Archives de Catégorie: Vieillerie

L’ère post-media vue par Felix Guattari

La jonction entre la télévision, la télématique et l’informatique est en train de s’opérer sous nos yeux et elle s’accomplira probablement durablement dans la décennie à venir. La digitalisation de l’image télé aboutit bientôt à ce que l’écran de télé soit en même temps celui de l’ordinateur et celui du récepteur télématique. Ainsi, des pratiques aujourd’hui séparées trouveront-elles leur articulation. Et des attitudes, aujourd’hui de passivité, seront peut-être amenées à évoluer. Le câblage et le satellite nous permettront de zapper entre cinquante chaînes, tandis que la télématique nous donnera accès à un nombre indéfini de banques d’images et de données cognitives. Le caractère de suggestion, voire d’hypnotisme, du rapport actuel à la télé ira en s’estompant. On peut espérer, à partir de là, que s’opérera un remaniement du pouvoir mass-médiatique qui écrase la subjectivité contemporaine et une entrée vers une ère postmedia consistant en une réappropriation individuelle collective et un usage interactif des machines d’information, de communication, d’intelligence, d’art et de culture.

Extrait de Félix Guattari, « Vers un ère post-media ». Parution initiale dans Terminal, n°51, octobre-novembre 1990.

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Les lois de la participation

Cela fait des mois que nous n’avons pas publié une vieillerie. Celle qui suit date de 2006 et ne vient pas de n’importe qui – à savoir Ross Mayfield, dirigeant de SocialText. En matière de wiki et de participation c’est presque ce qu’on ferait de mieux. Et donc notre bonhomme avait proposé dans un billet intitulé « Power Law of Participation« , le joli graphique suivant :

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Plus on est de fous plus on rit. Mais ceux qui montent sur la scène, même s’ls sont plus nombreux qu’avant, restent des happy fews. Pour moi, un tel graphique n’a rien perdu de son actualité…

  • Sur le même sujet sur Internet & Opinion(s) :

Et si la sagesse des foules c’était d’abord celle de se taire ?
Rue89 et les lois de la participation

Quand la presse faisait parler les morts (la vieillerie de la semaine à la mode Bleustein-Blanchet)

Pendant que certains alimentent leur blog, d’autres travaillent;-)

Et dans mes savantes lectures du moment, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cet extrait issu d’un livre du célèbre publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet (vous savez, le père de Publicis).

Dans La Rage de convaincre, une de ses diverses autobiographies, l’amateur d’avions qu’il était se remémore l’histoire suivante. Deux  pilotes français, Charles Nungesser et François Coli décident de traverser l’Atlantique Nord. Ils partent le 8 mai 1927 du Bourget en direction de New York. Le lendemain, le 9 mai, le journal La Presse annonce en une que les deux aviateurs ont réussi leur exploit avec en sous-titre, « les  émouvantes étapes du grand raid ; à 5 heures arrivée à New York ». Sauf qu’en réalité, nos deux héros ont disparu en mer et n’arriveront jamais à bon port (hérodote.net le raconte ici). D’après Marcel, le public indigné est venu briser les vitrines de « La Presse » et quelque mois plus tard le journal cessera sa parution (cessation d’activité qu’il impute à cet épisode de désinformation mais ce serait à vérifier plus précisèment).

[ce phénomène] marque pour moi le début d’une époque, où l’information devient la principale technique, pour ne pas dire le produit n°1. A la limite, elle est aussi importante que l’évènement ; la preuve c’est qu’on vient demander des comptes au journal s’il en donne une version qui se révèle inexacte. Je ne voudrais pas paraître cynique, mais je crois que ce qui a bouleversé les gens, c’est moins la disparition de Nungesser et Coli que le mensonge dont La Presse s’était rendue coupable. Un crime de lèse-information. Mais aussi le commencement d’un nouveau système. Autrefois, on pouvait dire n’importe quoi, l’information était un monologue incontrôlable ; désormais, le public entre dans le jeu ; celui qui émet le message et celui qui le reçoit nouent entre eux un rapport étroit ; nous entrons dans l’âge de la communication. (p. 24 de La rage de convaincre, Robert Laffont, 1970 et c’est moi qui met en gras)

Marrant, non ? Remplacez communication par conversation et vous obtenez une formule digne de Loïc le Meur.

Heureusement que les discours d’évangélisation sur le « nouveau système » ou la « nouvelle société » ne datent pas d’hier. Mais en ces temps difficiles, il ne faudrait pas désespérer la blogosphère… (tiens d’ailleurs, peut-être qu’un jour on entendra dans la bouche des évangélistes « il ne faut pas désespérer Agoravox » comme d’autres ont répété qu' »il ne faut pas désespérer Billancourt« ; Agoravox n’est-il pas à la société de conversations ce que Billancourt était à la société de production de masse ? Finalement, nous ne sommes peut-être que des prolétaires du web… C’est Marcel qui doit bien se marrer du haut de sa tombe;-)

La typologie de la blogosphère selon Embruns (vieillerie de la semaine)

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas organisé une petite vieillerie de la semaine chez i&o.

Mes pérégrinations virtuelles m’ont fait atterrir sur ce post d’Embruns… qui date de 2004 ! (Laurent avait même publié une première version de son billet en 2003). Pour moi le schéma qu’il nous propose pour comprendre la blogosphère n’a pas pris une ride. Il est même, peut-être, devenu évident pour  tous nos lecteurs :

(si vous voulez tout comprendre de sa démarche, je vous invite à lire le billet ici)

En revanche, juste une chose reste en suspend dans ce beau (car simple;-) schéma : comment  la répartition entre ces trois pôles de production a évoluée depuis 4 voir 5 ans ? Difficile à dire car, à ma connaissance, nous n’avons pas ce genre d’information quanti.

Reste le feeling bien évidemment mais il me semble assez trompeur quand on veut parler de la blogosphère : nous sommes tous « communautaro-centrés ».

Voilà peut-être ce qui a changé depuis 2003-2004 : la vue d’ensemble. Plus personne n’est capable de parler de La Blogosphère en général. Je me souviens ainsi d’un ami doctorant dont la thèse portait sur ces journaux « intimes » naissants sur la toile.  Mon camarade se retrouvait de jour en jour submergé par les nouveaux blogs qui ne cessait d’apparaître. Alors qu’il pensait connaitre l’ensemble de son sujet, plus il avançait plus la forêt s’épaississait. Assez désarmant pour lui !

Quoiqu’il en soit, merci Laurent… Une petite madeleine se mange sans modération.

Retour vers le futur : Quand IP France évangélisait sur ce qui n’était pas encore le web

J’étais donc dans un trou, d’après le co-tenancier de ce blog. Pour fêter (dignement) ce retour, je me permets de vous faire part d’une vieillerie issue de mon travail de thèse. L’auteur des extraits qui suivent est un certain Jacques de Panafieu, directeur de « l’atelier de création » d’IP France. Petit exercice d’évangélisation du net avant l’heure :

« l’ère des mass media est liée à l’essor industriel et à la production de masse, instruments indispensables pour véhiculer le plus économiquement possible à une masse de gens indifférenciée, des informations contraignantes sur les productions, le dernier étant le public, mû par les forces mécaniques de la réclame ou de la publicité, aux termes d’un raisonnement de contacts ou de pressions, etc.

 » Nous entrons dans ère de communication individuelle où les mass-media vont être remplacés par l’auto-éducation et la publicité par l’animation socio-culturelle.

Dans un tableau récapitulatif que je vous épargne, il expliquait, entre autres, que chacun allait avoir « l’initiative d’aller chercher l’information », et que la distraction principale serait la « participation » en opposition aux jeux, au spectacle ou encore au Show Business.

Nous étions à l’IREP (Institut de Recherches et d’Etudes Publicitaires) en novembre 1975, d’où un vocabulaire quelque peu daté. Quelque temps après,le bonhomme changera complètement de branche mais gardera son statut d’évangéliste. A méditer !

Le progrès technologique en images (vidéo et vieillerie de la semaine)

André Gunthert, directeur du LHIVIC (Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine), a partagé sur son blog une vidéo troublante qui nous fait mesurer à quel point les technologies ont évolué depuis ces dix dernières années. A travers l’exemple de l’appareil photo numérique. Comme l’historien le remarque :

La lenteur de la mise en route, de la prise de vue ou de l’enregistrement sur le support, signalés chacun par une manifestation sonore des plus bruyantes, semble issue d’une époque déjà lointaine.

Amateurs de vieillerie vous voilà servis ! (si vous souhaitez en savoir plus sur l’appareil et ses caractéristiques techniques vous trouverez toutes les précisions dans le billet d’André Gunthert)

La séquence a été réalisée par le musée suisse de l’appareil photographique dont vous pouvez effectuer une visite virtuelle par là.

L’abonnement de Jean-Marie Messier à 73 euros (vieillerie du mois)

Extrait croisé dans mes pérégrinations universitaires. Alain de Pouzilhac se confiait à Jacques Séguéla dans Tous Ego (2005). Il y décrit ses relations avec Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi, à la fin des années 90.

Messier est une belle mécanique, mais d’une intelligence limitée. Je n’en veux pour preuve que le curieux comité exécutif où il nous décrit son portail – à 73 euros l’abonnement -, comme la huitième merveille du monde. Je me hasarde : « N’y a-t-il pas là excès d’optimisme ? L’internet gratuit est déjà à l’oeuvre en Grande-Bretagne, et il arrive en France avec Liberty Surf… » « En dehors de la pub, tranche J6M, tu ne comprends rien ». (p.48)

Parfois (souvent ?) les décisions stratégiques tiennent à bien peu de choses…

Un pour cent ou la pyramide de la participation (la vieillerie du mois)

The 1% Rule : Charting citizen participation, un billet signé Ben McConnell et qui date d’un peu moins de deux ans, nous donnait quelques informations sur la répartition des pratiques des internautes qui consultent sur les sites participatifs.

Cette règle n’est pas à prendre au pieds de la lettre, mais on tourne toujours autour de chiffres très explicites et en tout cas bien éloignés de la sagesse des foules, terme cher à certains observateurs du net. C’est toujours une minorité qui se révèle active (cf aussi un de nos anciens billets) : pour 100 d’internautes connectés à un site, 1 seul sera producteur de contenu. Ce qui fait relativiser de facto l’horizon optimiste du tout communautaire. On peut comprendre la bonne intention de créer une communauté ad hoc. Mais, sa réalisation et son animation vous font vite revenir sur terre.

Rien de nouveau pour ceux qui suivent assidument l’actualité web mais c’est toujours le genre de billet qu’il est bon de relire et de savourer à la lumière de cette nouvelle année qui s’annonce.

La première page de recherche

Et allez, hop, une petite vieillerie.

Delerm nous a habitué à la première gorgée de bière. Avec Google, nous nous sommes habitués à la première page de résultats. Abondance avait relevé cette étude en provenance de la société iprospect (et réalisée par Jupiter Research) qui date de 2006.

À la question, « quand vous faites une requête sur un moteur de recherche et que vous regardez les résultats, combien approximativement, d’entrées regardez-vous avant de cliquer sur l’une ? » 62 % des internautes interrogés cantonnent leur recherche à la première page. Le genre de résultat qu’il est bon d’avoir en tête, même si il a sûrement évoulé depuis.

whitepaper_01.gif

Le triangle d’or de Google (notre vieillerie de la semaine)

cropped.jpgLa vieillerie de la semaine revient !

Nous sommes en mars 2005. Quelques sites et blogs (entres autres, prweaver et prweb) relayent une étude eye-tracking américaine (commanditée par Did-it, Enquiro et réalisée par Eyetools). Ce qui donne l’image à votre gauche, la heatmap (pour bien la lire : cliquez ici pour l’agrandir, pour bien la comprendre : rendez-vous plus-bas dans ce post). Cela a-t-il évolué depuis ou est-ce toujours autant d’actualité ?

Comme le font remarquer les auteurs de l’étude, il s’agit plus d’un « F » que d’un triangle car l’oeil effectue son trajet à la fois de manière verticale mais aussi de manière horizontale. Pour compléter cette image, on disposait aussi des taux de regards. Les résultats pour les liens référencés « naturellement » sont les suivants :

Organic Ranking Visibility
(shown in a percentage of participants looking at a listing in this location)

Rank 1 – 100%
Rank 2 – 100%
Rank 3 – 100%
Rank 4 – 85%
Rank 5 – 60%
Rank 6 – 50%
Rank 7 – 50%
Rank 8 – 30%
Rank 9 – 30%
Rank 10 – 20%

En ce qui concerne la publicité, les résultats sont sans appel. Seul le lien du haut qui ouvre la liste des résultats est visible quasiment à 100%. Pour les liens à droites, les taux chutent très vite :

Side sponsored ad visibility
(shown is percentage of participants looking at an ad in this location)

1 – 50%
2 – 40%
3 – 30%
4 – 20%
5 – 10%
6 – 10%
7 – 10%
8 – 10%

tobii_tracker_1.jpgeyetools-explain_387x180.gifCette étude avait été réalisé de la manière suivante : un panel de 50 individus est recruté. On demande à chacun des internautes sélectionnés de suivre 5 scénarios différents de recherche sachant que le moteur adopté était obligatoirement Google. Leur lecture des pages de résultats est alors enregistrée par une machine ad hoc, un tracker (en gros cela ressemble à un ordinateur équipé d’une webcam).

Pour terminer, petit rappel didactique sur la lecture de ce genre de tracker (cliquez pour agrandir et pouvoir lire correctement) :legend_individual.jpgheatmap_explained.png