Archives mensuelles : août 2007

Blog day

C’est aujourd’hui le fameux blog day, où les blogueurs sont invités à faire la promo de 5 de leurs collègues qu’ils affectionnent.

Voici donc les choix concertés de la rédaction d’Internet et Opinion, qui à son modeste niveau vous présente :

Blogsourcing Expérience, le blog de Joïakim Tuil, consultant chez Opinion Valley. Un travail rédactionnel très riche, très informé, très régulier, très complet, méconnu et donc indispensable sur les problématiques de communication online au sens large (opinion, marketing, RP)

– Nos excellents confrères de PR2Peer, qui se sont aussi lancés à 4 mains cet été (Anthony Hamelle d’Occurrence et Stan Magniant ex NetPolitique)

– Loin d’être un inconnu dans la blogosphère mais j’avoue que j’ai découvert récemment : L’oeil du Xeul par Alex Gaudin. Un vrai bon blog de planneur (et ça manque)

– Le blog libre et inspiré de notre ami Laurent Javault lui aussi bien plus connu dans la blogosphère que nous ; mais après quelques changements d’URL il faut savoir que c’est là que ça se passe.

– Et enfin pour changer des communiquants, le brillant Erwan le Morhedec avec Sous Réserve(s), un blog d’avocat avec un certain penchant pour les problématiques web.

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Les blogueurs sont-ils des hommes-sandwich ?

C’est une question qu’on peut se poser et qui fera aussi écho au dossier de notre ami Alexandre Debouté dans le numéro d’été de Stratégies. Pour me faire une petite idée, je suis allé relever la présence de publicité dans les 50 premiers blogs du classement Wikio (le classement le plus convaincant à mon avis car basé sur la valeur des liens entrants et non sur le nombre de liens entrants lui-même, pour plus de réflexions sur les méthodos de classement / évaluation des blogs voir ici).

Les blogs « leader d’opinion » semblent bien intégrés comme espace média puisque 32 d’entre eux (près des 2/3 de ce petit échantillon) proposent de la pub sous une forme ou sous une autre. Il me semble que pour 2 d’entre eux, la pub est un espace vendu automatiquement par la plate-forme (en l’occurrence, canalblog) sur un modèle de blog gratuit. On peut donc dire que 30 blogueurs du top 50 français s’arrondissent leurs fins de mois de cette façon. Les autres font de la résistance et c’est tout à leur honneur (voir à ce sujet les points de vue croisés de Fred Cavazza et Aziz Haddad).

Pour repère, quelques chiffres d’audience du top 50 de Wikio (quand le nombre de « readers » est affiché par le blogueur) :

TechCrunch 99309
Loïc Le Meur 25198
Presse citron 12835
Journal du Geek 6922
« 2803 » 6626
E-mob 4738
Accessoweb 4702
JM Billaut 3709
Altaïde 3378
Simple entrepreneur 3142
Kelblog 2865
Tapahont 1713
Aysoon2.0 1618
GuiM 1340
Michel Leblanc 1316
Vtech 1306
Vincent Abry 990
Gonzague Dambricourt 811
Vincent Battaglia 516
Bleebot 493

Le syndrôme France Info

Intéressant de voir comment une station comme France Info s’adapte face à la crise d’audience : dans cet article du Monde, son nouveau directeur Patrick Roger met l’accent sur la réactivité (et notamment la capacité à bouleverser l’antenne), le débat et la féminité. Au moins deux de ces caractéristiques peuvent être décrites comme très 2.0 (même si ce n’est pas à des gens de radio que l’on apprendra que le débat interactif existait avant Internet).

Le cas France Info à l’ère du web 2 est particulièrement intéressant : elle illustre, de par son positionnement tout info, ce que nous avons appelé le syndrôme France Info. Pour décrire son évolution, un des responsables de la station disait ceci :

« quand je suis arrivé à la radio, il y a une douzaine d’années, quelqu’un m’a dit : France Info, c’est formidable, parce qu’après les matchs de foot du jour il me suffit d’attendre dix minutes pour avoir l’ensemble des résultats. Récemment quelqu’un m’a dit, avec des mots quasi-identiques : France Info c’est n’importe quoi, parce qu’après le foot il faut que j’attende dix minutes pour avoir les résultats « 

(Télérama n° 2993, « France Info peut-elle rivaliser avec Internet ? »).

Preuve, s’il en fallait encore une, qu’Internet a considérablement accéléré la circulation de l’information et va jusqu’à destabiliser les repères de rédactions qui avaient elles-mêmes été à la source d’un bon coup d’accélérateur.

Le repositionnement permettra-t-il de vaincre le syndrôme France Info ?

Les motivations de la participation : une histoire de reconnaissance

Je reviens une nouvelle fois sur l’étude McKinsey, « How Companies can make the most of user-generated content » (on va finir par croire que je bosse pour eux).

Outre le tableau synthétique partagé dans le post précédent, une autre question est abordée dans ce papier : quelles sont les motivations des personnes qui participent aux sites collaboratifs?

Pour y répondre, l’auteur de l’article, James Bughin, nous propose deux enquêtes:

  • l’une est basée sur un questionnaire en ligne auprès d’utilisateurs allemands de sites de partages de vidéos (dont la méthodo et les questions posées sont évidemment absentes du papier ce qui doit nous inciter à la prudence)
  • l’autre questionne les participants au wiki d’une entreprise techno elle aussi allemande

De la première enquête il ressort que les internautes actifs recherchent avant tout la gloire (« I seek fame; I want the world to see my videos »). Viennent ensuite l’amusement (« c’est fun ») ou le partage avec des amis (« I want to share my experiences with friends ») et enfin une posture plus altruiste (« I want others to benefit from my videos »)

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Dans le cas de l’entreprise techno, James Bughin estime que plus de la moitié des contributeurs au wiki interne expliquent leur implication par des facteurs tels que l’esprit d’équipe, la construction d’une réputation en interne et d’une identification par les pairs. 20% des contributeurs déclaraient que l’horizon d’une prime ou d’un bonus était un moteur.

Si l’argent est sûrement euphémisé par ces enquêtes en raison de leurs biais méthodos, il n’en reste pas moins une conclusion centrale : l’importance de la reconnaissance comme déclencheur de la participation sur Internet. (La rémunération ne suffit pas même si elle peut se révéler différenciante pour choisir sa plate-forme : entre Dailymotion et YouTube comment choisir ?). Plus précisément, on peut distinguer plusieurs types de reconnaissance :

  • la reconnaissance personnaliste (le mot est sûrement trop maladroit puisqu’il fait penser à la doctrine du personnalisme) : je veux être reconnu en tant que personne, j’existe, je suis bien là.
  • la reconnaissance téléologique : je souhaite être reconnu car je pense pouvoir, à terme, en tirer profit (le débutant qui veut faire du cinéma, le consultant qui veut une promotion ou une bonne évaluation)
  • la reconnaissance relationnelle (je souhaite être reconnu par mes proches, amis, familles ou faire d’aures connaissance par ce biais)
  • la reconnaissance altruiste (je souhaite être reconnu pour ce que j’apporte et non pour ma pomme)

Evidemment, cette proposition est très grossière et critiquable. J’aborde cette question bien trop rapidement. On y reviendra car il me semble que c’est un enjeu anthropologique et politique (cf. Axel Honneth) de nos sociétés et qui prend un tout autre écho avec les nouvelles technologies de l’information.

Sites participatifs et longue traîne : encore et toujours

Encore une enquête de McKinsey, publiée fraîchement. On retiendra notamment un petit schéma récapitulatif qui compile plusieurs résultats d’études et compare la participation entre plusieurs sites, bien connus pour certains. De quoi alimenter avec un peu plus de finesse, le slogan de plus en plus éculé de la longue traîne.

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Diversification des sources et recoupement des informations par le public américain

McKinsey vient de rendre publique une de ces études dont il faut se méfier (résultats et analyses principalement basés sur un sondage en ligne dont on a aucune idée, ou si peu, de la démarche méthodologique). Elle n’en reste pas moins intéressante à titre d’indicateur et de confirmation.

Il ressort clairement qu’Internet renforce les pratiques de recoupement de l’information : les américains consultent désormais en moyenne une douzaine de sources d’information par semaine. La télévision reste encore le média de référence avec le plus grand nombre de sources différentes consultées (6 en moyenne), suivi d’Internet (3 sources en moyenne). Pour les autres médias, les personnes interrogées disent consulter une seule source d’information (toujours en moyenne).

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Ce besoin de recouper les informations est très clairement exprimé à travers plusieurs verbatims, qui n’étonneront somme toute personne, tels que : « chaque événement a au moins deux faces », « je veux disposer de tous les faits », « je veux me former ma propre opinion ».

La diffusion d’Internet se massifiant, il faut sûrement s’attendre, à terme, à une plus grand volatilité des audiences, ce que McKinsey appelle la « Brand promiscuity ». Les lectorats viscéralement attachés à leur journal s’effriteraient.

D’autant que les Américains interrogés disent privilégier l’accessibilité de l’information à sa qualité. Ils se tourneraient d’abord vers les sources les plus claires, les plus actualisées, les plus commodes à consulter, avec le choix le plus large d’informations. La pertinence de l’information, la qualité de l’analyse ou encore la personnalité du journalistes sont des items de bien moindre importance.

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Et les auteurs de conclure sur l’organisation de l’information en ligne, déjà amorcée par certains titres : une entrée par des informations succinctes et synthétiques pour continuer, selon les intérêts de chacun, par une navigation au sein d’informations à différents niveaux de lecture et de formats (blogs, chats, vidéos, infographies…).

 

PS : par contre, j’ai beaucoup plus de mal avec la typologie de l’étude (les citizen readers, les news lovers, les digital cynics, les traditionnalistes, les headliners…) car l’analyse proposée est bien trop succincte et légère sur ce point (il faut bien en garder sous le pieds pour les clients).

Influence des réseaux sociaux

En plein dans le sujet Internet et Opinion : une étude de Global Market Insite sur l’influence des réseaux sociaux sur la Présidentielle U.S. (info et capture d’écran via Mashable). Dommage que l’étude en question ne soit pas accessible, il faut s’en tenir aux billets déjà publiés.

Les chiffres : sur un échantillon de plus de 2000 personnes, 17% déclarent avoir déjà regardé la page MySpace, Facebook ou autre d’un candidat à la présidentielle. Et 53% de ces 17%, soit 9% du total, se déclarent « davantage susceptible de voter pour un candidat après avoir vu sa page ».

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Si on regarde plus précisément par tranches d’âge, les 9% de MySpace-Influençables se décomposent comme suit :
– 21% chez les 18-24
– 16% chez les 24-34
– 7% chez les 35-44
– 4% chez les 45-54
– 4% chez les 55+

La tentation est d’en conclure que les réseaux sociaux, dans la foulée du web 2.0, sont un vecteur d’opinion pour une partie importante de la population. Pourtant, ce n’est pas si simple :

– l’étude repose sur du déclaratif, dont il faut toujours se méfier. Les personnes interrogées peuvent être moins influençable qu’elles ne le laissent entendre

– si on prend l’exemple d’un fan de Barack Obama qui va voir la page MySpace de son poulain mais pas celles de ses concurrents : il va répondre oui à la question « avez-vous regardé la page de l’un des candidats ». Et si cette page lui a plu (il y a de bonnes chances), il peut répondre affirmativement à la question « êtes-vous davantage susceptible de voter pour l’un des candidats après avoir regardé sa page ? ». Moralité : l’étude ne dit pas que les personnes interrogées ont benchmarké les pages des candidats pour se faire une opinion.

– l’étude ne dit pas non plus combien de temps les personnes ont été exposées aux pages des candidats : si je suis resté 30 secondes sur la page d’Hillary, combien cela va-t-il peser face au temps que j’aurais consacré à la lecture de la presse à son sujet ? Face au temps passé à l’écouter à la radio, à la regarder à la télévision, à me documenter sur elle sur d’autres sites Internet ? Face au temps passé à parler d’elle avec mes amis ?

Bref, ne nous emballons pas. Les pages des candidats sur les réseaux sociaux sont une source d’information à leur sujet parmi des dizaines, des centaines d’autres. Et qui dit source d’information ne dit pas automatiquement source d’opinion.

La conversation en vidéo

Parmi les nombreux mythes du web (version 2.0 particulièrement), on trouve celui de la « conversation » qui naît notamment des fils de commentaires sous les billets des blogs. Cette vidéo trouvée sur TechCrunch me réjouit car elle participe à démystifier le concept (titre de la vidéo pour vous donner une idée : « de quoi aurait l’air un fil de commentaires en réunion ? »)

Il y a beaucoup de choses à dire au sujet de la « conversation » et on y reviendra sur ce blog, mais il ne faut pas perdre de vue que :

– conversation ne veut pas dire qualité

– une conversation constructive est souvent un luxe (et les pugilats nombreux)

– la conversation s’arrête quand un nouveau billet vient recouvrir le précédent

– audience ou conversation, il faut choisir (et le choix est d’ailleurs souvent vite fait) : la conversation est impossible pour les sites qui ont de larges audiences. On ne converse qu’en petit nombre et les commentaires des gros blogs ou des sites médias ne ressemblent en rien à une conversation.

J’ai d’ailleurs le sentiment que le vocabulaire dominant utilise le mot, plus sage mais moins chic, de « commentaires ». Et je mets un lien vers Laurent car je sais que ce sujet lui est cher.

Lectures conseillées

– Le dossier de Newsweek sur Facebook

– Joïakim sur les mirages du marketing viral

– 2803 pour y voir clair dans les acquisitions de Google.

– Un exercice de futurologie des médias en vidéo chez YouTube.

– Remplacer le PageRank ? Article sur IndexWeb et forum chez WebRankInfo (en écho à ce billet)

– Après Google ? Une discussion sur les faiblesses du moteur de recherche (billet + commentaires) chez Abondance

– Et en prime, la vidéo la plus vue de l’histoire de YouTube

Le Wikipedia scanner et la question du bon usage de Wikipedia

Trouvé chez rue89 : « un étudiant identifie les manipulateurs de Wikipedia ». Il s’agit d’un outil, le « Wikipedia scanner », qui permet d’automatiser la recherche de modifications sur l’encyclopédie et donc de révéler certaines pratiques :

« Ainsi, la société américaine Diebold, qui fabrique les machines à voter au centre de nombreuses polémiques aux Etats-Unis, apparaît dans cette recherche comme responsable d’une coupe de quelque 15 paragraphes dans la notice la concernant, notamment les critiques techniques et son soutien financier au candidat Bush. (…) Wired publie quelques résultats amusants, comme le Parti Républicain qui change « occuper » en « libérer » à propos de l’intervention militaire en Irak, ou Fox TV qui fait la promo anonyme de l’une de ses vedettes. »

Si les manipulations sur Wikipedia sont un vrai sujet, abondamment traité, cette actualité vient à point pour reposer la question de la bonne utilisation de l’encyclopédie. L’enjeu n’est pas mince et restera important tant que Google indexera Wikipedia au plus haut niveau : Wikipedia peut être décrit, tout comme Google, comme un système de management de la réputation.

La question s’était d’ailleurs posée il y a quelques mois, alors que Jimmy Wales menaçait de bannir a priori les agences RP actives sur Wikipedia pour le compte de leurs clients (sans véritable écho en France).

Les entreprises peuvent-elles trouver leur place sur Wikipedia sans être taxées de manipulation ? Nous avions esquissé une réponse publiée il y a quelques semaines dans le Journal du Net.

En substance, l’idée est de défendre la possibilité d’une contribution des entreprises à Wikipedia sur les sujets qui les concernent directement, à condition de jouer le jeu de l’encyclopédie : recherche de neutralité, transparence, implication. Ce qui suppose certains décalages avec des réflexes ou des habitudes existants, révélés largement par le « Wikipedia scanner ». Et donc un état d’esprit plus « 2.0 », qui peut constituer une nouvelle compétence pour les conseils en communication.