Archives mensuelles : juin 2008

Les blogs et le Parlement Européen : tentative de normalisation

Le parlement européneLa normalisation du web… le sujet nous est familier. Cette fois, c’est au tour du Parlement Européen de prendre  position sur les blogs au sein d’un projet de rapport sur la concentration et le pluralisme dans les médias dans l’Union Européenne (rapporteur : Marianne Mikjko, le projet est téléchargeable ici). La proposition de résolution est très claire :

[O] considérant que les blogs constituent un moyen de plus en plus ordinaire de s’exprimer, tant pour les professionnels des médias que pour les particuliers, que le statut de leurs auteurs et éditeurs, notamment leur statut juridique, n’est ni déterminé ni clairement indiqué aux lecteurs des blogs, ce qui entraîne des incertitudes quant à l’impartialité, la fiabilité, la protection des sources, l’applicabilité des codes d’éthique et l’attribution des responsabilités en cas de poursuites en justice;

[le parlement européen] suggère – que ce soit par le biais d’une législation ou autrement – de clarifier le statut des blogs et encourage leur labellisation en fonction des responsabilités professionnelles et financières et des intérêts de leur auteurs et éditeurs;

Reste les motivations de ces propositions qui ne semblent pas toutes très claires. C’est en tout cas l’avis d’une journaliste bulgare, Irina Novakova qui reprend les propos sybillins d’un eurodéputé :

« Les blogs sont des outils puissants qui peuvent représenter une forme avancée de lobbysme : imaginez les groupes de pression, les intérêts professionnels ou autres groupes utilisant les blogs pour faire passer leur message ! Si cela n’est pas surveillé, cela peut menacer le pluralisme des médias » (ces propos sont issus d’un article du site du parlement)

La journaliste  rétorque en conclusion   :

« Une forme avancée de lobbying »… Traduite en langage compréhensible, cette formule absconse du député européen veut dire l’expression d’une opinion différente de celle communément admise par la Commission ou par un autre organisme européen. Si de telles opinions circulent sur la Toile et contredisent telle ou telle position officielle, cela fait partie du débat démocratique normal. C’est la preuve qu’une pensée libre et indépendante existe sur notre continent. Est-ce bien cela qui semble inquiéter les députés européens ? (l’article publié dans Courrier International est disponible là)

Ce flou autour des motivations de la mise au pas de ce mode d’expression est asssez étonnant. Car le problème n’est peut-être pas tant la normalisation de support que les raisons et les motivations qui sont données.

De ce point de vue là on ne peut pas dire que les députés sont partis du bon pied. Il suffit de lire PCInpact qui reprend l’information avec des sous-titres comme « Certains blogs polluent le cyberespace » ou  « blogueurs arrêtez de donner vos opinions » et commence son intro ainsi :

La blogosphère est-elle en danger ? Si pour l’instant, il n’y a pas péril en la demeure, les blogueurs devraient néanmoins se pencher sur un article du magazine bulgare Kapital, et traduit par Courrier International. D’après cet article, le Parlement européen « considère la blogosphère comme dangereuse et envisage de voter une mesure encadrant cet espace de libre expression ».

Attendons de voir comment la blogosphère française va s’emparer du sujet. Alors que l’article publié dans Courrier International est assez polémique (voir presque de mauvaise foi) les reprises de blogueurs sont encore assez maigres.

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La grande illusion (rétrospective) des journalistes

C’est un classique des médias que nous offre les journalistes sportifs en ce lendemain de défaite cuisante à l’Euro 2008 : l’illusion rétrospective. Comme pour le domaine de l’art, le sport est un beau laboratoire in vivo pour observer comment se font et se défont les opinions. En l’occurence, la loupe est particulièrement grossissante de ce travers journalistique (et que nous avons tous aussi, quand même ne l’oublions pas) qui est de décrire et analyser une situation, un fait une fois la boucle bouclée.

Une manière d’alimenter le grand déterminisme médiatique du journalisme omniscient qui sait tout sur tout et n’est jamais étonné : un journaliste exprime rarement son étonnement car quelque part il en va de son professionnalisme.

La relecture des faits et gestes des uns et des autres est toujours plus facile quand on connaît la fin de l’histoire… »Tout s’explique ». C’est ainsi le cas du compte-rendu par Libération du match France-Italie :

A la 54e, le Letzigrund est saisi d’un tremblement : les Pays-Bas ont marqué face aux Roumains à 100 kilomètres de là et le spectre d’une victoire inutile s’éloigne. On comprend alors d’un seul coup que ça ne se joue plus là sous nos yeux, que c’est plié. Et que c’était même plié avant ce match. Et même avant le 9 juin, date de l’entrée des Bleus pendant l’Euro. On a jamais vu les Français comme hier soir. Pendant qu’on rêvasse et qu’on passe en revue les heures sombres (le début des années 1990, les terribles années 1970), le milieu italien De Rossi frappe un coup franc : Henry tend la jambe et dévie hors de portée de Coupet (2-0, 62e).

Et voilà, la messe est dite ! L’illusion rétrospective puise sa force dans la certitude, l’aplomb qui convient à tout bon analyste qui se respecte. Résultat : des articles bétonnés, « circulez y a plus rien à dire » !

La typologie de la blogosphère selon Embruns (vieillerie de la semaine)

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas organisé une petite vieillerie de la semaine chez i&o.

Mes pérégrinations virtuelles m’ont fait atterrir sur ce post d’Embruns… qui date de 2004 ! (Laurent avait même publié une première version de son billet en 2003). Pour moi le schéma qu’il nous propose pour comprendre la blogosphère n’a pas pris une ride. Il est même, peut-être, devenu évident pour  tous nos lecteurs :

(si vous voulez tout comprendre de sa démarche, je vous invite à lire le billet ici)

En revanche, juste une chose reste en suspend dans ce beau (car simple;-) schéma : comment  la répartition entre ces trois pôles de production a évoluée depuis 4 voir 5 ans ? Difficile à dire car, à ma connaissance, nous n’avons pas ce genre d’information quanti.

Reste le feeling bien évidemment mais il me semble assez trompeur quand on veut parler de la blogosphère : nous sommes tous « communautaro-centrés ».

Voilà peut-être ce qui a changé depuis 2003-2004 : la vue d’ensemble. Plus personne n’est capable de parler de La Blogosphère en général. Je me souviens ainsi d’un ami doctorant dont la thèse portait sur ces journaux « intimes » naissants sur la toile.  Mon camarade se retrouvait de jour en jour submergé par les nouveaux blogs qui ne cessait d’apparaître. Alors qu’il pensait connaitre l’ensemble de son sujet, plus il avançait plus la forêt s’épaississait. Assez désarmant pour lui !

Quoiqu’il en soit, merci Laurent… Une petite madeleine se mange sans modération.

Quand Challenges classe les blogs pour promouvoir les siens

Pierre Chappaz, photographié en penseur, faisait donc la une du numéro de Challenges daté du 5 au 11 juin. Le magazine, aidé d’un jury de personnalités, nous proposait un palmarès des meilleurs blogs et de « toutes les adresses Internet qui comptent ».

On ne discutera pas ici de la pertinence des choix du jury et des internautes (le gros du débat est déjà passé et vous le retrouverez chez Versac mais aussi chez Gilles Fontaine; quelques liens encore chez Jean-Baptiste Ingold).

Mais il semble qu’un élément soit resté inaperçu pour la plupart de nos blogueurs ronchons. Ils n’ont peut-être pas, tout simplement, acheté la version papier – ce qui reste quand même le plus important pour Challenges (enfin j’espère). Alors justement, concentrons-nous sur le cadre du papier, la démarche de départ. Quatre Cinq catégories étaient sélectionnées :

  • Politique
  • Médias
  • Technologies
  • Bourse et Finance
  • Economie et Entreprises

Marrant non ? Pour chacune des catégories il existe un blog… Challenges (vous me direz… c’est normal jusqu’à preuve du contraire Challenges n’est pas Elle et ne parle pas de littérature ou de cuisine). Les blogs du magazine sont justement très bien mis en valeur par l’organisation des pages. Le lecteur pressé ou flâneur ne peut pas manquer ces encarts de présentation où la notice ne tarit jamais d’éloge, photo et typo en italique à l’appuie. Petite perle :

Alliant un style très personnel à la rigueur d’un enquêteur reconnu de la presse économique, les « posts » de Gilles Fontaine sont un concentré d’informations et d’analyses pour être au fait de l’actualité du high-tech.

Le dossier se conclut enfin avec une double page titrée « Challenges.fr fait peau neuve » (G. Klein en avait parlé sur Le Phare il y a un mois).

Trois remarques donc :

  • Côté pile : on peut critiquer le flou entretenu par nombre de blogueurs entre information/opinion/communication etc. mais notons quand même que l’effacement de ses repères est au coeur du système journalistique contemporain. La preuve une nouvelle fois. Le mélange des genres n’est pas réservé aux internautes et touche les rédactions les plus professionnelles.
  • Côté face : il est toujours intéressant de voir un média traditionnel proposer à ses lecteurs les plus novices les clés pour entrer dans la blogosphère, belle alternative à la labellisation proposée par certains. Cela montre encore une fois comment les journalistes traditionnels cherchent à s’instituer en médiateurs de ce nouveau monde qui, quoi qu’on en pense, reste encore très hermétique (et anecdotique) pour la très grande majorité des Français.
  • Le mix des deux nous offre un bon exemple des processus de consécration au sein de l’espace médiatique. Rien de mieux qu’un bon palmarès pour instituer les vainqueurs en meilleurs et l’organisateur en prescripteur (et oui, cela donne un truc quasi tautologique… c’est justement là où réside la force de la chose) !

Quoi qu’il en soit, que les lauréats en profitent… c’est le seul mal qu’on leur souhaite !! (en particulier à Ecopublix)

10 considérations sur les blogueurs

Issues de quelques années d’observation de la blogosphère, de saines lectures (un exemple), de nombreuses discussions avec d’autres blogueurs, etc. : voici 10 considérations sur les blogueurs, qui vont plus ou moins à contre-courant des perceptions générales.

1. « Les blogueurs », ça n’existe pas.

Le problème de l’utilisation du terme « les blogueurs », c’est qu’il induit qu’on parle d’une population qui, à défaut d’être totalement homogène, recèlerait au moins quelques caractéristiques communes. Mais à part le fait de tenir un blog, on a bien du mal à définir ces caractéristiques universelles du blogueurs.

Les profils des auteurs ? Je reprends de temps en temps cette phrase de José Ferré :

« Les auteurs des blogs sont pêle-mêle adolescents, ex-premier ministre, chefs d’entreprises petites ou grandes, élus locaux, artistes, candidats au suicide, anciens ministres, membres d’associations citoyennes, poètes, hôteliers, journalistes, militants de toutes les causes, amoureux de musique, de littérature, de photographie, amoureux tout court… (…) Tel est le nouveau monde des blogs, inventif, créatif, anarchique, naïf, détestable ou généreux. Parfois talentueux. »

Leur approche rédactionnelle ? Certains blogs décrivent le quotidien, d’autres sont des blogs d’experts ; certains blogs sont analytiques, d’autres reprennent de l’information brute ; certains blogs sont des lieux de destination, d’autres sont des lieux de passage ; certains blogs valent par la plume de leur auteur, d’autres par les conversations qui y ont cours ; certains blogs produisent peu, d’autres énormément ; certains blogs valent tout court, d’autres ne valent rien…

Leurs motivations ? Oui, on a là sûrement un point commun : le blogueur est motivé par un désir de reconnaissance. Reconnaissance qui peut prendre de multiples formes. Mais cela suffit-il à parler des « blogueurs » comme d’un ensemble ?

Au contraire, on est toujours autre chose avant d’être blogueur. Les blogueurs français à plein temps sont une poignée. On est salarié et blogueur, patron et blogueur, journaliste et blogueur, étudiant et blogueur, militant et blogueur, etc. l’attribut « blogueur » ne peut venir qu’en deuxième position.

Bien sûr, on peut dire « les blogueurs », comme on dit « les automobilistes » : mais cela comporte une énorme limite : on en sait pas exactement de quoi on parle. Les blogueurs ne sont pas un ensemble défini comme peuvent l’être les journalistes, qui bien qu’étant un ensemble très hétérogène, sont une profession régie par une charte de déontologie, des études, des pratiques professionnelles, des habitudes, etc.

Rien de tel avec les blogueurs. On n’apprend pas à être blogueur, on pratique le blogging comme on l’entend. C’est d’ailleurs une des raisons qui me font penser que le statut de blogueur est plus enviable que celui de journaliste : la liberté de choisir ses sujets, la liberté de la fréquence de publication, la liberté du contenu sur le fond et sur la forme… Les blogs sont des médias, mais les blogueurs ne sont pas des journalistes.

2. Les blogs forment une longue traîne médiatique.

Le principe de la longue traîne telle que Chris Anderson l’a défini est en gros le suivant : si on classe les biens culturels par ordre de popularité, on s’aperçoit que la distribution traditionnelle se concentre sur un nombre limité de références vendues au-dessus d’un certain seuil ; et que l’e-commerce a permis l’accessibilité à un nombre quasi-illimité de références vendues en très petit nombre.

L’idée est assez facilement transposable au système médiatique : des médias professionnels on et off à gauche (nombre limité + audiences les plus importantes) ; les blogs à droite (nombre illimité et audiences de niche).

L’idée reste schématique puisque des médias professionnels se situeraient dans la partie jaune du schéma et des blogs dans la partie verte, et elle doit être investiguée avec la notion d’audience relative (un certain nombre de blogs ont une audience par article plus que comparable à celle de médias professionnels).

Pour autant, cette idée de longue traîne est une idée clé pour comprendre la blogosphère : nous sommes dans un monde horizontal, éclaté, peu différencié, difficile à lire, peuplé de micro-médias. La blogosphère, c’est d’ailleurs un peu Microcosmos.

3. La blogosphère est média-dépendante (et pas l’inverse)

On a eu beau vanter la possibilité pour tout un chacun de devenir le témoin d’un scoop et le premier sur l’information, l’immense majorité des contenus UGC sur le web, dont les blogs, relèvent du commentaire, du point de vue, de l’analyse, du copier-coller ou de l’expérience personnelle. Pas de l’information. (Carlo Revelli, par exemple, a lancé les enquêtes participatives d’Agoravox pour favoriser l’emergence d’informations plutôt que d’opinions).

Au contraire, les des blogueurs reprennent et commentent les informations… produites par les journalistes. Les médias continuent très largement à faire l’agenda des centres d’intérêt et des conversations des Français. A fortiori ceux de la plupart des réseaux de blogueurs, qui reprennent et commentent l’actualité telle que définie par les médias, avec des préférences pour certains sujets, des absences pour d’autres sujets, mais finalement assez peu de sujets qui leur sont propres (en dehors du sujet… « blogosphère »).

4. Les blogueurs fonctionnent en réseaux affinitaires, pas en communautés

On comprend assez facilement que les blogueurs, comme les internautes, s’organisent et se retrouvent par logiques affinitaires.

On emploie généralement le mot communauté pour décrire ces phénomènes relationnels, mais ce terme est-il le mieux choisi ? En tout cas, les communautés de blogueurs ne sont pas des communautés fermées. On peut être membre de plusieurs groupes affinitaires simultanément, et la légitimité à intégrer un de ces groupes est une affaire de contenu (ce que je raconte) plus que d’identité (ce que je suis). La logique de fonctionnement est une logique de réseau.

A l’arrivée, on a les blogueuses cuisine, les blogueurs buzzmarketing, les geeks, etc. Des groupes (des grappes, d’ailleurs) de plus ou moins grande taille, avec des référents plus ou moins autoritaires, une porosité plus ou moins grande d’un groupe à l’autre… Ces réseaux affinitaires peuvent finalement être représentés comme ceci (image prise chez David Armano) :

5. Les blogs démarrent (éventuellement) des conversations (qui n’en sont pas vraiment)

« Les médias traditionnels envoient des messages, les blogs démarrent des conversations ». Cette maxime qui orne encore aujourd’hui le blog de Loïc Le Meur a marqué les esprits dans la blogosphère et a largement contribué à « faire » l’image des blogs.

On peut admirer le français (« les médias envoient des messages » plutôt que « les médias diffusent des messages »…) ou réfléchir un instant à la fameuse « conversation » sur les blogs (on en avait déjà parlé, à une époque où nous ne comptions qu’une poignée de lecteurs).

De la même façon qu’il faut remettre en question les termes « les blogueurs« , « blogueurs influents« , « communautés« , il faut remettre en question l’idée de « conversation » généralisée. La conversation est un bien rare sur les blogs. Pour plusieurs raisons :

– d’abord, pour qu’il y ait conversation, il faut qu’il y ait un minimum de public participatif. Tous les blogs sont loin de réunir un public participatif minimal et l’idée « je vais faire un blog, je vais avoir des commentaires » est un énorme leurre dans lequel sont tombés beaucoup d’apprentis blogueurs croyant que par la grâce de la magie des blogs, ouvrir un blog signifiait instantanément avoir un public.

– ensuite, et à l’inverse, parce qu’il faut choisir entre audience et conversation. On ne peut pas discuter à 50. Sur les gros blogs, les médias en ligne, etc., la conversation est impossible. On assiste à une somme de commentaires sans fin qui pose d’innombrables problèmes de modération aux éditeurs. Un fil de commentaires n’est pas une conversation.

– Aussi, parce qu’une conversation suppose un esprit constructif qui manque en de nombreux lieux. On a plus souvent de la controverse et de la polémique (stérile de préférence) que de la conversation. Et il suffit parfois d’un seul troller pour gâcher l’équilibre précaire de la conversation.

Enfin, si les conversations existent, ils est tout à fait exact de dire comme Loïc Le Meur que les blogs les démarrent. En revanche il est bien rare qu’elles aillent à leur terme.

Pour deux raisons : 1. chaque nouveau billet vient recouvrir le précédent et interrompt alors largement la conversation en cours. Et 2. les lecteurs qui viennent déposer un commentaire et ne reviennent pas lire le reste du fil ensuite sont souvent plus nombreux que ceux qui reviennent régulièrement voir les réponses à leurs commentaires et répondre aux réponses…

Bref, comme en général les blogueurs ET leurs commentateurs sont finalement plus dans une logique de publication que de discussion, et qu’ils ont rarement la patience de ne faire qu’attendre et participer à la discussion sans republier… on voit beaucoup de conversations avortées.

6. Bloguer n’est pas chronophage, c’est animer un réseau qui l’est

« Bloguer c’est chronophage », « bloguer rend addictif »… Si on veut, oui. Mais il ne faut pas oublier que le blogueur est totalement libre de la façon dont il anime son blog. Tout dépend de ses objectifs. S’il s’agit d’écrire quotidiennement, oui le blog sera chronophage. Mais on peut choisir d’écrire une fois par mois si l’on veut. On peut bloguer pour soi sans vouloir réunir un public.

C’est lorsque l’on souhaite réunir véritablement un public que les choses se compliquent. Ce qui prend du temps, c’est finalement toute la participation à la vie du réseau et pas seulement le fait d’écrire des billets. Bloguer est une activité chronophage, mais au sens où elle suppose de lire les autres, de les commenter, de répondre aux commentaires chez soi, et pas seulement de rédiger des billets.

C’est pour cela que le blog n’est pas juste un outil : faire vivre un blog est un engagement, voire une stratégie.

7. Bloguer est un apprentissage de la modestie

L’idée première du blogueur est, souvent, de diffuser sa science aux autres. Un peu comme lui :

Pourtant, le mécanisme des commentaires fonctionne généralement très vite et permet de constater qu’il y a toujours plus expert que soi, ce qui a vite fait de nous calmer.

Et l’apprentissage de son public, même s’il n’est pas plus expert que soi, fait que l’on se retrouve rapidement à anticiper des réactions, ce qui influence l’écriture. Combien de blogueurs n’ont-ils pas constaté que leur ligne éditoriale avait évolué sous l’influence des commentaires ?

L’apprentissage de la modestie, c’est donc à la fois la découverte que d’autres existent, qu’ils sont plus experts, et qu’il est extrêmement difficile de s’en tenir à son projet initial dans la durée.

8. La propagation des opinions est imprévisible et anarchique

Cette allégation est un des dadas de nombreux webologues (comme par exemple Duncan Watts) : on passe du modèle pyramidal et organisé au modèle… bordélique. Où l’information est passée par ici, où elle repassera peut-être par là… sans que l’on comprenne bien pourquoi et sans qu’on sache véritablement l’anticiper. Beaucoup de « gros » blogueurs se disent d’ailleurs surpris des billets « qui marchent » et de ceux qui « ne marchent pas »…

Alors, que sait-on à propos de la propagation des opinions ?

– que la viralité se propage plus facilement des gros vers les petits que des petits vers les gros. Le problème étant que dans l’univers de la longue traîne, petits et gros sont peu différenciés. La difficulté à modéliser l’information est donc une conséquence de l’horizontalité de la blogosphère, comme nous l’avons évoqué dans le point 2.

– que la viralité dépend des « radars du web ». Les radars du web, ce sont les amplificateurs d’informations, par exemple des blogueurs populaires qui, par le hasard de leurs lectures, vont attirer l’attention sur le billet d’un autre. On a un très bon exemple de ce phénomène avec le billet « De la corruption de la presse » de Novovision, le plus vu de l’histoire de ce blog, qui avait végété avec quelques dizaines de pages vues pendant des semaines, avant de tomber sous des radars et d’être vus 3000 fois en quelques jours. Un phénomène de buzz décrypté par l’auteur, Narvic.

– qu’elle est d’autant plus anarchique dans la blogosphère que les blogueurs n’étant pas des professionnels de l’information, ils n’ont aucune vocation à systématiser ou à « scanner » tout ce qui se dit sur un sujet donné. Le hasard y est donc d’autant plus important que ce sont des « amateurs » qui font et défont les informations qui circulent. A notre niveau sur Internet et Opinion(s), on voit très bien que quelques « gros » blogueurs nous lisent par périodes, puis plus du tout (sinon ils nous reprendraient quotidiennement, c’est sûr 😉 )

– à l’arrivée, et c’était notre réaction à l’étude de Duncan Watts, le succès d’un billet, d’une idée, d’une opinion, dépend peut-être moins (si ce n’est autant) de l’identité de son auteur, que de sa résonance avec la société à un moment donné. Choisir le bon sujet, les bons mots, au bon endroit, au bon moment : les succès dans la blogosphère sont autant affaire de contenu que de canal.

Autant de raisons qui expliquent l’anarchie de la circulation de l’information, mais ne permettent pas de la modéliser.

9. Un blogueur n’EST PAS influent : il PEUT l’être…

Les habitués de ce lieu connaissent ma détestation de l’expression « blogueur influent ». Sans vouloir paraphraser ce que j’ai déjà écrit à ce sujet, être influent c’est avoir la capacité à modifier des représentations ou des opinions d’un public donné. Plusieurs réserves donc à propos de l’expression « blogueur influent » :

– Influent à quelle échelle ? Dire de quelqu’un qu’il est « influent » tout court suppose dans mon esprit qu’il / elle draîne des milliers de fidèles, ce qui n’est généralement pas le cas des blogueurs…

– Etre influent, c’est avoir un public influençable, avoir un ascendant sur son public. Pourquoi pas : si le public est là, c’est qu’il s’intéresse à ce que raconte le blogueur, c’est qu’il est en demande. Mais l’influence est bien un jeu entre un individu et son public, et tous les publics ne se valent pas… D’ailleurs la réaction de beaucoup à ce débat est de dire « ce sont mes lecteurs qui m’influencent« . (mais bon, comme les lecteurs sont souvent des blogueurs… non j’arrête, il ne faut pas compliquer).

On ne peut être écouté que sur 3 ou 4 grandes thématiques, pas davantage. L’influence quand elle existe est donc toujours une influence thématique (untel sera de con conseil pour l’achat de mon prochain plasma) et pas l’espèce d’omnipotence sur laquelle nous fantasmons…

– Enfin et cela rejoint le point 8, l’influence est souvent une affaire de circonstances. Elle ne se décrète pas, elle se constate plus souvent a posteriori (à l’exemple du blogueur Jaï, devenu en quelques jours référent sur les questions de trading au moment de l’affaire Kerviel)

Bref, des blogueurs populaires, oui. Des blogueurs influents, moins. Un blogueur peut être influent, mais selon les sujets, les circonstances, le public. Cela rétrécit la notion de « blogueurs influents » avec laquelle on nous rebat les oreilles.

La popularité du blogueur, elle, est corrélée à plusieurs facteurs. Nous en avions listé 4 :

– Contenu (qualité – expression d’un regard et/ou apport d’informations nouvelles, “potentiel” du sujet traité auprès des lecteurs, différenciation, qualité de la plume)

– Forme (graphisme, mise en page, taille des billets plutôt courte, utilisation d’image et de son)

– Posture (réactivité sur l’information, fréquence d’actualisation, dialogue ou controverse, durée dans le temps)

– Réputation (statut / légitimité de l’auteur dans la vraie vie, réseautage au sein de la blogosphère, RP du blog, effet “winner takes all”)

Avec comme constat global que l’on peut être un blogueur populaire en faisant exception sur un des critères, mais que les blog du haut du classement de Wikio sont généralement performants sur au moins 3 de ces 4 items.

Autrement pour être un blogueur populaire il y a toujours cette solution là :

10. Connaître les blogueurs, c’est conduire à la fois un travail de géographe et d’ethnologue

La connaissance de la blogosphère dans son ensemble suppose plusieurs approches : celle du géographe, qui cartographie cette jungle ; et celle de l’ethnologue, qui connaît les peuples, leurs us et coutumes. Voir notre billet complet à ce sujet.

Il est donc difficile de parler de la blogosphère sans y passer une partie de son temps. Difficile aussi de parler de toute la blogosphère étant donnée la diversité qu’on y trouve. C’est pourquoi je n’exclus pas que certains des points évoqués dans ce billet soient invalidés par des commentateurs avisés.

D’ailleurs, est-ce que ces 10 points suffisent à avoir une compréhension globale de la blogosphère ?

Conférence « dilution des propagateurs » : la vidéo est en ligne

Un court billet pour signaler la mise en ligne de la vidéo de l’agora du Syntec RP intitulée « La dilution des propagateurs : quelle valeur de l’information dans un monde sans journaliste ?« , (bien) animée par Eric Le Braz.

Ca se passe ici.

Voir aussi le résumé que Narvic avait fait de ce débat (si vous voulez challenger sa capacité de synthèse c’est le moment).

Les interventions ne sont pas toutes du même niveau et leur enchaînement est un peu décousu, mais je vous conseille celles de Valérie Decamp (DG de la Tribune) pour son franc-parler qui décoiffe (« a-t-on besoin de 400 journalistes pour faire un journal comme Le Monde ?”) et celle d’Eric Scherer de l’AFP. Une bonne manière de prendre la température dans les rédactions et de refaire le point sur le débat sur l’avenir des médias

On en aurait bien fait notre « vidéo de la semaine » en proposant la vidéo directement dans le post, mais que voulez-vous le contenu n’a pas été partagé sur YouTube ou DailyMotion. Ce qui handicape sévèrement son potentiel de visibilité. Un comble quand on parle de propagation ?

Contribution au débat de CNN.com sur l’image et l’influence de la France

Comme annoncé dans le post précédent, nous avons été sollicités par CNN.com dans le cadre de sa semaine consacrée à la France. Le jeu consiste à participer au débat sur l’image de la France en répondant à plusieurs questions, qui comme vous allez le voir sont aussi vastes qu’elles sont simples.

(Miracle de la question journalistique : plus elle est simple ou évidente, plus la réponse est difficile et complexe).

Nous nous prêtons donc au jeu avec plaisir mais dans la mesure de nos compétences… Ce qui nous amène à répondre à deux des cinq questions.

Question 1. Pensez-vous que la France ait changé d’image ? Comment définiriez-vous ce nouveau visage ? S’agit-il pour vous d’un concept médiatique ou d’une réalité ?

Pour apporter une réponse à cette question, nous nous basons sur un petit test sur l’image de la France que nous avons réalisé à partir de Yahoo ! Questions : nous avons demandé sur Yahoo.fr puis sur Yahoo.com ce qui passe par la tête des gens quand on leur dit « La France ».

Ce test n’a bien sûr aucun caractère représentatif, mais on voit que les quelques réponses obtenues sur yahoo.com touchent à la culture et aux modes de vie : les coupes de cheveux des femmes, la Tour Eiffel, l’amour, la bouffe, les cafés, les croissants, le fromage, les bérets. Bref les images d’Epinal.

Sur Yahoo.fr ressortent également des images d’Epinal, mais aussi des images historiques et politiques : liberté, égalité, fraternité, les droits de l’homme, « pays pourri », « racisme », etc.

Ce petit sondage vient confirmer plusieurs considérations que l’on peut faire intuitivement sur l’image de la France :

– D’abord, l’image d’un pays à l’étranger repose peut-être sur les facteurs culturels et les modes de vie avant de reposer sur l’actualité politique. Et ce socle culturel ne bouge pas facilement. Nous serions donc assez prudents avec l’idée de dire que l’image de la France a changé. Une image, surtout, pour une institution aussi énorme, ça ne bouge pas facilement. Même quand ça bouge de partout.

– Ensuite, il faut bien avoir en tête que la question de l’image de la France intéresse… les Français. C’est une question qu’on se pose en France et qui ne se pose pas de la même façon à l’étranger. Au niveau individuel, notre prisme est nous inquiéter de notre image et de croire que les autres pensent à nous autant que nous pensons à nous mêmes. Ce qui est bien entendu faux puisque les autres ont autre chose à faire que de penser à et de parler de nous.

Au niveau collectif le phénomène est identique, on peut appeler ça de l’ethnocentrisme : les Français (ou des Français) s’interrogent sur leur image à l’étranger, alors qu’à l’étranger, on s’intéresse beaucoup moins à la France que ce que les Français croient… Le petit sondage Yahoo ! Questions nous semble aller dans le sens de cette idée.

– Enfin, ayons en tête que les médias ne sont qu’un facteur parmi d’autres dans la formation de nos images et de nos opinions. Et en particulier pour ce qui concerne un pays, les images se font à travers une expérience personnelle (« j’y ai été, j’ai trouvé que la France était un pays où les gens sont sales et malpolis »), au travers des relations interpersonnelles (« j’ai un copain qui connaît, il a vraiment trouvé que Sarkozy avait mis de l’ordre… »), des images collectives (« les Français sont toujours en retard… »), etc.

A l’arrivée et pour reprendre la question posée (« concept médiatique ou réalité »), si certains pensent que la France a changé d’image, on aura effectivement envie de leur demander s’ils ne sont pas biaisés par les représentations médiatiques.

Question 4. Quels sont à vos yeux les Français les plus influents ?

Nous avons très envie de répondre à cette question, mais sans vraiment livrer de noms ;-). Et ce pour deux raisons.

D’abord, parce que l’influence, quand elle existe, est toujours une influence thématique. On a certainement des « Français les plus influents » dans la cuisine, dans les médias, dans la politique, dans la mode… Mais il est difficile de parler d’influence en général. Les Français les plus influents, oui, mais influents sur quoi ? Sur notre image à l’étranger ? Sur les opinions en France ? Et sur quelles opinions ?

Savez-vous par exemple qui est la seule personnalité française à faire partie du top 50 des personnalités les plus influentes dans le monde selon le magazine Time ?

Non, il ne s’agit pas de Nicolas Sarkozy, de Laurence Parisot, de Bernard Arnault, de Pascal Lamy, de DSK, de Yannick Noah, de Nonce Paolini ou des auteurs des Guignols de l’info… mais de Carine Roitfeld, la rédactrice en chef de Vogue. Une personnalité influente mondialement… dans le domaine de la mode.

De plus, dire : « les Français les plus influents sont… » revient à cautionner l’idée que l’influence est le fait d’une petite élite qui une a une forte emprise sur le reste de la population. Une poignée fait l’opinion, le reste suit.

Les choses sont en réalité beaucoup plus complexes, et l’image de l’influence est certainement plus proche de celle d’une longue traîne que de celle d’une pyramide ou d’une cascade.

Alors même dans la longue traîne, il y a un haut avec peu de monde et un bas avec beaucoup de monde. Mais dans la longue traîne, la valeur est dans la partie basse. Dire « les plus influents sont », cela reviendrait à négliger que l’influence est une somme de micro-phénomènes complexes et non maîtrisables. Nous sommes tous influents, à différents niveaux, sur différents sujets.

Cette idée rejoint celle de Thierry Crouzet dans le chapitre de son livre Le Cinquième Pouvoir consacré à la Batille de Borodino (1). En s’appuyant sur le récit de Tolstoï, Thierry nous interroge : si l’influence n’était pas le fait des généraux trop en retrait du champ de bataille pour donner des ordres qui modifient le cours de choses, mais au contraire le résultat des décisions des soldats sur le terrain ?

Dans cet ordre d’idée, un des Français les plus influents de ces derniers mois a peut-être bien été un homme de terrain, influent sans le vouloir : Jérôme Kerviel.

Les questions 2, 3 et 5 dépassent la vocation et la compétence d’Internet et Opinion(s) et sont en débat chez CNN.

(1) Cf. cet extrait d’un chat de Thierry Crouzet avec l’Internaute :

« Thierry Crouzet utilise l’exemple de la bataille de Borodino, qui a eu lieu en 1812, entre les Français conduits par Napoléon et les Russes dirigés par le Général Koutouzov, pour illustrer l’idée selon laquelle un effet n’est pas le résultat d’une cause unique mais celui de plusieurs mécanismes imprévisibles. Tolstoï décrivait déjà cette bataille dans « Guerre et paix » et expliquait qu’elle n’avait pas été provoquée par la volonté des deux personnages historiques, mais par une multitude de facteurs. »

Les médias et les blogueurs : l’exemple de CNN.com

Il y a un truc assez paradoxal dans la communication avec les blogueurs : alors que certaines entreprises et industries qui seraient potentiellement intéressées ont un champ d’action très limité – tout simplement parce qu’il n’y a pas véritablement de public pour elles dans la blogosphère-, d’autres entreprises et industries qui ont un gros potentiel de « buzz » y vont à reculons.

C’est particulièrement le cas de l’industrie des médias, dont la « technophobie » a été évoquée ici à plusieurs reprises. Pourtant, il existe de nombreux moyens pour les médias de rechercher l’interaction avec la blogosphère et de trouver des solutions « gagnant-gagnant » au lieu de voir les blogueurs comme une seule menace.

Heureusement certains médias donnent l’exemple inverse et jouent la carte de l’ouverture.

Par exemple, on a évoqué plusieurs fois les démarches entreprises par l’Express, avec la livraison de contenus en avant-première à des blogueurs. Dernier épisode en date : la livraison en avant-première à une sélection de blogueurs d’extraits de l’entretien avec Charles Villeneuve, nouveau Président du PSG. La démarche de l’Express semble de mieux en mieux ciblée, le principal problème me semble résider dans le fait que les blogueurs sont prévenus 30mn avant la mise en ligne, ce qui élimine du jeu tous ceux qui ne sont pas devant leur écran à ce moment-là. (En aparté, mon point de vue, déjà exprimé ici, est qu’il faut aussi partager des enquêtes froides et approfondies et pas seulement des infos chaudes et à durée de vie limitée.)

Pour l’Express, c’est même une démarche d’ouverture plus générale impulsée par Eric Mettout, avec depuis peu le blog de la nouvelle formule, très intéressant pour suivre les coulisses d’une rédaction (par exemple, la « gaffe » qui a failli coûter un scoop, ou le « jeu des sept erreurs » où l’on compare une interview avant et après le travail d’editing).

Mais on a aujourd’hui un nouvel exemple de démarche d’ouverture d’un média en ligne vis-à-vis des blogueurs, avec une initiative de CNN.com.

Dans le cadre d’une semaine dédiée à la France et qui commence ce 2 juin (« Eye on France »), CNN.com invite des blogueurs à répondre à 5 questions autour de la France : son image, son rôle sur la scène internationale, sa culture, son influence, son identité. La mécanique est simple : les blogueurs postent leurs réponses chez eux (ils ne manqueront pas de linker CNN.com), et CNN.com les linke depuis la page dédiée du site, dans une rubrique « from the blogs ».

De l’échange de lien intelligent : CNN se pose en animateur du débat, débat que les blogueurs enrichissent. On sollicite les blogueurs pour ce pour quoi ils sont les meilleurs : le débat. Ils reçoivent des liens et du trafic, et renvoient des liens et peut-être un peu de trafic en retour.

Les premiers résultats sont en ligne avec les billets de Pierre Bilger, Luc Mandret, Quitterie Delmas, Aster ou encore Econoclaste. (Disclosure : Internet et Opinion(s) qui a été sollicité pour cette opération ne va pas tarder à apporter sa pierre à l’édifice… à sa façon.)

Les médias sont les entités les plus légitimes à animer le débat. Les blogueurs sont des contributeurs actifs au débat. Ce type de formule est donc certainement une des voies de réconciliation entre médias et blogs.

Le point sur YouTube : entre succès d’usage et challenge économique

Via Média & Tech, je prends connaissance de ce papier de Forbes qui fait le point sur YouTube. C’est l’occasion de faire le point sur le développement de la vidéo en ligne en relevant et commentant les données-clé.

Sur les usages :

– La fréquentation du site est connue (300 millions de visiteurs uniques par jour en avril 2008), mais le nombre de vidéos vues fait l’objet de spéculations. Une chose est sûre, c’est qu’il est très élevé. Forbes :

« YouTube a probablement passé le cap des 1 milliard de vidéos vues chaque jour il y a quelques mois (…). YouTube confirme seulement qu’il réalise plusieurs centaines de millions par jour ».

A noter également deux graphiques très intéressants :

– La croissance de la fréquentation de YouTube sur les 12 derniers mois : +80% (sachant que la croissance de fréquentation de sa maison-mère Google s’élève à +20%).

– Effet « le vainqueur prend tout » : YouTube réaliserait près de 40% de vidéos vues en streaming sur le web, aucun autre acteur ne dépassant… les 4%. Plus il y a de contenu sur Youtube, plus l’ensemble des internautes a intérêt à aller sur Youtube : c’est aussi l’effet de réseau.

Sur le modèle économique :

– YouTube réaliserait 200 millions de $ de chiffre d’affaires en 2008, soit environ 1% des revenus de Google. Alors que sa fréquentation représente… 50% de celle de Google… Comme pour tout le monde, le succès d’audience doit maintenant se traduire en succès économique, ce qui n’est pas le plus aisé et suppose d’expérimenter avec les formats publicitaires. 7 internautes sur 10 fuiraient les publicités en pre-roll, ce qui confirme bien qu’entre la publicité et l’internaute, c’est « attrape moi si tu peux »

– Il est d’ailleurs très intéressant de noter que simultanément, Eric Schmidt, le PDG de Google, déclare que « L’argent n’est pas dans le web 2.0« …

– Forbes rappelle également que YouTube a à faire aux problèmes de copyright et évoque la touche finale à une technologie de type watermarking qui permettrait aux ayant droit d’être informés de la mise en ligne d’un contenu.

Succès d’usage qui ne signifie pas succès économique ; problèmes juridiques non résolus ; expérimentation : le cas YouTube illustre finalement bien les enjeux du web 2.0 à lui seul et rappelle que l’avenir du net est toujours aussi flou.