Archives de Tag: Community Management

Et si TF1 prenait de l’avance ? La carte Jean-Marc Pillas sur Internet

Capture du blog de TF1

Capture du blog de TF1

TF1 est en crise. Son audience, son modèle économique s’effritent. Pas la peine d’épiloguer on nous en parle régulièrement un peu partout. La tour de Boulogne s’affole.

Dans ce contexte difficile, il est particulièrement intéressant de relever les différents initiatives de TF1 depuis le début de l’année. La chaîne semble s’être lancée dans une vaste opération séduction – une opération de marketing relationnel, de dialogue avec ses téléspectateurs.

Il y a quelques semaines, j’insistais sur le fait que les solutions concrètes pour répondre à la défiance des grands médias sont bien connues. Seul le service public et quelques journaux comme Le Monde s’étaient dotés, avec plus ou moins de nonchalance, de postes de médiateurs. Un poste bien connu des rédactions américaines mais qui a longtemps fait défaut aux rédactions françaises.

Car les chaînes publiques ont toujours été gêné par les émissions du médiateur qui n’ont jamais  vraiment trouvé leur place dans les grilles de programmes. Pour caricaturer quand le médiateur avait une émission il était plus animateur qu’autre chose (donc le potentiel de médiation était très réduit et par là-même l’intérêt de l’émission); sinon il était cantonné à écrire un gros rapport annuel, certes très intéressant mais que personne ne lisait (je parle des médiateurs télé). (Je tiens à préciser que mes conclusions sont issues de plusieurs conversations avec Geneviève Guicheney et Jean-Claude Allanic deux anciens médiateurs de France 2). S’ils jouaient un rôle en interne ils étaient très peu visibles du public ou presque.

Internet facilite les choses désormais :

  • On peut proposer au médiateur un espace d’expression et de dialogue plus facilement qu’auparavant (un blog ou une page ne coût rien en comparaison de 10 minutes de Télé)
  • Les publics de déplacent et sont présents en ligne. Un espace de dialogue et de médiation est une manière de diversifier le contenu de son site (une rubrique de plus c’est toujours bon à prendre) et de diversifier sa présence en ligne (potentiel de reprises dans d’autres blog etc.)

Pour l’instant, la stratégie relationnelle de TF1 se cantonne à un blog « La Rédaction vous répond » animé par Jean-Marc Pillas (la chaîne se dit plus ambitieuse dans les prochains mois). Près de 60 billets en 20 jours. Le blog est donc actif.

En revanche, je n’ai pas vu un seul commentaire. La forme des billets est celle de la question/réponse : un téléspectateur critique, questionne, fait une remarque. Jean-Marc lui répond. Le bon vieux courrier du coeur, le courrier des lecteurs. Voilà concrètement l’ambition de TF1 aujourd’hui. Cela peut sembler un brin ridicule ou passéiste, mais principe de charité oblige (oui, même avec TF1) on peut y voir l’illustration de l’effet diligence cher à Régis Debray et Jacques Perriault – du cercle des médiologues disparus.

TF1 est une grosse maison, ancrée dans un médias de masse du XXe siècle. Elle s’adresse à un public de masse dont on peut penser que la pratique des blogs est minime. On commence le plus simplement du monde en écrivant comme dans les Liaisons Dangereuses. Le blog est épistolaire. Après tout pourquoi pas… Affaire à suivre en tout cas.

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Le Community Management est-il un M*A*R*S ? L’hypothèse Antoine Daccord « manager » au Figaro.fr

Des M*A*R*S et le journalisme repart

Des M*A*R*S et le Journalisme repart

La lecture des récents billets de Narvic sur le journalisme de liens, l’ouvrage de Bernard Poulet sur la fin de l’information… J’étais conquis évidemment. Oui mais… il manquait toujours quelque chose. Pour moi, la relation avec le public n’était jamais bien abordée ou pas de manière frontale. Bien sûr, cela fait longtemps que les journalistes disent prendre en compte leur lecteurs-téléspectateurs-auditeurs.  Ils aiment  se croire en être les porte-parole (c’est une des vocations plus générales du journalistes d’ailleurs). Cela fait longtemps qu’on  nous parle de défiance etc. Mais que faire ? Que faire concrètement?

Très souvent, sur cette question relationnelle bien précise les réponses ou pistes concrètes ne sont pas abordées par les journalistes. Nous sommes dans un pays où les journalistes en sont encore à proposer des chartes quand des personnalités  comme Claude-Jean Bertrand ont prêché des années durant dans le désert. Je conseille la lecture de ses M*A*R*S ou Moyens d’Assurer la Responsabilité Sociale des Médias (cf. une tribune publiée chez Acrimed) :

Très divers, les M*A*R*S ont en commun d’être des moyens non-étatiques d’améliorer le service public des médias. Ils utilisent une ou plusieurs des approches suivantes :
– La formation. Solution à long terme de la plupart des problèmes de qualité : l’éducation des usagers et la formation universitaire des professionnels.
– L’évaluation. La critique est la plus vieille méthode pour améliorer les médias, la plus facile, la plus banale.
– L’observation systématique, monitoring. Nécessaire car les médias sont nombreux et beaucoup sont éphémères. Du fait aussi que les fautes des médias relèvent souvent de l’omission, difficile à repérer.
– La rétroaction, feed-back. Comment servir bien la société si l’on n’écoute pas les griefs des divers groupes d’usagers ?

En parallèle de ces débats qualifiés trop rapidement d’éthiques, la toile a vu naître des expérimentations,  des premiers pas  – pas toujours systématisés au départ… Récemment, je pense à Eric Mettout de l’Express qui a initié une démarche relationnelle avec plusieurs blogueurs et centralisée avec son blog. Démarche qui a pris une autre tournure, plus anecdotique de mon point de vue, avec 3001.

Narvic est arrivé avec son journalisme de lien. Une posture journalistique qu’il met  en pratique sur Slate. Ironie de l’histoire : le journalisme de lien pratiqué depuis deux semaines par Narvic relève plus de l’animation d’une communauté de lecteurs-blogueurs que du journalisme de synthèse ou d’enquête. L’amorce de la chronique de Narvic est avant tout relationnelle. Cela va sûrement changer, mais il est intéressant de noter que le premier temps est consacré à envoyer des liens, réponses aux questions, remarques etc.

Ces premiers pas de danse esquissés un grand media se jette à l’eau et créé un poste de « community manager » à la manière des grands réseaux sociaux ou des marques tellement présentes sur le net qu’elles sont devenues des médias à part entière… Le Figaro donc :

Afin de renforcer sa relation avec sa communauté d’Internautes sur LeFigaro.fr, le Groupe Figaro vient de nommer Antoine Daccord au poste de Community Manager.

Rattaché à Thomas Doduik, directeur des opérations du Figaro.fr, il a pour mission la mise en oeuvre de la politique d’animation de « Mon Figaro », la plateforme communautaire du site lancée en décembre 2008.Il pilote également les prochaines évolutions en termes de contenus, d’usages et de fonctionnalités techniques. (source Tarif Media)

Car enfin, c’est bien sûr !

Mis à part les réseaux sociaux qui possèdent les plus grandes communautés, les plus larges publics… ? Les médias. Cette importation du marketing social pourrait être une des réponses apportées à une crise de confiance – qui est aussi dès lors une crise relationnelle.

On a longtemps parlé des médiateurs par exemple. Ces postes se comptent encore sur les doigts d’une main en France tandis qu’ils sont devenus une tradition parmi la grande presse américaine par exemple. De plus, en France, être médiateur, c’est être au placard. Un placard doré assurément, mais un placard. C’est dire, comment en pratique, concrètement, les journalistes tiennent en haute estime ceux qui achètent leurs journaux ou consomment leur contenu. Derrière les mots, les discours (dont le dernier livre de Joffrin par ex.) ce cache une réalité beaucoup plus inquiétante de mépris du public.

Mais aujourd’hui, n’a-t-on pas besoin plus que jamais de ces médiateurs ? Relookage 2.0 oblige on les appelera « community manager »… Cela plaira sûrement un peu plus au DAF – il y a le mot magique… manager 😉


Si ce community manager adopte les codes et la posture relationnels, si il a les moyens en terme d’organisation interne… peut-être  que nous avons là une petite avancée dans la relation entre les grands médias et leur public…. Et pour une fois, les journalistes pourront remercier le marketing. Ce n’est pas tous les jours que la responsabilité sociale et le marketing convergent … Affaire à suivre !

PS : je comprends qu’on apprécie pas mon humour à deux francs 😉