désintérêt des Français pour l’événementialisation de la campagne américaine par les journalistes français.

Noyautage koziste

Un blogueur de droite décomplexée qui écrit pour un média de gauche pas franchement déguisée : c’est possible ! Il l’avait annoncé, il l’a fait, Koz a répondu favorablement à l’invitation de Pascal Riché à écrire pour Rue89.

Il explique ses motivations chez lui mais elles sont assez simples à résumer : Koztoujours, créé dans la foulée d’une frustration sur l’issue du débat référendaire en 2005, a depuis le début vocation a faire exister les points de vue de son auteur.

Donc tant qu’à faire, autant être lu par le plus grand nombre (et pourquoi pas par des gens pas convaincus d’avance, quoi qu’il y ait beaucoup de voix dissonantes dans les commentaires chez Koz, ce qui lui a n’en doutons pas conféré une grande habitude du débat avec l’ennemi). D’ailleurs, j’ai cru comprendre que le même post publié sur Rue89 et chez Koz avait eu à peu près 7 5 à 6 fois plus de visiteurs chez le premier cité.

C’est quand même intéressant de voir qu’après 3 ans de succès blogopshériques (le compteur Feedburner de Koz indique 28 000 29041 abonnés, et même si Feedburner ça ne marche pas toujours bien, il n’y a aucun doute sur le fait que Koztoujours soit un des blogs politiques les plus estimés de France et dans le top 2 des blogs de droite), c’est Rue89 qui offre une tribune à Koz. Rue89 : pas Lefigaro.fr, pas Lepoint.fr, pas valeursactuelles.com (pour citer des médias officiellement de droite), pas non plus lejdd.fr (plus officieux).

Vous allez me dire : normal, Rue89 repose sur le modèle participatif ; pas les versions web des médias traditionnels. Ce qui est tout à fait juste, mais il faut noter que la part de participatif sur Rue89 a depuis le début été moindre qu’espèrée (ce qui avait provoqué le conflit avec Mikiane). Question : pour Rue89, est-ce une recherche de pluralité ou une recherche de plumes donc une reconnaissance de la faiblesse pour la contribution « citoyenne » ?

Comme quoi, cette situation illustre l’idée, certes bien connue, qu’il y a sur le web une plus grande proximité latérale (de gauche à droite et inversement) que verticale (du média traditionnel vers l’internaute). Rue89 est proche depuis l’origine des blogs, il a l’agilité du « pure player », cette faculté à prendre des initiatives vite, à expérimenter sans tarder.

Une petite digression : il est d’ailleurs à noter que les 4 médias traditionnels sus-cités, pas réputés pour être très proches des blogueurs, ont des politiques éditoriales pour leurs blogs de marques assez distantes des internautes :

– les seuls blogs sous marque Le Figaro sont des blogs de journalistes de la rédaction

– Il n’y a pas de blogs sous marque Le Point

– Le seul blog de Valeurs Actuelles est celui de la Rédaction

– Le JDD a une politique « ouverte » mais quand on regarde les 266 blogs sous marque JDD, c’est franchement la cata et on se demande ce que ça fait en ligne. Activité quasi-néante, présentation confuse, plus d’une dizaine de blogs de journalistes mais presque aucun n’est actif… Toute la politique éditoriale des blogs JDD est à revoir.

J’ai d’ailleurs pris beaucoup de notes sur les politiques de blogs des médias en ligne, il y a plein de choses à raconter, si j’obtiens une autorisation d’atterrissage on reviendra sur le sujet prochainement.

Nouvelles données de consommation de médias aux USA

Vu dans Les Echos ce matin, « les journaux en ligne américains séduisent de plus en plus« . Derrière ce titre optimiste qui fait référence à la croissance de l’audience, l’article ne fait pas pour autant l’impasse sur les difficultés de la presse écrite américaine.

En résumé, il faut retenir (données Nielsen) que l’audience des journaux en ligne croîte de 12.2% avec une durée moyenne de visite de 40 minutes et 29 secondes (élevé, non ?). Les investissements publicitaires auraient augmenté de 7.2 % au 1er trimestre, ne compensant pas la perte des revenus du papier. Au final, les éditeurs de presse réunis au sein de la NAA (Newspapers of America) voient leurs recettes reculer de 7.9%.

Une audience qui continue malgré tout à progresser, des revenus qui augmentent mais pas suffisamment et au final des journaux qui perdent de l’argent… En fait le portrait est assez connu et ces chiffres ne font qu’alimenter ce que l’on sait déjà : c’est l’incertitude radicale — pour reprendre une expression chère à mon co-auteur.

Pendant ce temps, le même Nielsen publie des données de consommation de vidéo aux USA. Consommation de télévision en hausse (+4% avec 121 heures par mois soit 4 heures par jour), et consommation de vidéos en ligne également en hausse (+9%) soit environ 48 minutes par jour. (Via TVNomics).

Volume de search et attractivité des marques media

C’est tout récent, c’est gratuit et c’est fort utile : Google communique les fréquences d’interrogation des mots-clé. Grâce à la fonction Google AdWords, vous pourrez par exemple savoir qu’au mois de juin, le mot « relations publiques » a été demandé 12 100 fois et que le mot « opinion » a été demandé 74 000 fois. Ou vous « Googleadwordiser » pour savoir si l’on s’intéresse à vous 😉

Et comme vous savez bien que chez Internet et Opinion(s), nous ne ratons pas une occasion de nous livrer à une petite expérience statistique, voici ce que nous indique Google quand on lui demande combien de fois les noms de certains médias sont demandés (moyennes mensuelles) :

(cliquez pour agrandir)

Deux données méthodolgiques à prendre en compte :

– les chiffres sont l’agrégation des termes pouvant conduire à la recherche du média : par exemple : « Nouvel Observateur », « Nouvel Obs », « Nouvelobs », « Nouvelobs.com », etc.

– sans faire un travail exhaustif j’ai retenu les termes associés à la marque quand Google indiquait au moins 10 000 recherches mensuelles moyennes.

Intérêt de l’exercice ? Je ne sais pas, à vous de me dire 😉

Plus sérieusement, je ne pense pas qu’il faille y voir une indication des volumes de trafic réalisés, mais plutôt un indicateur d’attractivité de la marque média.

Pourquoi pas un indicateur des volumes de trafic ? Le search, même s’il peut représenter une part énorme du trafic d’un média en ligne (jusqu’à 80%), repose sur le positionnement des sites en fonction d’une très grande variété de mots-clé. L’usage qui consiste à taper le nom du média dans Google pour se rendre sur la home page existe mais n’est qu’un usage parmi bien d’autres. On pourrait imaginer qu’un site récupère beaucoup de trafic via le search, sans pour autant que les internautes interrogent Google sur le nom de ce site.

Par exemple, si l’on interroge Google Adwords sur la popularité des termes associés à « Chauffeur de Buzz » (‘chauffeur de buzz’, ‘chauffeurdebuzz’, ‘chauffeurdebuzz com’, etc.), on va trouver une « fréquence d’interrogation mensuelle sur le nom du site » d’un peu moins de 30 000. A des années lumière des millions de pages vues réalisées par le site.

En revanche, quand on tape le nom du média, c’est que l’on désire accéder à sa home page, donc que l’on ressent une affinité avec sa marque. D’où l’idée d’indicateur d’attractivité de la marque média.

A partir de là, je ne suis pas sûr qu’il faille voir de franches surprises dans les résultats : les quotidiens devant, avec le Nouvel Obs qui parvient à se hisser à leur niveau de popularité. Rue89 largement devant les autres pure players, Mediapart plus confidentiel comme attendu. Je suis un peu surpris de voir Le Point devant l’Express. L’étonnement viendrait plutôt des ordres de grandeur que l’on constate, avec des écarts très importants et notamment la popularité / attractivité du Monde.

Evidemment il ne faut pas prendre tout cela pour argent comptant :

– d’abord, les données indiquées par Google paraissent très approximatives. On voit sans cesse revenir les mêmes chiffres sur des mots-clé différents : 12 100, 40 500, 165 000… On est clairement sur des ordres de grandeur.

– ensuite, l’association de mots-clé peut ne pas signifier que l’on cherche le média en question : c’est pourquoi j’ai retiré Métro de la sélection, qui serait arrivé en deuxième place derrière Le Monde et aurait pu remercier les usagers de la RATP. Les données de « Capital » m’ont également paru suspectes, on peut avoir des doutes sur « Libération », est-ce que certains internautes ne demandent pas « La tribune » pour « la tribune de Genève », etc. Malgré ces précautions il y a certainement de la « pollution » et on prête aux internautes des intentions qui ne sont pas les leurs… Reste à savoir dans quelles proportions.

Ce petit exercice peut être répété à l’infini dans une variété de domaines : par exemple, les blogs… On y reviendra.

Mediapart et la libération d’Ingrid Betancourt

Episode médiatique très intéressant à l’occasion de la libération d’Ingrid Betancourt.

Le 4 juillet, soit deux jours après sa Libération, Mediapart publie – en accès libre et sous la plume de Claude-Marie Vadrot, un papier intitulé : « Libération d’Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle« . Il s’agit du premier article qui remet en question la thèse officielle de l’infiltration des FARC et évoque l’hypothèse d’une reddition et d’une rançon.

Courez lire, si vous ne l’avez pas encore fait, les billets de Pierre France et de Jean-Marie Le Ray, qui s’étonnent à juste titre de ce que ce papier n’ait eu que peu d’échos dans les médias et sur Internet. Une reprise sur France Info d’après Pierre France, une citation sur lexpress.fr, une trentaine de blogs d’après Technorati

C’est bien peu pour une info de cette ampleur : on est quand même dans un des plus gros sujets médiatiques de l’année et l’angle de Mediapart a tout pour séduire puisqu’il remet en question la vérité officielle, et alimente donc la théorie du complot qui connaît tant de succès notamment en ligne…

Alors pourquoi ? Le témoignage de Pierre France — qui est journaliste dans un quotidien régional—, est édifiant :

« J’ai moi-même mené un lobbying auprès de ma rédaction pour qu’il y soit fait mention (…) dans un bloc sur les “doutes sur la version officielle”. Le responsable de service, bien qu’ayant fait l’effort de lire l’article de MediaPart, a choisi de ne pas en parler. “MediaPart, personne ne connait”, m’a-t-il dit. »

Explication 1 : Ce n’est pas que Mediapart manque de crédibilité, c’est qu’il manque de notoriété. Pas de crédibilité sans notoriété. Mediapart paierait là son positionnement relativement fermé vis-à-vis du monde, puisque journal en ligne payant. Le modèle payant l’isole, et quand un article est mis en lecture gratuite, on n’y prête pas attention car Mediapart ne fait pas partie de notre paysage, malgré ses signatures prestigieuses.

Pour Jean-Marie Le Ray, Mediapart c’est « un peu comme si l’on était face à une créature hybride, ni viande ni poisson, qu’on ne sait trop où caser. »

Mais on peut voir d’autres éléments d’explication à la très faible reprise de cet article de Mediapart.

Explication 2 : la concurrence sur le terrain du scoop. Car, et cela compte pour beaucoup, la Radio Suisse Romande a simultanément évoqué, le 4 juillet à partir de 12h30, une rançon de 20 millions de dollars. Et c’est ce scoop là, pas celui de Mediapart, qui a nourri l’ensemble des médias, en étant notamment repris par l’AFP (contrairement à Mediapart, non cité par l’agence).

Mediapart s’est donc fait couper l’herbe sous le pied par la Radio Suisse Romande. Pourquoi cette préférence des médias pour la RSR ?

On peut évoquer plusieurs raisons :

le pouvoir des chiffres. là où la RSR propose un fait et un chiffre (20 millions de dollars), Mediapart propose une analyse. Détaillée. Comme l’évoque Pierre France, il s’agit d’une « reconstruction d’un scénario » de la libération. Pas d’un scoop à proprement parler : le papier est basé sur des données existantes. Les médias ont donc privilégié (comment s’en étonner ?) la reprise d’une bonne grosse info basée sur un chiffre nouveau que d’une analyse complexe basée sur des faits existants.

le pouvoir de l’AFP. Quand l’AFP choisit de citer la RSR et pas Mediapart, il influe sur la quasit-totalité du traitement médiatique qui s’ensuivra. Cet épisode vient nous rappeler la toute-puissance de l’AFP : on serait presque tenté de dire qu’une info qui n’est pas reprise par l’AFP n’existe pas.

les luttes d’influence au sein des médias, passées et présentes. Autrement dit, et c’est mon camarade Emmanuel Brillant qui me le souffle : « pour beaucoup de médias, ne pas reprendre Mediapart c’est aussi pour faire chier Plénel ». No comment.

– la forme, enfin, qui à mon sens explique le buzz internet relativement limité autour de cet article : l’article de Mediapart est sur 4 pages. Il est très écrit, très littéraire. Il ne comporte pas d’illustration, pas de résumé. Il rend compte d’épisodes complexes de façon complexe. Il n’est pas construit de façon chronologique. Il ne renvoie pas sur des liens externes. Bref, il n’est pas facile à lire pour les internautes zappeurs et paresseux que nous sommes devenus. Il représente une antithèse de la tendance au marketing rédactionnel que nous évoquons régulièrement dans ces pages, une forme de « journalisme à l’ancienne » que Mediapart
incarne volontairement… et qui je pense lui joue des tours dans sa recherche de visibilité.

Les scoops sont les tremplins des sites médias – on se souvient de la façon dont rue89 avait rapidement acquis une notoriété grâce entre autres à quelques scoops bien sentis. Dommage que Mediapart n’ait pas été mieux récompensé sur ce coup là : cela risque de l’encourager dans une logique de recherche de scoops et d’informations « visibles ».

Lefigaro.fr passe devant lemonde.fr (et ne se prive pas de le faire savoir)

Après tout c’est de bonne guerre, et on n’est jamais mieux servi que par soi-même : on apprenait donc dans le Figaro d’hier (papier et en ligne) que lefigaro.fr est désormais le premier site d’information généraliste sur le net, devant lemonde.fr mais aussi devant Yahoo Actualités et Google News.

Les chiffres de Nielsen pour juin 2008 sont en effet les suivants :

1. Lefigaro.fr – 3.17 millions de visiteurs uniques

2. Yahoo! News – 3.15 millions de visiteurs uniques

3. Google News – 3.14 millions de visiteurs uniques

4. Lemonde.fr – 2.98 millions de visiteurs uniques

Et puisque c’est la fête Boulevard Haussmann, trois papiers valent mieux qu’un : « le figaro.fr premier site d’information généraliste sur Internet » pour les faits ; « Pierre Conte : ‘Internet nous amène naturellement vers l’audiovisuel’ » pour l’interview ; et « la mutation vers le numérique » pour l’analyse de fond.

Sans oublier les encadrés classement et progressions des sites dans la version papier, ainsi que la photo de l’équipe en charge du figaro.fr. Et on s’autorise une petite cerise sur le gâteau : la modification de la maquette du journal papier, qui reprend les codes du site ! Le tout, le jour même où lemonde.fr changeait de maquette…

Ce petit dossier du Figaro consacré à son développement en ligne appelle quelques commentaires. D’abord, on peut s’interroger sur le caractère définitif de cette « prise de pouvoir ».

Le premier des trois articles commence d’ailleurs par un triomphal « Mission accomplie. » – comme si la première place des sites d’information généraliste était une fin en soi. Pierre Conte, DGA du groupe, se fend d’un « le premier objectif était de faire du site lefigaro.fr le premier site d’information en France. C’est chose faite aujourd’hui« . Champagne.

On comprend bien la signification au moins symbolique de cette nouvelle hiérarchie pour Le Figaro, mais permettons-nous de dire que :

1. L’évolution rapide des chiffres n’indique en rien qu’elle soit durable. Lefigaro peut se retrouver quatrième le mois prochain, ou accroître son avance…

2. Lefigaro.fr passe devant en visiteurs uniques, mais quid de la durée des visites, devenue l’indicateur de référence pour… Nielsen, depuis le mois dernier ?

et surtout 3. aucun des 3 articles ne fait état de la profitabilité des activités web du Figaro, malgré des informations sur la croissance des activités du groupe, qui nous apprennent notamment que l’audience du figaro a progressé de 70% en un an (quand même).

Je ne cherche pas à être dubitatif ou à remettre en question la réussite du figaro.fr : par exemple, je ne suis pas sûr de partager la conclusion du billet de l’Editor’s Weblog, qui en commentaire de cette même actualité, estime que lemonde.fr comme lefigaro.fr ont un long chemin à faire en comparaison du site du New York Times ou du Guardian. Après tout, le NYTimes.com réalise 19 millions de V.U mensuels, donc à population « métropolitaine » équivalentes lefigaro.fr n’a pas tant à rougir que cela : le NYTimes touche environ un américain sur 16 alors que lefigaro.fr touche environ un français sur 20. Pas mal.

Il y a là une vraie réussite et une vraie stratégie, amplement racontée dans les 3 articles du Figaro : diversification thématique avec des sites en marque le Figaro et d’autres ; travail sur le référencement ; reconstruction du chiffre d’affaires des petites annonces avec l’activité Adenclassifieds ; lancement de services de proximité pour le lecteur, etc. — l’aspect le moins intéressant n’étant certainement pas l’appropriation des contenus vidéos (lancement des contenus vidéos « propres » Le Talk Orange – Le Figaro), qui montre bien comment Internet fait évoluer le traitement de l’information vers l’image et l’enjeu éditorial qui en découle.

Il s’agit plutôt de relativiser les conclusions qu’il faut tirer de cette annonce :

– d’abord, à périmètre comparable de « producteurs d’information », lemonde.fr reste devant lefigaro.fr. Autrement dit, le site du Figaro fait la différence sur les services, là où celui du Monde est focalisé sur l’info, comme le relève l’Editor’s Weblog.

Et pour un sujet qui nous intéresse bigrement sur Internet et Opinion(s), l’influence, cela a son importance : lefigaro.fr n’est certainement pas devenu plus influent que lemonde.fr. De la même façon que si l’on compare l’audience des tirages papier, on voit que Le Figaro est passé devant le Monde en diffusion OJD France payée… Alors que le Monde a une audience près de deux fois supérieure à celle du Figaro. Car un exemplaire du Monde serait lu par près de 6 personnes tandis qu’un exemplaire du Figaro serait lu par 3.5 personnes. N’est-ce pas une preuve d’influence supérieure du Monde ? Il me semble donc que l’on a ici encore une preuve que l’influence n’est pas en connexion directe avec l’audience.

– ensuite, il paraît nécessaire de témpérer l’enthousiasme du Figaro à l’égard du numérique. « Longtemps considéré comme un concurrent des médias traditionnels, Internet en est, finalement, l’allié et le facteur de développement », nous dit Enguérand Renault dans « la mutation vers le numérique« . Cela reste malheureusement très loin d’être évident !

L’incertitude sur l’avenir des médias en ligne est au contraire grande, très grande même et nous nous étions largement étendus sur la question. L’audience ne garantit pas les revenus qui ne garantissent pas la rentabilité, les modèles économiques sont incertains, la concurrence est énorme, des incertitudes planent sur la capacité des médias à produire de l’info, et tout cela a un impact sur la qualité rédactionnelle. L’incertitude est encore plus grande avec cette hypothèse géniale et vertigineuse évoquée chez Narvic, sur laquelle on espère pouvoir revenir bientôt.

Que le Figaro sable le champagne ne signifie en rien que sa bataille soit terminée, et encore moins que la guerre des médias d’information ait débouché sur une situation lisible, durable et profitable.

Mise à jour : le débat s’oriente sur la guerre des chiffres et le traficotage des audiences en vue de séduire les annonceurs, ce qui n’était pas exactement mon propos mais peut vous donner envie de lire Electron Libre, NetEco ou Novövision.

Quand la presse faisait parler les morts (la vieillerie de la semaine à la mode Bleustein-Blanchet)

Pendant que certains alimentent leur blog, d’autres travaillent;-)

Et dans mes savantes lectures du moment, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cet extrait issu d’un livre du célèbre publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet (vous savez, le père de Publicis).

Dans La Rage de convaincre, une de ses diverses autobiographies, l’amateur d’avions qu’il était se remémore l’histoire suivante. Deux  pilotes français, Charles Nungesser et François Coli décident de traverser l’Atlantique Nord. Ils partent le 8 mai 1927 du Bourget en direction de New York. Le lendemain, le 9 mai, le journal La Presse annonce en une que les deux aviateurs ont réussi leur exploit avec en sous-titre, « les  émouvantes étapes du grand raid ; à 5 heures arrivée à New York ». Sauf qu’en réalité, nos deux héros ont disparu en mer et n’arriveront jamais à bon port (hérodote.net le raconte ici). D’après Marcel, le public indigné est venu briser les vitrines de « La Presse » et quelque mois plus tard le journal cessera sa parution (cessation d’activité qu’il impute à cet épisode de désinformation mais ce serait à vérifier plus précisèment).

[ce phénomène] marque pour moi le début d’une époque, où l’information devient la principale technique, pour ne pas dire le produit n°1. A la limite, elle est aussi importante que l’évènement ; la preuve c’est qu’on vient demander des comptes au journal s’il en donne une version qui se révèle inexacte. Je ne voudrais pas paraître cynique, mais je crois que ce qui a bouleversé les gens, c’est moins la disparition de Nungesser et Coli que le mensonge dont La Presse s’était rendue coupable. Un crime de lèse-information. Mais aussi le commencement d’un nouveau système. Autrefois, on pouvait dire n’importe quoi, l’information était un monologue incontrôlable ; désormais, le public entre dans le jeu ; celui qui émet le message et celui qui le reçoit nouent entre eux un rapport étroit ; nous entrons dans l’âge de la communication. (p. 24 de La rage de convaincre, Robert Laffont, 1970 et c’est moi qui met en gras)

Marrant, non ? Remplacez communication par conversation et vous obtenez une formule digne de Loïc le Meur.

Heureusement que les discours d’évangélisation sur le « nouveau système » ou la « nouvelle société » ne datent pas d’hier. Mais en ces temps difficiles, il ne faudrait pas désespérer la blogosphère… (tiens d’ailleurs, peut-être qu’un jour on entendra dans la bouche des évangélistes « il ne faut pas désespérer Agoravox » comme d’autres ont répété qu' »il ne faut pas désespérer Billancourt« ; Agoravox n’est-il pas à la société de conversations ce que Billancourt était à la société de production de masse ? Finalement, nous ne sommes peut-être que des prolétaires du web… C’est Marcel qui doit bien se marrer du haut de sa tombe;-)

Nicolas Demorand : le marketing au secours des médias…

L’interview croisée de Nicolas Demorand et Jean-François Kahn dans le Télérama de cette semaine nous livre ce passage très inattendu (un extrait qui peut susciter de longues analyses, mais je m’en tiens à un premier niveau de réaction) :

Q : Hormis les journalistes eux-mêmes, voyez-vous d’autres garde-fous ?

ND : Peut-être la nouvelle génération des managers de presse, des gens venus du monde de l’entreprise, qui se sont frottés au marketing et sont nés professionnellement ailleurs, en dehors des médias et de l’info. Des gens pour qui la presse est moins un outil du débat démocratique qu’une « marque » dont la valeur (…) est d’abord l’impertinence, l’indépendance et la qualité des infos. Ceux-là ont un intérêt strictement matériel à l’exercice de la liberté de la presse. « Faites votre boulot », vont-ils dire aux journalistes. Non pas parce que vous êtes de preux chevaliers partant sur vos blancs destriers (…), mais parce que votre liberté et votre impertinence vont enrichir le patrimoine de ma marque, me permettre de la décliner sur Internet et de vendre de la pub (…

Autrement dit, le dirigeant issu du marketing, qui a un objectif strict de revenus donc d’audience, va encourager le journaliste à produire le meilleur de lui-même pour attirer les lecteurs ?

L’objectif d’audience n’a-t-il pas plutôt pour conséquence une orientation des choix rédactionnels vers les infos les plus… comment dire… les plus… les plus comme ça ?

Nicolas Demorand ne fait-il pas un peu figure de journaliste Bisounours au pays du marketing, sur ce coup-là ?

Une petite citation de Philippe Cohen de Marianne2.fr pour expliciter les conséquences de la recherche d’audience sur les lignes rédactionnelles :

“Si je fais un article sur la grève du Monde ou sur les Echos, je vais avoir 1500 ou 2000 visites maxi. Alors que si j’écris sur Marion Cotillard, Carla Bruni ou sur le SMS et bien ça va dépoter.” Et de conclure : “je suis obligé de jouer un peu sur les deux”. (Au cours d’un débat du SNJ résumé chez Ceucidit) (1)

Est-ce cela que Nicolas Demorand appelle « l’impertinence, l’indépendance et la qualité des infos » ?

Et je ne parle même pas ici du rapport entre la ligne éditoriale, les intérêts économiques de l’actionnaire, les commandes de l’Etat et les liens avec le politique… Nicolas Demorand poursuit, pourtant, argumentant que l’évolution technique rendrait le contrôle éditorial de plus en plus difficile :

« Un papier ‘trappé’ dans la presse parce qu’il pourrait nuire aux intérêts du groupe propriétaire, se retrouve, quelques minutes plus tard, sur Internet. Pour le patron de presse, le coût symbolique devient démesuré. Tous, malheureusement, ne comprennent pas qu’aujourd’hui la censure coûte mille fois plus cher que la liberté (…) »

Voici en résumé comment je comprends le raisonnement tenu par ND : « Internet rend plus difficile la censure ; il facilite donc l’indépendance des médias à l’égard des différents pouvoirs. Débarrassé de cette pesanteur, le patron de presse peut alors encourager le journaliste à exercer son métier de façon très quali, puisque cette qualité va permettre d’attirer le public, donc la pub, donc les revenus. Et la presse jouera à plein son rôle démocratique. ».

Un brin idéaliste, vous ne trouvez pas ?

(1) (Pour mémoire nous avions évoqué le « marketing éditorial » dans notre papier sur l’avenir des médias en ligne.)

Blogueurs vs. journalistes : on se pose un instant

Résumons.

Episode 1 : la polémique « Birenbaum vs. les blogueurs zinfluents ».

1er juillet : le premier à dégainer est Guy Birenbaum qui charge Embruns et les « blogueurs zinfluents ». Le sujet : la vidéo off de Sarkozy sur France 3. Ou plutôt, non : le sujet, c’est « les blogueurs zinfluents » puisque c’est pas là que Birenbaum commence, avant de revenir sur la vidéo en question.

3 et 4 juillet : lui répondent Versac, Koz et Laurent Gloaguen. On est entre polémistes : le sujet initial est vite oublié et aux attaques de Birenbaum sur les blogueurs zinfluents, Versac, Koz et Laurent répliquent par leur « évaluation » du personnage Birenbaum (et ils ne l’aiment pas trop).

Episode 2 : la polémique Aphatie vs. Versac.

3 juillet : Luc Mandret lance une chaîne de blogueurs (dont il conviendra ultérieurement qu’elle est sotte) : mon blog préféré et mon blog détesté du moment. Il tague entre autres Narvic.

4 juillet : Narvic reprend la chaîne et indique que son blog détesté du moment est celui de Jean-Michel Aphatie. Son billet inspire Versac qui à son tour prend le clavier pour « évaluer » Jean-Michel Aphatie. La sortie n’est pas assassine mais loin d’être agréable pour l’éditorialiste. Le soir même, Jean-Michel Aphatie répond à Versac et il n’est pas content. On est toujours sur le mode « évaluation de l’autre ».

5 juillet : Versac répond à la réponse de JMA.

A partir de là les deux « affaires » s’entremêlent. Le sujet n’est plus la vidéo de Sarkozy, l’évaluation d’untel ou des blogueurs zinfluents, le sujet est : « journalistes contre blogueurs ».

Episode 3 : la polémique « journalistes contre blogueurs ».

5 juillet. On aurait du mal à citer tous les billets. Retenons Jules, Narvic, Padawan et Verel qui produisent des analyses des deux épisodes simultanés et n’épargnent pas les éditorialistes impliqués. On lit souvent l’idée que les journalistes seraient jaloux de la concurrence nouvelle des blogueurs.

Guy Birenbaum répond partout dans les commentaires, alimente gentiment la polémique sur son blog en se posant en cible des « blogueurs zinfluents ». Jean-Michel Aphatie, lui, ne polémique pas.

Episode 4 : Versac dit stop

7 juillet : le match Aphatie / Versac fait l’objet d’un billet sur le blog de Jean-Marc Morandini.

Quelques heures après la publication de ce billet avec une citation « tronquée », Versac colle sa dém. Les dernières polémiques étant une goutte d’eau qui fait déborder le vase : versac.net est devenu une espèce de monstre hypermédiatisé qui échappe à Nicolas Vanbremeersch.

Episode 5 : la blogosphère s’enflamme, certains médias déclarent que c’est la « guerre »

8 et 9 juillet : on ne compte plus les blogs qui commentent la fin de Versac.net. Certains y voient la fin d’une époque.

L’affaire intéresse même les médias online (pour les médias papier, on verra) : Lefigaro.fr publie une bonne interview de Versac ; Lexpress.fr en parle ; ironiquement, LePost qualifie versac de « blog le plus influent de la sphère française »…

… Et 20minutes.fr et Marianne2 le disent : c’est la guerre entre journalistes et blogueurs. Et elle a fait un mort, Versac.

Analysons.

Je crains fort que cette idée de guerre entre journalistes et blogueurs soit celle qui marque les esprits. Guerre dont on avait d’ailleurs vu des signes annonciateurs depuis quelques semaines :

– polémique Veille2Com vs. Tanguy Leclerc (CBNews)

– polémique Crise Dans Les Médias vs. Claude Askolovitch (Nouvel Obs)

– polémique Luc Mandret vs. Jean-Marc Morandini

Et j’en loupe peut-être d’autres.

Ces cas de polémiques opposant des blogueurs à des journalistes sont tous différents sur le fond (et je ne me rangerai pas systématiquement du côté des blogueurs qui, à l’exception de la polémique Birenbaum, sont à chaque fois ceux qui attaquent, pour des raisons plus ou moins bonnes, les journalistes répondant ensuite).

Mais dans tous ces cas, la forme, le ton employé par les journalistes, révèle une réelle crispation. (D’où l’analyse de nombreux blogueurs, que je rejoins : la crispation est liée à la remise en question du statut du journaliste qui a accompagné l’émergence des blogs).

On a donc de la polémique, de l’invective, ça saigne (d’autant plus qu’on est souvent assez rapidement sur le registre de « l’évaluation de l’autre » et pas forcément sur du factuel argumenté). Autant de raisons de dire que c’est la guerre.

Pourtant :

« Journalistes contre blogueurs, c’est un faux débat, qu’entretiennent des journalistes perdus dans leur citadelle et qui se sentent menacés par des gens qui ne leur veulent pas de mal, mais exercent juste un droit de libre correction. L’heure est à la coopération, parfois complexe, entre les journalistes et leurs publics. » (Versac dans son interview au Figaro.fr)

L’idée d’une « guerre » est en effet un raccourci rapide de la relation entre journalistes et blogueurs. Heu, une construction médiatique, à vrai dire, me semble-t-il… (Cf. les titres des papiers 20minutes.fr et Marianne2).

Car les relations entre journalistes et blogueurs sont, bien sûr, beaucoup plus complexes.

En témoigne la reprise de la « dénonciation » de Maître Eolas par le Monde puis par de nombreux médias : enfin, un blog est considéré comme une source d’information fiable.

En témoigne l’intérêt de certains médias pour certains blogueurs. DarkPlanneur sur France Inter, Versac dans Les Echos, Eolas qui débat dans plusieurs émissions : enfin, les blogueurs sont pris pour autre chose que des blogueurs : des experts.

En témoigne les démarches d’ouverture de plusieurs médias en direction des blogueurs (je cite toujours Eric Mettout, rédacteur en chef de lexpress.fr, qui a organisé les « scoops » aux blogueurs, et participe souvent aux commentaires sur les blogs et blogue lui-même).

En témoignent aussi les journalistes blogueurs… qui jouent le jeu du blog (c’est à dire, répondent aux commentaires, voire commentent chez les autres, ou même, mettent des liens, si si !). Et les journalistes tellement blogueurs qu’ils ont fini par créer des médias hybrides, à mi-chemin entre les deux univers.

Mais arrêtons là sinon on va se croire chez les Bisounours. Et ne nous méprenons pas : ces exemples « positifs » que je donne relèvent davantage de l’exception ou du signal faible.

La règle était jusqu’à il y a peu celle de l’ignorance, du mépris souvent : les journalistes ne s’intéressaient tout simplement pas à la blogosphère. Ils ne répondaient pas aux critiques. L’actualité récente, avec ces éléments « de guerre » comme ces éléments de « rapprochement », ne signifie-t-elle pas simplement et seulement que les journalistes ignorent de moins en moins les blogueurs, que les deux univers se rapprochent ? Idée défendue notamment par Narvic

Car il y a encore quelque temps, Birenbaum, Aphatie, Leclerc, Askolovitch et Morandini auraient-ils pris la peine de répondre aux critiques, aux piques et aux attaques ? Je ne sais pas.

Conclusion en forme d’hypothèse : les médias ignorent de moins en moins les blogs, la barrière étanche entre les deux univers cède progressivement. Avec comme conséquences simultanées une plus grande ouverture et de plus grandes frictions. L’un n’empêche pas l’autre. Pour le meilleur et pour le pire