Archives mensuelles : septembre 2007

Un « second thought » sur Second Life

C’est bien connu : on finit par brûler ce qu’on a adoré. Dans le genre yo-yo de l’opinion, Second Life est sans doute la plate-forme web autour de laquelle les discours sont les plus excessifs : l’emballement médiatique de début 2007 et avant (largement alimenté par la répétition des annonces de marques et d’agences, voir ici, ou ) est progressivement (depuis mars en fait) venu faire place à un silence pesant des mêmes médias et aux critiques les plus acerbes des blogueurs (voir ici, ou ). Et s’il est très vite apparu que la plupart des annonces de marques dans Second Life avaient pour principal bénéfice (et je n’espère pas pour principal but) de faire parler la presse… écrite, nous avons voulu creuser la question à l’agence pour faire un vrai tour d’horizon. Nous avons donc demandé à Dan Benzakein d’Extralab de nous rendre visite rue de Trévise pour démythifier Second Life devant une foule curieuse.

Si les anecdotes croustillantes dans Second Life sont légion et participent de l’attractivité (subjective) de la plate-forme, j’ai surtout été frappé par le parallélisme entre les débuts du web et les débuts de Second Life. Il est encore très tôt pour tirer des conclusions définitives. Alors oui, il y a l’obstacle de la prise en mains. Alors oui, Second Life est à moitié désert. Alors oui, c’est sexe et casino à gogo (enfin, maintenant les casinos sont interdits). Alors oui, l’événementiel est ultra-limité par les capacités de la plate-forme (80 personnes à la fois). Mais le champ des possibilités – bien au-delà de la seule communication de marques – est intéressant, en particulier en matière de management et dans certains secteurs comme l’immobilier et l’entertainment.

A ce stade, Second Life, ça reste de l’image, de l’expérimentation, des publics initiés, très early adopters et internationaux. C’est d’ailleurs pour cela qu’on peut excuser que tant de marques s’y soient rendues dans une logique de coup de com et de one-shot. Mais il sera moins compréhensible maintenant de voir se répéter ce genre d’approches : Second Life est comme n’importe quelle plate-forme, si on s’y investit, que ce soit au travers d’un véritable projet. D’autant plus que c’est un univers à vraiment connaître avant de s’y aventurer – autant dire qu’on ne peut pas le faire sans être accompagné par un expert. Au final, pour la communication comme pour le management c’est une niche, mais une niche de R&D.

A suivre aussi : la série en cours d’Internet Actu « demain les mondes virtuels ». Premier billet ici, deuxième .

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L’avenir des blogs en débat

Le blog est-il mort ? Le débat (à la fois très déstructuré et très ethnocentré) qui a agité la blogosphère (voir ici, , , , ou encore ) et (un tout petit peu) les médias fin août dernier trouve un prolongement avec la conférence Apple Expo sur l’avenir des blogs qui aura lieu samedi 29 septembre.

C’est l’occasion d’esquisser des réponses aux questions qui sont posées : le blog est-il passé de mode ? Est-il supplanté par les nouveaux outils de publication comme Facebook et Twitter ? Quelle sera son influence dans le débat public ?

A vrai dire, ce débat était attendu depuis un bon moment : la surchauffe qui a alimenté les fantasmes autour des blogs depuis deux bonnes années ne pouvait pas nous emmener ailleurs. C’est donc finalement un débat assez sain, qui peut permettre de recadrer des idées reçues exagérées dans un sens (« le blog est mort ») comme dans l’autre (« les blogs sont la révolution de l’information »).

En préambule, il me semble utile de rappeler que cette réflexion se heurte à 2 écueils :
– le fait que le blog ou plutôt « les blogs » sont un univers extrêmement divers et donc difficile à décrire : je suis toujours gêné par les « les blogs ceci, les blogs cela »…
– le fait que les blogs ne sont qu’une composante des médias 2.0. La question la plus fondamentale dépasse les seuls blogs : il s’agit de comprendre comment les individus s’expriment et avec quel impact. C’est une question de société, alors que la question des seuls blogs, du seul Facebook, du seul journalisme citoyen, des seuls commentaires dans les médias online etc., relève davantage du débat d’expert.

Mais nous sommes justement sur un blog qui se veut expert donc on se lance. Qu’est-ce qui pourrait faire dire que le blog en tant qu’outil de publication, est mort, ou plutôt, en perte de vitesse ?

1. Les chiffres. Mais je ne crois pas beaucoup à l’intérêt des chiffres comme « X% des internautes lisent des blogs » ou « Y millions de blogs existent en France ou dans le monde ». Ils négligent d’une part le rôle de la recherche d’information dans le surf (on ne lit pas un média online comme un média papier), d’autre part le niveau réel d’activité des blogs.

Que ces chiffres augmentent ou baissent ne nous apprend donc pas grand-chose, et il est bien normal que le nombre de blogs créés ralentisse, par un double effet d’apprentissage (on expérimente le blog, puis on se rend compte que ce n’est pas nécessairement l’outil d’expression qu’il nous faut) et de saturation (la croissance n’est pas infinie).

2. Les blogs qui ferment. Je ne crois pas non plus que la fermeture récente de quelques blogs historiques ou emblématiques (le Domaine d’Extension de la Lutte qui annonce sa fin puis change de mains) ou des changements de positionnement, puissent amener à une conclusion généralisée : ces fermetures viennent surtout nous rappeler le caractère par essence intermittent des blogs. Un blog vit et meurt. Un blog, c’est chronophage et sa vie est aléatoire car le plus souvent l’auteur n’est pas rémunéré. Il est tout à fait normal que des blogs, fussent-ils « influents », meurent. Que des blogs meurent ne signifie pas que le blog est mort.


3. L’après-élections.
Il était parfaitement prévisible que la blogosphère politique connaisse à la fois une agitation et un certain succès jusque début mai, puis que l’audience des blogs concernés retombe. Là non plus on ne peut pas en conclure que « le blog est mort », mais plutôt qu’il accompagne les grands événements de société.

4. Une nouvelle concurrence. Celle des Twitter, Facebook & co. Mais si les blogs sont concurrents des réseaux sociaux, c’est uniquement en tant qu’outils d’expression personnelle. Car ces différents outils n’ont pas la même vocation que le blog et finalement le complètent assez bien :

– un blog est un carnet de bord, il s’inscrit dans la durée et est relativement chronophage par définition ; il peut être ouvert au monde si son auteur le veut bien

– un réseau social (je parle de mon expérience Facebook) est un trombi géant et dynamique qui correspond beaucoup mieux à des tas de gens ; il est par définition centré sur l’individu

Finalement ce dont on s’aperçoit, c’est que le temps (qui efface l’effet de mode) et l’émergence de nouveaux outils 2.0 viennent plutôt clarifier le paysage des blogs en donnant le choix à l’utilisateur de l’outil qui lui convient le mieux pour s’exprimer. La blogosphère était, et reste, un incroyable et bordélique fourre-tout, mais avec un peu de recul elle est mieux comprise : maintenant, quand on blogue, on sait davantage pourquoi et on sait ce que cela implique. Et on a compris que les blogs font beaucoup de commentaire et très peu d’information.

Dans cette blogosphère consolidée ou « rationalisée », on aura moins de blogs morts ou morts-vivants, sans audience, sans idées ou purement auto-centrés (pour ça il y a d’autres moyens). Si c’est cela la mort des blogs tant mieux… mais je parlerais plutôt de fin d’une époque des blogs. Fin d’un âge d’or, avec ses pionniers, ses effets d’emballement et ses expérimentations. Ce n’est pas le blog qui est mort, c’est l’époque 2002-2007.

Oui, les blogs sont en perte de vitesse : ils ne sont plus en excès de vitesse, mais en vitesse de croisière. Le paysage est plus installé, même si toujours foisonnant et dynamique. Les blogs occupent une place assez bien cernée dans le paysage médiatique : celui-ci a pris une forme de longue traîne et les blogs en sont essentiellement la partie basse.

En revanche, il est certain que l’avenir des blogs n’est pas le même si on en vient à les reconnaître comme potentiellement influents ou comme un simple outil d’expression.

Et la question de l’influence des blogs reste très ouverte : un outil comme Facebook a peut-être davantage de potentiel d’influence collective que les blogs, avec l’effet « pétition » qu’il permet (ce que mon ami Emmanuel appelle le nouveau consumérisme). Les blogs, eux, ont à mon sens une influence ou plutôt des influences de niche, d’ailleurs très imprévisibles : ils sont influents quand ils soulèvent le bon sujet, au bon moment, avec les bons arguments.

Si l’avenir des blogs est réel, il sera plus ou moins radieux en fonction de l’idée qu’on se fera de leur influence. Et pour être influents, il faut qu’ils soient utilisés dans une logique d’influence : l’avenir des blogs dépend aussi de l’usage que leurs auteurs en feront.

Edit 02/10 – Il fallait être là : les comptes-rendus de la conférence ne nous apprennent pas grand-chose sur ce qui s’y est dit. Le blog n’est pas mort, mais il a du mal à exploiter toutes ses potentialités…

Marketing (pas si) viral (que ça)

Ironie de l’actualité : alors que l’agence ViaNova Spheeris écrivait il y a moins de deux semaines que « le marketing viral est mort », la Tribune nous dit ce matin que « le marketing viral n’a jamais aussi bien fonctionné ». Mince alors. Comment est-ce possible ?

La réponse est évidemment très simple : ViaNova Spheeris et la Tribune ne parlent pas de la même chose.

Pour les premiers, le marketing viral est cette discipline qui consiste pour partie à faire tourner des vidéos rigolotes sur le web. Pour les autres, il s’agit du partage d’expérience. C’est donc le partage d’expérience qui ne s’est jamais aussi bien porté, et la Tribune fait référence à l’étude Profiling d’Ipsos déjà évoquée sur ces pages.

Mais le sujet qui m’intéresse ici et j’avoue que j’attendais une occasion de ce type pour en parler, c’est le marketing viral au sens des « vidéos qui tournent ». D’abord il y a la définition du marketing viral. C’est déjà un sujet compliqué mais je vais m’en tenir à ce qu’en dit Wikipedia (même si Wikipedia peut changer d’avis à tout moment :-D) : une forme de publicité où le consommateur contribue à sa diffusion. On balance un message, souvent sous forme de film, et le bouche à oreille fait son effet. Ca buzze. Marketing parce que démarche publicitaire, viral parce que propagation.

Mais n’y a-t-il pas une forme de contradiction dans l’association de ces deux termes, « marketing » et « viral » ? Ce n’est pas le marketing qui fait qu’il y a propagation. Ce sont les internautes qui décident de faire ou non le succès d’une campagne, de la diffusion d’une information. Le buzz ne se décrète pas car les internautes sont, fort heureusement, libres. C’est d’ailleurs ce que dit le sociologue Duncan Watts pour qui ça n’a pas de sens de planifier un buzz et je m’y retrouve complètement.

Et tout concorde dans ce sens :

– c’est Jupiter Research qui annonce que seules 15% des campagnes virales attendraient leurs objectifs

– c’est ViaNova qui demande « Combien de campagnes ont réellement un potentiel viral? »

– c’est Sylvain Weber qui analyse dans un détail remarquable un buzz pour nous amener à la conclusion que l’audience de sa vidéo est dépendante de la volonté des éditeurs de site de la promouvoir en home page

– c’est Emmanuel Vivier qui déclarait à Stratégies « Le pur viral n’existe pas. Un bon dispositif s’accompagne souvent d’achat d’espace »

– c’est l’étude IPSOS Profiling qui montre que 11% des internautes font suivre une publicité vidéo aux membres de leur communauté, ce qui ne signifie pas grand-chose

– c’est un contact chez une plate-forme communautaire qui me disait : « on peut investir des centaines de milliers d’euros sur un jeu-concours qui va réunir 50 contributions ; on peut aussi bien ne rien investir du tout sur une vidéo qui va être vue 2 millions de fois. Sans qu’on sache pourquoi ».

Dès lors se pose la question de la décision d’investissement pour l’annonceur (comme le soulignait Emmanuel Parody) : comment investir quand les incertitudes sur le ROI sont telles ? Les agences peuvent au mieux mettre le maximum de chances de leur côté, mais il ne s’agit jamais que de limiter les risques d’échec. Pour reprendre Joïakim, la viralité n’est pas un canal, c’est un phénomène qui résulte de la combinaison de mécanismes complexes… et dépend largement de la qualité de la création. Pour une campagne Choc / Delarue, combien de campagnes ne sont jamais sorties du cercle certes influent dans la profession mais quand même très fermé des communicants qui bloguent ? Comment en est-on arrivés à voir autant de campagnes aussi faibles créativement et sans aucun succès ? Et je ne parle même pas de la question du ciblage : si le buzz fonctionne autour du film, est-ce pour autant que ce sont les bons internautes qui sont touchés ?

J’ai l’impression que le buzz a été beaucoup considéré comme un phénomène acquis et peu interrogé par les annonceurs. Internet, lieu magique où tout buzze. On en revient aujourd’hui à questionner la notion même de buzz (le buzz, s’il prend, est bien davantage un bénéfice additionnel qu’un objectif en soi) et la sémantique du marketing viral : bien d’accord avec ViaNova quand ils écrivent :

« Et si, au-delà de l’effet de mode qui commence sérieusement à s’essouffler, on appelait un chat un chat et une campagne de pub vidéo une campagne de pub vidéo, sans se sentir obligé de rajouter « virale » ? »

Le marketing viral a beaucoup séduit, mais j’ai le sentiment qu’on est en train de revenir aux fondamentaux : une campagne de publicité, ça s’achète ; la reprise et la diffusion d’un message, ce sont des bonnes vieilles relations publiques. En ligne.

« La femme selon Google » par Jean Véronis (notre vieillerie de la semaine)

Et deux vieilleries pour le prix d’une ! Retour en avril 2005.

Jean Véronis testait alors une nouvelle fonctionnalité d’un certain moteur de recherche au doux et longtemps imprononçable nom de Google : la fonction define. L’idée est la suivante : taper « define » suivi d’un mot et vous tombez sur une définition plus ou moins pertinente de ce même mot.

Véronis, lui, l’a testé avec le mot « femme ». La capture d’écran des résultats de la requête du chercheur à l’époque est ici.

Mais la petite histoire ne s’arrête pas là. Le professeur-blogueur revient à la charge quelques jours suivants. Et là, oh surprise : il trouve son propre post dénonciateur dans les tout premiers résultats. Nouveau billet à la clé donc : « Référencement: Define n’importe quoi. »

Alors… ? Plus de deux ans après ? Et bien c’est pire, l’histoire sans fin continue. Voici ce que l’on trouve avec la même requête. Chacun jugera…

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Pour quelles participations des entreprises à Wikipedia ? Tergiversations à la tête de Wikimedia

600px-wikimedia-logosvg.pngLa semaine dernière, PR2Peer s’entretenait avec Florence Devouard, présidente de la fondation Wikimedia, la structure qui porte le projet Wikipedia.
Parmi les sujets abordés, un a particulièrement retenu mon attention : l’implication des entreprises dans l’encyclopédie en ligne. Cette question est un des angles morts de la réflexion de Wikipedia ; une sorte d’impensé face à une utilisation que les fondateurs n’avaient pas forcément prévu aux débuts du plus célèbre des wikis. Et la réponse de Florence Devouard illustre cet embarras :220px-wm2006_0082.jpg

« D’une façon générale, nous avons tendance à suggérer aux entreprises de ne pas éditer leur articles (ou aux personnes de ne pas éditer leur biographie) car il est difficile de rester neutre lorsque l’on est impliqué [traduction : non, les entreprises n’ont pas leur place].

Cela étant, il faut aussi être réaliste, et reconnaître qu’une entreprise est tout de même assez bien placée pour parler de son activité ! [traduction: mais en fait oui quand même] »

200px-wm2006_0060.jpg Cette réponse en deux temps doit être mise en perspective avec les propos tenus par Jimmy Wales himself, le fondateur de l’encyclopédie, dans le magazine PRWeek (pour un rappel de l’histoire c’est, entre autres, ici). Il fustigeait et menaçait d’exclusion les entreprises (et en particulier les agences de communication) qui modifiaient ou créaient leurs pages en ligne.
Donc, d’un côté de l’Atlantique, des propos très durs, pétition d’indépendance farouche qui a le mérite d’être très claire : NIMBY ! De l’autre une posture réaliste, mais qui pratique le slalom (on imagine bien le petit jeu d’épaule coincé qui accompagne le « cela étant »). De quoi y perdre son latin (abandonné trop rapidement après la troisième) !

L’enjeu est pourtant de taille : l’implication régulière des entreprises dans le projet questionne, au moins aux yeux de l’internaute lambda que je suis, l’indépendance de Wikipedia, la fiabilité et la neutralité de ses sources. Comme sur bien d’autres sujets, il en va de la crédibilité du site : certaines pages d’entreprises sont des nids à communiqués de presse. Heureusement que la communauté active veille et régule les abus de telles ou telles entreprises ou de telles ou telles agences de communication. Mais cela n’empêche en rien d’envoyer un signal clair et fort aux entreprises.

Côté agence, François Guillot (alter ego de ce blog en devenir) avait commencé dans ce sens avec des suggestions quasi-identiques à celles de Florence Devouard. Mais les membres actifs de Wikimedia n’auraient-ils pas intérêt à prendre une bonne fois pour toute le problème à bras le corps ?
Dans l’esprit des pratiques collaboratives, est-il possible d’envisager une réflexion et des solutions communes entre les entreprises et Wikimedia , histoire d’éviter les dérives d’un côté, les propos embarrassés de l’autre et la possible confusion des internautes au milieu ?

Sicko : Michael Moore et la gestion de la critique sur Internet

sickoVu Sicko hier. Ce billet non pas pour revenir sur la façon dont Michael Moore présente les systèmes de santé américain, canadien, anglais et français, mais sur ce qui intéresse naturellement un blog comme Internet et Opinion : la fin du film.

Il y est question du principal site anti-Michael Moore, MooreWatch. Le plus simple est de vous inviter à regarder la vidéo qui se trouve ici ou de lire la retranscription de ce passage de Sicko; une véritable démonstration de gestion de l’opinion sur Internet :

“That’s when I heard that the man who runs the biggest anti Michael Moore web site on the internet was going to have to shut it down. He could no longer afford to keep it up because his wife was ill and they couldn’t afford to pay for her health insurance. He was faced with a choice of either keep attacking me or pay for his wife’s health. Fortunately, he chose is wife. But something seemed wrong about being forced into such a decision. Why, in a free country, shouldn’t he be able to have health insurance, and exercise his first amendment right to run me into the ground? So I wrote a check for the twelve thousand dollars he needed to keep his wife insured and in treatment and sent it to him anonymously. His wife got better and his web site is still going strong.”

Allez, on fait l’effort de traduire :

« C’est alors que j’ai entendu dire que l’auteur du principal site anti-Michael Moore allait devoir le fermer. Il ne pouvait plus s’y consacrer car sa femme était malade et ils ne pouvaient pas payer son assurance santé. Il avait le choix entre continuer à m’attaquer ou payer les soins de sa femme. Heureusement, il a choisi sa femme. Mais il y avait quelque chose de bizarre dans le fait de se retrouver face à une telle alternative. Pourquoi, dans un pays libre, ne pourrait-il pas faire soigner sa femme et exercer son droit à me traîner dans la boue ? Je lui ai donc fait un chèque avec les 12000 dollars dont il avait besoin pour conserver l’assurance et faire soigner sa femme, et lui ai envoyé anonymement. Sa femme va mieux et son site se porte bien ».

Très voltairien, tout cela. Mais ce que le film ne peut pas raconter, c’est la réaction de Jim Kenefick, l’auteur du site concerné (ils sont en réalité plusieurs). Pas d’énorme surprise, en fait : Kenefick dénonce dans un billet la finalité de Moore (inclure ce passage dans le film), le fait que le site n’allait pas fermer (une exagération un peu borderline de Moore sans doute), se dit manipulé (« used me ») et continue les attaques.

Mais visiblement l’un des effets visés par Moore se produit : le site et les boîtes mail de ses auteurs sont inondés de messages pro-Moore. Kenefick installe alors un « avertissement » tout en haut de la homepage : « si vous êtes ici parce que vous avez entendu parler de MooreWatch en voyant Sicko, cliquez ici« .

Il y précise notamment qu’il a remércié Moore et qu’il lui en est reconnaissant ; qu’il ne faut pas confondre les différents auteurs du site ; que les lecteurs du site l’avaient sauvé avant que Moore ne fasse son chèque ; que les captures du site surlignées dans Sicko ne correspondent pas à l’histoire qu’il raconte ; sa femme ne « va pas mieux » (« got better »), sa santé s’améliore (« she is getting better ») ; enfin, qu’il faut tout questionner.

Il rend même hommage à Moore d’une certaine façon en sous-titrant son site :« 

…The biggest anti-Michael Moore website on the internet… » – Michael Moore

N’empêche : l’effet de Moore est au final particulièrement efficace est sert complètement la démonstration qu’il fait dans Sicko. Le film aura touché bien davantage de monde que le site, même en ayant reçu cette publicité inespérée… Il aura même réussi à noyauter le site en y envoyant la « communauté Moore ». Bref, c’est assez génial niveau efficacité.

Financer son ennemi pour gagner en stature et le neutraliser tout en servant sa démonstration : pourrait-on imaginer une entreprise agir de la même façon ?

L’impact des leaders d’opinion : le cas Parker (très spécifique mais si instructif)

Bon, coupons court à toute ambiguïté : oui l’équipe de France de Basket joue ce soir contre la Lituanie; et non, je ne parle pas de Tony mais de Robert Parker, un des experts les plus reconnus sur le marché viticole (tiens pour s’en convaincre il suffit de suivre l’autopromo du grand chef).

rparker.pngParker, dans son style, est sans contexte un leader d’opinion : chroniques dans The Wine Advocate, guides, livres, sites Internet, les notes du bonhomme sont guettées par la profession. Etait-il possible, pour autant, de quantifier son influence et son impact sur le marché ? Oui, à la lecture de l’étude de trois économistes de l’INRA qui ont rendu leur conclusion dans un document de travail au titre malicieux « The impact of gurus : Parker grades and en primeur wine prices » (26 pages, avec annexes et en anglais).

L’enquête date de quelques années désormais mais a été portée à ma connaissance par la chronique éco de ce jour dans Libération (foire aux vins oblige) et signée Pierre-Yves Geoffard ( à consulter sans modération si vous souhaitez en savoir plus sur cette étude).

Nos économistes de l’INRA ont pu travailler sur des données naturelles suite à un coup du sort en 2003. R. Parker vient chaque année au printemps déguster certains vins français en primeur. (Incise pour les incultes comme moi : certains vins de Bordeaux sont vendus en primeur, c’est-à-dire avant même maturation complète). Or en 2003, l’ami Parker ne se rendra dans notre belle contrée qu’à l’automne – après la vente de ces mêmes vins. Donc si vous avez suivi, en 2003, les prix de ces vins ont été fixé avant la publication des notes de Parker, contrairement aux autres années.

De quoi aiguiser les outils favoris des économistes qui ont donc cherché à saisir les effets de cette absence de notation. Résultat sans appel : les vins notés par Parker connaissent une augmentation moyenne de 3 euros par bouteille.

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Bien sûr, ce cas est très spécifique au marché du vin mais il vient s’ajouter à bien d’autres enquêtes (dont on parlera un jour c’est sûr) sur les leaders d’opinion. Généralement, leur influence est évidemment très difficile à identifier et à isoler. Cette absence d’un printemps a été une vraie aubaine pour saisir de manière empirique son impact. Quant à connaître l’effet Tony Parker sur la vente de Kinder, c’est une autre histoire.

La vieillerie de la semaine : « Les médias et leur nouvel écosystème »

Pour les uns, c’est sortie d’école, Fin de semaine, Pose café, Déjà en RTT. Pour les autres : Rentrée des classes, Blues du lundi matin, Pose café, Vivement la prochaine RTT. En tout cas, on se détend avec un post tout droit sorti de notre vide grenier commun : Internet.

Et oui, avec tous les discours sur la réactivité, l’instantanéité, le présentéisme, l’immédiateté, et j’en passe on en oublierait presque qu’Internet est aussi la toute nouvelle mémoire du monde (pour le clin d’oeil au titre poétique et évocateur du court-métrage d’Alain Resnais sur la Bibliothèque Nationale, suivez le guide). C’est pourquoi nous avons décidé de replonger, chaque fin de semaine, dans les milliers d’archives disponibles à tous et presque (totalement?) oubliées.

La pépite du jour, en forme d’hommage, nous viens du côté de chez Parody qui le tenait lui-même d’Olivier Ertzscheid qui lui-même le tenait d’Hypergene, celui-là même qui le tenait de…. Enfin, Emmanuel Parody vous explique tout très bien tout cela par ici. C’était un 10 janvier 2006.

Pour les flemmards de l’hypertexte, on retiendra le schéma qui suit, issu de l’article de Shayne Bowman et Chris Willis pour la revue universitaire Nieman Reports, « The Future Is Here, But Do News Media Companies See It? » (pour les amateurs de pensum et/ou de lecture première main, votre bonheur se trouve ici).

Avec un peu plus d’un an de recul, que cela vous inspire-t-il ?

Actualisation : si certains en doutaient, les commentaires sont plus intéressants que mon billet.

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L’ancienneté des blogs « influents » et autres considérations sur les critères de succès d’un blog

Parmi l’ensemble des critères qui font la réussite d’un blog, la durée n’est pas le moindre. C’est un travail de fourmi (il faut les relever à la main, et les archives sont parfois bien cachées), mais de temps en temps ça me détend (ne cherchez pas) : je me suis amusé à relever l’ancienneté de chacun des blogs du top 50 de Wikio pour en avoir le coeur net (oui, j’avais déjà relevé la présence de pub et le nombre d’abonnés, et j’ai d’autres idées encore).

D’où un chiffre, brut : 30 mois (29,98 exactement sous réserve de toute erreur). Le blog moyen du top 50 de Wikio a 2 ans et demi de vie derrière lui, ce qui est déjà une belle performance, surtout au rythme où les « top 50 » bloguent (ça me démange de sortir aussi des statistiques là-dessus, j’avoue). Mais les moyennes n’étant pas si intéressantes sans la distribution, j’ai réalisé ce petit graphe :

ancienneté des blogs du top 50 Wikio

On voit je pense assez bien la difficulté à émerger comme « leader d’opinion » avant un certain temps, ce qui est somme toute logique : aucun blog de ce hit-parade n’a moins de 6 mois, et les deux tiers ont au moins 2 ans d’existence.

On voit aussi ce que beaucoup, je crois, ressentent : la période « préhistorique » jusqu’à fin 2003 (Standblog, Embruns, Pointblog, Fred Cavazza, Presse Citron, Le Meur), la popularisation des blogs en 2004 (Versac V3, Billaut, Eolas, Zorgloob, Journal du Geek, Vinvin, Assouline, Altaïde, Transnets, Emery, le Salon Beige, GuiM, le Blog Auto, Chez Requia) et l’explosion de 2005 (ceux-là, je ne les cite pas).

Il ne suffit évidemment pas de durer pour « réussir », et ce n’est pas parce qu’on est récent qu’on ne peut pas être rapidement popularisé. Les critères de succès sont multiples :

– Contenu (qualité – expression d’un regard et/ou apport d’informations nouvelles, « potentiel » du sujet traité auprès des lecteurs – IT, gastronomie et politique en tête, différenciation)

– Forme (graphisme, mise en page, taille des billets plutôt courte, utilisation d’image et de son)

– Posture (réactivité sur l’information, fréquence d’actualisation, dialogue ou controverse, et donc la durée)

– Réputation (statut / légitimité de l’auteur dans la vraie vie, réseautage au sein de la blogosphère, RP du blog, effet « winner takes all »)

Quand on regarde les blogs leaders d’opinion, on trouve évidemment des exceptions un peu partout : Mashable est de 2007, Koz écrit long et certains de ces blogs sont encore plus moches qu’Internet et Opinion. Mon hypothèse est qu’on peut s’affranchir d’un petit nombre de ces critères si on remplit bien tous les autres. Il faudrait pouvoir tous les quantifier pour la valider, ce qui est mission impossible, donc on en restera là pour le moment.

Internet sert l’avis : l’enquête Profiling 2007 d’Ipsos

Ipsos a rendu public pour 01 Net (et rien d’accessible sur le site Ipsos itself) les derniers chiffres issus de son enquête Profiling (pour la méthodologie c’est par ).

On retiendra ce chiffre : 23% des internautes laissent souvent ou de temps en temps un commentaire suite à un achat en ligne.

Difficile d’être plus précis dans l’analyse puisque la version publique est évidemment expurgée de toutes les nuances qui font la saveur et l’intérêt d’une enquête digne de ce nom.

En revanche, la slide rendue disponible dans le diaporama de 01 Net lance une piste d’analyse instructive : ceux qui achètent régulièrement et ceux qui disposent d’une connexion à Internet depuis plus de 5 ans sembleraient plus actifs pour donner leurs avis. Ce chiffre pourrait-il s’expliquer par un effet d’apprentissage, propre à l’appropriation d’une nouvelle technologie? Ce sont les personnes les plus à l’aise avec Internet qui participent le plus.

ipsos.png

Dans ce cas, le seuil de 20% d’internautes qui donnent leur avis est-il un niveau de maturité ou une simple étape dans la participation de masse à venir ? Seul l’avenir nous le dira, évidemment. Mais il semble, encore une fois, que les fonctionnalités offertes sur Internet ne soient utilisées régulièrement que par une minorité plus active .