Archives mensuelles : janvier 2009

De la conversation comme jeu

Nos glorieux prophètes ont fait de la conversation un slogan du web social.

En déambulant dans une impressionnante bibliothèque – la BNF en l’occurrence, je tombe sur un livre, Histoire de la conversation d’Emmanuel Godo (PUF, 2003). Parce que je déteste la platitude bien réglée des fiches de lecture (mal faites, elles ont un côté rapport de police), je partage avec vous quelques extraits d’un passage de l’introduction du bouquin (pp.1-13). L’auteur propose une analogie entre la conversation et le jeu… De quoi stimuler notre compréhension des publics numériques et en particulier des blogueurs :

« On entre en conversation comme on entre dans le jeu : on saisit la parole, comme la balle, au bond, on badine, revêtant, pour jouer, tel ou tel masque que l’on sait plaisant, on cherche à briller et à s’attirer les suffrages de l’histoire (…) Certains sujets plaisent, d’autres sont tabous, certaines attitudes, certains gestes, certaines poses, certaines phrases vont séduire et faire mouche, d’autres vont faire l’objet d’une réprobation unanime : on est ou l’on est pas dans le ton. Entrer dans la conversation implique de se plier à la loi de la communauté à laquelle on prétend s’agréger : on devient ainsi le jouet de soi-même, entre masque et sincérité.

« Qui dit jeu, dit espace de liberté, marge de manœuvre (…). Si les règles existent – soumises à fluctuation, mobiles, au gré des évolutions historiques, culturelles et sociales – chacun garde une part d’invention et d’interprétation (…). Une conversation, comme une manière de jouer, porte la signature de qui la profère – plus ou moins personnelle, plus ou moins virtuose, plus ou moins marquante.

« La conversation partage avec le jeu cette capacité de créer, à partir de rien ou de presque rien (…) un monde, en marge ou au cœur de la réalité. (…) Il y a dans la conversation quelque chose qui rapproche et qui protège : un espace particulier – le salon, le jardin, le boudoir, le fumoir -, un temps bien défini – les personnages de Marguerite de Navarre conversent de midi à quatre heures – , un but clairement établi – le bonheur, le progrès des connaissances, le divertissement, la notoriété-, et des règles qui sont autant de balises dans un monde qui, par ailleurs, en manque toujours cruellement.

« La sociabilité italienne, à la Renaissance, ou l’honnêteté française, au XVIIe siècle, confèrent à la conversation une fonction fondamentalement politique : il s’agit de réaliser, ne fût-ce qu’un instant, dans le partage d’une parole agréable et dans le respect mutuel, une communauté idéale et d’inventer, par là même, un mode de relation entre les êtres qui pourrait servir de modèle et de moteur – à la façon d’une utopie praticable – à une réformation de la société dans son ensemble.

No comment… Si ce collage en inspire certains…  😉

P.S. :  pour cette comparaison entre la conversation et le jeu, l’auteur – Emmanuel Godo s’appuie sur le travail Roger Caillois sur le jeu.

Publicités

Vidéo de la semaine : le judo appliqué à la communication (ou comment utiliser la force de son adversaire)

On regarde d’abord la vidéo :

Cette vidéo a à l’heure actuelle été vue environ 450 000 fois en 6 jours d’existence. Pas mal mais je pense que cela peut aller beaucoup plus loin. Elle est aussi deuxième au Viral Video Chart sur les dernières 24 heures.

Plein de choses intéressantes dans ce film :

– Je parle « d’utiliser la force de son adversaire » bien sûr car Obama est pro-Choice. Sa force, c’est sa popularité, son destin, qui font actuellement rêver beaucoup de monde et sont utilisés pour une cause… qui n’est pas celle d’Obama

– En termes de réalisation, le film surfe sur le souffle populaire qui accompagne sa prise de fonction. Avec son côté lyrique, le film pourrait être réalisé par le camp Obama ou par des médias

– Il donne des arguments aux pro-Life et fait réfléchir les « entre-deux » portés par l’enthousiasme qui accompagne Obama.

– Enfin de ce côté-ci de l’Atlantique au moins, il étonne car le mouvement pro-Life (et plus généralement le camp Républicain) apparaît bourrin, buté, pas fin, bref pas capable de telles finesses.

Vraiment très malin.

En prime, ma vidéo préférée du moment de son élection :

Google Earth au Prado de Madrid : c’est ça la sérendipité ?

Qui l’eut cru ? Améliorer la finesse de notre regard sur un tableau grâce au système de Google Earth… Le mariage de la carpe et du lapin ? Et non, les miracles de la sérendipité (un terme cher à François) figurez-vous !

« L’initiative du projet est à mettre au crédit d’une salariée de la filiale espagnole de Google, Clara Rivera, qui, après une visite du Prado, ressentait la frustration de n’avoir pas pu savourer les oeuvres autant qu’elle l’aurait souhaité » (Le Monde du 17/01/09)

Avec le système Google Earth, Google propose donc de naviguer dans les toiles sélectionnées par le Prado. Ci-dessous, la vidéo d’explication promotionnelle du projet :

Voici ce que nous en dit Le Monde:

Quelle bénéfice pour le public ? « En appliquant ce principe à une oeuvre d’art, celle-ci devient accessible depuis n’importe quel coin du monde, et les secrets du peintre décelables jusque dans la plus infime des craquelures. « Le numérique ne peut se substituer à l’oeuvre originale, mais grâce à un niveau de résolution prodigieux, nous arrivons à des détails que jamais nous ne pourrions voir à l’oeil nu », s’est enthousiasmé le directeur du Musée du Prado, Miguel Zugaza ».

Le titre de l’article, « Le chef d’oeuvre au détail près » est une référence aux travaux de Daniel Arasse sur le détail (dont le fameux Le Détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture, un déjà-classique disponible en poche). Google Earth démocratise ainsi une certaine lecture de l’oeuvre d’art – lecture habituellement réservée au spécialiste qui a le temps (et la patience et le savoir – ce dernier continuera à faire la différence quand même) de regarder en détail la toile. Quand on sait le temps moyen devant lequel le public reste devant un tableau, cette initiative est salutaire. Rencontrera-t-elle le succès une fois passé l’effet d’annonce ? C’est en tout cas, littéralement, une nouvelle manière de rentrer dans une oeuvre, comme on dit parfois…

Et parce qu’on croit encore à l’autorité du chercheur, on se demande bien ce qu’en pense André Gunthert… 😉

Le sport au format 2.0 : Dakar vs Vendée Globe

Le Dakar, délocalisé en Amérique du Sud, est fini. Les survivants du Cap Horn font désormais route vers la Vendée. Deux épreuves qui ont, ou ont eu, leur quart d’heure de gloire télé. Dakar et Vendée Globe, et si leur avenir se trouvait sur le web ?

Car ces épreuves  partagent une caractéristique rare  dans le monde de l’événement sportif : leur déroulement est délocalisé. Les sportifs ne s’affrontent pas devant leurs publics. Comment  assurer la popularité de la compétition quand tout se déroule à des milliers de kilomètres de nous ?

Il semblerait que les organisateurs du Vendée Globe aient compris le véritable levier que représente désormais Internet. Le site du Vendée-Globe est un média en tant que tel. Un site rich-media qui plus est ! Et cela se révèle passionnant pour le novice que je suis :

– des articles qui vont vivre ou résument la journée de course

– des vidéos, photos envoyées par les marins

– une version mobile qui se concentre sur le classement, les  dépêches et la météo

– une émission radio chaque jour où les journalistes contactent les marins

– Une carte interactive pour suivre avec précision la course.

– un espace « junior » avec jeu, explications, pédagogie, ect.

– Un jeu en ligne  Virtual Regata, etc.

Virtual Regata justement. Le jeu s’est révélé être un véritable succès, plus de 270 000 skippers virtuels, tant et si bien les inscriptions sont fermées ! C’est dire le public qui passe directement à la source du site. Pour un petit aperçu du jeu, je vous conseille le témoignage accro du skipper Jacques Froissant ou l’hommage d’Henri Kaufman resté à terre, lui.

En gros, le Vendée Globe est devenu médiatiquement autonome : plus la peine de passer par les journalistes, d’attendre le résumé ou l’image du jour pour s’informer. On peut directement s’informer à la source. L’info sportive est désintermédiée pour employer les grands mots.

Cette désintermédiation est aussi est l’oeuvre sur le site du Dakar. Les fonctions offertes par le net sont moins intuitives que sur le site du Vendée Globe, mais la tendance est bien là !

Dans un champ médiatique saturé et qui s’accomode mal de ses épreuves lointaines et au long cours (surtout pour le Vendée), Internet est une véritable opportunité pour permettre un suivi de la compétition de bien meilleure qualité (sur le fond et dans la forme). Le tout sans léser les sponsors, bien au contraire. Ils se retrouvent même au coeur de ces nouveaux dispositif internet. Tout le monde semble gagnant : le public, les organisateurs, les sponsors… sauf peut-être les journalistes qui joueraient presque les figurants.

Quoiqu’il en soit, il y a fort à parier que l’avenir de ces grandes machines à rêver mais si lointaines passe le web !

Voilà comment on fait un billet vite fait sur Marc L (ou le retour du gonzoblogging sur i&o)

De: Francois Guillot
Date: jeu. 15/01/2009 20:32
À: [adresse groupée]
Objet : Marc L

Vous avez peut-être entendu parler de l’affaire : le magazine Le Tigre a
publié un article sur la vie d’un anonyme, entièrement écrit à partir
d’informations trouvées sur Internet. Le but : interpeller sur la notion de
« réputation numérique »…

De : Emmanuel Bruant
À : Francois Guillot
Envoyé : Thu Jan 15 23:08:40 2009
Objet : RE : Marc L

c’est très bon effectivement. j’adore ce mag qui me fait rire, sourire et que je savoure (comme XXI dans un tout autre style mais que je savoure autant)… Tu le lis ?

De: Francois Guillot
Date: jeu. 15/01/2009 23:16
À: Emmanuel Bruant
Objet : Re: RE : Marc L

Non pour moi Le Tigre c’est un groupe de musique.

Tu veux faire un post la-dessus ? C’est tres bruantien comme sujet je trouve.

Ceci dit, l’article nous apprend quoi, vraiment ?

De : Emmanuel Bruant
À : Francois Guillot
Envoyé : Thu Jan 15 23:19:48 2009
Objet : RE : RE : Marc L

Bah rien, strictement. c’est pour ça que je t’en avais pas parlé quand il est sorti dans le journal papier le mois dernier 😉 C’est juste sympa à lire, c’est pas mal écrit… C’est un bon exercice littéraire

De: Francois Guillot
Date: jeu. 15/01/2009 23:25
À: Emmanuel Bruant
Objet : Re: RE : RE : Marc L

I agree
Moi ca m’interpelle sur le fait d’appliquer une methode que tu cherches a denoncer : mettre un mec a poil pour interpeller sur les risques de l’exhibitionnisme.
Cynique et voyeur ? Exemplaire et efficace ?

De : Emmanuel Bruant
À : Francois Guillot
Envoyé : Thu Jan 15 23:26:54 2009
Objet : RE : RE : Marc L

Euh… C’est un faux nom dans mon souvenir

De: Francois Guillot
Date: jeu. 15/01/2009 23:27
À: Emmanuel Bruant
Objet : Re: RE : RE : Marc L

Oui mais donc les mecs ne vont pas au bout de leur logique…

La force des propos faibles

C’est un billet de Seth Godin. Il parle de la façon de vendre des idées.  Et puis, il y a cette phrase :

Apple doesn’t buy ideas, but they don’t mind stealing them.

Rien de plus. Un aparté sur Apple. Et la démonstration reprend son cours.

C’est un billet d’Authueil. Il revient sur la question de la suppression du juge d’instruction. Et puis, il y a cette phrase, à propos d’Eva Joly :

Ce genre de remarque m’agace d’autant plus quand ils viennent d’une ancienne juge d’instruction, exemple vivant d’un certain nombre de dérives.

Rien de plus. Un aparté sur Eva Joly. Et le billet se poursuit.

Juste deux exemples, pris au hasard dans des lectures récentes. Pourquoi ? Parce qu’ils illustrent à mon sens « la force des propos faibles » (pour paraphraser « la force des liens faibles« ).

On aurait pu en trouver d’autres : toutes ces petites digressions, ces apartés, ces insinuations voire ces simples qualificatifs : « l’excellent untel », « l’incontournable trucmuche », « l’odieux bidule »… Qui s’appliquent aussi bien à la critique cinématographique qu’à la politique, au sport ou au marketing… du moment que l’on parle d’une personne – physique ou morale.

Ce qui m’intéresse ici, c’est que la force de ces propos vient du fait qu’ils ne sont pas expliqués. On est dans le « à peine dit ». Dans le premier cas, on me dit qu’Apple vole des idées. Dans le deuxième cas, on me dit qu’Eva Joly a commis des écarts.

Auprès du lecteur profane, c’est le genre de formulation qui a beaucoup d’impact. Le genre de formulation qu’on retient. Le genre de formulation qui influence. Qui font que je me fais une opinion, à tort ou à raison.

Non, ce billet n’est pas pour « dénoncer » une forme d’écriture (au contraire indispensable). Mais pour évoquer cette réflexion : l’influence ne se fait pas forcément dans les grandes démonstrations, mais aussi dans les petites affirmations.

10 mythes du web 2.0

Ah, le web 2.0… Il va vite, très vite, trop vite. Et ce qu’on en dit aussi : dans le web 2.0, les blogs sont « influents » ; le journalisme est « citoyen », le marketing est « viral »…

Depuis environ 4 ans, de nombreux mythes ont jalonné les discours sur les médias sociaux. On est revenus de certains, mais d’autres ont la dent dure. Petite revue de 10 mythes du web 2.0, dans le désordre.

[Edit : le mot « mythe » est fort. Certains mythes ne sont peut-être que des « idées reçues » : l’exercice d’en sélectionner 10 oblige à grossir le trait. Ce billet n’a pas pour objectif de tomber dans la caricature inverse et de dire que la réalité se situe dans l’inverse des mythes tels que je les formule. Chacun des 10 points que je présente ici renvoie à une réalité, mais une réalité souvent exagérée. L’idée est donc d’introduire de la nuance, de réajuster, de « remettre les choses à leur place ».]

—–

1.    « Wikipédia est aussi fiable que Britannica. »

C’est le mythe sur lequel Wikipédia a bâti toute son image et sa crédibilité. La source paraît infaillible : c’est une étude de la très sérieuse revue Nature qui le dit : en comparant Wikipédia et Britannica, on trouve moins d’erreurs dans le premier que dans le deuxième.

Pourtant c’est archifaux. Relisez ce billet d’Emmanuel qui explique pourquoi.

2.    « Le Drudge Report est plus fort que le New York Times. »

L’idée est séduisante : le Drudge Report, cette page de liens qui incarne à merveille ce qu’on appelle le linkjournalism ou Journalisme de Liens, aurait réalisé davantage d’audience que le New York Times pendant la nuit des élections américaines (arrivé 6ème des audiences Internet selon Hitwise). Sans budget, sans équipe…

C’est Yohann, un commentateur chez Narvic (le #9), qui m’a mis la puce à l’oreille : « Les seuls classements où Drudge arrive en tête, ce sont les classements basés sur les pages vues, où il n’a pas de mal à arriver premier vu qu’il est le seul à s’auto-rafraîchir toutes les trois minutes ».

Le Drudge Report, ça marche — et de façon même assez  étonnante —, mais pas dans les proportions que l’on a décrites. On peut aussi comparer une estimation du trafic NY Times / DR ici.

3.    « Sur Internet, c’est facile de faire du participatif. »

Les internautes commentent sur les blogs, postent des photos sur FlickR, des vidéos sur YouTube, construisent Wikipédia… Le web 2.0 donne la possibilité à tous de participer à la production du contenu, c’est donc facile de faire du participatif.

Un raisonnement souvent tenu par les annonceurs, parfois mal conseillés. Résultat : combien de blogs de marques sans aucun commentaire, de sites soi-disant participatifs, de concours désertiques ?

On ne répètera jamais assez que la participation active est le fait d’une minorité. On ne génère pas de la participation en claquant des doigts (ni de l’audience d’ailleurs). A relire : ce tableau de McKinsey qui montre la proportion d’internautes actifs dans les grandes plates-formes web2 (Wikipédia, YouTube, FlickR, Felicious…) ainsi que l’étude de Rue89 sur la participation de son lectorat.

On y voit très clairement que « the many benefit from the few » : sur FlickR, 2% des utilisateurs génèrent 95% du contenu ; sur YouTube, 6% génèrent 95% ; etc.

4.    « Avec Internet, chacun peut devenir journaliste. C’est le journalisme citoyen. »

L’expérience Agoravox le montre : le journalisme citoyen produit avant tout de l’opinion — et beaucoup moins d’information brute.

Normal : chacun n’a pas sous le coude une pile de scoops à révéler ; produire de l’information, cela suppose du temps, des méthodes, des moyens. Le journalisme est un métier.

Je ne saurai pas mieux faire que de vous renvoyer à cette remarquable note d’Aurélien Viers sur la question du journalisme citoyen. Depuis 4 ans, on se trompe de vocabulaire : ce qu’Internet permet, ce qui a le vent en poupe, ce sont les témoignages participatifs.

5.    « Les blogs influents. »

Des 10 mythes, c’est sans doute le plus durable, car le moins faux. On en a parlé, reparlé, on a discuté, disserté, analysé… Il existe plusieurs formes d’influence des blogs, de la capacité de nuisance à la capacité de rectification, les search, les scoops, les communautés ou l’influence auprès de leaders d’opinion comme des journalistes…

Mais écrire un blog, ça ne veut pas dire avoir un public ; ni être audible ; ni être écouté. Bref, prendre la parole, ce n’est pas prendre le pouvoir. Et on a certainement tendance à exagérer l’influence réelle de beaucoup de blogs qui fonctionnent dans l’entre-soi.

6. « L’UGC prend le pas sur les contenus professionnels. »

Les mythes liés à l’UGC sont nombreux : leur qualité, leur emprise sur le web…

Mais dans l’immense masse de contenus générés par les utilisateurs, une faible proportion sont de bonne qualité. Et voici 3 exemples pour illustrer le fait que l’UGC ne prend pas nécessairement le pas sur les contenus professionnels :

– Au niveau de la vidéo, Youtube et DailyMotion ont construit leur audience sur la republication de contenus professionnels (avec ou sans les droits) plutôt que de contenus amateur. Wat a de son côté renoncé à faire de l’UGC son coeur de business.

– Au niveau médias, l’expérience Rue89 est éclairante : le site a ouvert une brèche entre le journalisme et l’UGC, en proposant le concept de l’info à 3 voix : journalistes, experts, citoyens. Autrement dit, du journalisme et de l’UGC encadré et validé par des journalistes.

Avec l’exigence journalistique qui est la sienne, le constat de Rue89 a rapidement été que peu de contenus amateurs était publiables : les contenus de journalistes ont toujours été dominants dans le site, causant un conflit avec Mikiane, l’un des fondateurs. Ce soir, je prends la home de rue89 : 12 des 16 articles du « fleuve » sont signés de journalistes ou assimilés.

– Au niveau des marques, on dit souvent que les contenus UGC sont plus visibles que les contenus officiels. C’est parfois vrai, parfois faux : quand on tape les noms des grandes marques dans les moteurs de recherche, les contenus officiels restent les plus accessibles.

7. « Le marketing viral, ça cartonne. »

Ah, le mythe de la publicité gratuite… C’est un mythe qui s’est assez largement dégonflé maintenant, mais on a connu une période où le marketing viral était le graal de la communication en ligne pour les annonceurs. On fait une vidéo rigolote ou sympa, et ça buzze.

Résultat : une profusion de campagnes de faible qualité qui n’ont jamais décollé de là où on les avait mises. Le cimetière du web est plein de campagnes virales. D’après Jupiter research, 15% des campagnes virales atteindraient leurs objectifs. D’après Georges Mohammed-Cherif (Buzzman), qui a signé quelques unes des campagnes les plus virales de ces dernières années, il y a une dizaine de campagnes vraiment virales par an.

Et ce n’est pas parce que l’on devient viral que c’est gagné : encore faut-il que cela serve réellement les intérêts de la marque.

8. « L’audience des médias traditionnels se dégrade. »

Pour la presse écrite, c’est très clair : baisse constante de la diffusion de la presse depuis 2000.

Mais pour la radio et la télévision, c’est moins évident. Le temps passé devant la télévision a même progressé d’une minute au dernier pointage : 3h28 par personne en octobre 2008. Aux Etats-Unis, la TV est à son plus haut historique.

9. « La confiance dans les médias traditionnels se dégrade. »

Pas en France en tout cas. Malgré les discours ambiants, malgré les affaires, la question de l’indépendance, les relations entre actionnaires et groupes médias, entre le pouvoir et les patrons de rédaction…

Non pas que la confiance dans les médias traditionnel soit élevée. Mais depuis 2000, les études ne montrent pas qu’elle a fondamentalement évolué : un peu moins bien par ci, un peu mieux par là…

Un aperçu de l’évolution de la confiance dans les médias telle que la mesure TNS Sofres pour la Croix et Logica, depuis plus de 20 ans, ne montre pas d’évolution majeure dans les années 2000 : les taux de confiance dans la presse écrite, la radio et la télévision sont supérieurs ou égaux à leurs niveaux de 2000. Et en 2009, toutes les catégories de médias voient leur côte de confiance remonter. C’est dans les années 90 que la confiance dans les médias s’est affaissée. cela mérite une petite image :

confiance-medias-2009

10. « Obama a construit sa victoire sur le réseau de petits donateurs. »

On l’a vu un peu partout : Obama aurait amassé plus d’argent via ses petits donateurs que via les gros donateurs. Un véritable effet longue traîne avec un bénéfice important : une moindre dépendance aux lobbies, grâce à des dizaines de milliers de petits donateurs ayant mis la main à la poche dans la mesure de leurs moyens (petit donateur = moins de 200 $).

Le problème, c’est que c’est faux, révèle le Campaign Finance Institute, un organisme indépendant. Les petits donateurs n’auraient représenté que 26% des finances d’Obama… soit approximativement la même proportion que les petits donateurs de Bush en 2004. Avec 210 millions de $ en provenance de gros donateurs et 120 millions de $ en provenance de petits donateurs, on est dans des proportions classiques.

La confusion vient du fait que beaucoup de donateurs ont fait plusieurs petits dons. Si je donne 6 fois 50 $, je fais 6 fois un petit don, mais à l’arrivée, je ne suis plus un « petit » donateur, ayant dépassé les 200$.

[Comment ça, le mythe n°10 n’est pas un mythe 2.0 ? avec les mots-clé « Obama » et « Longue Traîne », ça a sa place ici non ?]

—–

Voilà pour les 10 mythes qui me viennent à l’esprit. Il y a en a sans doute beaucoup d’autres (par exemple, j’ai évité le mythe de la « conversation » qui a déjà été évoqué sur ce blog dans un billet plus ancien ; on aurait aussi pu écrire « sur Facebook, tout le monde voit votre vie privée »). J’attends avec impatience que vous complétiez la liste ou que vous vous offensiez de ce que vous venez de lire…

Une vidéo de la semaine effrayante

Ce doit être ça le pouvoir du marketing :

Groupes Facebook, suite… (Edit : où l’on voit des nouvelles formes de spam massif sur Facebook)

Pour faire suite à mon billet du 24/12 sur les groupes Facebook les plus populaires

Je remarque ce matin l’existence du groupe « Pour savoir qui t’aime !!!!(absolument vré)« , qui compte plus de 393 000 membres, ce qui le classerait donc à la 6ème place de tous les groupes Facebook francophones.

Erreur de relevé quand j’ai fait mon étude le 23 décembre ? Même pas. Vu la date des premiers messages sur le groupe, celui-ci n’a que 10 jours d’existence. C’est dire à quelle vitesse les choses peuvent aller..

Ceci dit, on notera que ce groupe incarne une forme élaborée de spam puisque sa mécanique est la suivante :

« 1-mé toi ds le groupe
2-invite tout té amis
3-tape F6 ou F5 sur la page d’acceuil du groupe et tu verra apparaitre le nom de celui/celle qui t’aime »

Et voilà qui berne près de 400 000 personnes en 10 jours et ce n’est sans doute pas fini.

Je vais me mettre dans le groupe pour savoir si l’auteur diffuse des messages à ses membres ou si c’est une blague qui a « dégénéré » 😉

Edit : Spam, vous avez dit spam ?? On est en fait devant un vrai phénomène nouveau et massif.

– Je découvre à l’instant « pour savoir qui regarde le + votre profil !!!! et cette fois c est vrais !!« . 330 000 membres en moins de 3 semaines d’existence.

– Souvenons-nous aussi du billet précédent que l’alter ego « pour savoir qui regarde le plus votre profil !!! C SUPER SIMPLE » était le deuxième groupe francophone en nombre (480 000 membres au pointage du 23 décembre)… Ce « groupe » est désormais le plus gros groupe francophone, ayant dépassé les 700 000 membres pendant les fêtes.

– Il devance « Pour ajouter de la musique sur Facebook, cliquer ici » (désormais 600 000 membres) qui fait partie des groupes sur lesquels le wall a été… prohibé. Mieux vaut ne pas laisser des traces de mécontentement trop apparentes !

PS : bonne année à toutes et tous, avec nos voeux (pas si) corporate (que ça).