Archives mensuelles : août 2008

Nos plus belles années (1/4) : les consommateurs

En forme d’hommage à André Gunthert ;-), une série de quatre billets, au titre mélancolique, histoire de voir ce qu’Internet a changé (et aller un peu plus loin évidemment). On regardera quatre champs différents : consommation, savoir, culture et ennui… à travers quatre catégories d’acteurs : les consommateurs, les intellectuels, les cinéphiles et les glandeurs.

Cela reste anecdotique (indiciaire dirait l’autre) mais j’espère intéressant.

On commence maintenant avec la consommation et un des organes de presse des publicitaires.

Publi10, sous titré le nouveau « Journal de la publicité » (oui parce qu’avant il y avait un ancien) et en date du 10 janvier 1975 nous propose sa revue de presse de la semaine. Le journal a ainsi relevé le tirade d’une sacré grosse tête. Jugez un peu :

Philippe Bouvard raconte dans « France Soir » qu’il a récemment vu dans Paris un cabriolet de marque étrangère sur les deux portières duquel son propriétaire aurait calligraphié cette inscription vengeresse : « je ne suis pas content de cette voiture »
« La vraie révolte des consommateurs passe d’abord par le réflexe de dire publiquement ce qu’on pense d’un produit.
Bien sûr, cette contre-publicité est mille fois plus efficace sur une automobile que sur un kilo de sucre. Mais dès que l’œil ou l’oreille d’un futur acheteur peut se trouver sollicité par une information défavorable, le plus humble usager tient le fabricant à sa merci. Et le fait de dire à autrui « N’achetez-pas ! » constitue un moyen de pression autrement efficace que le simple refus d’achat.
Nous pouvons donc tous être des Ralph Nader à l’échelle de notre immeuble, de notre quartier ou de notre ville. Pourquoi ne pas accrocher à la boutonnière d’un costume mal coupé un badge affirmant « mon tailleur est un sacré maladroit » ? Pourquoi lorsqu’on sort d’une salle obscure où l’on a vu un film inepte, ne pas avertir les candidats-spectateurs qui se pressent, confiants, à l’entrée ?
Seul le respect humain, la peur du ridicule et une certaine lâcheté sociale nous empêchent encore de réagir comme il le faudrait quand il faut ».

Désormais, il existe Internet et tout ces machins qui nous permettent de nous lâcher (en plus on peut être un courageux anonyme). Ce papier de Bouvard est intéressant car il évoque toutes les difficultés que nos « ancêtres » avaient pour s’exprimer et donner leur avis. Avec nos sites comparatifs, on mesure le chemin parcouru en trente ans. Pour un dernier exemple en date d’initiative consumériste très utile, rendez-vous sur trocdestrains.

Il est néanmoins remarquable que, comme tous les grands récits, le mouvement consumériste ne soit pas plus à la pointe que ça aujourd’hui. Alors que les frustrations liées à la prise de parole étaient à leur comble ces années durant, le mouvement consumériste qui aurait désormais à disposition les outils concrets de généralisation de sa politique semble assez moribond (c’est mon avis perso, je peux me tromper). Alors qu’à l’époque être audible signifiait être plusieurs – un collectif, un mouvement, une association, j’ai l’impression qu’on peut dire que le consumérisme s’est individualisé et que le net correspond très bien à cette logique là (au mieux on est communautaire ou affinitaire).

Publicités

Rich media : le New York Times et Bill Clinton

Les médias, à défaut de l’être, peuvent faire du rich (hahaha). Je ne sais pas si cet exemple est totalement nouveau mais c’est un bon exemple de créativité dans la restitution d’une information « simple ».

Le New York Times, jamais à court d’idées, propose sur son site de visionner le discours de Bill Clinton lors de la convention démocrate avec la retranscription à côté. C’est ici.

Je vois deux avantages pour les lecteurs donc pour le NYT :

– En plus du côté Karaoké, on peut naviguer dans le texte par chapitres pour accéder aux différentes séquences de la vidéo (plutôt mieux en termes de navigation que d’avancer au hasard dans la vidéo)

– La retranscription écrite peut attirer une audience familière avec l’anglais mais « non-native » : une façon de se positionner comme média international ?

L’arythmie du web et le (tout petit) wagon de retard de Mediapart

Le signal faible du jour est microscopique… Insignifiant presque. Mais, pris par le petit bout de la lorgnette, il est révélateur de la possible arythmie de l’info sur le web.

Aujourd’hui, Mediapart, via sa revue de web, nous apprend que l’histoire des portables qui s’allument et des pop-corns qui sautent  et bien vous savez quoi… bah c’était bidon… ça vous en bouche un coin, mais peut-être que vous n’étiez pas au courant, sûrement comme  le responsable de la rubrique (en vacances prolongées ?;-).

Le journal en ligne linke ainsi sur la page d’Hoaxbuster qui date du 12 juin – date à laquelle CardoSystem avait déjà révélé le pot aux roses. Mediapart nous informe donc du dénouement de ce buzz  plus de 2 mois après ! Qu’il s’agisse d’une erreur de manip, d’une erreur technique ou d’une mise en avant « assumée »  voilà une info qui, innocemment, remonte à la surface comme une bouteille à la mer.

Cela fait penser à ces tristes chaînes pour sauver un enfant qui circulent sur la toile, de boîte mail en boîte mail et qui ne semblent jamais s’éteindre. Cela nous rappelle cette spécificité du web où l’on peut régulièrement réinventer la roue, réchauffer de l’info, retrouver des indices, détérer une preuve tellement cela part dans tous les sens et qu’il est impossible de tout voir.

[Edit à 15h20 : comme on pouvait s’y attendre, merci Vincent, le lien a disparu de la page et votre serviteur n’ayant pu exceptionnellement faire de capture d’écran, vous n’avez plus qu’à me croire sur parole ;-)]

Ciblage comportemental

Lipdub et politique… enfin !

L’imbécile la mode Lipdub a enfin trouvé sa portée politique avec la vidéo très étudiée du Medef (« esthétiquement », la meilleur réalisation que j’ai jamais vu, après celle-ci évidemment ;-). Non seulement le Medef est capable de le faire (avec un petit morceau de Parisot à l’intérieur) comme le dit une salariée au début du film mais ils n’ont pas pu s’empêcher de rajouter une petite signature à la fin, « L’entreprise, c’est la vie ».

Une petite remarque et une petite phrase qui font passer le lipdub de la vidéo de salariés à la vidéo d’entreprise. Un glissement subtil mais bienvenu (pour le MEDEF) dans le contexte de cette rentrée.

La vidéo donc

(Info trouvée via Mediapart)

Relativiser le rôle de l’UGC

Le papier de Marie-Catherine Beuth dans le Figaro de vendredi, « Renault, champion des conversations sur les blogs« , a naturellement attiré mon attention.

Il reprend des éléments d’une étude d’Oto Research qui est parue il y a un gros mois. Tubby Dev en avait fait un résumé assez complet.

Alors, de quoi s’agit-il ? D’un livre blanc (sur demande auprès d’Oto Research) qui s’attache à mettre des chiffres en face d’un certain nombre de questions qui se posent pour les marques autour du web, et notamment à mesurer l’ampleur du phénomène « UGC ».

Je ne vais pas revenir sur l’ensemble de l’étude et vous conseille pour cela Tubby Dev. Le point qui attire mon attention est le même que celui autour duquel Marie-Catherine Beuth a construit le papier du Figaro : la « part de voix » des marques par rapport aux autres sources d’information : l’UGC, les distributeurs, les médias. Les discours sur les marques sont-ils dominés par les marques elles-même (sites de la marque), par l’UGC (internautes), les distributeurs (e-commerce) ou les médias ?

Pour mesurer cela Oto Research a étudié les 100 premiers résultats Google sur les requêtes concernant 110 marques de grande consommation. Et produit le camembert suivant :

Les marques produiraient à peine plus d’un quart des discours qui les concernent et l’UGC est le premier vecteur de discours. C’est la conclusion du Figaro et du livre blanc d’Oto Research.

Voilà qui est fort séduisant et qui est susceptible d’enflammer tout ce que le web et les métiers du conseil comptent d’évangélistes du web 2.0, non ?

Sauf que la méthode et la conclusion… sont assez contestables.

L’étude a été chercher les résultats Google du les requêtes concernant 110 marques. Les cent premiers résultats Google.

Vous allez souvent sur la 10ème page de résultats, vous ? Souvenez-vous de cette petite étude qui montrait que 62% des internautes ne vont jamais au-delà de la première page de recherche. Et même si les choses ont évolué depuis, une chose est sûre, le nerf de la guerre, ce sont les 10 premiers résultats Google. Pas les 100 premiers.

En allant chercher les 100 premiers résultats, on plonge dans la longue traîne. Normal d’y trouver beaucoup d’UGC. Tiens, je pourrais faire la même étude sur les 1000 premiers résultats Google des 110 marques étudiées et en conclure que 90% des contenus sur les marques sont UGC ! (Et les annonceurs affolés viendront m’acheter du conseil web, et je me frotterais les mains.)

Pour me faire une idée un peu plus précise, j’ai repris le principe de l’étude et l’ai raccourci à la première page de recherche pour les 10 sociétés qui, selon Oto Research, suscitent le plus de commentaires (commentaires de blogueurs en l’occurrence, dans la méthodologie de l’étude).

Ce top 10 des marques qui font buzzer les consommateurs est composé de : Renault, Nokia, Canon, Orange, Samsung, Peugeot, Panasonic, SNCF, France Télécom et Philips.

Donc, à la question, quelles sont les sources d’info à propos de ces marques quand on s’intéresse à la première page de résultats de Google, la réponse est :

Dans cas de figure, qui correspond beaucoup plus à la réalité des usages du web, les 10 marques qui font le plus parler maîtrisent plus de 50% du contenu Google qui les concerne. On est quand même nettement au-dessus des 27% d’Oto Research… Et l’UGC, sur la première page de recherche, est tout d’un coup bien moins inquiétant : moins de 10% des résultats contre plus de 30% dans la méthode Oto Research.

Sur ces 10%, 80% de Wikipédia et aucun blog.

Donc, tout ça n’est pas pour dire que l’UGC n’a aucune importance. Mais on en revient à un débat de fond qui anime ce blog : ce n’est pas parce que le phénomène de l’UGC est important qu’il faut exagérer son influence. Le web 2.0 n’a pas tout changé ; il ne faut pas confondre longue traîne et usages de l’internaute ; quantité de contenu et visibilité des sources ; visibilité et influence.

Les système d’opinion évoluent. Mais pas autant que certains le disent (les certains en question étant généralement curieusement des vendeurs de conseil web, ce que je suis aussi il faut bien le reconnaître, mais pas seulement 😉 ).

Ce type d’études permet de se remettre les idées au clair : les blogs sont essentiellement des médias de niche ; Wikipédia est un outil de réputation (on est quelques-uns à insister là-dessus et le débat n’est pas fini) ; l’influence UGC se fait beaucoup par les avis conso sur les sites marchands ; les forums restent des endroits hyperactifs.

Allez quand même jeter un œil à l’étude, notamment pour ce qu’elle fait ressortir en termes de « bruit sectoriel ». « Les secteurs qui génèrent le plus de bouche-à-oreille et de messages sur les blogs sont l’automobile (27 %), l’équipement (25 %) et le voyage (6 %). », relève Le Figaro.

Putting UGC in perspective

The piece by Marie-Catherine Beuth in Le Figaro last Friday, “Renault, champion of blog conversations”, naturally attracted my attention.

It is based on survey by Oto Research published a little more than a month ago. Tubby Dev gives a quite detailed summary.

So what’s it about? A white paper (commissioned from Oto Research) seeking to put figures on a number of questions brands ask themselves about the Internet, and particularly about the scale of the user-generated content (UGC) phenomenon.

I’m not going into the results – see Tubby Dev for that. The point I’m really interested in is the same one Marie-Catherine Beuth discusses in Le Figaro: brands’ “share of voice” compared to other sources of information on the web: UGC, retailers, the media. Is communication on brands dominated by the brands themselves (the brand websites), UGC (web users), retailers (e-commerce) or the media?

To measure this, Oto Research studied Google’s 100 top results for inquiries on 110 consumer brands. The results are summarised in this pie chart:

Brands apparently produce barely more than a quarter of the communication regarding themselves and UGC is the primary source of communication. Such are the findings of Le Figaro and the Oto Research white paper.

A very attractive notion, don’t you think? Music to the ears of all web 2.0 gurus in consultancies and on the Internet, right?

Except that the methodology and the findings are… rather debatable.

The survey is based on the Google hits produced by enquiries about 110 brands. The 100 top hits.

Do you often go to the tenth page of results, yourself? Remember that little study showing that 62% of Internet users stop at the first page of results? And even though habits might have changed, one thing is for certain: what matters is the first 10 Google hits, not the first 100.

By looking at the first 100 hits, we’re surfing down the long tail. Nothing surprising about finding a lot of UGC there. In fact, I could look at the first 1,000 Google hits on the 110 brands surveyed and find that 90% of the content is user-generated! (And the terrified advertisers would rush over to buy web advice from me.)

To get a better idea, I took the principle of the survey and shortened it to the first page of hits for the 10 companies which, according to Oto Research, draw the most comments (from bloggers, according to the survey’s methodology).

The 10 brands most discussed on the web in France are: Renault, Nokia, Canon, Orange, Samsung, Peugeot, Panasonic, SNCF, France Telecom and Philips.

And when you look at the sources of the first page of Google hits on these brands, it breaks down like this:

From this perspective, which is much closer to real Internet usage, these 10 brands control more than 50% of the Google content relating to them. That’s a lot more than Oto Research’s 27%. And UGC, on the first page of results, dwindles to a much less impressive 10% – nowhere near the 30% in the Oto Research survey.
Four fifths of these 10% are Wikipedia and none are blogs.

This doesn’t mean that UGC is irrelevant. But we’re back to one of the basic points we make in this blog: it’s not because the UGC phenomenon is important that we should exaggerate its influence. The web 2.0 hasn’t changed everything; we shouldn’t confuse long tail and web uses, quantity of content and visibility of sources, visibility and influence.

Opinion systems evolve. But not as much as some would have you believe (not coincidentally they are usually web consultants, which I am too but not exclusively).

At least this type of survey keeps things in focus: blogs are essentially a niche media; Wikipedia is a reputation tool (a few of us keep insisting on this point and we’re not done arguing); the influence of UGC is usually through consumer feedback on e-commerce websites; forums are hyperactive places.
Have a look at the survey anyway, particularly at what it reveals about « sector noise ». “The sectors that generate the most word-of-mouth and messages on blogs are the car industry (27%), equipment (25%) and travel (6%)”, Le Figaro points out.

La Géorgie de BHL et le web de Gunthert, tentative de prolongement de l’analyse

André Gunthert s’en donne à cœur à joie dans son billet C’est BHL qu’on assassine. Notre directeur d’études le plus prolixe sur la toile analyse les contrefeux lancés suite au long article de notre BHL national. C’est à la fois pertinent et mordant.
Mais, ironie de l’histoire, la vision du web d’André Gunthert ressemble étrangement à la vision de la Géorgie de BHL : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (et oui, pas question d’être en reste dans la provocation, à mon tour de taquiner André – tant qu’on en arrive pas au dialogue de sourds 😉
« Le web est-il capable de modifier les grands équilibres médiatiques? » lance-t-il en introduction pour annoncer que « c’est un monument qu’internet fait aujourd’hui vaciller » et conclure en toute fin de post, « BHL ferait bien de s’en souvenir avant son prochain dithyrambe – le juge, aujourd’hui, c’est le web ».
Heureusement dans les commentaires un internaute rappelle que derrière cette contre-attaque, il y des journalistes et pas « le web ». Mais cette remarque lui vaut une réponse sèche du professeur :

Pour les sourds et malentendants, j’ai bien dit: le web. Le web de Rue89, qui met en ligne une parodie qui n’aurait jamais trouvé sa place dans les pages Opinions du Monde ou Rebonds de Libé. Ou le web du monde.fr, qui affiche en face du texte de BHL un commentaire désobligeant d’internaute. Ou le web de Facebook, où les amis de BHL se comptent.

Le web des petites différences, le web qui ne respecte rien, le web qui mine l’argument d’autorité, le web qui buzze et cancane, le web où l’on s’interpelle et se répond. Le web: le pire ennemi de tout ce qui a fait BHL (je souligne).

Tiens, cela sonne comme du Loïc Le Meur de gauche ;-). Certes André, mais (encore une fois) « Le web » ça veut pas dire grand chose dans ce cas (souvenez-vous du texte de Deleuze sur les nouveaux philosophes ;-). Pour preuve ce billet du Post.fr relevé par vous-même : il y a aussi des défenseurs de BHL sur la toile. « Le web » n’est donc pas pro ou anti BHL (Le commentaire mise en exergue par Le Monde est le dernier arrivé, pas le plus critique. Rien n’aurait empêché des pro-BHL de s’exprimer et d’être eux aussi mis en exergue. (petite parenthèse, cela montre aussi que un débat/une conversation est très difficile dans les commentaires, « spirale du silence » oblige par exemple, mais cela nous emmène vers d’autres questions comme celle des remarquables fatals flatteurs…). Le web a simplement des utilisateurs (producteurs et/ou lecteurs).

Ainsi, les contrefeux ne viennent pas de blogueurs ou d’internautes lambda. En fait, elles viennent de journalistes qu’on peut (hypothèse, je dis bien hypothèse) imaginer comme éloignés du réseau BHL (nouveaux entrants, adversaires de longue dates, etc.) et à l’abri de « pressions » (dont les formes peuvent être très diverses) pour critiquer une signature comme BHL. Zineb Drief est un jeune journaliste chez rue 89 par exemple, pas un internaute inconnu. Nous restons dans un cadre bien défini de professionnels de l’information et/ou du débat éditorial.

Cet épisode nous en apprend plus sur les journalistes que sur le web il me semble. En fait ce que je retiens de ce petit épisode (et cela n’a rien de nouveau), c’est que les sites d’informations offrent un espace complémentaire à certaines journalistes pour développer des contenus (aussi bien dans le fond que sur la forme comme nous l’a montré Rue89) qui ne passeraient pas avec la même facilité dans la presse papier (ne parlons même pas de la télévision). Ajoutez à cela qu’ils peuvent être alors repris par la presse aux supports plus traditionnels. Nous sommes dans une reconfiguraion médiatique (entendre rééquilibrage des supports) à l’intérieur d’une profession. (L’affaire Sine/Val est à ce titre encore plus symptomatique et les remarques d’André Gunthert me conforte dans l’idée de creuser de ce côté là avec un prochain billet là-dessus. mon hypothèse : en off les journalistes ou les signatures défenseurs de Val, en on les journalistes ou les signatures défenseurs de Siné… à vérifier le cas du Nouvel Obs papier et du nouvelobs.com va être très intéressant à regarder)

Après le constat, la question : cela durera-t-il ? Quand les .fr seront devenus (réellement) les moteurs des rédactions, les marges de manœuvre existantes (à la fois journalistiques et techniques) s’effaceront-elles ? Pour preuve, la fermeture momentanée des commentaires sur l’article de Libe.fr qui relatait la polémique. Une des choses que permet le web c’est de faire baisser les coûts de production de l’information et donc de lancer de nouveaux titres (Rue89, Mediapart, etc.) qui peuvent développer des regards nouveaux, complémentaires ou alternatifs (ou ce qu’on voudra).

Quoiqu’il en soit André, de grâce, pas d’évangélisme ou de raccourci médiologique ;-), ARHV est de trop bonne facture pour cela… mais peut-être que nous sommes d’accord en fait sur le fond ?;-)

Noyautage koziste

Un blogueur de droite décomplexée qui écrit pour un média de gauche pas franchement déguisée : c’est possible ! Il l’avait annoncé, il l’a fait, Koz a répondu favorablement à l’invitation de Pascal Riché à écrire pour Rue89.

Il explique ses motivations chez lui mais elles sont assez simples à résumer : Koztoujours, créé dans la foulée d’une frustration sur l’issue du débat référendaire en 2005, a depuis le début vocation a faire exister les points de vue de son auteur.

Donc tant qu’à faire, autant être lu par le plus grand nombre (et pourquoi pas par des gens pas convaincus d’avance, quoi qu’il y ait beaucoup de voix dissonantes dans les commentaires chez Koz, ce qui lui a n’en doutons pas conféré une grande habitude du débat avec l’ennemi). D’ailleurs, j’ai cru comprendre que le même post publié sur Rue89 et chez Koz avait eu à peu près 7 5 à 6 fois plus de visiteurs chez le premier cité.

C’est quand même intéressant de voir qu’après 3 ans de succès blogopshériques (le compteur Feedburner de Koz indique 28 000 29041 abonnés, et même si Feedburner ça ne marche pas toujours bien, il n’y a aucun doute sur le fait que Koztoujours soit un des blogs politiques les plus estimés de France et dans le top 2 des blogs de droite), c’est Rue89 qui offre une tribune à Koz. Rue89 : pas Lefigaro.fr, pas Lepoint.fr, pas valeursactuelles.com (pour citer des médias officiellement de droite), pas non plus lejdd.fr (plus officieux).

Vous allez me dire : normal, Rue89 repose sur le modèle participatif ; pas les versions web des médias traditionnels. Ce qui est tout à fait juste, mais il faut noter que la part de participatif sur Rue89 a depuis le début été moindre qu’espèrée (ce qui avait provoqué le conflit avec Mikiane). Question : pour Rue89, est-ce une recherche de pluralité ou une recherche de plumes donc une reconnaissance de la faiblesse pour la contribution « citoyenne » ?

Comme quoi, cette situation illustre l’idée, certes bien connue, qu’il y a sur le web une plus grande proximité latérale (de gauche à droite et inversement) que verticale (du média traditionnel vers l’internaute). Rue89 est proche depuis l’origine des blogs, il a l’agilité du « pure player », cette faculté à prendre des initiatives vite, à expérimenter sans tarder.

Une petite digression : il est d’ailleurs à noter que les 4 médias traditionnels sus-cités, pas réputés pour être très proches des blogueurs, ont des politiques éditoriales pour leurs blogs de marques assez distantes des internautes :

– les seuls blogs sous marque Le Figaro sont des blogs de journalistes de la rédaction

– Il n’y a pas de blogs sous marque Le Point

– Le seul blog de Valeurs Actuelles est celui de la Rédaction

– Le JDD a une politique « ouverte » mais quand on regarde les 266 blogs sous marque JDD, c’est franchement la cata et on se demande ce que ça fait en ligne. Activité quasi-néante, présentation confuse, plus d’une dizaine de blogs de journalistes mais presque aucun n’est actif… Toute la politique éditoriale des blogs JDD est à revoir.

J’ai d’ailleurs pris beaucoup de notes sur les politiques de blogs des médias en ligne, il y a plein de choses à raconter, si j’obtiens une autorisation d’atterrissage on reviendra sur le sujet prochainement.

La science des titres

Le Figaro fait sa une du jour sur le récit « minute par minute » de l’embuscade en Afghanistan. Bon bien sûr, ça ne peut pas être du vrai « minute par minute » mais c’est ça qui est intéressant. Le Figaro reconstitue le récit en 13 étapes étalées de 13h30 à 23h, soit un peu plus d’une par heure. D’ailleurs, le titre de la version web de l’article est « Le récit détaillé de l’embuscade en Afghanistan ». Nuance !

J’écris ça mais ce n’est pas du tout un coup de gueule. Un titre doit accrocher l’attention quitte à être inexact sur les bords. C’est le principe de la publicité. Après, ça pose le problème du seuil d’acceptation par le lecteur / la cible et le risque de rupture de confiance : le Figaro et avec lui l’ensemble des médias et des annonceurs prennent leur part de risques.

Non, ce que je retiens du Figaro de ce jour, c’est que je vais m’en servir comme preuve par l’exemple : le prochain client qui me dit qu’un titre n’est pas tout à fait exact aura droit à cet exemplaire du Figaro sous les yeux dans la seconde ! 😉