Archives de Catégorie: Wikipedia

La Révolution Wikipedia, une lecture remixée par i&o

Pour votre info, cette semaine, i&o vous propose un feuilleton. Après la lecture de La Révolution Wikipedia, nous avons décidé de consacrer plusieurs billets à quelques points de l’enquête des anciens étudiants en journalisme de Science-Po encadrés par Pierre Assouline qui signe la préface.

Par principe et pour le plaisir, citons l’ensemble des co-auteurs : Pierre Gourdain, Florence O’Kelly, Béatrice Roman-Amat, Delphine Soulas, Tassilo von Droste zu Hülshoff.

L’ouvrage publié aux Milles et une nuits et sous-titré « Les encyclopédies vont-elles mourir ? » est d’une lecture indispensable pour celui ou celle qui cherche à appréhender le phénomène Wikipedia et s’interroge sur l’avenir de la connaissance. Donc ici pas de résumé, ni d’avis sur l’ouvrage ou la critique de telle ou telle position. N’ergotons pas. Les billets qui vont suivre seront plutôt le partage d’une tentative d’appropriation personnelle du contenu du livre. Une sorte de remix. Ce qui donne quatre billets (plus ou moins courts) :

  • Comment Wikipedia est devenu une source autorisée.
  • Faire et défaire une réputation au sein de la communauté Wikipedia
  • Crise du savoir et transition technologique
  • Pourquoi Wikipedia n’est pas une encyclopédie ?

On espère pouvoir vous proposer le même principe avec d’autres livres bientôt.

PS : Soit dit en passant, les insultes dont Pierre Assouline est régulièrement l’objet quand il aborde le sujet Wikipedia sont non seulement médiocres et imbéciles mais inadmissibles et inquiétantes (et Dieu sait que je ne partage pas ses points de vue sur la question). Elles nous rappellent que le net est aussi bien la patrie de la discussion que l’empire de l’insulte.

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Information R/evolution, la nouvelle vidéo de Michael Wesch

De nombreux blogs en ont déjà parlé et François Guillot l’avait évoqué, mais j’assume le fait d’être à la (longue) traîne. Michael Wesch, professeur d’anthropologie est, à ses heures (non) perdues, un vidéaste de talent qui nous sensibilise aux nouveaux enjeux et conséquences d’Internet sur nos modes de pensée (le site de son groupe de travail).

Il a posté sur YouTube une nouvelle vidéo, Information R/evolution, sur nos manières de gérer et de distribuer désormais l’information. Par la qualité de la réalisation, de la pertinence des questions qui sont soulevées et de la fulgurance de certains propos, cette vidéo est à regarder (et à méditer) absolument :

Pour ma part, je suis beaucoup moins convaincu et enthousiaste qu’après le visionnage d’une autre de ses célèbres vidéos, The Machine is Us/ing us. En effet, cette nouvelle démonstration en image me semble passer sous silence de nombreux faits et exemples qui altèrent grandement l’optimisme qui sous-tend son argumentation (en gros, le prémisse argumentatif réside dans l’idée que « nous sommes l’information », que « nous produisons l’information », un « nous » et une généralisation qui ne me satisfont guère : les faits me semblent infirmer en grande partie cette vision ; en effet, les médias de masse même si leur audience s’érodent ou stagnent restent très structurants aujourd’hui ; pour ce qui est de l’avenir il nous le dira en temps et en heure). The Machine is Us/sing us a la qualité d’être cohérente avec de nombreuses recherches en anthropologie de l’écriture. Information R/evolution cède un peu plus à la facilité pour l’évangélisation d’une hypothétique sagesse des foules. Voilà pour mon point de vue, je serais ravi d’avoir le vôtre.

Pour les nouveaux venus ou les aficionados, je me sens Henri Langlois et i&o se fait Cinémathèque :

Wikipedia ou Pierre Assouline : comment rectifier son erreur ?

25-assouline.jpgPierre Assouline, dont je lis et j’apprécie le blog depuis son ouverture, s’est fait un contempteur de wikipedia, avec des billets aux titres évocateurs: l’Affaire Wikipedia, de l’irresponsabilité de wikipedia, tous les wikipédiens ne sont pas tous désintéressés, la fiabilité de wikipedia en question.

Comme j’ai savouré ses chroniques sur France Inter, je lis également Pierre Assouline dans Le Monde 2. On lit en page 7 du numéro de ce week-end, dans un corps de texte minuscule l’information suivante : un photographe a contacté le journal pour rectifier une information à partir de laquelle Pierre Assouline avait écrit toute sa chronique.

725px-origine-du-monde-inisheer.jpgLe journaliste écrivain chroniqueur enseignant critique blogueur reprenait une information du Canard Enchaîné : lors de sa visite de la rétrospective Courbet, notre président aurait tout fait pour éviter d’être photographié devant le tableau à l’histoire sulfureuse, L’Origine du Monde. Ce qui lui faisait écrire, le 3 novembre 2007, dans le n°194 du Monde 2:

« Pas question de photographier le futur ex-époux de Cécila S. devant ce sexe en majesté. On imagine l’usage que les médias et, à défaut, la blogosphère en auraient fait. Le président a probablement été filmé et photographié devant toutes les oeuvres de Courbet sauf une. Une telle aventure ne pouvait advenir qu’à L’Origine du monde« .

sarkozycourbetsipapress1194633142.jpgProblème. Jacques Witt, un des photographes présents a manifestement expliqué au journal que le service de presse de l’Elysée n’a rien demandé de tel et qu’une photo du président face au tableau est bien disponible dans plusieurs agences. La preuve en image se trouve sur le blog de Gilles Klein (et reproduite ici même avec son aimable autorisation).

Alors, Pierre Assouline, est-ce bien sérieux ?

  1. Deux semaines pour corriger une erreur (Gilles Klein nous en avait averti dès le 9 novembre)
  2. Un entrefilet pour contrebalancer la chronique d’une page tout entière consacrée à ce sujet.

Je ne sais si pas Wikipedia fait mieux. En tout cas, l’encyclopédie ne fait pas moins bien : tout simplement parce que la réponse est corrigée dans un cadre équivalent à l’erreur. Il n’y a pas deux poids deux mesures dans la rectification, contrairement à la presse écrite.

Et, on imagine que Pierre Assouline au regard de sa propre expérience (l’erreur est humaine n’est-ce pas? et les histoires de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours on en connaît) sera d’accord avec Elisabeth Levy qui a récemment publié un billet au titre suffisamment clair : Wikipedia, royaume de l’impunité, pas davantage que les journaux. Que faut-il ajouter après cela? Lire le billet de maître Eolas consacré à cette décision de justice et qui clarifie bien les choses.

(je reviendrai prochainement sur le livre de ses étudiants de Science Po et dont il a assuré la préface, mais mon libraire ne l’avait pas encore reçu et comme j’aime aller chez mon libraire… j’attends).

PS : histoire de vous assurer que je ne raconte pas des histoires, vous pouvez toujours aller faire un tour du côté du Phare qui a suivi de près cette anecdote depuis le début.

A propos de l’étude de TNS Sofres : « marques et web 2.0 : mythes et réalités »

Plusieurs choses attirent mon attention dans cette présentation faite par TNS Sofres à l’occasion du Top Com Consumer :

D’abord, la question de la confiance dans les contenus sur Internet, évoquée dans ce slides :

confiance on/offline

Les médias offline obtiennent une note de 7.1/10, contre 6.5 pour les médias online. Ca ne fait finalement que 0.6 point de différence, même si cette méthodo mélange le online « professionnel » et le online « personnel » (user generated).

A rapprocher du baromètre de la confiance dans les médias que conduit annuellement le même TNS Sofres pour le Point et la Croix et dont la dernière édition montrait les scores de confiance suivants :

– presse écrite : 51%

– radio : 57%

– télévision : 48%

– Internet : 30%

Ce n’est évidemment pas la même méthodo donc pas tout à fait comparable, mais on note moins de disparité entre online et offline dans l’étude Top Com.

Plus spécifiquement, l’étude détaille la confiance dans les différentes sources d’info sur le net :

sources d’info online

Ici on voit que les médias professionnels online obtiennent des scores proches de ceux des médias offline (plus de 7/10). Grande victoire pour Wikipédia dont le score (6.9) se rapproche des médias professionnels et équivaut à ceux des sites de comparaisons de produits. Il dépasse même celui des médias papier gratuits (6.4/10)… Voilà qui ne fait que renforcer l’importance de Wikipédia comme source d’information, sujet déjà bien abordé par nos soins.

Les forums et blogs obtiennent des notes moindres… Mais que comprend le panel TNS par « forums » et par « blogs » ? Dans la jungle se cachent de véritables influenceurs. Au total, les sites « user generated » obtiennent des notes assez variables.

Notons enfin la place du site de marque dans la préparation d’un achat :

site de marque

Près d’un internaute sur deux consulterait le site de la marque avant un achat en ligne. Verre d’eau à moitié vide ou à moitié plein ? Si la voix de la marque n’est qu’une voix parmi d’autres, elle n’est pas une voix inaudible…

Attention néanmoins aux interprétations hâtives : ce slide néglige le rôle du moteur de recherche… qui peut aisément renvoyer l’internaute sur les blogs et forums, assez mal notés ici mais que l’internaute peut consulter « inconsciemment ». Autrement dit, je n’ai pas l’idée de consulter un blog ou un forum avant un achat, mais le moteur de recherche que je consulte m’amène à eux.

Pour quelles participations des entreprises à Wikipedia ? Tergiversations à la tête de Wikimedia

600px-wikimedia-logosvg.pngLa semaine dernière, PR2Peer s’entretenait avec Florence Devouard, présidente de la fondation Wikimedia, la structure qui porte le projet Wikipedia.
Parmi les sujets abordés, un a particulièrement retenu mon attention : l’implication des entreprises dans l’encyclopédie en ligne. Cette question est un des angles morts de la réflexion de Wikipedia ; une sorte d’impensé face à une utilisation que les fondateurs n’avaient pas forcément prévu aux débuts du plus célèbre des wikis. Et la réponse de Florence Devouard illustre cet embarras :220px-wm2006_0082.jpg

« D’une façon générale, nous avons tendance à suggérer aux entreprises de ne pas éditer leur articles (ou aux personnes de ne pas éditer leur biographie) car il est difficile de rester neutre lorsque l’on est impliqué [traduction : non, les entreprises n’ont pas leur place].

Cela étant, il faut aussi être réaliste, et reconnaître qu’une entreprise est tout de même assez bien placée pour parler de son activité ! [traduction: mais en fait oui quand même] »

200px-wm2006_0060.jpg Cette réponse en deux temps doit être mise en perspective avec les propos tenus par Jimmy Wales himself, le fondateur de l’encyclopédie, dans le magazine PRWeek (pour un rappel de l’histoire c’est, entre autres, ici). Il fustigeait et menaçait d’exclusion les entreprises (et en particulier les agences de communication) qui modifiaient ou créaient leurs pages en ligne.
Donc, d’un côté de l’Atlantique, des propos très durs, pétition d’indépendance farouche qui a le mérite d’être très claire : NIMBY ! De l’autre une posture réaliste, mais qui pratique le slalom (on imagine bien le petit jeu d’épaule coincé qui accompagne le « cela étant »). De quoi y perdre son latin (abandonné trop rapidement après la troisième) !

L’enjeu est pourtant de taille : l’implication régulière des entreprises dans le projet questionne, au moins aux yeux de l’internaute lambda que je suis, l’indépendance de Wikipedia, la fiabilité et la neutralité de ses sources. Comme sur bien d’autres sujets, il en va de la crédibilité du site : certaines pages d’entreprises sont des nids à communiqués de presse. Heureusement que la communauté active veille et régule les abus de telles ou telles entreprises ou de telles ou telles agences de communication. Mais cela n’empêche en rien d’envoyer un signal clair et fort aux entreprises.

Côté agence, François Guillot (alter ego de ce blog en devenir) avait commencé dans ce sens avec des suggestions quasi-identiques à celles de Florence Devouard. Mais les membres actifs de Wikimedia n’auraient-ils pas intérêt à prendre une bonne fois pour toute le problème à bras le corps ?
Dans l’esprit des pratiques collaboratives, est-il possible d’envisager une réflexion et des solutions communes entre les entreprises et Wikimedia , histoire d’éviter les dérives d’un côté, les propos embarrassés de l’autre et la possible confusion des internautes au milieu ?

Le Wikipedia scanner et la question du bon usage de Wikipedia

Trouvé chez rue89 : « un étudiant identifie les manipulateurs de Wikipedia ». Il s’agit d’un outil, le « Wikipedia scanner », qui permet d’automatiser la recherche de modifications sur l’encyclopédie et donc de révéler certaines pratiques :

« Ainsi, la société américaine Diebold, qui fabrique les machines à voter au centre de nombreuses polémiques aux Etats-Unis, apparaît dans cette recherche comme responsable d’une coupe de quelque 15 paragraphes dans la notice la concernant, notamment les critiques techniques et son soutien financier au candidat Bush. (…) Wired publie quelques résultats amusants, comme le Parti Républicain qui change « occuper » en « libérer » à propos de l’intervention militaire en Irak, ou Fox TV qui fait la promo anonyme de l’une de ses vedettes. »

Si les manipulations sur Wikipedia sont un vrai sujet, abondamment traité, cette actualité vient à point pour reposer la question de la bonne utilisation de l’encyclopédie. L’enjeu n’est pas mince et restera important tant que Google indexera Wikipedia au plus haut niveau : Wikipedia peut être décrit, tout comme Google, comme un système de management de la réputation.

La question s’était d’ailleurs posée il y a quelques mois, alors que Jimmy Wales menaçait de bannir a priori les agences RP actives sur Wikipedia pour le compte de leurs clients (sans véritable écho en France).

Les entreprises peuvent-elles trouver leur place sur Wikipedia sans être taxées de manipulation ? Nous avions esquissé une réponse publiée il y a quelques semaines dans le Journal du Net.

En substance, l’idée est de défendre la possibilité d’une contribution des entreprises à Wikipedia sur les sujets qui les concernent directement, à condition de jouer le jeu de l’encyclopédie : recherche de neutralité, transparence, implication. Ce qui suppose certains décalages avec des réflexes ou des habitudes existants, révélés largement par le « Wikipedia scanner ». Et donc un état d’esprit plus « 2.0 », qui peut constituer une nouvelle compétence pour les conseils en communication.

Using Wikipedia in Corporate Communications

(This is an English translation of a paper written for « le Journal du Net » originally published here)

(Ceci est une traduction d’une tribune initialement parue dans le Journal du Net).

It was bound to happen: a few months ago, Wikipedia’s co-founder Jimmy Wales threatened to block all PR agencies from contributing to the interactive encyclopedia.

Why the big fuss? It is pretty obvious. Wikipedia, the web-based, free content encyclopedia, follows the rules of voluntary collaboration. Anyone can add or edit an entry, without any prior check or validation. As its popularity surges, Wikipedia is fast becoming a synonym for quick information retrieval, its articles appearing at the top of many search results.

An online reference, free to use and free to modify: all the ingredients are reunited for a time bomb in the world of communications.

A new PR tool

But why ban PR agencies from contributing when, by definition, this encyclopaedia is open to all? Jimmy Wales’ position first appears to be paradoxical. In fact, it casts a new light on the Web 2.0 and is very useful to those hoping to leverage its potential in their PR work.

In a nutshell, Jimmy Wales is arguing that Wikipedia is incompatible with any commercial endeavour. While PR aims to promote, Wikipedia aims for neutrality. Standing firm against all private interests, the website offers general points of view. No room for announcements here, this is an encyclopedia.

Wikipedia’s collaborative universe cannot be compared to conventional media. Jimmy Wales is asking us to acknowledge this difference. PR agencies cannot and should not apply their usual methods to Wikipedia. Quite to the contrary: they should develop a new and different capability: advising and writing properly for Wikipedia.

A few rules for Wikipedia writing

Can Wikipedia’s positioning and business objectives converge? Of course they can, as long as a few rules of conduct, ethics and common sense are respected.

1. Neutrality: marketing messages, whether placed directly in an entry or in a link, are not welcome in Wikipedia. The community of active contributors that “regulates” the website sees to it that they are removed.

2. Transparency: modifications to a page must be substantiated, so discussions can be held in the comments section. A company wishing to contribute should open a Wikipedia account, which will demonstrate its willingness to communicate openly. Though it may be tempting to remain anonymous, it should be remembered that IP addresses are easy to trace.

3. Involvement: the best way to gain respect from Internet users is to play entirely by the rules of the encyclopedia, rather than post a plain text. Internal and external links to additional relevant and neutral content are highly regarded.

These rules are by no means naïve or angelic. They derive from the reasonable and effective use of Wikipedia and – more generally – from the nature of the Web 2.0. The whole system raises further issues, such as the thin line between neutral information and commercial messaging. Businesses have a lot to gain from careful consideration of Wikipedia’s rules and recommendations. When they embrace these principles and verify the legitimacy of their own communication activities, they speak the language of the Web 2.0 and greatly increase their chances of spreading their point of view.

In the end, though “Wikipedia speak” may seem miles away from the usual practices of PR consultancies, there is no reason to presume them guilty. PR consultants can write in a spirit of neutrality and embrace the culture of Wikipedia. And by doing so, they strengthen their role as advisors.