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10 mythes du web 2.0

Ah, le web 2.0… Il va vite, très vite, trop vite. Et ce qu’on en dit aussi : dans le web 2.0, les blogs sont « influents » ; le journalisme est « citoyen », le marketing est « viral »…

Depuis environ 4 ans, de nombreux mythes ont jalonné les discours sur les médias sociaux. On est revenus de certains, mais d’autres ont la dent dure. Petite revue de 10 mythes du web 2.0, dans le désordre.

[Edit : le mot « mythe » est fort. Certains mythes ne sont peut-être que des « idées reçues » : l’exercice d’en sélectionner 10 oblige à grossir le trait. Ce billet n’a pas pour objectif de tomber dans la caricature inverse et de dire que la réalité se situe dans l’inverse des mythes tels que je les formule. Chacun des 10 points que je présente ici renvoie à une réalité, mais une réalité souvent exagérée. L’idée est donc d’introduire de la nuance, de réajuster, de « remettre les choses à leur place ».]

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1.    « Wikipédia est aussi fiable que Britannica. »

C’est le mythe sur lequel Wikipédia a bâti toute son image et sa crédibilité. La source paraît infaillible : c’est une étude de la très sérieuse revue Nature qui le dit : en comparant Wikipédia et Britannica, on trouve moins d’erreurs dans le premier que dans le deuxième.

Pourtant c’est archifaux. Relisez ce billet d’Emmanuel qui explique pourquoi.

2.    « Le Drudge Report est plus fort que le New York Times. »

L’idée est séduisante : le Drudge Report, cette page de liens qui incarne à merveille ce qu’on appelle le linkjournalism ou Journalisme de Liens, aurait réalisé davantage d’audience que le New York Times pendant la nuit des élections américaines (arrivé 6ème des audiences Internet selon Hitwise). Sans budget, sans équipe…

C’est Yohann, un commentateur chez Narvic (le #9), qui m’a mis la puce à l’oreille : « Les seuls classements où Drudge arrive en tête, ce sont les classements basés sur les pages vues, où il n’a pas de mal à arriver premier vu qu’il est le seul à s’auto-rafraîchir toutes les trois minutes ».

Le Drudge Report, ça marche — et de façon même assez  étonnante —, mais pas dans les proportions que l’on a décrites. On peut aussi comparer une estimation du trafic NY Times / DR ici.

3.    « Sur Internet, c’est facile de faire du participatif. »

Les internautes commentent sur les blogs, postent des photos sur FlickR, des vidéos sur YouTube, construisent Wikipédia… Le web 2.0 donne la possibilité à tous de participer à la production du contenu, c’est donc facile de faire du participatif.

Un raisonnement souvent tenu par les annonceurs, parfois mal conseillés. Résultat : combien de blogs de marques sans aucun commentaire, de sites soi-disant participatifs, de concours désertiques ?

On ne répètera jamais assez que la participation active est le fait d’une minorité. On ne génère pas de la participation en claquant des doigts (ni de l’audience d’ailleurs). A relire : ce tableau de McKinsey qui montre la proportion d’internautes actifs dans les grandes plates-formes web2 (Wikipédia, YouTube, FlickR, Felicious…) ainsi que l’étude de Rue89 sur la participation de son lectorat.

On y voit très clairement que « the many benefit from the few » : sur FlickR, 2% des utilisateurs génèrent 95% du contenu ; sur YouTube, 6% génèrent 95% ; etc.

4.    « Avec Internet, chacun peut devenir journaliste. C’est le journalisme citoyen. »

L’expérience Agoravox le montre : le journalisme citoyen produit avant tout de l’opinion — et beaucoup moins d’information brute.

Normal : chacun n’a pas sous le coude une pile de scoops à révéler ; produire de l’information, cela suppose du temps, des méthodes, des moyens. Le journalisme est un métier.

Je ne saurai pas mieux faire que de vous renvoyer à cette remarquable note d’Aurélien Viers sur la question du journalisme citoyen. Depuis 4 ans, on se trompe de vocabulaire : ce qu’Internet permet, ce qui a le vent en poupe, ce sont les témoignages participatifs.

5.    « Les blogs influents. »

Des 10 mythes, c’est sans doute le plus durable, car le moins faux. On en a parlé, reparlé, on a discuté, disserté, analysé… Il existe plusieurs formes d’influence des blogs, de la capacité de nuisance à la capacité de rectification, les search, les scoops, les communautés ou l’influence auprès de leaders d’opinion comme des journalistes…

Mais écrire un blog, ça ne veut pas dire avoir un public ; ni être audible ; ni être écouté. Bref, prendre la parole, ce n’est pas prendre le pouvoir. Et on a certainement tendance à exagérer l’influence réelle de beaucoup de blogs qui fonctionnent dans l’entre-soi.

6. « L’UGC prend le pas sur les contenus professionnels. »

Les mythes liés à l’UGC sont nombreux : leur qualité, leur emprise sur le web…

Mais dans l’immense masse de contenus générés par les utilisateurs, une faible proportion sont de bonne qualité. Et voici 3 exemples pour illustrer le fait que l’UGC ne prend pas nécessairement le pas sur les contenus professionnels :

– Au niveau de la vidéo, Youtube et DailyMotion ont construit leur audience sur la republication de contenus professionnels (avec ou sans les droits) plutôt que de contenus amateur. Wat a de son côté renoncé à faire de l’UGC son coeur de business.

– Au niveau médias, l’expérience Rue89 est éclairante : le site a ouvert une brèche entre le journalisme et l’UGC, en proposant le concept de l’info à 3 voix : journalistes, experts, citoyens. Autrement dit, du journalisme et de l’UGC encadré et validé par des journalistes.

Avec l’exigence journalistique qui est la sienne, le constat de Rue89 a rapidement été que peu de contenus amateurs était publiables : les contenus de journalistes ont toujours été dominants dans le site, causant un conflit avec Mikiane, l’un des fondateurs. Ce soir, je prends la home de rue89 : 12 des 16 articles du « fleuve » sont signés de journalistes ou assimilés.

– Au niveau des marques, on dit souvent que les contenus UGC sont plus visibles que les contenus officiels. C’est parfois vrai, parfois faux : quand on tape les noms des grandes marques dans les moteurs de recherche, les contenus officiels restent les plus accessibles.

7. « Le marketing viral, ça cartonne. »

Ah, le mythe de la publicité gratuite… C’est un mythe qui s’est assez largement dégonflé maintenant, mais on a connu une période où le marketing viral était le graal de la communication en ligne pour les annonceurs. On fait une vidéo rigolote ou sympa, et ça buzze.

Résultat : une profusion de campagnes de faible qualité qui n’ont jamais décollé de là où on les avait mises. Le cimetière du web est plein de campagnes virales. D’après Jupiter research, 15% des campagnes virales atteindraient leurs objectifs. D’après Georges Mohammed-Cherif (Buzzman), qui a signé quelques unes des campagnes les plus virales de ces dernières années, il y a une dizaine de campagnes vraiment virales par an.

Et ce n’est pas parce que l’on devient viral que c’est gagné : encore faut-il que cela serve réellement les intérêts de la marque.

8. « L’audience des médias traditionnels se dégrade. »

Pour la presse écrite, c’est très clair : baisse constante de la diffusion de la presse depuis 2000.

Mais pour la radio et la télévision, c’est moins évident. Le temps passé devant la télévision a même progressé d’une minute au dernier pointage : 3h28 par personne en octobre 2008. Aux Etats-Unis, la TV est à son plus haut historique.

9. « La confiance dans les médias traditionnels se dégrade. »

Pas en France en tout cas. Malgré les discours ambiants, malgré les affaires, la question de l’indépendance, les relations entre actionnaires et groupes médias, entre le pouvoir et les patrons de rédaction…

Non pas que la confiance dans les médias traditionnel soit élevée. Mais depuis 2000, les études ne montrent pas qu’elle a fondamentalement évolué : un peu moins bien par ci, un peu mieux par là…

Un aperçu de l’évolution de la confiance dans les médias telle que la mesure TNS Sofres pour la Croix et Logica, depuis plus de 20 ans, ne montre pas d’évolution majeure dans les années 2000 : les taux de confiance dans la presse écrite, la radio et la télévision sont supérieurs ou égaux à leurs niveaux de 2000. Et en 2009, toutes les catégories de médias voient leur côte de confiance remonter. C’est dans les années 90 que la confiance dans les médias s’est affaissée. cela mérite une petite image :

confiance-medias-2009

10. « Obama a construit sa victoire sur le réseau de petits donateurs. »

On l’a vu un peu partout : Obama aurait amassé plus d’argent via ses petits donateurs que via les gros donateurs. Un véritable effet longue traîne avec un bénéfice important : une moindre dépendance aux lobbies, grâce à des dizaines de milliers de petits donateurs ayant mis la main à la poche dans la mesure de leurs moyens (petit donateur = moins de 200 $).

Le problème, c’est que c’est faux, révèle le Campaign Finance Institute, un organisme indépendant. Les petits donateurs n’auraient représenté que 26% des finances d’Obama… soit approximativement la même proportion que les petits donateurs de Bush en 2004. Avec 210 millions de $ en provenance de gros donateurs et 120 millions de $ en provenance de petits donateurs, on est dans des proportions classiques.

La confusion vient du fait que beaucoup de donateurs ont fait plusieurs petits dons. Si je donne 6 fois 50 $, je fais 6 fois un petit don, mais à l’arrivée, je ne suis plus un « petit » donateur, ayant dépassé les 200$.

[Comment ça, le mythe n°10 n’est pas un mythe 2.0 ? avec les mots-clé « Obama » et « Longue Traîne », ça a sa place ici non ?]

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Voilà pour les 10 mythes qui me viennent à l’esprit. Il y a en a sans doute beaucoup d’autres (par exemple, j’ai évité le mythe de la « conversation » qui a déjà été évoqué sur ce blog dans un billet plus ancien ; on aurait aussi pu écrire « sur Facebook, tout le monde voit votre vie privée »). J’attends avec impatience que vous complétiez la liste ou que vous vous offensiez de ce que vous venez de lire…

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L’âge de la réputation selon Gloria Origgi

« Sagesse en réseaux : la passion d’évaluer » est un article très intéressant de Gloria Origgi. Il vient d’être publié par La vie des idées et reprend le débat sur la problématique de la sagesse des foules. Je retiendrai trois points de son exposé :

1) le web révolutionne notre mémoire

2) une typologie des formes de coordination/formation de l’intelligence sur le web

3) Et si le web était plus un enjeu de réputation que d’information ?

***

Le web révolutionne notre mémoire

Comme je crois que ce blog n’a jamais abordé cette question autant en profiter :

1) Gloria Origgi nous rappelle qu’après l’écriture et l’imprimerie le web modifie profondément le rapport à notre mémoire : il est un support de mémoire extérieure qui démultiplie les possibilités que nous offraient jusqu’ici l’écriture et l’imprimerie.

2) Mais le plus important, selon l’auteur, concerne  notre méta-mémoire, c’est-à-dire les processus par lesquels on accède à la mémoire (notre éducation consiste à assimiler notamment des systèmes de méta-mémoire que sont les hiérarchisations, classifications etc.) :

Avec l’apparition des technologies qui automatisent les fonctions d’accès à la mémoire, comme les moteurs de recherche et les systèmes de traitement de la connaissance, la méta-mémoire devient également une partie de la mémoire extérieure : une fonction cognitive, centrale à l’organisation culturelle des sociétés humaines, est devenue automatisée.

Une typologie des formes de coordination/formation de l’intelligence sur le web

Comment cette méta-mémoire est-elle conçue aujourd’hui ? Voici succinctement la typologie proposée par Gloria Origgi, typologie qui repose sur une gradation de l’engagement de l’internaute dans la classification des informations :

– les systèmes automatisés, ce sont les filtrages à partir d’algorithmes qui traitent des données plus ou moins localisées (du système d’algorithme d’Amazon au Page Rank de Google) avec lesquels l’internaute interagit plus (comme dans le cas d’Amazon) ou moins (comme dans le cas de Google);

– les systèmes de réputation à l’exemple d’ebay où la sagesse apparait en raison de l’angoisse d’avoir justement une mauvaise réputation ce qui nuirait aux transactions à venir.

– les systèmes de collaboration du type wikipedia où la sagesse se fait par la coopération entre les membres (mais également par leur réputation comme le rappelle ce billet que l’on avait consacré à la question)

– les systèmes de recommandation où la sagesse est organisée à partir des « connaisseurs » où l’on révèle ses préférences aux autres internautes en leurs conseillant tel ou tel ouvrage, telle ou telle musique, etc.

Et si le web était plus un enjeu de réputation que d’information ?

Que déduire de cette typologie de l’organisation de la méta-mémoire selon Gloria Orrigi ?

Mon idée, c’est que le succès du web (…) vient de sa capacité à fournir non pas tant un système potentiellement infini de stockage de l’information, qu’un réseau gigantesque de systèmes de hiérarchisation et d’évaluation dans lesquels l’information prend de la valeur pour autant qu’elle a déjà été filtrée par d’autres êtres humains. Ma modeste prévision épistémologique est que l’âge de l’information est en train d’être remplacé par un âge de la réputation dans lequel la réputation de quelque chose – c’est à dire la manière dont les autres l’évaluent et la classent – est la seule manière dont nous pouvons tirer une information à son sujet. (…)

Plus le contenu de l’information est incertain, plus le poids des opinions des autres pour établir la qualité de ce contenu est important. (…)

Le Web n’est pas seulement un puissant réservoir de toutes sortes d’information labellisée ou non labellisée, mais il est un puissant outil réputationnel qui hiérarchise, introduit des systèmes de classement, de poids et de biais dans le paysage de la connaissance.

Ce que j’aime bien dans cette proposition (modeste mais géniale dirait l’autre) est qu’elle nous évite le chausse-trappe de l’âge de la conversation qui fait tourner à vide bon nombre de débats et engage les institutions diverses et variées (de l’homme politique à la marque) dans des solutions parfois très trompeuses… Mais j’imagine que mon avis sera loin d’être partagé…

PS : Un reproche à l’article ? À chaque fois, les applications sont présentées sous leur angle vertueux (ce qui biaise forcément la démonstration quand même) à l’exemple de Wikipedia pour lequel Gloira Origgi nous ressort le coup de l’article de Nature… Pour quelqu’un qui travaille sur l’épistémologie sociale c’est amusant.

Mass violence, un nouveau site tout en douceur

Le paysage intellectuel français est en train de se transformer en raison de l’appropriation par certains chercheurs des outils du net. La vie des idées, jusqu’ici think tank éditeur au seuil et d’une revue papier a organisé son passage on line. Nonfiction.fr a adopté un modèle assez proche où l’actualisation quotidienne du site est nourrie à partir de notes critiques des récentes parutions.

A ces modèles d’animation de la vie universitaire et intellectuelle, on peut désormais ajouter une nouvelle initiative internationale pilotée par des Français : www.massviolence.org (dans un autre style et sur un sujet différent on peut aussi citer criminocorpus).

Mass violence est à prendre comme un « site encyclopédique » sur les violences de masse et ceci sur l’ensemble du globe et de notre histoire. Nous sommes très loin de Wikipédia. Le site reprend en effet les normes et les modes de validation de la connaissance propre au milieu universitaire.

Une nouvelle preuve qu’il ne faut pas penser Internet toutes choses égales par ailleurs. Mass violence est un bon exemple d’initiatives au cœur du monde « classique » universitaire qui peuvent trouver refuge et audience sur Internet. Il montre qu’entre le succès de Wikipedia et le relatif anonymat des revues universitaires, il existe d’autres modalités de stabilisation et de diffusion du savoir. Faut-il rappeler que l’idée de travail collaboratif n’est pas née avec Wikipédia (il trouve une nouvelle dimension, mais les chercheurs n’ont pas attendu cela pour travailler ensemble) ?

Ainsi, voir dans Wikipédia ou ses avatars wiki la clé de voûte du paysage intellectuel à venir me semble être très aventureux (c’est la thèse conclusive d’un récent article de Philippe Lacour pour… La vie des idées justement) . Voir l’intellectuel comme un DJ relève du slogan assez creux si l’on ne prête aucune attention à des enjeux bien plus importants : les conditions même de production de la recherche et du savoir (dont les dernières réformes du gouvernement questionnent le monde de la recherche, c’est le moins que l’on puisse dire).

Quoi qu’il en soit, massviolence.org démontre une nouvelle fois qu’Internet peut acceuillir des informations fiables, validées et stabilisées sur le modèle universitaire classique. Et encore une fois, il ne faut pas oublier que nous vivons dans une période de « destruction créatrice », très instable et où des acteurs traditionnels mettent toujours du temps à se déplacer.

[edit du 23 mai 2008 : le point de Christian Delange sur son blog]

Jimmy Wales rompt sur Wikipedia : faites ce que je dis, pas ce que je fais

Excellente enquête de Gilles Klein pour le compte d’Arrêt sur images. Jim Wales, le co-fondateur de Wikipedia, se prend les pieds dans le tapis. Il aurait, entre autres modifié la page de sa copine (enfin, son ex désormais si on a bien suivi Gilles). Vous savez ce genre de modifs qu’il refuse aux autres.

La « banale » histoire de moeurs fait scandale jusqu’à enfler outre-atlantique selon Gilles. Certains attaquent ainsi ouvertement Wales sur des sujets connexes comme les dépenses qu’il se fait rembourser par la fondation Wikimedia.

Deux enseignements :

1) cela montre très bien que les « affaires » d’argent, de morales, d’éthiques, de copinages etc. (vous savez toutes ces casseroles bonnes pour les « médias traditionnels ») n’ont rien d’impossible au pays merveilleux du 2.0. C’est même un signe de sa normalisation socio-culturelle. Cela pourrait même jouer en faveur des médias tradi quand les internautes se rendront compte que les pratiques sont pas plus vertes qu’ailleurs (la vie quoi!).

2) Et puis, pour les filles, vous savez désormais quoi faire quand votre mec vous largue pas très gentillement… Vendez ses fringues sur e-bay!!

Lectures conseillées : journalisme et Internet, UGC, Wikipédia, prédictions 2008, etc.

Nos lectures de la semaine :

– L’entretien de Bruno Patino avec la revue des deux mondes qui est actuellement en ligne ici (sous l’éditorial). On retiendra les extraits suivants :

« C’est cette même inquiétude au regard de la qualité du journalisme qui a conduit Jürgen Habermas à faire surgir le débat d’un service public de l’information en Allemagne. C’est un thème qui va aussi arriver en France. »

« s’ils voient un message posté par toto27 qui leur recommande tel shampooing, ils n’éprouvent aucune suspicion et ne se disent pas qu’il pourrait avoir été rédigé par trois salariés de l’entreprise de cosmétiques. En matière de consommation d’information, c’est tout à fait différent. L’identité de l’émetteur du message est primordiale dans la façon dont ce message est reçu, de façon positive ou négative, d’ailleurs. »

« la presse, c’est aussi se définir comme membre d’une communauté sociale et/ou géographique. Le Web bouleverse tous ces repères. Il permet aux gens d’entrer en relation non pas en raison de leur appartenance à une classe sociale, ni de leur lieu d’habitation, mais en fonction de leurs centres d’intérêts. C’est cela qui explique le succès d’un site comme FaceBook. »

Et en vrac :

– Il y a quelques mois Emmanuel Parody s’inquiétait de la webophilie des futurs journalistes. Un article de Journalismes.net fait le point sur l’intégration – ou non- du multimédia dans les écoles de journalisme.

– Un passionnant entretien avec Olivier Ertzcheid dans Ecrans, à propos de Wikipédia.

– La quantité de contenus générés par les utilisateurs (UGC) aurait augmenté de 70% en 2008 et augmenterait encore de 50% en 2008, selon une étude de Research and Markets.

– Un marché à inventer ? Celui des coachs digitaux au service des PME. Je souscris à 100%.

– Enfin un peu de prospective Internet avec les prévisions 2008 du Journal du net et une synthèse de prévisions 2008 lues un peu partout, effectuée par Ecrans.

Rétrospective 2007 : l’année web

La fin d’année est traditionnellement l’heure des bilans. Internet et Opinion n’y échappe pas et vous propose de revisiter 2007 à travers une sélection subjective des événements qui nous ont le plus marqué.

Janvier

5thThierry Crouzet publie Le Cinquième Pouvoir, un des (finalement) rares essais sur les effets de la participation sur Internet.

Coca-Cola consacre plus d’un quart du budget de lancement de Coca-Cola Zero à Internet : le record pour les gros lancements en ce début 2007.

Février

David Neeleman, patron fondateur de jetBlue, utilise YouTube pour s’adresser directement à ses clients à l’issue de la plus grande crise de l’histoire de la compagnie : une vidéo, « Our Promise To You », qui restera dans les annales de la gestion de crise en ligne.

DailyMotion, YouTube et les skyblogs sont les accélérateurs du mouvement qui envahit les dancefloors et les rues : la Tecktonik.

Mars

Le buzz de ce début d’année est l’oeuvre du magazine Choc (dont les ventes s’effondrent), pour qui l’agence Buzzman a conçu une campagne autour d’une vraie-fausse vidéo du pétage de plombs de Jean-Luc Delarue dans l’avion.

summizeLancement de Summize, nouveau modèle de consumérisme en ligne, dont on attend un équivalent français avec impatience.

La net-campagne bat son plein et est un terrain d’expérimentation pour les politiques qui utilisent le web au maximum de ses possibilités, allant jusqu’à investir Second Life, et pour les médias, qui font évoluer leurs formules en ligne pour y intégrer le maximum d’interactivité.

Avril

lifeL’emblématique magazine Life cesse sa parution : le Paris-Match américain n’existera plus qu’en ligne.

Consolidation dans la publicité en ligne : Google s’offre DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars. Un mois plus tard, Microsoft rachète aQuantive pour 6 milliards de dollars.

Mai

Steve Jobs annonce une série de mesures visant à rendre Apple plus verte : c’est le résultat d’un travail de lobbying en ligne mené par Greenpeace depuis 9 mois au travers du site GreenMyApple.

Contrairement au référendum, les résultats de la campagne présidentielle ne reflètent que modérément le débat en ligne.

rue89Lancement le 6 mai de Rue89.com, première expérience online française de journalisme « hybride », où des journalistes issus de Libération encadrent des contributions extérieures de non-professionnels de l’information. Après 6 mois d’existence, Rue89 est l’auteur remarqué de plusieurs scoops et réalise près d’un million de visiteurs mensuels. D’autres projets comme Lepost.fr (groupe Le Monde) ou MediaPart, le projet d’Edwy Plénel, se faufileront dans ce créneau.

facebookFacebook ouvre la possibilité à tous ses membres de développer librement leurs applications en ligne et d’en tirer tous les revenus associés. C’est le signal d’une explosion qui fera de Facebook LE phénomène Internet de 2007, témoignant d’un nouveau rapport social entre les individus et éclipsant les MySpace, Second Life ou autres Twitter.

Juin

sarkog815 millions de vidéos vues en 10 jours pour se demander si Nicolas Sarkozy était bourré au G8. Etonnant buzz autour d’une vidéo finalement assez anodine.

Fin d’Arrêt Sur Images après 12 ans de bons et loyaux services. Après polémiques et pétitions, l’équipe de Daniel Schneidermann se délocalise, déménage le big bang blog et prépare son retour en ligne.

Aufeminin.com, leader des magazines féminins en ligne, est racheté à plus de 40% par le groupe allemand Springer, portant ainsi sa valorisation à 284 millions d’euros. Soit 44 millions d’euros de plus que le prix que Bernard Arnault déboursera pour Les Echos au mois de novembre.

Juillet

Agoravox lance sa première enquête participative, une nouvelle expérience d’intelligence collective coordonnée. La première d’entre elles est consacrée à la vaccination.

iab logoL’enquête de l’Interactive Advertising Bureau sur l’e-pub montre une progression des investissements en ligne de 40%. La SNCF reste le premier annonceur. Près de 11% des dépenses publicitaires en France sont désormais consacrées au web, seul segment dynamique du marché publicitaire.

Août

Avec une certaine discrétion, Google devient éditeur en annonçant la possibilité pour les parties prenantes d’une information de venir commenter les Google News qui les concernent. Une solution utilisée sur le Google News U.S. et avec parcimonie.

Un étudiant américain, Virgil Griffith, met en ligne le Wikiscanner, un outil permettant de remonter à la source des modifications anonymes sur Wikipédia. Nombreux sont ceux (partis politiques, entreprises, personnalités) qui sont pris la main dans le sac.

Les étudiants britanniques font plier HSBC en se fédérant sur Facebook : la pétition en ligne réunit plusieurs milliers de membres et permet l’annulation de l’augmentation de leurs agios.

Septembre

Chanel met le paquet avec une opération blogueurs impressionnante.

NYT onlineLe New York Times.com, site média le plus visité au monde, abandonne le modèle payant et rend gratuit l’accès à la totalité des contenus, pariant sur l’accroissement de trafic et des revenus de la publicité.

widgetupsC’est l’année des widgets. UPS consacre l’essentiel de son budget d’achat d’espace 2007 à la promotion on et offline de son compagnon de bureau : sans doute une des campagnes les plus ambitieuses et les plus osées pour un service web (signée McCann Erickson).

Octobre

onslaughtAprès une première campagne très remarquée intitulée « Evolution » qui dénonçait la dictature de l’image, Dove remet le couvert en s’attaquant aux marques dans sa nouvelle campagne, « Onslaught« . Une ligne jaune franchie pour beaucoup, qui rappellent que Dove, c’est Unilever et qu’Unilever, ce sont aussi des marques dont l’attitude est dénoncée… par Onslaught.

radioheadPlus de maison de disques, plus de points de vente : Radiohead utilise le web comme seul canal de lancement de son dernier album, In Rainbows, demandant à l’internaute de payer le prix qui lui paraît juste. Mais combien d’artistes peuvent se permettre une telle folie ?

Le magazine Géo lance ses webreportages : une belle réussite qui illustre l’intégration croissante de l’image en ligne et le phénomène des web TV.

martinePlus qu’un buzz Internet, c’est un véritable phénomène de société : impossible d’échappper au Martine Cover Generator. Casterman demandera la désactivation du site après un mois de franche rigolade pour les internautes.

Jean-Louis Borloo rencontre une assemblée de blogueurs à l’occasion du Grenelle de l’environnement.

zuckerbergFacebook accueille Microsoft dans son capital à hauteur de 1.6% (soit 240 millions de dollars) et annonce la personnalisation de la publicité.

Novembre

Un e-mail mal placé de BETC Euro RSCG à Laurent Gloaguen d’Embruns, doublée d’une campagne de publi-rédactionnels sur des blogs pour Ebay, met le feu à un bout de la blogosphère et relance le débat sur les relations entre les marques et les blogueurs.

C’est la fin de Pointblog, le magazine du blogging. L’audience et le rythme de publication n’auront pas suffi à attirer suffisamment de publicité. Gilles Klein continue avec Le Monde du Blog.

Le baromètre annuel d’IPSOS pour Australie montre un niveau élevé de publiphobie de la part des internautes.

olivennesLe patron de la FNAC Denis Olivennes réussit le joli coup de mettre d’accord les ayant droit de la musique et du cinéma et les fournisseurs d’accès et propose dans son rapport de sanctionner les pirates en coupant leur abonnement à Internet.

L’arrivée de l’iPhone marque le véritable lancement de l’Internet mobile.

Décembre

quidRobert Laffont annonce la fin du Quid papier, victime collatérale de l’abondance d’information en ligne (et peut-être de Wikipédia en particulier).

On semble s’ennuyer au Web3, le congrès international réunissant blogueurs et entrepreneurs de tous horizons à Paris. Peu de nouveautés dans les contenus, mais un « place to be » du networking malgré tout.

Facebook passe le million de membres en France.

Skyblog était un phénomène de société, c’est aussi désormais un phénomène économique : Skyrock annonce gagner davantage d’argent avec ses activités en ligne qu’avec la radio.

manaudouLa publication de photos de Laure Manaudou nue enflamme le web (et les stats de tous ceux qui utilisent les 3 mots magiques : Laure + Manaudou + Nue), mais un travail remarquable des avocats de la nageuse, qui obtiennent le retrait rapide des images là où elles sont publiées, vient démontrer qu’Internet n’est peut-être pas la zone de non-droit que l’on croit.

Bonne fin de fêtes de fin d’année à tous.

Pourquoi Wikipedia n’est pas une encyclopédie (La révolution wikipedia, remix n°4)

Pourquoi Wikipedia n’est pas une encyclopédie ? Ce livre est l’occasion de revenir sur ce qui fait une encyclopédie, les projets originels des philosophes des Lumières. Quelques rappels qui peuvent être lu comme autant de questions posées à Wikipedia :

  • L’encyclopédie est un ouvrage traitant méthodiquement de toutes les sciences et de tous les arts ;
  • « tous les efforts des encyclopédistes depuis l’Antiquité visent à classer, à hiérarchiser le savoir » dixit un historien interrogé.

Dans un cas [Wikipedia], l’encyclopédie se construit comme une maison en Lego, où chaque enfant passant devant le bac à jouets ajouterait une pièce selon son bon vouloir et son inspiration du moment ;
Dans l’autre [l’encyclopédie], un architecte élabore soigneusement un plan au préalable, puis une équipe restreinte de maçons de met au travail pendant un temps déterminé (p.106).

Wikipedia répond par la négative à ces questions. Wikipedia n’est pas une encyclopédie. Et dire Wikipedia n’est pas une encyclopédie n’enlève en rien son intérêt, son importance sur Internet. Mais les mots ont un sens. Dans le sillage de l’ambition encyclopédique, Wikipedia est un support nouveau de diffusion de la connaissance mais pas une encyclopédie – ce qui ne remet pas en cause l’intérêt de la chose. Cela remet le site collaboratif simplement à sa (juste) place.

La révolution wikipedia, remix n°3 : crise du savoir et transition technologique

Le chapitre d’ouverture (« Le monde de l’éducation ébranlé ») et le chapitre de conclusion (« comment devenir wiki-intelligents ») sont deux faces d’une même pièce : l’appropriation d’une technologie. La crise du savoir que l’on traverse actuellement est étroitement liée à la transition technologique que nous vivons (il ne faudrait pas aussi mettre de côté toutes les difficultés matérielles qui assaillent le monde de l’éducation et ce de la prime enfance à l’enseignement supérieur – mais cela dépasse le propos de ce blog).
Sur ce sujet, Wikipedia n’est qu’un épiphénomène. Les contributeurs ne sont pas responsables de la manière dont les autres internautes utilisent Wikipedia. Le problème n’est pas le fameux wiki mais son usage ; son usage acritique. Le problème concerne plutôt l’utilisation bête et méchante du copier-coller. Comme le remarquent les auteurs, sensibiliser les élèves, les former à une activité critique se révèle plus urgent que jamais. La construction de Wikipedia relève d’une activité participative et engageante des internautes. Le paradoxe est que son contenu peut-être utilisé par d’autres de manière passive et consommé sans recul.

La philosophie d’un des fondateurs de Wikipedia me semble plus inquiétante. D’autant plus que l’apparition du site me semble concomitante d’une tendance plus générale des sociétés occidentales : une méfiance envers le savoir et les autorités traditionnelles qui le détiennent (université, corps enseignant, experts, intellectuels). Larry Sanger, co-fondateur avec Jim Wales de l’encyclopédie, n’a pas hésité à critiquer la philosophie « résolument anti-élitiste » de son ancien camarade. Selon Larry Sanger, le projet de départ a été détourné de son objectif qui était de faire collaborer des universitaires avec des internautes amateurs pour assurer la cohérence et la qualité de l’encyclopédie en ligne (une idée en rien différente de la manière dont Diderot à organisé son Encyclopédie).
Pour l’instant Jimmy Wales a imposé sa manière d’organiser le savoir sur Internet, bénéficiant de la lenteur et de la faible acculturation des acteurs traditionnels du secteur. Mais les intellectuels formés par la voix universitaire classique se réveillent. En témoignent des sites comme nonfiction, la vie des idées ou plus « historiquement » liens socio.

« la révolution wikipedia », remix n°2 : Faire et défaire une réputation au sein de la communauté Wikipedia

Le chapitre 3 de La révolution Wikipedia est consacré au fonctionnement interne du site collaboratif. Au travers de l’évocation du parcours de deux contributeurs, on comprend, en partie, comment peut se faire et se défaire une réputation au sein d’une communauté (des mécanismes proches de ceux que l’on rencontre dans la vie associative ; vie que nos gouroux du marketing communautaire et viral connaissent peut-être moins bien).
La réputation d’un administrateur se fait d’autant plus rapidement que celui-ci est actif et s’attelle à des tâches techniques ou supposées ingrates :

« C’est du nombre et de la qualité des contributions, mais aussi de la capacité du candidat à faire de la « maintenance » sur le site que dépend l’attribution du statut d’administrateur à contributeur » (p.61)

Le consensus est mécanisme d’élection privilégiée : le candidat doit dégager une large majorité (avec un pourcentage qui tourne autour de 80%). Un consensus d’autant plus facile à trouver que, selon Esprit Fugace :

« On se fait vite une image des autres internautes, qu’on ne cesse de croiser lors de discussion. Un simple coup d’œil permet d’en apprendre plus sur lui. En un clic, on peut découvrir sur quels sujets il est intervenu et ainsi se faire une idée de ses thèmes de prédilection » (p.63).

L’important est aussi de gérer et de préserver la face pour reprendre une terminologie d’Erving Goffman. Il faut accepter de faire bonne figure et rester polie même si l’on en vient à se faire insulter. Car le statut et la réputation sont des atouts non négligeables dans le règlement de conversation controversée. Ainsi, Wikipedia par son fonctionnement reconstruit de l’autorité, des références pour réguler le contenu du site. Si cela ne semble pas suffisant pour certains, l’évacuer d’un revers de même est une grossière erreur. Oui, Wikipedia crée de la hiérarchie. Comme dans toute association et dans n’importe quelle communauté, certains sont plus respectés que d’autres.
La preuve avec le cas inverse de Essjay, un affabulateur qui avait gravi les échelons de l’organisation : administrateur, checkusers (accès à l’adresse IP des utilisateurs), membre du comité de médiation. Le garçon qui se présente comme un professeur de théologie est un des contributeurs les plus prolixes du wiki. Alors qu’il va être salarié d’une entreprise liée à Wikipedia il révèle son vrai nom et son identité et

« Dans une communauté fondée sur la confiance, le mensonge est une faute grave, mais ce qui rend réellement furieux les wikipédiens est le fait qu’à diverses reprises Essjay s’est appuyé sur ses faux diplômes pour imposer ses points de vue » (p.74).

Essjay est alors banni et se voit contraint de fermer sa page Wikipedia. Qui a dit que l’anarchie régnait sans conteste sur la toile ?

« La révolution Wikipedia », remix n°1 : comment Wikipedia est devenu une source autorisée

Le second chapitre du livre La Révolution Wikipedia fait le point sur la manière dont Wikipedia a pu acquérir ses galons de légitimité auprès de la presse généraliste. Les auteurs se penchent sur la fameuse enquête Nature publiée en 2005 qui comparait Wikipedia avec Britannica.
Les coupures de presse reprises sont sans équivoques : Wikipedia est désormais une source fiable selon les journalistes français. Mais, comme aimait à le dire André Gide, le succès repose sur un malentendu ; malentendu que les étudiants de Science-Po dissipent sans difficulté.
En effet, l’enquête réalisée par le magazine scientifique est très contestable. Sa relecture nous invite à la plus extrême prudence concernant les résultats :

  • Le protocole d’enquête se révèle arbitraire et restrictif. Les 42 articles choisis le furent en raison de leur taille identique dans les deux supports et dans le seul domaine des sciences dures (ce qui est bien normal pour un journal comme Nature).
  • L’analyse des articles est elle-même sujette à controverse. Britannica a réfuté la moitié des erreurs relevées par le magazine. Mais cette remise en cause s’est noyée dans l’effervescence médiatique pro-wiki.

D’autre part, les journalistes qui ont relayé cet article l’ont maladroitement résumé : ils se sont arrêtés à l’accroche trompeuse du communiqué de presse de Nature. Quantitativement, Britannica est 24% plus fiable sur Wikipedia sur les 42 articles étudiés. Mais que veut dire ce chiffre ? Comment l’interpréter ? Que cela signifie-t-il au regard du protocole et des thèmes choisis, très loin d’être représentatif des deux encyclopédies ? Honnêtement, je pense que cela ne veut rien dire. Nature n’a rien prouvé.
Mais, la couverture médiatique de cette enquête, dont la seule évocation du titre du journal suffit à faire taire toute suspicion (argument d’autorité par excellence : « c’est Nature qui le dit »), a installé Wikipedia comme une source valable en général. Non pas fiable à 100%, mais presque… pas si loin de nos encyclopédies traditionnelles. Allez, en gros, ça se vaut…
Wikipedia venait d’être reconnue médiatiquement, une première étape pour devenir une source autorisée socialement. Ajoutez à cela, le référencement favorisé par Google et vous obtenez en quelques mois un incontournable du net.