Archives mensuelles : septembre 2009

Effets Twitter sur le trafic des sites

Intéressants échanges (on ne peut pas dire « discussions ») sur Twitter depuis quelques jours, où la question de l’impact de Twitter dans le trafic de sites a été posée. Plusieurs éditeurs de sites ont eu la transparence de répondre et à défaut d’être capables d’en tirer des conclusions définitives, voici au moins une compilation de ce que j’ai vu passer à ce sujet :

Pour OverBlog : Twitter = 0,06% du trafic (source Frédéric Montagnon, sur FriendFeed, je ne sais pas faire de lien…) sur 10 millions de visites en l’espace de 5 jours

Pour Owni : Twitter = 6,7% du trafic (source : Nicolas Voisin)

Pour Rue89 : Twitter = 0,5% du trafic (source : Pierre Haski), en augmentation de +35% depuis 2 mois

Pour lexpress.fr : Twitter = 2% du trafic (source : Eric Mettout), boosté par les comptes de Christophe Barbier et Géraldine Dormoy. Edit du 26/9 : pour lexpress.fr, Twitter représente 4% des 7% de trafic en provenance des referrers, comme le montre le billet publié par Eric Mettout sur son blog avant l’ensemble des sources de trafic du site (une mine !). Soit 0,3% du trafic, on est donc plus proche de ce qu’annonce Rue89.

Pour Cnet : Twitter = illisible en raison des redirections d’URL (source : Emmanuel Parody). Edit du 26/9 : erratum, les Tinyurl n’empêchent pas la lecture des stats. Emmanuel avait qualifié ce trafic Twitter « d’insignifiant ».

Pour Ceza.me : Twitter = environ 20% (source : Erick Hostachy)

Pour LePost : « chez nous, c’est surtout Facebook qui monte » (source : Benoît Raphaël)

Et enfin après un moment d’affolement total suite à une mauvaise interprétation initiale qui a fait que certains ont cru que 10% du trafic du New York Times proviendrait de Twitter, Emmanuel Parody estime ce trafic à « 1 à 2% maxi« .

Très difficile de tirer des conclusions, je trouve. Qu’en pensez-vous ?

Bon et bien sûr, on aimerait avoir une vision plus globale notamment avec le trafic Facebook (au lieu de systématiquement bloquer sur Twitter) et Google, mais on fait avec les moyens du bord 😉

De mon côté, petite expérience d’observation sur l’effet Twitter dans les 24 heures qui ont suivi la publication du billet sur la communication de crise. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 24 heures,

– le billet a été linké 23 fois sur Twitter

– la somme des followers des 23 fait un total de 91 000 + contacts potentiels (dont 77 000 liés au seul @jeanlucr)

– sur ces 24 heures, le billet a été vu 229 fois (400+ au total), soit environ 10 par tweet en moyenne

Edifiant non ? Et encore, Twitter n’était pas le seul referer… ce qui s’explique à mon avis de la façon suivante :

– l’abondance d’info : un lien est trop facilement noyé dans le flux d’information

– le facteur hasard : ici en l’occurrence, Jean-Luc Raymond tweete le lien à 7h du matin. Pas le meilleur moment pour favoriser les clics (tiens, voir cette étude sur les facteurs de propagation sur Twitter : on a plus de chances d’être retweeté le vendredi à 16h)

– la circulation circulaire : sur Twitter, l’information tourne en boucle dans les mêmes communautés, auprès des mêmes publics, des mêmes individus

– les comptes fake et spam : si on regarde la liste d’abonnés de Jean-Luc Raymond, on voit énormément, énormément de comptes spam. Thierry Crouzet est en train d’expérimenter le truc semble-t-il, à suivre. Attention je ne dis pas que le compte de Jean-Luc Raymond est bidon, j’ai constaté plusieurs fois les effets de trafic qu’il peut apporter lorsqu’il a linké Internet et Opinion(s), mais cela se compte au maximum en quelques centaines de clics, pas en millers ou en dizaines de milliers. [Edit : voir l’analyse de PetitesPhrases : « quel est le prix d’un tweet de Jean-Luc Raymond ? »]

Merci à Nicolas Gosset qui a activement contribué à faire remonter ces chiffres.

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Vidéos de la semaine : Hitler, Hitler, Hitler, Hitler, Hitler et Hitler

Vous êtes forcément tombé un jour ou l’autre sur une vidéo parodique mettant en scène une colère d’Hitler dans La Chute d’Olivier Hirschbiegel, (excellent) film sorti en 2004 qui raconte les derniers jours du dictateur avec Bruno Ganz (impressionnant) dans le rôle principal.

Dans la séquence originale, qui se situe à 1/3 du film, Hitler apprend que le général Steiner a refusé de mener une contre-offensive contre l’armée rouge, pique une colère contre la nullité de ses généraux, s’estime trahi, déclare la guerre perdue et conclut en disant qu’il préfère se tirer une balle dans la tête que d’abandonner Berlin. Séquence historique connue si j’en crois la biographie de Felix Steiner.

Un exemple de parodie où Hitler apprend qu’il n’aura pas son iPhone 3GS :

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=eqEpXj9Ot3A]

La nouveauté n’est évidemment pas l’idée de détourner une vidéo (la télévision fait ça depuis longtemps, le web le fait dans tous les sens, je ne parle même pas de Mozinor). Mais ce qui est assez marrant ici, c’est la multiplication récente des reprises de cette séquence de la Chute.

Il y a plusieurs mois, on trouvait déjà pas mal de parodies, comme celle de Left 4 Dead 2 :

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=GQe4tlsfRbY]

Il y avait aussi eu Hitler qui apprend la mort de Michael Jackson :

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=ELyTBXzfQJ8]

Et plus récemment et quasi coup sur coup, Hitler qui apprend le split d’Oasis :


Hitler / Hortefeux :


Et donc cette semaine, Hitler / Désirs d’avenir :

Et je passe sur certaines versions de la désormais légendaire scène de l’offensive Steiner.

Chacune de ces vidéos ayant apparu lors d’un buzz conséquent. Cette séquence hitlerienne est donc en quelque sorte devenue un « standard du buzz » et la question mérite d’être posée : faut-il avoir sa parodie d’Hitler pour avoir réussi son buzz ? 😉 On remarquera aussi le côté assez geek de l’humour et la réactivité de mise en ligne (celle de Michael jackson est datée du lendemain de sa mort).

Si la séquence d’Hitler est le parfait objet à détourner en soi (le dictateur fou + une séquence en allemand, donc on ne comprend pas un traître mot, + une scène qui semble avoir été scénarisée pour les détournements avec ses temps faibles et ses temps forts), je vois bien cette forme de parodie se développer systématiquement : le cinéma et la fiction regorgent de joyaux qui ne demandent qu’à se faire sous-titrer. D’autres séquences de la Chute feraient de très bonnes parodies, d’ailleurs.

Cadeau, le détournement de Pulp Fiction par les Cahiers du Foot, à l’occasion de la remise du ballon de Plomb à l’attaquant Fred Piquionne. Humour de footeux (et donc geek) garanti.

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=QtXl95iRdGw]

15 trucs pour la communication de crise sur Internet

Je sais, les listes en 10 ou 15 points c’est putassier, mais sur Internet et Opinion(s), on en fait. Bon, il se trouve qu’un sujet professionnel m’amène à poser quelques idées sur la gestion de crise sur le web. J’en profite donc pour dresser quelques grands constats et principes qui me semblent pouvoir s’appliquer à la gestion de crise en ligne.

1. Le web ne change rien aux principes universels de la gestion de crise : réactivité, humilité, circonscription, etc. Mais si la crise porte une dimension web spécifique, la cellule de crise doit accueillir un spécialiste du web.

2. La rapidité de circulation de l’information en ligne crée une tentation de la précipitation à laquelle il faut résister : en situation de crise, on ne peut communiquer que lorsqu’on a réuni un niveau d’information complet, ce qui n’est le plus souvent pas le cas en début de crise.

3. Une des difficultés réside dans la bonne évaluation de l’impact du web dans l’opinion. En multipliant le bruit à l’infini (ou presque), le web crée deux réactions potentiellement contradictoires au sein de l’entreprise : la dramatisation (« vous avez vu tout ce qui se dit sur le web ») et la banalisation (« de toute façon ce n’est que le web »).

4. En cas de crise de grande ampleur médiatique, le rôle du web est secondaire. La communication web de la Société Générale au moment de l’affaire Kerviel, c’est… la mise en ligne des statements officiels sur le site corporate, et c’est tout. A partir de là, le web reprend, commente et analyse les informations distillées dans les « grands » médias. Le besoin spécifique de parler aux publics du web est faible. Les interventions chirurgicales que supposent une stratégie sur les médias sociaux (répondre à un commentaire, contacter un blogueur, etc.) doivent être mesurées par rapport aux priorités (en cas de grande crise, on parle aux masses, donc à la TV).

5. Le choix de parler ou non aux publics en ligne est le résultat d’une équation entre la part d’influence du web dans la crise et la spécificité des communautés online (si certaines parties prenantes ne sont joignables que par le canal web).

6. Comme en gestion de crise offline, produire du silence peut être un objectif. Une prise de parole en situation de crise peut revenir à jeter de l’huile sur le feu.

7. Il est essentiel de distinguer les faits des opinions. Parce que les faits se propagent plus vite que les opinions, et parce que l’entreprise en crise à intérêt à répondre sur des faits plutôt qu’à entrer dans un débat d’opinion. La prise de parole doit viser à corriger au maximum les informations erronées.

8. Au niveau des moyens, le minimum est la publication des statements officiels sur le site corporate de l’entreprise. Le dispositif de prévention doit envisager l’hypothèse où le site saute et est remplacé par une simple page avec le statement.

9. L’achat de mots-clé pour renvoyer sur le site corporate doit être envisagé : il est facile à mettre en place et crée un contrepoids en dirigeant des internautes vers la position de l’entreprise.

10. L’idée d’un blog de crise ne fonctionne pas de manière évidente : le blog porte en lui une promesse de transparence et de régularité de publication qui n’est pas évidente à tenir lorsqu’on est en situation de crise et que les éléments d’information sont difficiles à réunir. La gestion de la crise des steaks hachés sur le blog de Michel Edouard Leclerc reste une exception.

11. En revanche, l’utilisation de son compte Twitter est un moyen rapide et viral de faire connaître ses positions en renvoyant vers son site corporate, d’autant plus que les blogueurs et journalistes en ligne sont nombreux sur Twitter. Twitter apparaît en particulier comme un des meilleurs moyens de lutter contre la désinformation et permet de répondre individuellement aux questions des internautes, donc d’afficher son attention.

12. Plus généralement, le web et les médias sociaux sont des moyens privilégiés de tenir informés ses publics les plus engagés (abonnés, membres du groupe Facebook…)

13. La vidéo est un moyen privilégié de nourrir le web et d’humaniser la communication, à chaud comme lors de la sortie de crise. Revoir l’exemple de la « promesse » du patron de JetBlue il y a deux ans. Le type est sincère, n’a pas dormi depuis une semaine… on y croit beaucoup plus qu’en lisant un communiqué de presse impersonnel.

14. Toutes les mises en ligne sur les médias sociaux et le site corporate doivent tenir compte des mots-clé recherchés par les internautes, de façon à favoriser leur position en référencement naturel.

15. En situation de crise le web est aussi un terrain de veille, qui permet de comprendre l’opinion en temps réel et d’ajuster sa stratégie (off et on) en fonction.

Quelques lectures pour approfondir ? Notre analyse du cas Domino’s et tous les billets tagués « crise » de ce blog.

Vos réactions, compléments, indignations, etc. naturellement bienvenus 😉